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son espoir de succès sur la coopération des Grecs, il était extrêmement important pour lui de se rendre populaire parmi eux, surtout de son côté de la mer Mgée. En partie îes preuves qu'il donna d'un caractère juste et conciliant, en partie le mauvais renom et la perfidie connue de Tissapher- Tiês engagèrent les cités grecques à se révolter d'un commun accord contre ce dernier. Elles se jetèrent toutes dans les bras de Cyrus , excepté Milètos, où Tissaphernês intervint à temps, tua les chefs de la révolte projetée et bannit un grand nombre de leurs partisans. Cyrus, recevant les exilés avec une faveur distinguée, leva une armée pour assiéger Milètos et obtenir leur rétablissement, tandis qu'en môme temps il jeta de fortes garnisons grecques dans les autres villes pour les protéger contre une attaque (1).
Toutefois, cette querelle locale ne tarda pas à se fondre dans la dispute plus compréheûsive touchant la succession persane. Les deux parties se trouvèrent sur le champ de bataille de Kunaxa : Cyrus avec les soldats grecs et les exilés milésiens, d'un côté, — Tissaphernês, de l'autre. Quelle fut l'issue de cette tentative, sur laquelle reposaient tant de choses dans la future histoire et de l'Asie Mineure et de la Grèce, c'est ce que j'ai déjà raconté. Il est probable que l'impression rapportée par la flotte lacédsemonienne qui laissa Cyrus sur la côte de Syrie , après qu'il avait surmonté le pays le plus difficile sans rencontrer aucune résistance, fut extrêmement favorable à son succès. Aussi le désappointement des Grecs ioniens dut-il être d'autant plus pénible quand la nouvelle de sa mort fut apportée plus tard, et leur alarme d'autant plus grande, quand Tissaphernês, après avoir renoncé à la poursuite des dix mille Grecs au moment où ils entrèrent dans les montagnes des Karduques , arriva en vainqueur à la côte de la mer, plus puissant que jamais, — ayant reçu (2) du Grand Roi, comme récompense pour les services qu'il lui avait rendus contre
(1) Xénoph. Anab. 1, 1, 8. 8; Xénoph. Hellen. III, 1, 13; III,
(2) Xénoph. Ajiab. II, 3, 19; II, 4, 3, 13.
Cyrus, tout le territoire qui avait été gouverné par ce dernier^ aussi bieo que le titre de commandant en chef sur tous les satrapes voisins, — et prêt non -seulement à reconquérir, mais à punir les villes maritimes révoltées. Il commença par attaquer Kymê (1), dont il ravagea le territoire avec un grand dommage pour les citoyens, et il exigea d'eux une contribution encore plus considérable, quand rapproche de l'hiver rendit incommode d'assiéger leur cité.
Dans cet état d^appréhension, ces villes envoyèrent (400- 399 av. J.-C .) prier Sparte,. comme le grand pouvoir soijverain de la Grèce, de leur accorder sa protection contre l'esclavage aggravé qui les menaçait (2). Les Lacédaemoniens n'avaient plus rien à attendre du roi de Perse, à l'égard duquel ils avaient déjà rompu la paix, en prêtant aide à Cyrus. De plus, la renommée des dix mille Grecs, qui étaient en train de revenir en longeant par le Poirt-Buxin, vers Byzaution, s'était répandue par toute la Grèce: elle inspirait un mépris signalé pour la puissance militaire des Perses et des espérances d'enrichissement par une guerre contre les satrapes asiatiques. En conséquence, leséphores Spartiates furent amenés à accéder à la requête de leurs compatriotes d'Asie età envoyer dans ce pays Thimbrôn à la tète de forces coiuâdérabLes : elles se composaient de 2,000 Neodamodes (ou Ilotes, qui avaient été affranchis) et de 4,000 Péloponésieas pesamment armés, accompagnés de 300 cavaliers athéniens, pris parmi ceux qui avaient été les partisans des Trente , quatre ans auparavant, aide accordée par Athènes à la requête spéciale de Thimbrôn. Arrivé en Asie pendant l'hiver de 400-399 avant J.-C, Thimbrôn fut renforcé au printemps de 399 avant J.-C. par l'armée de Cyrus, qui fut transportée de Thrace en Asie, comme je l'ai raconté ailleurs, et prise à la solde des Lacédsemoniens. Avec cette grande armée, il devint supérieur aux satrapes, même dans les plaines, où ils pouvaient employer leur nombreuse cavalerie. Les petits princes grecs de Pergamos et de la Teuthrania, qui tenaient
(1) Diodore, XIV, 35. (2^ Diodote, vt wp.
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eë territoire d'anciens dons faits par XerxAs à leurs ancêtres , joignirent leurs troupes aux siennes, contribuant beaucoup à enrichir Xéuophon au moment où il quitta les sol- .dats de Cynis. Cependant Thimbrôn ne fit rien qui fût digne d'une aussi grande armée. Non-seulement il échoua au siège ée Larissa , mais même il ne put maintenir l'ordre parmi ses propres soldats, qui pillaient indistinctement amis et ennemis (1). On transmit à Sparte des plaintes si fortes de ses désordres et de son incapacité que les éphores lui envoyèrent d'abord un ordre d'aller en Karia, où résidait Tissaphernès; —ensuite, avant que cet ordre* fut exécuté, ils dépêchèrent Derkyllidas pour le remplacer, vraisemblablement dans Thiver 399-398 avant J.-C. Thimbrôn, en revenant à Sparte, fut condamné à une amende et banni (2).
Il est extrêmement probable que les soldats de Cyrus, bien qu'excellents en campagne, s' étant toutefois vus privés de récompense pour les prodigieuses fatigues qu'ils avaient endurées dans leur longue marche et ayant été rationnés en Ttarace, aussi bien que trompés par Seuthês, — étaient avides, peu scrupuleux et difficiles à retenir en fait de pillage, surtout maintenant que Xénophon , leur général le plus influent r les avait quittés. Leur conduite s'améliora beaucoup sous Derkyllidas. Et bien que cette amélioration fût duo sans doute en partie* à la supériorité de ce dernier sur Thimbrôn, cependant il semble qu'on peut aussi l'attribuer en partie au fait que Xénophon> après quelques mois de résidence à Athènes, l'accompagna en Asie et reprit le commandement de ses anciens camarades (3).
(1) Xénoph. H«lkii. III, 1, 5-8; Xénoph. Anab. VIII, 8, 8-16.
(2) Xénoph. HcUen. 111, 1, 8; Dioétee; XiV, 38.
(3) Il n*y a pas de témoignage positif à Tappui de ce fait, cependant telle est ma conviction, comme je Tai avancé à la fin du dernier chapitre. Il est certain que Xénophcm était au service d^Ag^las en Asie trois ans après ce temps; la seule chose qui reste à oon-
jecturer est le moment précis auquel il partit la seconde fois. L'amélioration marquée dans les soldats de Cyrus est uns raison à Tappui de rassertion présentée dans le texte ; une autre raison, c'est la manière détaillée dont les opérations militaires- de Derkyllidas sont décrites, et qui semble prouver que le récit est fait par im témoin oeulaire.
Derkyllidas était un homme de tant de ressources et d'astuce qu'il avait acquis le surnom de Sisyphos (1). Il avait servi pendant toutes les dernières années de la guerre et avait été harmoste à Abydos durant le commandement naval de Lysandros, qui le condamna, sur la plainte de Pharnabazos, à la honte d'une exposition publique avec son bouclier au bras (2) : c'était (je présume) une honte, parce qu'un officier supérieur avait toujours son bouclier porté pour lui par un serviteur, si ce n'est dans le cas réel d'une bataille. Derkyllidas, qui n'avait jamais pardonné à Pharnabazos de l'avoir déshonoré ainsi , profita alors d'une mésintelligence entre ce satrape et Tissaphernês pour faire une trêve avec ce dernier, et conduire son armée, forte de hicit mille hommes, dans le territoire du premier (3). La région montagneuse de rida, généralement connue comme la Troade, — habitée par une population de Grecs seoliens (qui avaient insensiblement hellénisé les habitants indigènes) et connue par conséquent comme l'-^olis de Pharnabazos, — lui fut ouverte par un événement récent, important en lui-même aussi bien qu'instructif à lire.
L'empire persan entier était divisé en autant de satrapies, chaque satrape étant obligé d'envoyer un montant de tribut annuel et de tenir prête une certaine somme de forces militaires pour la cour à Suse. Pourvu qu'il fût ponctuel à remplir ces obligations, on s'occupait peu de ses autres actes, si ce n'est dans le cas, qui se présentait rarement, où il maltraitait quelque Perse individuel de haut rang. De même, à ce qu'il paraît, chaque satrapie était divisée en soussatrapies ou districts, chacune d'elles tenue par un délégué, qui payait au satrape un tribut fixe et entretenait pour lui de certaines forces militaires, — ayant la liberté de gouverner à d'autres égards comme il lui plaisait. Toutefois, outre le tribut, des présents d'un montant indéterminé étaient
(1) Xénoph. Hellen. III, 1, 8; Ephore rdOT) xi\^t àoiciSa êxwv.
ap. Athena?. XI, p. 500. (3) Xénoph. HeUen. III, 1, 10; III,
(2) Xénoph. Hellen. III, 1, 9. 'E<i- 2,28.
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faits constamraent, tant par le satrape au roi que par le délégué au satrape. Néanmoins, il était assez extorqué au peuple (ce qu'il n'est guère nécessaire d'ajouter) pour laisser un ample profit et à l'un et à l'autre (1).
Cette région appelée ^olis avait été confiée par Pharnabazos à un indigène de Dardanos nommé Zênis, qui, après avoir occupé ce poste pendant quelque temps et après avoir donné pleine satisfaction, mourut de maladie, laissant une veuve, avec un fils et une fille encore mineurs. Le satrape était sur le point de donner le district à une autre personne, quand Mania, la veuve de Zênis, née elle-même à Dardanos, lui demanda l'autorisation de succéder à son mari. Elle alla rendre visite à Pharnabazos les mains pleines d'argent , en assez grande quantité non-seulement pour le contenter, mais encore pour gagner ses maîtresses et ses ministres (2), et elle lui dit : — •« Mon époux t'était fidèle, et il payait son tribut si régulièrement qu'il obtenait tes remercîments. Si je ne te sers pas plus mal que lui, pourquoi nommeraistu un autre délégué? Si je manque à te satisfaire, tu pourras toujours m'écarter et donner la place à un autre. » Pharnabazos fit droit à sa demande et n'eut pas lieu de s'en repentir. Mania paya régulièrement son tribut, — lui apporta fréquemment des présents, — et le reçut avec plus de magnificence qu'aucun de ses autres délégués, toutes les fois qu'il visitait le district.
Sa résidence principale était à Skêpsis, à Gergis et à^ Kebrên, — villes de l'intérieur, fortes tant par leur position que par leurs fortifications , au milieu de la région montagneuse appartenant jadis aux Teukri Gergithes. C'était là
(ï) V. la description de la satrapie de Cyrus (Xénoph. Anab. I, 9, 19, 21, 22) . En général, cette division et cette subdivision de tout l'empire en districts fournissant un revenu, chacun tenu par un délégué responsable du payement de la rente ou du tribut, à l'égard du gouvernement ou de quelque officier plus élevé du gouvernement —
est le système dominant dans une partie considérable de l'Asie jusqu'au jour actuel.
(2) Xénoph. HeUen. III, 1, 10. 'Ava-
ÇeuÇatra tôv (tt6).ov, xai x^W^"^^ '^•*" éouaa, &<rtt xai aOTO) <l>apvaêà2;(rt 6ouvat, xai Taï; TcaUoxCatv «ùtoû xapîffaffôai xal toîç ôuvafjivot; tiàXiora icapà 4>apva6àÇ(i>, èiropeue'ro.
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aussi qu'elle gardait ses trésors, qui, en partii^ lai«»és par son mari, en partie accumulés^ par elle-même, avaient atteint graduellement une somme énorme. Mais son district s'étendait aussi jusqu'à la côte, et comprenait, entre autres ailles, le nom classique d'Ilion et probablement «a ville natale de Dardanos dans le voisinage. Elle entretenait en outre vme armée considérable de mercenaires grecs, avec une, paye régulière et dans un état excellent, qu'elle employait tant oomme garnison pour chacune de ses villes dépendantes qœ comme moyen de faire des conquêtes dans le voisinage. Elle avait réduit ainsi les villes maritimes de Larissa, d'Hamaxitos et de Kolônae , dans la partie méridionale de la Troade, commandant ses troupes en personne, a^ise dans son cfiar pour voir l'attaque et récompensant tous ceux qui se distinguaient. De plus , quand Pharnabazos entreprit une expédition contre les pillards mysiens et pisidiens , elle l'accompagna, et ses forces militaires formèrent la meilleure partie de son armée, au point qu'il lui ât les plus grands compliments et condescendit parfois à lui demander son avis (1). Ainsi, quand Xerxês envahit la Grèce, Artemisia, reine d'Halikarnassps, non-seulement fournit des vaisseaux, qui étaient au nombre des mieux équipés die sa flotte, et combattit vaillamment à Salamis, mais encore, quand il lui o&r^ Tenait de réunir un conseil , elle fat seule à oser lui donner de sages avis, contraires à ses inclinations personnelles, avis que, par bonheur pour le monde grec, il put se décider à tolérer et non à Suivre (2).
Sous une femme énergique comme Mania, ainsi victorieuse et bien pourvue, l'^Eolis était la partie la plus défendable de la satrapie de Pharnabazos et aurait probablement défié Derkyllidas, si un traître dans sa famille n'avait mis fin à sa vie. Son gendre, Meidias, Grec de Skêpsis, avec lequel elle vivait dans les termes d'une confiance intime, — « bien qu'elle se méfiât scrupuleusement de toute autre personne, comme il est convenable pour un tyran, de le
(1) Xénoph. Heilen. m, 1, 15. (^ Hérodote, VIII, 69.
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faire (1) »», — fut enflammé par sa propre ambition et par les suggestions de perfides conseillers, lui disant qu'il était honteux qu'une femme gouvernât, tandis que lui n'était que simple particulier; et il alla jusqu'à l'étrangler dans sa chambre. Poursuivant son infâme projet, il assassina également son fils, beau jeune homme de dix-sept ans. Il réussit à s'emparer des trois plus fortes places du district, Kebrên, Skêpsis et Gergis, ainsi que du trésor accumulé de Mania. Mais les commandants des autres villes refusèrent d'obéir à ses sommations, jusqu'à ce qu'ils reçussent des ordres de Pharnabazos. Meidias envoya immédiatement à ce satrape des députés, chargés d'amples présents, avec la demande que le satrape lui accordât le district dont Mania avait joui. Pharnabazos refusa les présents et envoya à Meidias cette réponse indignée : — « (jarde-les jusqu'à ce que j'aille les prendre, — et toi en môme temps. Je ne consentirais pas à vivre, si je ne devais pas venger la mort de Mania (2). »»
C'est à ce moment critique, avant l'arrivée du satrape, que Derkyllidas se présenta avec son armée et trouva l'^olis presque sans défense. Les trois récentes conquêtes de Mania, — Larissa, Hamaxitos et Kolônae, — se rendirent à lui dès qu'il parut, tandis que les garnisons d'Ilion et de quelques autres places, qui avaient pris un service spécial sous Mania, et se trouvaient moins heureuses maintenant qu'elles l'avaient perdue, acceptèrent son invitation de renoncer à l'alliance persane, de se déclarer alliées de Sparte et de tenir leurs cités pour lui. Il devint ainsi maître de la
(1> Voioi les paroles expressives de Xénoph. (Hellen. III, 1, 14) : — MsiùioLç , ftuyaTpàç àvi?ip aÙTij; wv, àva- ';cTEpa>ôetç uiro tivwv, cbç ai(TXpôv eîy), TuvaTxgt fiàv dcpysiv, aOxov 6* ISiwxriv eîvat, Toùç pLÈv SXXouç jxàXa çu- XaTToasvYjç aOty];, ôff-jcsp èv tupawiÔt irpocnQxst, èxêtvcD 6e ma- Tsuouoyjç xai â(j7raCo(xévrj;, wdirep àv fJvTi yai*6p6v àffTcdtCoiTo, — £lae).Oà)v àiroicvlÇai aÙT;?|v XéyeTai.
Comme explication de ce défaut habituel de sécurité dans lequel vivait le despote grec, V. le dialogue de Xénophon appelé Hierôn (I, 12; II, 8-10; VII, 10). Il insiste particulièrement sur la multitude de crimes de famille qui souillaient les maisons des despotes grecs, meurtres commis par des pères, des fils, des frères, des épouses, etc.