‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'AnglaisChapitre 11 sur 19 · III · texte numérisé non relu

III

(2) Xénophon. Hellen. III, 1, 13.

plus grande partie du district, à Texception de Kebrên, de Skêpsis et de Gergis, dont il désira s'assurer la possession avant la venue de Pharnabazos. Toutefois, quand il arriva devant Kebrên, malgré la nécessité où il était de se hâter, il resta inactif pendant quatre jours (1), parce que les sacrifices étaient de mauvais augure, tandis qu'un officier subordonné téméraire, hasardant pendant cet intervalle une attaque non autorisée, fut repoussé et blessé. Enfin les sacrifices devinrent favorables, et Derkyllidas fut récompensé de sa patience. La garnison, sur laquelle l'exemple de celle d'Ilion et des autrès villes avait fait impression, désobéit à son commandant, qui cherchait à mériter la faveur du satrape en tenait bon et en lui assurant cette place très-forte. Les soldats envoyant des hérauts déclarer qu'ils iraient avec les Grecs et non avec les Perses, ils admirent sur-le-champ les Lacédaemoniens en dedans des portes. Après avoir heureusement pris et dûment assuré cette ville importante, Derkyllidas marcha contre Skêpsis et contre Gergis, dont la première était occupée par Meidias lui-même, qui, craignant l'arrivée de Pharnabazos et se défiant des citoyens de l'intérieur, jugea que le meilleur parti était d'ouvrir des négociations avec Derkyllidas. Il envoya solliciter une conférence, en réclamant des otages pour sa sûreté. Quand il sortit de la ville et demanda au commandant lacédsemonien à quelles conditions une alliance lui serait accordée, ce dernier répon-^ dit : « A condition que les citoyens resteront libres et autonomes. " En même temps, sans attendre acquiescement ou refus, il marcha droit aux portes de la ville. Meidias, pris à l'improviste, se trouvant au pouvoir des assaillants et sachant que les citoyens lui étaient hostiles, fut obligé d'ordonner d'ouvrir la porte, de sorte que, par cette rapide manœuvre.

(1) Xénoph. Hellen. III, 1, 18; Dio- nis par le sacrifice, — soit pour Tac-

dore, XIV, 38. tion, soit pour l'inaction. J'ai déjà

Le lecteur remarquera ici comment mentionné ailleurs combien il le fait

Xénophon arrange le récit de manière souvent dans TAnabasis.

à inculquer à un général le pieux de- On ne trouvera jamais, je pense, une

voir d'obéir aux avertissements four- pareille conclusion dans Thucydide. '

LA GRÈCE SOUS l'empirb lacéd^monien 257

Derkyllidas se vit en possession de la plus forte place du district sans perte ni délai , à la grande satisfaction des Skêpsiens eux-mêmes (1).

Derkyllidas, après être monté à l'Akropolis de Skêpsis pour offrir un sacrifice de remerciements à Athênê, la grande déesse patronne dllion et de la plupart des villes teukriennes, — fit sortir immédiatement la garnison de la ville, qu'il remit aux habitants eux-mêmes , en les exhortant à conduire leurs affaires politiques comme il convenait à des Grecs et à des citoyens. Cette conduite, qui nous rappelle Brasidasen contraste avec Lysandros, n'était pas moins politique que généreuse, vu que Derkyllidas ne pouvait guère espérer tenir une ville de l'intérieur au milieu de la satrapie Persane, si ce n'est par l'attachement des citoyens eux-mêmes. Il marcha ensuite vers Gergis, conduisant encore avec lui Meidias, qui demandait instamment qu'il lui fût permis de conserver cette ville, la dernière des forteresses qui lui restaient. Sans faire de réponse décidée, Derkyllidas le prit à ses côtés et s'avança avec lui à la tête de son armée, rangée seulement sur deux files, de manière à avoir l'apparence de la paix, jusqu'au pied des tours élevées de Gergis. La garnison sur les murs, voyant Meidias avec lui, lui permit d'approcher sans décharger un seul trail. «Maintenant, Meidias (dit-il), ordonne qu'on ouvre les portes, et montre-moi le chemin du temple d' Athênê, afin que je puisse y offrir un sacrifice. » Meidias fut encore forcé de donner l'ordre, par crainte d'être aussitôt saisi comme prisonnier, et l'armée lacédaemonienne se trouva maîtresse de la ville. Derkyllidas, distribuant ses troupes autour des murs, afin d'assurer sa conquête, monta à l'Akropolis pour offrir son sacrifice projeté ; après quoi il se mit en devoir de dicter le sort de Meidias, auquel il enleva son caractère de prince et ses forces militaires, — forces qu'il incorpora dans l'armée lacédaemonienne. Il invita ensuite Meidias à spécifier tous ses biens paternels, et lui rendit tout ce qu'il

(1) Xénoph. HeUen. III, 1, 20, 23.

T. XUl 17

RfêTOlBS 9B LA OBâCS

réclamait comme tel , hiéa qiie les assistants protestas^sent contre Tassertion avancée^ comme étant une exagération flagrante. Mais il saisit, comme proie légitime, tous le» biens et tous les trésors de Mania, et fit mettre %om scellé sa maison, que Meidias avait prise pour lui-même, — puisque Mania avait appartenu à Pharnabaz<» (1), avec lequel les LacéddeÙ3ionien«( étaient en guerre. In sortant de la maison, après avoir examiné et vérifié le contenu, il dit à «es officiers : « Maintenant, mes amis, nous avons déjà gagné une paye pour toute l'armée, huit mille hommes, pour près d'un an. Tout ce que nous acquerrons, en outre, vous arrivera également. » Il «avait bien l'effet favorable que cette nouvelle produirait »ur les dispositions, aussi bien qae sur la discipliné^iie l'armée, — en particulier sur les soldats de Cyrus, qui liaient eu le désagrément d'une paye irrégulière et de la pauvreté.

« Et où doiô-je vivre? » demanda Meidias, qui se voyait mis à la porte de la maison de Mania. « Dans ta demeure légitime assurément {répondit Derkyllidas) , dans ta ville natale de Skêpsis et dans ta maison paternelle (2). « Que devint l'assassin plus tard, c'est ce qu'on ne nous dit pas. Mais on est heureux de voir qu'il ne recueillit pas la récom-

(î) Xénoph. Hellen. III, 1, 26. Éîwé («)t, îqpY), M«vta Sï tCvo; ^v; Ol Ôè ità-rciQ etnov, i^tt 4>apv«êaC9V> OOxo&v

xai rà è'/CEivïi;, éfr\^ *apvaêaCou ; Mà- >i(rTa, f^affav. 'flfjLÉTep* àv eÎYi, ë^yj, l*et X9Qtto<i{ii«v * it^>i(i.fo( "f&p ^|i.îv

Peux points sont remarquables ici ; ï. La manière dont Mania, radministiwtrice d'un vaste diitHct, ave6 un trésor prodigieux et une armée coasidérable à jsa solde, est considér'ée comme appartenant k Pharnabazoc, — comm« la servante «t Wêclàre ât Pharnabazos. 2. La distinction faite ici entre un bien public et un bien privé, par rapport aux lois de la guerre et aux droits du vainqueur. Derkyllidas

réclame ce qui avait appartenu à Mania (ou & Phaniabacos), mais rton œ qui avait appartenu ë. Meidia».

Suivant les règles modernee de ia loi internationale, cette distinction est admise et respectée partotit, excepté «ur flier. Mais dans rancieti monde, elle n<e ressortait nullement d^uue manière au^si claire ni aussi saillante, et il est bon d« mentionner qu^elle fut observée dans cett« circonstance.

(2) Xônoph. Hellen III, 1, 28.

Ainsi tint l'intéressant récit au sujet d« Xfania, de Meidia» et de Derkyliidas L'abondance des détails et la^ façon dramatique dont Xénophon l'a développé me font croire qu'il assista réellement à la scène.

LA GRÈCB SOUS l'empire laCéd^monien 259^*

pense anticipée de son crime , dont les fruits furent un ^

avantage important pour Derkyllidas et pour son armée,

et un bienfait encore plus important pour les villes grecques qui avaient été gouvernées par Mania, — Taffranchissement et l'autonomie.

Cet exploit rapide, aisé et habilement conduit, — la prise de neuf villes en huit jours (399 av. J.-C), — est tout ce que Xénophon mentionne comme ayant été accompli par Derkyllidas pendant Tété. Ayant acquis une solde pourtant de mois, il se peut que les soldats aient été disposés à se retirer jusqu'à ce qu'elle fût dépensée. Mais, comme l'hiver approchait, il devint nécessaire de trouver des quartiers d'hiver sans encourir le reproche qu'avait mérité Thimbrôn, de consommer la nourriture des alliés. Craiimant toutefois que, s'il changeait de position, Phamabazos n'employât la nombreuse cavalerie persane à inquiéter les villes grecques, il lui proposa une trêve, que ce dernier accepta volontiers ; car l'occupation de Tifiolis par le général lacédsemonien était une sorte de poste de surveillance (comme Dekeleia pour Athènes), exposant à une attaque constante toute la Phrygia, près de la Propontis (dans laquelle se trouvait Daskylion, résidence de Phamabazos) (1). En conséquence, Derkyllidas ne fit que traverser la Phrygia, pour prendre ^ ses quartiers d'hiver en Bithyiiia, l'extrémité nord-ouest de l'Asie Mineure, entre la Propontis et le Pont-Euxin, le même territoire par lequel avaient marché Xénophon et les Dix Mille, quand ils allèrent de Ealpê à Chalkêdon. Il se procura d'abondantes provisions et du butin, tant en esclaves qu'en bétail, en pillant les villages bithyniens, non sans faire des pertes à l'occasion de son côté, par la négligence des personnes qui se livraient à la maraude (2).

Dne de ces pertes fut d'une importance considérable. Derkyllidas avait obtenu de Seuthès, en Tfaraoe européenne (le

(1) Xénoph. HeUen. III, 2, 1. No- Le mot ê<ciTeixt^Etv est capital et si-

(jLtCùv TTiv Aio>iSa èmni^iyid^QLi t^ gaiticatif, dans la guerre grecque. éavToO olxT^ffei ^yjyic^ {2) Xéfiopfa. Hellen. III, 2, 2-5»

môme prince dont Xénophon avait eu tant de raison de se plaindre), un renfort de 300 chevaux et de 200 peltastes, — Thraces odrysiens. Ces Odrysiens s'établirent dans un camp séparé, à environ deux milles et demi (= 4 kilomètres) de Derkyllidas, position qu'ils entourèrent d'une palissade à peu près à hauteur d'homme. Etant d'infatigables pillards, ils décidèrent Derkyllidas à leur envoyer une garde de 200 hoplites, dans le dessein de garder leur camp séparé, avec le butin qui y était accumulé. Bientôt le camp devint richement pourvu, en particulier de captifs bithyniens. Toutefois, les Bithyniens hostiles, guettant le moment où les Odrysiens étaient sortis pour la maraude, attaquèrent soudainement à l'aurore les deux cents hoplites grecs dans le camp. Ils leur lancèrent par-dessus la palissade des traits et des flèches, et ils en tuèrent et blessèrent quelques-uns, tandis que les Grecs avec leurs lances étaient complètement sans défense et ne purent atteindre leurs ennemis qu'en arrachant la palissade et en sortant pour charger. Mais les assaillants, armés à la légère, esquivant aisément la charge de guerriers portant un bouclier et une lance, les entourèrent quand ils commencèrent à se retirer et en tuèrent plusieurs avant qu'ils pussent revenir. Dans chaque sortie successive, les mômes phénomènes se représentèrent, jusqu'à ce qu'enfin tous les Grecs fussent accablés et tués, à l'exception de quinze, qui se firent jour à travers les Bithyniens à la première sortie et marchèrent en avant pour rejoindre Derkyllidas, au lieu de retourner à la palissade avec leurs camarades. Derkyllidas, sans perdre un instant, envoya un renfort, qui toutefois arriva trop tard et ne trouva que les corps nus des soldats tués. Les Bithyniens victorieux emmenèrent tous leurs captifs (1).

Au commencement du printemps, le général Spartiate retourna à Lampsakos, où il trouva Arakos et deux autres Spartiates, qui venaient d'arriver en qualité de commissaires envoyés par les éphores. Arakos avait pour instructions de

(1) Xénoph. Hellen. III, 2,4.

LA GRÈCE SOUS l'bMPIRE LACéO^MONIEN

prolonger le commandement de Derkyllidas pour une autre année, aussi bien que de faire connaître la satisfaction des éphoresau sujet de l'armée de Cyrus, par suite de la grande amélioration qui s'était opérée dans sa conduite, comparée avec Tannée de Thimbrôn. En conséquence, il réunit les soldats et leur adressa des paroles où se mêlaient l'éloge et les conseils, exprimant son espérance qu'ils continueraient à' se conduire avec autant de ménagement qu'ils avaient commencé à le faire à l'égard de tous les alliés asiatiques. Le commandant des soldats de Cyrus (probablement Xénophon lui-même), dans sa réponse, profita de l'occasion pour faire un compliment à Derkyllidas : « Nous sommes (dit-il) aujourd'hui les mêmes hommes que nous étions l'an dernier ; mais nous avons un autre général. Tu n'as pas besoin de chercher d'autre explication (1). n Sans nier la supériorité de Derkyllidas sur son prédécesseur, nous pouvons faire remarquer que les abondantes richesses de Mania, jetées dans ses mains par hasard (bien qu'il montrât beaucoup d'habileté à en tirer profit), étaient une circonstance auxiliaire, non moins inattendue qu'importante pour assurer la bonne conduite des soldats.

Entre autres instructions, Arakos était chargé de visiter tous les principaux Grecs asiatiques et de faire connaître leur état à Sparte; et Derkyllidas fut charmé de les voir commencer cette visite à un moment où ils devaient trouver les villes jouissant d'une paix et d'une tranquillité absolues (2). Tant que dura la trêve et avec Tissaphernês et avec

(1) Xénoph. HeUen. III, 2, 6, 7.

Morus suppose (avec beaucoup de

probabilité, je crois) que à T(Ôv KupfiUiiv upoe<r'n]xci>; veut dire ici Xénophon lui-même.

Il ne pouvait pas avec convenance faire allusion au fait que lui-même n'avait pas été à Tannée pendant Tannée du commandement dé Thimbrôn.

(2) Xénoph. Heilen. III, 2, 9.

•EXXyivCSwv, TCÔXetov iftS6ji.6vo; ôti l\u\' Xov 64/£<T0at Tàç iroXei; Iv elpi^vig eOSai{iovtx(ô; àiacfOvaoLç. Je ne puis m'eropôcher de croire que nous devrions lire ici 'En* 'Eçéffou, et non àiz* ^96<rou; ou autrement àico Aa(x4'û(xou.

Ce fut à Lampsakos que se passèrent cette enti*evue et cette conversation entre Derkyllidas et les commissaires.

Ceux-ci durent être envoyés de Lainp-

'262 HISTOIRB DE hh GBBCB

Pharnabazos, ces villes farent à Vabii de Vagression et ne

•payèrent pas de tribut; Tannée de terre de Derkyllidàa leur fournissaut une protection (1) analogue à celle qui avait été assurée par Athènes et par sa puissante flotte , dans rintervalle qui s^écoula entre la formation de la Confédé-

V ration de Dèlos et la catastrophe athénienne à Syracuse. En même temps, pendant la trê\e, l'armée n'avait ni occupation ni. subsistance. La tenir réunie et sous la main, saiis

' cependant qu'elle vécût aux dépens d'amis, tel était le problème.

Ce fut aussi avec une grande satisfacticm que Derkyllidas fit attention à un avis qui échappa accidentellement à Ara* kos. Quelques députés (dit ce dernier) étaient à ce moment

. à Sparte, venus de la Ghersouèse de Thrace (la longue langue de terre confinant à THellespont à l'ouest), sollicitant du secours contre les Thraces pillards leurs voisins. Cette fertile péninsule, hellénisée pour la première fois un siècle et demi

. auparavant par l'Athénien Miltiadês, avait été un rendez-vous favori pour des citoyens athéniens, dont beaucoup y avaient acquis des biens pendant la puissance navale d'Athènes. Ijjl bataille d'^gospotami déposséda ces propriétaires et les força à rentrer dans leur patrie, en même temps qu'elle privait la péninsule de sa protection contre les Thraces. Elle contenait actuellement onze cités distinctes, dont Sestos était la plus importante ; et ses habitants s'entendirent pour envoyer à Sparte des ambassadeurs chargés de prier les «éphores de dépêcher une armée dans le dessein de oons«truire un mur en travers de l'isthme de Kardia à Paktyê; en récompense de ce service (disaient-ils), il y avait assez -de terre fertile ouverte à autant de colons qu'il en voudrait

sftkoa à Ëpheios va paaiant par les II y avait des barmostcs lacédfCTao-

^ iFiiies grecques. niens dans la plupart d'entre oUes, et

Uexpiessiom èv eipiav^ sùdoii&ovtxâc des dékarehies à moitié brisée» ov mo-

•^taYoûaa; a trait aux relations étran* difiées dans beHnoenp. V. les passages

.jjères de ces ▼iJUes et à cette ciroons- sobséqn«H)ts (III, 2, 20; III, 4, 7; IV,

tance qu'elles n'étaient pas mcdestiée» H, 1).

par lea armes persanes ^ «ans impti- (1) Cf. Xénoph. HeLlen. IV, 8, 5.

^ner libevtèiDtérisunr ni étsi henrcox.

LA GRÈCE SOUS l'eMPIRE LACÉDjëMONIEN 269

venir, avec uae côte et de.» porta tout Toisîn« pour Texporiation. Miltiadês, quand il se rendit pour la p)*emière fois dan9 la Chersonèse, Tavait mine en rôreté en construisant daiis le même endroit un mur transversal, q«i avait été né- ;gligé depais pendant la péi-iode de la suprématie persane ; Periklês avait envoyé plus tard de nouveaux colons et fait réparer le mur. Mais il semble n*avoir pas été nécessaire tant que Tempire athénien fut dans toute sa vignear, — > vu qu'Athènes s'était en général ooncitié les princes thraees ou les avait tenus à distance, même sans un boulevard pareil (1). Informé que la requête des habitants de la Cherso* uèse avait été favorablement écoutée à Sparte, Derkyllidas résolut d'exécuter leur projet avec sa propre armée. Après avoir prolongé sa trêve avec Phamabazes, il franchit rHe!-lesponty passa en Europe^ et oecopa son armée pendant tout Yété à coBstriûre ce mur transversal^ d'une longueur d'environ quatre milles un quart (^z^ 6 kil. 800 met.). L'ouvrage lut réparti en portions entre les différentes sections de l'armée, la rivalité étant excitée par des réeoBipenses pour Verxécution la plus rapide et la plus habite, tandis que les liabtitânts de la Chersonèse étaient contents de fournir à Tarmée une paye et de la nourriture, p^idant une opération ^i donnait de la sécurité à toutes les onze cités et ajoutai! de la valeur à leurs terres et à leurs ports. Il parait qu'il j vint» sous les auspices de Lacédâsipone, de nombreux cotons^ — qui furent dérangés à leur tour, totalement ou en par^, ^uand l'empire maritime laûédœmonien fut détruit peu d'an- »ées après (2).

Quand il regagna l'Asie en automne, après avoir acheté ce travail qui avaU tenu son armée employée utilement et abondamment fournie pendant siK mois, Derkyllidas entre*prit ^39B-397 av. J.-€.) le siège d'Atiu*neus, forte positiou ^8ur la edie continentale à Teet de Mitylènè), occupée par

(1) Hérodote, VI,* 36; Plutarque, (2) Xénoph. Hellen. III, 2, 10; IV,

INvIklê», c, 19; l40krat«, Or, V (Phi- 8, 5. Diodore, XIV, 38, lipp.), 1. t.

quelques exilés de Chios, qui. avaient été chassés de leur lie natale peu ^'années auparavant» grâce à Taide qu'avait prêtée Tamiral lacédaemonien Kratesippidas, gagné à prix d'argent (1). Ces hommes, vivant du pillage qu'ils faisaient dans des expéditions dirigées contre Chios et l'Iônia, étaient si bien pourvus de provisions^ qu'il fallut à Derkyllidas un blocus de huit mois avant de pouvoir les réduire. Il mit dans Atarneus une forte garnison bien approvisionnée, afin qu'elle pût lui servir de retraite en cas de besoin,*— sous un Achseen nommé Drakôn, dont le nom resta longtemps un objet de terreur à cause de ses ravages dans la plaine voisine de la Mysia (2).

Derkyllidas se rendit ensuite à Ephesos, où bientôt lui arriva Tordre des éphores lui enjoignant de s'avancer en ELaria et d'attaquer Tissaphernês (396 av. J.-C). On renonça, alors d'un consentement mutuel à la trêve, qui avait jusquelà tenu provisoirement loin des Grecs asiatiques les collecteurs d'impôt persans. Ces Grecs avaient envoyé à Sparte des députés assurer aux éphores que Tissaphernês serait forcé de renoncer formellement aux droits souverains de la Perse, et de leur accorder une autonomie complète, si Ton attaquait vigoureusement sa résidence en Karia. En conséquence, Derkyllidas se dirigea vers le sud, franchit le Maeandros et arriva en Karia, tandis que la flotte lacédsemonieune sous Pharax coopérait le long du rivage. En même temps, Tissaphernês, de son côté, avait reçu de Suse des renforts, avec le titre de généralissime de toutes les forces persanes en Asie Mineure; alors Pharnabazos (qui était allé à la cour dans l'intervalle pour concerter des moyens plus vigoureux de poursuivre la guerre, mais qui était revenu actuellement (3), le rejoignit en Karia, prêt à commencer des opérations avec vigueur, afin de chasser Derkyllidas et son armée. Après avoir mis des garnisons convenables dans les places fortes, les deux. satrapes passèrent le Maeandros

(1) Diodore, XIII, 65. krate, Or. IV ( Panegyr. ) , »• !«'''•

(2) Xénoph. HeUon. III, 2, 11 ; Iso- (3) Diodore, XIV, 39.

LA GRÈCE SOUS L*EMPIRB LACÉDiBHONIBN 265

à la tète d*une paissante armée grecque et karienne, avec une nombreuse cavalerie persane, pour attaquer les cités ioniennes. Aussitôt qu il eut appris cette nouvelle, Derkyllidas revint de Karia avec son armée pour couvrir les villes menacées. Il avait repassé le Maeandros, et marchait avec son armée en désordre, sans soupçonner que Tennemi fût près, quand soudain il arriva sur leurs éclaireurs, établis 'Sur quelques monuments sépulcraux dans la route. Lui aussi envoya jusqu'aux tours et aux monuments voisins des éclaireurs qui lui apprirent que les deux satrapes , avec leurs forces réunies en bon ordre, y étaient postés pour l'intercepter. Immédiatement il donna à ses hoplites Tordre de se ranger sur huit de profondeur, avec les peltastes et la poignée de cavaliers sur chaque flanc. Mais Talarme causée par cette surprise parmi ses troupes fut telle, qu'on ne put compter sur personne, si ce n'est sur les soldats de Cyrus et sur les Péloponésiens. Des hoplites insulaires et ioniens, de Priênê et d'autres villes, quelques-uns allèrent jusqu'à cacher leurs armes dans le blé épais sur pied, et s'enfuirent ; d'autres, qui prirent leurs places dans la ligne, manifestèrent des dispositions qui laissèrent peu d'espoir qu'ils soutiendraient une charge; de sorte que les Perses eurent l'occasion de liyi^r une bataille non-seulement avec la supériorité du nombre, mais encore a^ec l'avantage de la position et des circonstances. Pharnabazos désirait atluquer sans retard. Mais Tissaphernês, qui se rappelait bien la bravoure des troupes de Cyrus, et concluait que tous les autres Grecs leur ressemblaient, le défendit; et il envoya des hérauts demander une conférence. Gomme ils approchaient, Derkyllidas, s'entourant d'une garde du corps composée des soldats les plus beaux et les mieux équipés (l), s'avança au-devant d'eux 8|^ le front de la ligne, et il leur dit que.

(1) Xénoph. HeUen. III, 2, 18. posants, quand il alla à son entrevue

Dans TAnabasis (II, 3, S), Xénophon avec Tissaphernês.

mentionne le même soin, de la part de Xénophon profite avec plaisir de Toc-

Klearchos, d*avoir autour de lui les casion pour faire un compliment indi*

soldats les mieux armés et les plus im- rect à l'armée de Cyrus.

1266. nsTon» db ui obècb

pour sa part, il était prêt à combattre, «^ mais, piûsqu^oa demandait une conférence, il ne voyait pas de difâculté à raccorder, .poar¥u qa'oD échangeât des otagee. Ce point ayant été consenti, et un lieu désigné pour la conférence le lendemain, les deux armées furent retirées simaltaHément; les Perses à Traliès, les Grecs à Leukophrys, célèbre par son temple d'Ârtemis Leukophryne (1).

Cette timidité de la part de Tissapbemès, même à un moment où il était encouragé par un satrape soacollègiie plus brave que lui* fit perdre aux Perses une occasion trè»favorable, et tira Tannée grecque d'une position fort pé* rillease. Elle sert à nous expliquer comment les soldats de Cyrus échappèrent, et la manière dont ils purent traversa des fleuves et franchir les terrains les plus difficiles sans aucune opposition sérieuse ; tandis qu'eu même-, temps elle contribua à confirmer dans Tesprit des Grecs les impressi(»s quant à la stupidité des Perses que cette évasion avait si fortement produites.

La conférence, comme ou pouvait s'y attendre, s^abootit à rien. Derkyllidas réclama en faveur des Grecs asiatiques une autonomie complète, -^ l'exemption de rinierventiou et du tribut persans; tandis que les deux satrapes, de leur <^ùtèy demandèrent instamment que Ton retirât de l'Asie l'armée lacédaamonienne, et de toutes les cités gréco*asiatiques les harmostes laeédaemoniens. Ou conclut un armistice, afin de donner le temps d'en référer aux autcMrités à Sparte et à Suse, et l'ou remit ainsi les choses dami l'état où elles avaient été au commencenLunt de ki gmerre (2).

Peu après la conclusion de cette trêve, Agésilas, r(M de Sparte, arriva avec des forces oensiiéiables, et la gnerrs sous tons les rapports commença à prendre de plus grandes prop(Mlions, -^ il en sera parié avec 4étail dans le cbapitra suivant.

Mais ce n'était pas en Asie seulement que Sparte avait

(l) Xésof^. Hellen. III, 2, 1»; Dio» t^) Xéaoph. HeUea. IH, 2, 20.

4ore, XIV, 39.

LA GRÈCE SOUS L^EMPIRE LACâDiBMONIEN 267

été engagée dans une guerre. Le renversement du pouvoir athénien avait enlevé ce lien commun de haine et d^alarme qui rattachait les alliés à son empire ; tandis que sa con*^ duite subséquente avait fait positivement ombrage, et a\ait même excité contre elle la même crainte d'ane ambition souveraine illimitée qui auparavant s'était élevée si puis* samment contre Athènes. Elle s'était appropriée presque tout Tempire maritime athénien, avec un tribut d'un mon* tant à peine inférieur» si même il Vêtait. Jusqu'à quel point le total de mille talents fut -il effectivement réalisé pendant chaque année successive, c'est ce que nous ne sommes pas en état de dire; mais telle fut la taxe fixée, et tel le plan établi par Sparte pour ses dépendances maritimes, — imposés encore par des instruments omniprésents d*oppres- £Ûon et de rapacité» décemvirs et harmostes, tels qu'Athènes n'en avait jamais produit de pareils. Si nous ajoutons à ce grand empire maritime le prodigieux ascendant sur terre dont Sparte avait joui auparavant, nous trouverons un total de pouvoir natériel bien supérieur à celui qu'avait possédé Athènes, même à l'époque de sa plus grande élévation,, avant la trêve de 445 avant J;-C.

Ce n'était pas tout. La pesanteur naturelle de caractère particulière aux citoj^ens Spartiates empêchait que les res;$ourees de l'État fussent jamais complètement dé* ployées. Les lenteurs habituelles de Sparte au nM)ment de l'action sont vivement critiquées par ses propres amis, en opposition avec l'ardeur et la fougue qui animaient ses eor nemis. Mais la bataille d'iEgospotami, et, après elle, l'aéministraiion entière des aSaàrts étrangères Spartiates se trouva entre le« mains de Lysandros, homme non-seulement exempt de l'inertie habituelle à ses compatriotea, mais doué de l'activité la plus infatigable et de l'ambition la plus avide, aussi hien pour son pays que pour luinfuémie. Sous sa direction, les immenses avantages que Sparte devait à sa nouvelle position furent à la fois systématisés et mis à profit de la manière la plus complète. Or il y avait assez dans le nouvel ascendant de Sparte, quelque usage modeste qu'on en fit^ pour répandre l'appréhension dans le mande

grec. Mais Tappréhension redoubla quand ou vit que son ascendant était organisé par son chef le plus agressif, qui vraisemblablement l'appliquerait aux vues d'une ambition insatiable. Heureusement pour le monde grec, il est vrai, la puissance de Sparte ne continua pas longtemps à être ainsi entre les mains de Lysandros, auquel son arrogance et sa présomption créèrent des ennemis à l'intérieur. Cependant les premières impressions reçues par les alliés relativement à l'empire Spartiate naquirent de sa conduite et de ses plans de domination , manifestés avec une fastueuse insolence ; et ces impressions durèrent même après que l'influence de Lysandros lui-môme eut été afiaiblie par la rivalité de Pausanias et d'autres qui la contre-minaient.

Tandis que Sparte séparément avait ainsi tant gagné à la fin de la guerre, aucun de ses alliés n'avait reçu la plus petite rémunération ni la plus faible compensation, si ce n'est celle que l'on pouvait considérer comme comprise dans la destruction d'ujn ennemi formidable. Même le résultat ou reliquat pécuniaire que Lysandros avait rapporté à Sparte (470 talents restant des avances faites par Cyrus), avec le butin acquis à Dekeleia, avait été entièrement gardé par les Lacédsemoniens eux-mêmes. Thêbes et Corinthe, il est vrai, firent des réclamations, auxquelles les autres alliés ne se joignirent pas (ou probablement n'osèrent pas le faire), afin d'être autorisés à avoir part à cette somme. Mais, bien que tous les efforts et tous les maux de la guerre eussent pesé sur ces alliés autant que sur Sparte, les réclamations furent refusées, et presque ressenties comme des outrages (1). Cette conduite inspira aux alliés non-seulement de la crainte pour la domination avide de Sparte, mais de la haine pour sa rapacité et sa tendance à accaparer. Ce nouveau sentiment se manifesta d'abord, d'une manière à la fois évidente et importante, dans la démarche des Thêbains et des Corinthiens, quand ils refusèrent de rejoindre Pausanias en marche contre Thrasyboulos et les exilés athé-

(1) Xénoph. Héllen. III, 5, 5; Platarque, Lysand. c. 27; Juatiti, V, 10.

LA GRÈC£ SOUS l'eMPIRB LAGÉDiEMONIEN

niens de Peirœeus (1), — moins d'un an après la reddition d'Athènes, l'ennemie que ces deux villes avaient haïe avec tant d'amertume jusqu'au moment même de la reddition. Même les Arkadiens et les Achseens aussi, obéissant habituellement aux ordres de Lacéddemone, ressentirent vivement la manière différente dont elle les traitait, par comparaison aux années précédentes de la guerre, quand elle avait été forcée d'entretenir leur zèle contre l'ennemi commun (2).

Toutefois les Lacédaemoniens furent assez forts non seulement pour mépriser l'éloignement croissant de leurs alliés, mais même pour se venger de ceux des Péloponésiens qui avaient encouru leur déplaisir (402 av. J.-C). Parmi ces derniers, on remarquait les Eleiens, actuellement sous un gouvernement appelé démocratique , dont le principal personnage était Thrasydaeos, — homme qui avait prêté une aide considérable, en 404 avant J.-C, à Thrasyboulos et aux exilés athéniens de Peirœeus. Les Eleiens, en l'an 420 avant J.-C, avaient été engagés dans une lutte avec les Spartiates, — ils avaient fait usage de leurs privilèges comme administrateurs de la fête Olympique pour les empêcher d'y assister en cette occasion, — et avaient ensuite pris les armes contre eux -avec Argos et Mantineia. A ces motifs de querelle, à ce moment d'une date un peu ancienne, s'étaient ajoutés plus tard un refus de fournir du secours dans la guerre 43ontre Athènes depuis la reprise des hostilités, eii 414 avant J.-C, et une exclusion récente du roi Agis, qui était venu en personne pour offrir un sacrifice et consulter l'oracle de Zeus Olympios, cette exclusion étant fondée sur le fait qu'il se disposait à demander la victoire dans la guerre alors

(1) Xénoph. Hellen. Il, 4. 30.

(2) Xénoph. Hellen. III, 5, 12. KopivOCovç Ôà xal "ApxaSaç xai 'Ax**^"^ "^^ 9<i5(xsv ; ol èv {jièv tw Ttpôç 0[iac (ce sont les députés thêbains qui parlent à rassemblée publique h Athènes) noXéjjLO) IxàXa >.Mtapoufxevot Otc* èxetvwv (les Lacédsemoniens), TcàvTcov xal novcov xal

xivSuvwv xal SaTravYijiàTwv (leTeTxov • èneX 8' ëTrpaÇav à èêovXovxo oî Aaxeôat- {xovioi , TtoCaç 9i àpx^; i\ Tifiy;; ^î iioia>v Xpioptaxcùv jxexaSsSwxaffiv aOrotç; àXXà Toùç piEv sDvtoTaj àpfjLocrrà; xa6i(rràvai à^iou(n, Tâv Se ^ufjL[iàx<ov sX£v6épa>v 6vT(ov, èîtel eOTuxrjffav, Ôefficorai àva- TreçTfivacrtv.

HISTOfRB DB LA &KÊSCE

pendante contre Athènes, contrairement à Fancienne règle du temple olympique, qui n'admettait ni sacrifice ni consultation relativement aux hostilités de Grec contre Grec (l). Ces actes furent considérés par Sparte comme des affronts, et le moment était alors favorable pour s'en venger, aussi bien que pour châtier et humilier Elis (2). En conséquence, Sparte envoya une ambassade demandant aux Eleiens ae tenir compte des arrérages non payés de la quote-part imposée sur- eux pour les frais de la guerre contre Athènes, et de plus de renoncer à leur autorité sur leurs municipes ou Periœki dépendants, en laissant ces derniers autonomes (3). Il y avait plusieurs de ces dépendances dans la région appelée ïrijihylia, au sud de l'Alpheios et au nord de la Neda, sans qu'aucune fût très-considérable individuelle* ment. L'une d'elles était Lepreon, dont les Lacédaernoniens avaient défendu l'autonomie contre Elis, en 4^^0 avant J.-C, bien que, durant la période subséquente, elle fût redevenue sujette.

Les Éleiens refusèrent de faire droit à la demande envoyée ainsi, alléguant qu'ils possédaient leurs cités dépendantes par droit de conquête (402 av. J.-C.). Ils renvoyèrent même aux Lacédsemoniens l'accusation d'asservir les

(1) Xénoph. HeUen. IIT, 2, 22.

TouTow 6' i»(TTep©v, x«i "Ayt^oç icepL- (pÔévToc Ô0<7ac Ttp Alt xarà (tavTeiav Tiva, lx(o)vi»ov ol TlÀsToi, [i.i\ îrpoaeu- Xeo6ai vixyjv iroXépiov, Xéyovreç, 6>; xaî TO apxocîov eiT) ovtu> v6(jli(aov, jxii x^"^^" TTQptàCeaÔai toù; "EXXyjvaç âç' 'EXXtqvwv

Cette règle semble assez naturelle, pour un des temples et établissements panhelléniques les plus grands. Cependant elle n'était pas constamment observée à Olympia (Cf. un antre exemple — Xénoph Hellen. IV, 7, 2); ni encore à Delphes, qui* était non moins panhellénique qu*Olympia (V. Thucyd.

î, 11b). Nous sommes donc amené à

supposer que c*était une règle que les Eleiens invoquaient quand ils étaient poussés par quelque sentiment ou quelque éloignement.

(2; Xénoph. Hellen. HT, 2, 23. 'Ex toOtcov CUV 7càvT(i>v opYiCo{Ai>otc, eSo^ toi; êçopoi; xal xtj èxxXTi<7ia (Tcoçpovi- (7 ai aÙTOùc.

(3) Diodore (XIV, 17) mentionne cette demande des arrérages, qui semble très-probable. Elle n est pas signalée directi-mentpar Xéaophon, qui cependant mentionne (Y. le pa 6a</e cité dans la note de la page précédente) l'imposition générale levée par Ôparte sur tous ses alliés péioponéjùens pendant la guerre.

LA QRÈCE 90U8 L*EMFIBE lACéDiBMONlEN

Grecs (1); alors Agis se mit en marché avec taie armée pour envahir leur territoire, où il entra du côté nord, aa point où il touchait à l'Achaia. A peine eut-il franchi 1^ fleuve frontière Larissos et commencé ses ravages, qu'un tremblement de terre se fit sentir. Un tel événement, habi^ tueUemènt expliqué en Grèce comme un avertissement divin, agit en cette occasion si fortement sur la sensibilité religieuse d'Agis, que non*seulement il se retira du territoire éleien, mais qu'il licencia son armée. Sa retraite augmenta tellement le courage des Éleiens qu'ils envoyèrent des députés pour essayer d'établir des alliances avec celles des villes qu'ils savaient mal disposées pour Sparte. Toutefois, ni Thèbes ni Corinthe ne purent même être amenées à les^ aider, et ils n'obtinrent aucun autre secours, si ce n'est mille hommes d'^Etolia.

L'été suivant (4Ô1 av. J.-C), Agis entreprit une seconde expédition, accompagnée en cette occasion par tous les ai* liés de Sparte, même par les Athéniens inscrits à ce moment Sûr la liste. Thèbes et Corinthe seules restèrent à l'écart. En cette occasion il approcha par le côté opposé ou méridional, celui du territoire appelé jadis Messênia, en passant par Au' on et en franchissant ia Neda. Il traversa la Triphylia jusqu'à l'Alpheios, qu'il traversa, et il se rendit ensuite à Olympia, où il accomplit le sacrifice dont les Eleiens l'avaient excia auparavant. Dans sa marche, il fat rejoint par les habitants de Lepreon, de Makistos et d'autres villes dépendantes, qui rejetèrent alors le joug de l'Elis. Ainsi renforcé, Agis marcha droit vers la ville d'Elis, à travers une contrée productive par suite d'une culture florissante^

(1) Diodorê, XIV, 17.

Diodore introduit dans «M affaires eomma «uteur le roi P«i«B«iiias, fH nûïk le roi A^B.

Pansanias dit (III, 9, Sf) quA left Elet^siia, en faisant ttrie répobee YiégatÎTe à la d'amande dts hpaite, ajoatèrent qu'ils aftraiiehiraieiit leurs Periceki, quand ils verraient Sparte affranchir les

siens. Cette réponse me partitt extra»

m'ement improbab e dans l'état actuel de (Sparte et dans ses rapports ayee les antres États grées. Uue allnsion aux relations entre Sparte et ses Periœki était une nouveauté, même «n d71 «V. J.-C.) au congrès qui précéda la liataiUe de Leoktra.

HISTOIRB DE LA QRÈCB

enrichie par la foiile des visiteurs et par les sacrifices ofiferts au temple Olympique voisin, et non assaillie pendant une longue période. Après avoir attaqué, non pas très-vigoureusement, la ville à demi fortifiée, — et avoir été repoussé par les auxiliaires iEtoliens, — il marcha droit au port appelé Kyllênô, pillant toujours le territoire. Si abondant était le fonds d'esclaves, de bétail et d'opulence rurale généralement, que ses troupes non-seulement s'enrichirent par le pillage, mais qu'elles furent aussi rejointes par une foule de volontaires arkadiens et achseens, qui affluèrent pour avoir leur part dans la riche moisson (1).

L'opposition, ou parti oligarchique opulent en Elis, profita de cette conjoncture pour prendre les armes contre le gouvernement; elle espérait se rendre maltresse de la cité et se maintenir au pouvoir avec l'aide de Sparte. Xenias, son chef, homme d'une immense fortune , et plusieursrtie ses adhérents, sortirent en armes et attaquèrent le palais du gouvernement, où il paraît que Thrasydaeos et ses collègues avaient fait un festin. Ils tuèrent plusieurs personnes, et entre autres une, qu'à cause d'une grande ressemblance personnelle ils prirent, par erreur, pour Thrasydaeos. Toutefois à ce moment ce dernier était enivré et endormi dans une chambre séparée (2). Ils s'assemblèrent ensuite sur la place du marché, se croyant maîtres de la ville; tandis que le peuple , sous la même impression que Thrasydaeos était mort, était trop efi*rayé pour faire de la résistance. Mais bientôt on apprit qu'il vivait encore : le peuple afflua au pa-

(1) Xénoph. Hellen. III, 2, 25, 26; Diodore, XIV, 17.

(2) Xénoph. Hellen.. III, 2, 27; Pausanias, III, 8, 2; V, 4, 6.

Les mots de Xénophon ne sont pas très-clairs — Bov)6(xevoi 8s oi Tcepc SevCav TÔv Xeyoïxevov {leSiavtj) aTtopi.eTpyj'ffaaOat t6 iiapà toO TCtx/tçbç àpyviptov (t9jv TcoXiv) èi' aÙTûv wpodxwpîjffat AaxE8ai{i.oviot; , êx7re(TÔVTeç è^ olxtac ÇtçT) ëxovTeç açayà; TroioOci, xaî àXXovç Té Ttvaç XTEivouai, xai ôjjloiôv Tiva 0pa-

ouSaCco àiroxTstvavTE; , tc^ toO 6iQ(tov TrpooTctTTo, (povTO 6pa(juôaïov àjcexTOvévai.... *0 oà 0pa(Tv6xto; Irt xaOcvSuv irvyxavev, ouTcepipLsOuaOri.

Les mots et le récit sont également obscurs. Il semblerait qu'une phrase a disparu, quand nous arrivons soudainement à la mention de Tétat d^ivresse de Thrasydaeos, sans qu'il ait été parlé auparavant d'aucune circonstance ou amenant ou impliquant cet état.

LA GRÈCE SOUS l'eMPIBE LACÉDiBMONIEN

lais du gouvernement «* comme un essaim d'abeilles (1), » et se rangea pour le protéger aussi bien que pour se mettre sous sa direction. Il les conduisit immédiatement au combat, défit complètement les insurgés oligarchiques et les força de fuir pour chercher protection dans Tarmée lacédaemonienne.

Agis évacua bientôt le territoire éleien (400 av. J.-C), non toutefois sans établir un harmoste lacédaemonien et une garnison lacédsemonienne, avec Xenias et les exilés oligarchiques, à Ëpitalion, à quelque distance au sud de T Alpheios. Occupant ce fort (analogue à Dekeleia en Attique), ils portèrent tout alentour le ravage et la ruine pendant tout l'automne et tout l'hiver, à un degré tel, qu'au commencement du printemps Thrasydaeos et le gouvernement éleien furent forcée d'envoyer à Sparte solliciter la paix. Ils consentirent à raser les fortifications imparfaites de leur ville, de manière à la laisser tout à fait ouverte. En outre, ils livrèrent leur port de Kyllènè avec leurs vaisseaux de guerre, et renoncèrent à toute autorité sur les municipes triphy liens aussi bien que sur Lasion, qui était réclamé comme ville arkadienne (2). Bien qu'ils insistassent avec énergie sur leur prétention de conserver la ville d'Epeion (entre la ville arkadienne d'Heraea et la ville triphylienne de Makistos), alléguant qu'ils l'avaient achetée de ses anciens habitants au prix de trente talents une fois payés, — les Lacédaemo-

(1) Xénoph. Hellen. III, 2, 28.

(2) Xénoph. Hellen. III, 2, 30. Il y a qnelque chose d^embarrassant dans la description que fait Xénophon des mnnicipes triphyliens que les îUeiens livrèrent. D'abord, il ne nomme ni Lepreon ni Makistos , qui tous deux cependant s'étaient joints à Agis dans son invasion, et étaient les places les plus importantes de la Triphylia (III, 2, 25). Ensuite , il nomme Letrini , Amphidoli et Marganeis, comme Triphyliens, et cependant ils étaient au nord de TAlpheios, et sont aiUeurs distingués des municipes triphyliens. J'in-

cline à croire que les mots de son texte, xal Ta; TpiçvXîSac TCoXetç à^eîvai, doivent être pris comme signifiant Lepreon et Makistos, peut-être avec quelques autres endroits que nous ne connaissons pas ; mais qu'un xat après àçeivai a disparu du texte, et que les cités dont les noms suivent doivent être regardées comme non tri phy Hennés.

Phrixa et Epitalion étaient toutes deux au sud, mais seulement juste au sud, de l'Alpheios ; elles étaient sur les fron • tières de la Triphylia — et il semble douteux qu'elles fussent à proprement parler triphyliennes.

niens déclarèrent que c'était un marché obligatoire imposé de force à de plus faibles, et refusèrent de le reconnaître. La ville leur fut enlevée, vraisemblablement sans remboursement de la somme d'achat soit en partie, soit totalement. A ces conditions, les Éleiens furent admis à recevoir la paix, et inscrits de nouveau parmi les membres de la confédération lacédsemonienne (1).

Il semble que le temps de la fête Olympique approchait alors, et les Éleiens étaient probablement d'autant plus désireux d'obtenir la paix, de Sparte, qu'ils craignaient d'être privés de leur privilège comme surveillants. Les Pisans, qui

(1) Xénoph. HeUen. III, 2, 30; Dio- «lore, XIV, 34; Patsan. III, 8, 2.

Cette guerre entre Sparte et Elis s'étend sur trois ani.ées différentes : elle eommença dans la première, occupa tonte la seconda et se termina dam la troisième. Quelles furent ces trois années ( sur les sept qui séparent 403 de 3% av. J -C), c'est là un point sur lequel les critiques n'ont pas été unanimes.

£n suivant 1» chronologie de Diodore, qui place le commencement de Tannée en 402 av. J.-C, je diff^ de M. Clinton, qui le place en 401 av. J.-C.

(Fasti Hellen. ad ann.), et de Sieveri (Geschichte von Griechenland bis zur Schlacht von Mantinea, p. 382), qui le place en 398 av. J.-C.

Selon l'idée de M. Clinton, la principale année de la guerre aurait été 400 av. J.-C, l'année de la f^te olympique. Mais assurément, s^il en avait été ainsi, la coîncidettce de la guerre dans le pays avec la fête olympique â dû faire naître tant de complications, et agir si puissamment sur les sentiments de tout le monde, qu'il en aurait fait une mention spéciale. A mon avis, la guerre fut terminée dans la première partie de 400 av. J.-C, arvant l'arrivée de l'époque de la fltc olympique.

Probablement les Eleiens désiraient, pour cette raison même, la terminer avant que la fête arrivât.

Sievers, en discutant le point, admet que la date assignée par Diodore à la guerre éleienne cadre tant avec la date que donne Diodore pour la mort d'Agis, qu^avec celle que Plutarque avance au sujet de la durée du règne d'Agésilas — mieux que la cbronologie, que lui-même (Sievers) préfère. Il fonde sa conclusion sur Xénoption, Hellen. III, 2, 21. Tavxtov ôè icpatTO{jiv<iiv év t^ 'ÂGict Cnro AepxuXXiôa, AaxeSat^/Svtoi xaxà rèv aOtôv xp^^vov iràXai ôpyiCéji£voi xoXç 'HXéCoiç, etc.

Ce passage est certainement de quelque poids; cependant je pense que dan& le cas actuel il ne doit pa3 être pressé avec une exactitude rigoureuse quant à la date. Tout le troisième livre, jusqu'à ces mots mêmes, a été occupé entièrement par le cours des affaires asiatiques. Pas un seal acte accompli par les Laeéd^smoniens dans le Péloponèse, depuis l*anmi9ti« à Athènes , n'a encore été mentionné. Le commandement de Derkyllidas ne comprenait que la dernière partie des exploitsasiatiques , et Xénophon s'y est référé vaguement comme s'il renfermait le tout. En outre, Sievers resserre toute la guerre éleienne en une année et une fraction, intervalle plus court, à mon sens, que celui qu'impliquent les assertions de Xénopbon.

LA GRÈCE SOUS l'empire lacéd^emonien 275

habitaient le district immédiatement autour d'Olympia, profitèrent de l'invasion Spartiate en Elis pour demander le rétablissement de leur privilège primitif, comme administrateurs du temple de Zeus à Olympia avec sa grande solennité périodique, — dont on déposséderait les Eleiens comme usurpateurs de ce privilège. Mais cette requête n'eut pas de succès. Il était vrai que ce droit avait appartenu aux Pisans, dans les anciens temps, avant que la fête Olympiqueeût acquis son importance et sa grandeur panhelléniques actuelles, et que les Éleiens ne se l'étaient approprié qu'après avoir conquis le territoire de Pise. Mais à prendre la fête telle qu'elle était alors, les Pisans, vrais villageois sansaucune cité considérable, étaient incapables de faire ce qu'elle exigeait, et en auraient ravalé la dignité aux yeux de toute la Grèce.

En conséquence, les Lacédaemoniens, pour cette raison,, repoussèrent leur réclamation et laissèrent la surveillance des jeux Olympiques encore entre les mains des Eleiens (1).

Les Lacédaemoniens, en dictant d'une manière aussi triomphante des conditions à l'Elis, se trouvèrent dans un état d'ascendant dominant dans tout le Péloponèse, tel qu'ils n'en avaient jamais auparavant occupé de pareil. Pour compléter leur victoire, ils enlevèrent tout ce qui restait de leurs anciens ennemis les Messêniens,»dont quelques-uns avaient été établis par les Athéniens à Naupaktos; d'autres dans l'île de Kephallenia. Tous les membres de cette race persécutée furent alors chassés, â l'heure de la toute-puissance lacédsemonienne, du voisinage du Péloponèse, et forcés de chercher asile, quelques-uns en Sicile, d'autres à Kyrênê (2). Nous aurons, dans un chapitre futur, à rappeler le changement de fortune en leur faveur.

(1) Xénoph. Helleii. 111,2, 31. (2) Diodore, XIV, 34; Pausanias^

Page 1