HI8T01BB DB LA OBBCB
de Sfarte était non-sealeisbent éloignée, maius encore soarde* et insensible, au point de ne lai donner aucune protecti(m et de le laisser complètement à la merci de Tharmoste. Il parait aussi que la rigueur de Téducation Spartiate et la^ singularité d'habitudes rendaient les Lacédasmoniesis, individuellement en service à l'étranger, plus obstinés, plus incapables d'entrer dans les coutumes ou dans les senti-ments des autres, et plus sujets à dégénérer^ quand ils^ étaient libres de la surveillance rigoureuse de leur patrie,. ~ que les autres Grecs en général (1).
En réunissant toutes ces causes de malhears, — * lesdékarcbies, les barmostes et Técrasante dictature de Lj* sandres, — et en expliquant les autres parties du monde grec par l'analogie d'Athènes sous les Trente, — nous serons autorisé à affirmer que les premières années de Tempire Spartiate qui suivirent la victoire d'iEgospotami furent des années d'une tyrannie universelle et de calamités intes^ tines variées, telles que la Grèce n'en avait jamais eiularé de pareilles. Les maux de la guerre, cruels en bien des ma- Bières, étaient actuellement terminés ; mais ils étaient remplacés par un état de souffrance non moins difficile à supporter parce qu'il s'appelait la paix. Et ce qui rendait la âK)uffrance encore plus intolérable, c'est que c'était on amer désappointement et une violation flagrante de promesses faites, à plusieurs reprises et explicitement, par les Lacédâdmoniens eux-mêmes.
Depuis plus de trente années auparavant, — depuis des^ temps antérieurs au commencement de la guerre du Pélopo-
(1) Telle semble avoir été Timpresslon non-seulement des ennemis de Sparte, mais des autorités Spartiates.
CL deux, paasages remarquables de Thucydide, 1, 77,' et I, 95. "AjiixTa yàp ^dit l'ambassadeur athénien de Sparte) xâ ts «a6' d^t&i oùxwk vofu^Mt TilçdiXXotc IxCTS, XQLÏ irpo^éri tU Sxaff*
Après qu'ils eurent rappelé de THeilespont le régent Pausanias et Dorkîs (en 477 av. J.-C), les LacédsBmoniens refusent d'envoyer un successeur, ço- 6ou[A£vot (i9j açtatv ol è^tovTEc X^^po^C YiyvcovTai, ôicep xai év xîù IlGtuaavtqi évesa^v, etc. (1, ^)
Cf. Plotairqae, Apopbtheg. Laconic.^ p. 2S0 F.
LA GRÈCE SOTS l'eMPIRB LACÉDJEMONIEN
nèse, — les Spartiates ayaient fait profession de n'intervenir que dans le dessein de délivrer la Grèce, et de renverser l'ascendant usarpé d'Athènes. Tous les alliés de Sparte avaient été appelés à une action énergique , — tous ceux d'Athènes avaient été pressés de se révolter, — au cri entraînant de- « Liberté pour la Orèce. » Les premières exhortations adressées par les Corinthiens à l^tat de Sparte, en 432' av. J.-C immédiatement après la dispute korkyraeenne,. l'invitaient à se mettre en avant pour remplir la fonctions reconnue de « Libérateur de la Grèce, >» et le dénonçaient comme coupable de connivence avec Athènes s'il reculait (1). Athènes était stigmatisée comme la « cité despote n qui avait déjà absorbé l'indépendance de beaucoup de Grecs, et menaçait celle de tous les autres. La dernière^ demande formelle faite à Athènes par les députés lacédaemoniens, l'hiver qui précéda immédiatement la guerre,, était ainsi conçue : — « Si vous désirez la continuation de la paix avec Sparte, rendez aux Grecs lear autonomie (2). ^ Quand Archidamos, roi de Sparte, s^avança à la tête de soa armée pour assiéger Platée, les Platseens réclamèrent l'autoHomie comme leur ayant été garantie solennellement par le roi Pausanias après la grande victoire remportée près de leur ville. Archidamos leur répondit : « Votre demande est juste : nous sommes prêts â confirmer i^otre autonomie, — mais nous vous invitons à nous aider à assurer la mêmechose à ceux des autres Grecs qui ont été asservis par Athènes. C'est là le seul but des grands efforts que nous faisons présentement (3). »» Et la bannière d'un afifranchissement
(1) Thucydide, I, 69. Où ràp ô 8ov- XfdtfàpLevo;, àW 6 S\jvâ(i£vo; {jlèv iraOowi, ireptofcûv 6è, àXyjOÉcjTepov aOto 8pÇ, ÊÎTtep xal TT^v àÇîtoaiv ttjç àpetTî; ûiç ê>euOep(ov tyiv 'EUàôa çépSTai.
Dans le même dessein le second discours de» Ambassadeurs corinthiens il Sparte, c. 122-124, — ji^j [U\ltxe ïlort-
SatàTat; tè Troieï(ï6at rtjiwpiav xal
Tûv âXXo>v ^.e'teX6elv t?Iv èXeuOspîav.
(2) Thucydide, I, 139. Cf. Isokrate,
Or. TV, Panegyr. c. 34, s. 140; Or. V (Philipp.), s. 121: Or. XIV
(Plataic), s. 43.
(3) Thucydide, II, 72. Ilapaffxeuv^ Ôè TÔcTjSe xai 7roXe[jt,o; yeyévrixai aùxwv Evexa xal twv dXXwv IXeuôepaxjetoç.
Lire anssi le discours de Torateur thêbain, en réponse au Plataeen, après la prise de la ville par les Lacédsemoniens (III, 63).
général, que les Lacédaemoniens levèrent ainsi au début de la guerre, enrôla dans leur cause une sympathie encourageante et des vœux favorables d'une extrémité à l'autre de la Grèce (1).
Mais l'exemple de beaucoup le plus frappant des séduisantes promesses faites par les Lacédaemoniens fut fourni par la conduite de Brasidas en Thrace, quand il vint pour la première fois dans le voisinage des alliés d'Athènes pendant la huitième année de la guerre (424 av. J.-C). Dans son mémorable discours adressé à l'assemblée publique à Akanthos, il prend la plus grande peine pour la convaincre qu'il vient seulement dans le dessein de réaliser la promesse d'affranchissement faite par les Lacédaemoniens. au commencement de la guerre (2). Ne s'étant attendu, en agissant dans une telle cause, à rien moins qu'à un accueil cordial, il est étonné de trouver leurs portes fermées devant lui. « Je suis venu (dit-il) non pas pour faire tort aux Grecs, mais pour les délivrer ; après avoir lié les autorités Spartiates par les serments les plus solennels, en leur faisant jurer que tous ceux que je pourrai entraîner seront traités comme alliés autonomes. Nous ne désirons vous avoir pour alliés ni par la force ni par la fraude, mais agir comme vos alliés à un moment où vous êtes asservis parles Athéniens. Vous ne devez pas suspecter mes desseins, en face de ces assurances solennelles ; encore moins quelqu'un doit-il reculer par appréhension d'inimitiés privées, et par la crainte que je ne remette la cité entre
(1) Thucydide, II, 8. *H 6à euvoia reprochent-ils de taer ses prisonniers,
'jzaçià iroXv è^oiet tûv àvOptàncov (lâX- comme étant en contradiction avec cet
Xov eç Toùç AaxedaiyLovîou;, âXXcoc te objet (III, 32) — IXsyov oO xaXû; t^v
xai TCpoeiicôvTcov oti r^v *£XX<xSa èXeu- *£XXci§a èXeu&epoûv aùtov, el âvdpoç
OepoOàiv. diéf Oeipcv, etc.
V. aussi III, 13, 14, — le discours (2) Thucydide, IV, 85. 'H jUv Ix-
adrcssé aux Lacédsemoniens par les àé' 7cepL4'î; {x^u v.a\ tt); tiTpaTiâ; \>no Aaxs-
pûtes de MitylênÔ révolt(^e. $ai(i.ovi(i>v. Sa !A.xocvdiot, y&'féy/TfixaLi tiqv
On annonce que Tamiral lacédsemo- akiav iTraXi^Oeuouaa 9jy à^j(6yLSyot tou nien Alkidas avec sa flotte traverse la . iroXé(i.ou 9cpo8tTco(JLev , 'Aôy)vatoi(
mer JSgée pour se rendre en lônia iXevOspoùVTec Ti?jv '£XXdSa -ico*
dans le dessein de « délivrer la Xs|&;^aeiv.
Grèce; » aussi les exilés samieus lui
LA GRÈCE SOUS l'kMPIRE LACÉD^MONIEN
les mains de quelques partisans choisis. Je ne suis pas venu pour m'identifier avec une faction locale : je ne suis pas homme à vous offrir une liberté chimérique en brisant votre constitution établie, dans le dessein d'asservir soit le grand nombre au petit, soit le petit nombre au grand. Ce serait plus intolérable mê^me qu'une domination étrangère; et nous autres, Lacédaemoniens, nous ne mériterions que des reproches, au lieu de recueillir des remerciements et de l'honneur pour notre peine. Nous attirerions sur nous-mêmes ces mêmes critiques en vertu desquelles nous essayons d'abattre Athènes; et ces critiques seraient plus sévères pour nous que pour ceux qui n'ont jamais fait d'honorables déclarations; puisque, pour des hommes d'une position élevée, une tromperie spécieuse est plus honteuse que la violence ouverte (1). — Si (continuait Brasidas) en dépit de mes assurances, vous me refusez encore votre coopération, je me^ croirai autorisé à employer la force contre vous. Nous ne serions pas autorisés à imposer la liberté à des personnes malgré elles, si ce n'est en vue de quelque avantage commun. Mais comme nous ne cherchons pas l'empire pour nousmêmes, — que nous ne faisons d'eflfort que pour abattre l'empire des autres, — que nous offrons l'autonomie à chacun et à tous, nous serions coupables envers la majorité si nous vous permettions de persister dans votre opposition (2). »
(1) Thuojrd. IV, 85. Auto; te oOx iid xax<jp, in^ èXeu6ep(tf<Tet 6è tcov *£X- X^v(i>v TiapeX^XuOa, opxot; Te AaxeSailAOvtcav xaTa).aê(i>v t» téXiti toiç jieYÎff- TOj^, ri (fcVjv ov; av lycdys izpoaccxàyta^i ^\k\tÂx<iVi iaeaOat aÙTov6(i.ouc... KaX el Tt; i6icf Ttva 6e8i(i>; âpa, [l^ iyui Ttori ^cpoaOro Ti^v TcôXiv, àirp66u(j,6( èori, TcàvTfov (làXi^Ta TCi(TTeu<rdT(i>.
OO yàp ffxiffTaffidffCDv i^xio, oùSè àGatpfi r^v âXeuOepCav vo(i.{i^ti> èmçépetv, et, To irdTpiov napeici tô fcXéov Toïc èXtyoiç, il Ta êXaoraov T0tc3câ<rt, SovX(09ai(£i. XaXe-jïc^Tepa yàçt &v TTic àXXoçuXou àpx^( s^^i %^( :?^|i,iv toi; Aaxe$at(j.ovtoi; oOx àv àvri
wovwv x^P*? xa6C<yTatT0, àvTl 6è Tt(XYic xal ôoéi; «ÎTia (làXXov • ol; Te Toùç 'AÔTQvatouç èyxXi^iiaffi xaTaTio-»
Xe(i.ou(i.ev, aÛTol âv (paivoijJieOa ixOiova 5^ ô (j.1^ 0TCO$eÙa; &peTir}'v
xaTaxTcà(i.evoi.
(2) Thucydide, IV, 87. Oùôà ôçei- Xojiev ol Aooceôaii*.6vioi [tii xotvou Ttvo; ^YaOoO alTitf toù; \Lii pouXojiivou; èXeu- Oepouv. OvS' a^ dpx^C è9iétJ.e6a, waûfftti ôè iJÛiXXov érépouç <nreûôovteç Toù; icXeiou; «v &8ixoî(ikev, si Çu(j.icâotv aÙTOvo(J.i«v èicttpépovTe; i»{MC( Toi^çivavTiov|iivovç icepitÔoijuv (Cf. Isokrate, Or, IV (Panegyr.), s. 140,
234 BI8TOIBE 9E LA ORteB
Semblables aux soayerains alliés de TEnrope en 1813 ; qui, en demandant aux peuples les efforts les plus énergiques pour lutter contre Terapereur Napoléon, promirent des constitutions libres, et toutefois n'accordèrent rien après que la -victoire eut été assurée, — les Lacédaemoniens donnèrent ainsi à plusieurs reprises les assurances les plus formelles d'une autonomie générale, a6n d'enrôler des alliés contre Athènes, désavouant, même avec ostentation, toute prétention à l'empire potir eux-mêmes. Il est yrai qu'après la grande catastrophe devant Syracuse, alors que la ruine d'Athènes paraissait imminente, que l'alliance avec les satrapes persans contre elle était contractée pour la première fois, les Lacédaemoniens commencèrent à songer davantage à l'empire (1), et moins à la liberté grecque qui, dans le fait, en ce qui regardait les Grecs sur le continent de l'Asie, fut livrée S la Perse. Néanmoins l'ancien mot d'ordre durait encore. On croyait encore généralement, bien que ce fût annoncé avec moins d'empressement, que la destrtiction de l'empire athénien était recherchée comme moyen de délivrer la Grèce (2).
La victoire d'^Egospotami, avec ses conséqirences, détrompa cruellement tout le monde. Le langage de Brasidas, sanctionné par les serments solennels des éphores lacédaemoniens, en 424 avant J. C, — et les actes du Lacédsemonien Lysandros en 405-404 avant J.-C, heure à laquelle commence la toute-puissance Spartiate, — sont dans une contradiction si littérale et si flagrante, que ûous pourrions presque nous imaginer que le premier avait prévu la possibilité d^un tel successeur, et qu'il avait essayé de l'avilir et de le désarmer à l'avance. Les dékarchies de Lysandros réalisèrent précisément cet ascendant d'un petit nombre de partisans choisis que Rrasidas répudia comme une abomi-
(1) Senthneiits èes Lacédwmomeûs t^ç itAoYiç 'EXXiîo; ij^ï] à(Tça>â); tT'i'
pendant Phiver qni suivit immédiate- <re(r6au
ment la grande catastrophe syracn- (2) Cf. Thucydide, VIII, 43, 3;
saine (Thucyd. VITI, 2), — xai' xa6e- VIII, 46, 3. XôvTeç éxeîvou; (les Athéniens) aôtol
LA GRÈCE SÙCB L*EBCPIR8 LAOÉD^MONIEN
nation pire que la domination étrangère; tandis que les harmoates et la garnison, installés dans les cités dépendantes avec les décemTirs indigènes, établirent la seconde variété de malheur, aussi bien que la première, chacune d'elles aggravant Vautre. Si Kallikratidas au noble cœur eut gagné une victoire aux Arginusae et qu'il eût vécu pour terminer la guerre, il aurait probablement essayé, avec plus ou moins de succès, de faire quelque chose qui se rapprochât des promesses de Brasidas. Mais ce fut un double malheur pour la Grèce, d'abord que la victoire définitive fût remportée par un amiral tel que Lysandros, le moins scrupuleux de tous les ambitieux, en partie dans l'intérêt de son pays, et plus encore dans le sien propre, — ensuite que la victoire fût si décisive, si soudaine et si importante, qu'elle ne laissât aucun ennemi debout et en état d'insister sur des conditions. La Volonté de Lysandros, agissant au nom de Sparte, devint toute-puissante, non-seulement sur les ennemis, maïs sur les alliés, et à un certain degré même sur les autorites Spartiates. Il n'y avait pas de nécessité présente pour se concilier des alliés, — encore moins pour agir conformément à des engagements antérieurs ; de sorte qu'il ne restait rien qui fit obstacle aux inspirations naturellement ambitieuses des éphores Spartiates, qui permirent à l'amical d'arranger les détails à sa guise. Mais si Sparte était en position, de dédaigner les assurances données jadis, les autres ne les oubliaient pas ; et le souvenir n'en rendit que plus amère Toppreâsion des décemvirs et des harmostes (1). En outre, en-
Ci) Cela «it pré«ciit4 d'un* nnaièra «BEprttshrt dABS ma fragment do Théo^pompe cmuenré fsr Tfaeodenis M«toohita, «t imprimé à Ia fin d« 1a ooUeetHm det FitmgnunA» d« Thé»»
pompa FhUtCorien, et pAr Wiohen, «t par M. Didot. Toutefois ew d«vx édittbwn n« Pinsèr^nt qne eomoie Fng* naatom Spunum, sur PAutorité de iPinCacque (LysAnd. c. 13), qm eite Te mdBM 8«ntiBi€Bt d'après l'antuur «o«
miqoA Théopomp*. M&n I» pAïaage d& Theodorus MetoofaitA présente les mots exprès ^oicofticoc é foropixéc. Nous aroiiA dooe son AffinnAtion distinete oontre eeUe de Piutarqoe, et la question est de savoir lequel des deux nous devons eroire. En ce qvi regarde le sees du fragment, je serais disposé à le rapporter à l'historien Théopompe^ Maïs Tamtonté de Platarque est pli»
ssonÀtxm» et mdUeors que cdie d^
HISTOIRE DB LÀ âRÈCB
tièrement conséquente avec sa manière tyrannique d'agir d'un bout à l'autre de la .Grèce orientale, Sparte s'identifia avec la tyrannie énergique de Denys de Syracuse, l'aidant tant à l'élever qu'à la soutenir, contradiction avec ses anciennes maximes d'action qui aurait étonné l'historien Hérodote (1).
L'empire de Sparte, constitué ainsi à la fin de 405 avant J.-C, se maintint dans toute sa grandeur pendant un peu
Theodorus Metochita; de plus, les traces apparentes de senarii comiques ont été reconnues dans le fragment par Meineke (Fragm. Com. Grsec. II, p. 819). Le fragment est présenté ainsi par Theodorus Metochita (Frag.
Theopomp. 344, éd. Didot).
0&oico(&iroc à IffTopixô; àirodxtoTrxoiV sic ToOc Aax£fiai(i.oviou;, elxa^ev aù- ToO; Taïç çauXai; xainiXiaiv, al toîç Xpci^tiévotc èxméoxKTai tt^v àpx^v oivov i^èuvre xal euxpYiaTov' (TOçtarrixôÂc èni VQ XVi^'ei Toû àpY^ptov, [ji.e6u(TTepov ^au- Xov Tiva xal èxTpoTriav xal ôÇtvy)v xaxaxtpv(i5<Tt xal wapéxovxai ; xal toù; Aax£Sai{jLoviovc Toivuv iXeys, tôv aùxàv èxeivatç xpoTiov, dv xtp xaxà xwv 'A6yivattDV iroXé{X(j>, xy|v àpxT?jv ^8t(Tx<j» tco- (i.axt TV]; àtu^ 'AOiqvatcov éXevOepfaç xal TCpoYpa(Ji{ji.aTi xal XYjpuyjMixi xoùc "EX- XiQvaç ôeXeâdavxeç, ûdxepov 7ctxp6xaxa ffçieriv èyx-*' '**'' àY)ôé<rraxa xpà[iaxa Pioxfjç èncaSuvou xai xp^^&<«>C i^payiia- Ta)v àXYetvûv, wàvu xot xaxaxvpavvoùvxaç xàç tcoXsiç 5exapxtatç xai àp- (j.O(Txai; papuxàxoi;, xal icpaxxojjiévovç, a du<Txepàç eivai a^oSpa xal àvuicoidxov çîpeiv, xal àwoxxivvuvat.
Plutarqne, en attribuaitt !• renseignement à Tanteur comique Théopompe, affirme qu^il dit une niaiserie (lotxe Xiipstv) quand il avance que l'empire lacédaemonien commença par être doux et agréable, et qu'ensuite il fut corrompu et tourna en amertume et en oppression, tandis que dans le fait, il fut amertume
et oppression dès le oommencement même.
Or si nous lisons la citation de Theodorus donnée plus haut, nous verrons que Théopompe n'a pas fiiit cette assertion que Plutarque contredit comme niaise et faussé.
Ce que disait Théopompe, c'était que d'abord les LacédsBmouiens, pendant la guerre contre Athènes^ séduisirent les Grecs par une boisson très-délicieuse et par un « programme » et une « proclamation » de liberté en les arrachant au joug d'Atliènes — et qu'ensuite ils ont versé les mixtures les plus amères et les plus répugnantes de dure oppression et de cruelle tyrannie, etc.
La boisson douce consiste, suivant l'assertion de Théopompe, — non pas, comme le suppose Phitarque, dans le premier goût de l'empire lacédaemonien réel après la guerre, mais dans les séduisantes promesses de liberté faites par lui aux alliés pendant la guerre. L'accusation de ëoixe Xt]peTv portée par Plutarqne n'a donc pas de fondement. J'ai écrit SeXsàaavxoc au lieu de SeXe^aovxaç, qui est dans le fragment de Didot, parce qu'il m'a semblé que cette correction était nécessaire pour expliquer le passage.
- (1) Isokrate, Or. IV (Panegyr.), 8. 145; Or. VIU (de Paee), s. 122; Diodore, XIV, 10-44; XV, 23, Cf. Hérodote, V, 92; Thucyd. I, 18; Uokrate, Or. IV (Panegyr.), s. 144.
LA GRÈCE SOUS l'eMPIRE LACiDiEMONlEN
plus de dix années, jusqu'à la bataille navale de Knidos (1), en 394 avant J.-C. Cette défaite détruisit sa flotte et son ascendant maritime , tout en la laissant avec un empire intact sur terre, qu elle conserva jusqu'à sa défaite par les Thêbains (2) à Leuktra, en 371 avant J.-C. Pendant tout cet intervalle, son système constant fut d'entretenir des harmostes et des garnisons Spartiates dans les cités dépendantes sur le continent aussi bien que dans les îles. Môme les habitants de Chios, qui avaient été ses alliés les plus actifs pendant les huit dernières années de la guerre, furent forcés de se soumettre à cette rigueur, outre qu'ils se virent enlever leur flotte par les Lacédsemoniens (3). Ma^is les dékarchies indigènes, bien qu'établies d'abord par Lysandros universellement dans toutes les dépendances maritimes, ne durèrent pas comme système aussi longtemps que les harmostes. Composées comme elles l'étaient dans une grande mesure de candidats et d'alliés personnels de Lysandros, elles souffrirent en partie de la jalousie réactionnaire qui, avec le temps, se fit sentir contre son présomptueux ascendant. Après avoir duré pendant quelque temps, elles perdirent l'appui des éphores Spartiates qui permirent aux villes (nous ne savons pas quand d'une manière précise) de reprendre leurs anciens gouvernemeiits (4). Quelques-unes
(1) Isokrate, Panathen. s. 61. Iirap- TiàTat (lèv yàp evr\ 6éxa {xoXiç èizemâ- Tïîaav aÙTwv, ii^tiç ôè wcvts xal âÇiQxovT« (jvvexùk xaxéffxofAfiv tVJv àpX'^^iV.
Je ne me crois pas obligé de prouver Texactitade de la chronologie d'Isokrate. Mais ici nous pouvons faire remarquer que son * à peine dix années » est une expression qui, bien qu'elle soit au-dessous de la vérité de quelques mois, si nous pouvons prendre la bataille d'iEgospotami comme le commencement, se rapproche beaucoup de la réalité, si nous prenons comme le commencement la reddition d* Athènes, jusqu'à la bataille de Knidos.
(2) Pausanias, VIII, 52, 2; IX, 6, 1.
(3) Diodore, XIV, 84; Isokrate, Orat. Vllî, (de Pace), s. 121.
(4) Xénoph. HeUen. III, 4, 2. ' Lysandros accompagna le roi Agé-
silas (quand ce dernier se rendait à son commandement asiatique en 396 av.
J.-C.) Son dessein était — ôtcw; xà; ôexapxi«î 'fàç xatao-TaôsCffaç Ott' èxeivou iv Tatç ir6>e(7tv, èxTteTrTwxuiaç fié 8ià Toi»ç èçopouç, ot ràç TcarpCou; ro).î- TSiaç irapToyysiXav, TràXiv xaxaffiri'ssis
Ce qui prouve la négligence rie la composition des Hellenica de Xéiiophon, ou peut-être sa répugnance à présenter les points déshonorants du
238 HISTOIRE DB LA aRÈCB
des dékarchies finirent ainsi par se âlssondre on par être modifiées de diverses manières, mais plnsieurs probablement continuèrent encore de subsister, si elles avaient assez de force pour se maintenir; car il ne parait pas que les éphore» les abattissent jamais systématiquement, comme Lysandros les avait systématiquement élevées.
Jamais le gouvernement des Trente à Athènes n'eût été renversé, si les Athéniens opprimés avaient été obligés de compter sur une intervention tutélaire des éphoros Spartiates pour les aider à le renverser. J'ai déjà montré que cette «xécraWe oligarchie succomba sous les efforts de Thrasyboulos ejjf des démocrates athéniens eux-mêmes, que personine n'aida. Il est vrai de dire que l'arrogance et l'égoïsme de Sparte et de Lysandros avaient aliéné les Thêbains, les Corinthiens, les Mégariens et d'autres alliés voisins, et les avaient engagés à sympathiser avec les exilés athéniens contre les atrocités des Trente, — mais jamais ces voisins ne leur prêtèrent une aide positive ni sérieuse. L'ambition personnelle et démesurée de Lysandros avait également offensé le roi Pausanias et les éphores Spartiates, de sorte qu'eux aussi devinrent indifférents aux Trente, qui étaient ses créatures. Mais cela ne faisait que priver les Trente de cet appui étranger que Lysandros, s'il eût conservé encore son ascendant, aurait pleinement étendu jusqu'à eux. Ce ne fut pas la cause positive de leur chute. Cette crise fut opérée complètement par Ténergie de Thrasyboulos et de ses compagnons, qui manifestèrent une force et une détermination telles, qu'un déploiement extraordinaire de la puissance militaire Spartiate aurait pu seul les abattre ; déploiement non pas absolument sajis danger quand les sympathies des principaux alliés étaient pour l'autre côté, — et, en tous cas, contraire aux inclinations de Pausanias.
Ce qui se passa pour les Trente à Athènes se passa proba-
^ouvernement lacédœmonien, c'est que karcbies , neuf ans après qu'elle» c'est la première fois qu'il mentionne avaient été établies pour la première (et cela encore indirectement) les Dé- fois par Lysandros.
LA GRÈCE SOUS l'eMPIRE LACfÉD^MONIEN
blement aussi pour les dékarchies dans les cités dépendantes. Les éphores Spartiates ne firent pas de démarches pour les renverser; mais où la résistance des citoyens fut assez énergique pour les abattre, aucune intervention Spartiate ne vint les soutenir, et peut-être Tharmoste reçut-il l'ordre de ne pas considérer son autorité comme liée avec la leur d'une manière indissoluble. Les forces indigènes de chaque cité dépendante étant ainsi laissées libres de trouver leur niveau, les décemvirs, une fois installés, se maintinrent sans doute en grand nombre ; tandis que, dans d'autres cas, ils étaient renversés, — ou peut-être s'arrangeaient-ils pour perpétuer leur domination par un compromis et une alliance avec d'autres sections oligarchiques. Cet état confus et mal assis des dékarchies, — - quelquesunes existant encore, d'autres existant à demi, d'autres encore étant éteintes, — dominait en 396 avant J.-C, quand Lysandros accompagna Agésilas en Asie, plein de l'espoir qu'il aurait assez d'influence pour les réorganiser toutes (1). Nous devons nous rappeler qu'aucune autre cité dépendante ne possédait les mêmes moyens de faire une résistance énergique à ses décemvirs locaux, comme Athènes en fit une aux Trente, et que les villes insulaires grecques étaient non-seulement faibles individuellement, mais naturellement sans secours contre les maîtres de la mer (2).
Tel fut d'onc le résultat d'une extrémité à l'autre de la Grèce, quand cette longue guerre, entreprise au nom de l'autonomie itaiverselle, fut terminée par la bataille d'-^gos-
(1) Cf» les deux passages des Hellenica de Xénopbon, III, 4, 7; III, 5,
"Axe ouvTETapaYpLfvwv iv xatç 7i6).e(Ti
oûaiiç, iatnaç^ en'* 'Aôtivaiiœv, owTe ôc-
Mais nouasiiFVOws par le passage subséqaenfc que quelques-unes de ces dékarchies durèrent encore. Les ambaS'sadeurs thêbains dirent à rassemblée
publique à Athènes, relativement aux Spartiates :
'Alla iiVjv xal ou; Ofxûv àirécmQffav çavepot slaiv àÇyiTcaTyjxôxeç • utcô ts yàp Tûv ckçmoGX(ù^ Tupavvovvtai, xal fjvà déxa dvSpôyv, pOc Avaavdpoç xa- Tï<rrT)(j5ev èv ixàTnr) tcoXei, — où les DécemviTs sont mentionnés comme existant encore en 395 av. J.-C.
Y. aussi Xénoph. Agéailas, I, 37.
(2) Xénoph. Hellen. 111, 6, 16.
potami. A la place d'Athènes souveraine fut substituée non l'autonomie promise, mais Sparte plus souveraine encore. Xénophon, l'ami de Lacédsemone, fait, en 399 avant J.-C, un effrayant tableau de l'ascendant exercé dans toutes les cités grecques, non-seulement par les éphores et par les officiers publics, mais même par les simples citoyens de Sparte. «« Les Lacédaemoniens (dit-il en s'adressant à l'armée de Cyrus) président maintenant aux destinées de la Grèce; et même tout Lacédaemonien, simple particulier, peut faire ce qu'il lui plaît (1). » « Toutes les cités (dit-il dans un autre endroit) obéissaient alors à tout ordre quelconque qu'elles pouvaient recevoir d'un citoyen lacédaemonien (2). » Non-seulement l'ascendant général était ainsi omniprésent et irrésistible, mais il était imposé avec une vigueur de détail, et assombri par mille accessoires de tyrannie et d'abus individuel , tels qu'on n'en avait jamais connu de pareils sous l'empire si décrié d'Athènes.
Nous avons plus d'un tableau de l'empire athénien, dans des discours faits par des orateurs hostiles qui avaient tout motif pour enflammer contre Athènes les plus fortes antipathies dans le cœur de leurs auditeurs. Nous avons les harangues des ambassadeurs corinthiens à Sparte quand ils excitaient les alliés Spartiates à la guerre du Péloponèse (3), — celle des députés de Mitylênê adressée à Olympia aux confédérés Spartiates, quand leur ville s'était révoltée contre Athènes et était dans un besoin pressant d'appui, — le discours de Brasidas dans l'assemblée publique d'Akanthos, — et plus d'une harangue aussi d'Hermokratês, inspirant à ses compatriotes siciliens la haine aussi bien que la crainte d'Athènes (4). En lisant ces discours, on verra qu'ils
(1) Xénoph. Anab. VI, 6, 12. Elai (2) Xénoph. HeUen. III, l,5.n<x<rac
jièv yàp riàti èyY^ç al 'EXXtiviÔêç tco- yàp Toxe al iroXsiç èiteiOovxo, ô, ti Aa-
"kei^ • (cela fut dit à Kalpê en Bithy- xe8ai(i6vio; àvi?Jp âTciTàxTQit
nia) Tfi; Se *EXXàôoç AaxeSaipLoviot (3) Thucydide, I, 68-120.
TcpoeffTr,xa<Tiv • Ixavoi oé tla '/.al eU (4) Thucydide, III, 9; IV, 59-85;.
ExaaTo? Aaxe6ai(jL0via)v èv Taî; îrô/sitv VI, 76. o, Tt po'jXovtai SiairpàTTsçOa'..
LA GRÈCE SOUS l'eMPIRE LACÉDiEMONIEN 241
insistent presque exclusivement sur le grand mal politique inhérent même au fait de son empire, qui enlève à tant de communautés grecques leur légitime autonomie, outre le tribut imposé. Athènes avait ainsi asservi déjà bien des cités, et elle ne guettait que les occasions d'en asservir beaucoup d'autres : c'est là le sujet sur lequel ils s'étendent. Mais de griefs pratiques, — de cruauté, d'oppression, de spoliation, d'exils multipliés, etc., d'injustice arrogante commise par des Athéniens individuellement, — il n'est pas dit un seul mot. S'il avait existé le plus petit prétexte pour introduire ces arguments incendiaires, combien eût été plus pathétique l'appel de Brasidas aux sympathies des Akanthiens! Combien eussent été véhémentes les dénonciations des ambassadeurs Mitylénaeens, au lieu du langage pâle et presque apologétique que nous lisons maintenant dans Thucydide ! Athènes détruisait l'autonomie de ses alliés sujets, et punissait les révoltes avec rigueur, parfois même avec cruauté. Mais quant aux autres points d'injustice, le silence d'accusateurs tels que ceux que je viens do mentionner compte pour une justification puissante.
Le cas change quand nous arrivons à la période qui suit la bataille d'^Egospotami. Ici, il est vrai également, nous trouvons l'empire Spartiate l'objet de plaintes (comme l'empire athénien l'avait été auparavant) en contraste avec cet état d'autonomie auquel prétendait chaque ville, et que Sparte promettait non-seulement d'assurer, mais qu'elle présentait comme son seul motif de guerre. Cependant ce n'est pas le grief saillant, — d'autres arguments ressortent d'une manière plus expresse. Les décemvirs et les harmostes (quelques-uns de ces derniers étant ilotes), instruments permanents de l'empire Spartiate, causent un sentiment plus douloureusement pénible que l'empire lui-même, comme le reconnaît à l'avance le langage tenu à Akanthos par Brasidas. A l'époque où Athènes était une cité sujette sous Sparte, gouvernée par les Trente de Lysandros et par rharmoste lacédaemonien dans l'akropolis, — le sentiment d'indignité produit par le fait de la sujétion s'absorbait dans la souffrance encore plus terrible que causaient les
T. XIII {g
<éfiormités de ces maîtres individuels que l'État souverain rtavait établis. Gr Athènes n'établissait ni maîtres loeanx, -^ jii Dix <m Trente indigènes, — ni harmostes athéniens »i 'garnisons athéniennes en résidence. Cet état était par luimême un privilège inexprimable, si on le compare avec la 'COotKtion de cités soumises noTHseulement à l'empiTe Spartiate, mais encore sous cet empire à des décemvirs indigènes tel« que Kritias, et à des harmostes Spartiates tels -qu'Aristarchos ou Aristodèmos. Une ville sujette d' Athènes avait à supporter des charges définies imposées par son propre go-uvernem-ent qui était exposé, en cas de faute ou de négligence, à être jugé devant le dikasteri-on athénien populaire. Mais ce même dikasterion (comme je l'ai montré dans un autre volume, et comme l'avance distinctement Thiicydide) (1), était le port de refuge pour cbaqu-e cité scjette, non moins contre des Athéniens individuellement disposés à lui nuire que contre les mauvais traitements d'autres villes. Ceux qui se plaignaient de la peine que cau- 45aità une cité sujette Fobligation de porter des causes devant le dikasterion d'Athènes pooir y être jugées, — même tsi nom prenons le cas comme ils le présentent, et si nous fermons les yeux sur ce qu'il y a d'injuste de leur part à omettre ces nombreux exemples où la ville pouvait ainsi détourner un dommage de ses citoyens ou redresser un tort qu'il -î avaient éprouvé, — ceux-là, dis je, se seraient plaint» 'beaucoup plus haut, et avec bie« plus de raison d'un har- .moste athénien toujours présent ; surtout s'il eût existé ea même temps un gouvernement indigène de Dix cdigarqucs, échangeant avec lui une connivence coupable, telle que l'association des Trente à Athènes avec l'harmoste lacédaemonien Kallibios (2).
En aucun point on ne peut prouver que la substitution de l'empire Spartiate à la place de l'empire athénien fût un
'\\\ V, le remarquable discours de (2) Xénoph. Hellen. II, 3, 14. Cf. le
rPhrynichos dans Tliucyd. VIII, 48, cas analogue de Thêbes, après que les
-6, auquel je m'en suk référé au para- Lacédœmoniens se furent rendus maî-
«aiît. très dt la Kadmeia (V, 2, 34-36).
LA GRÈCE SOUS JL'eMPIBS iXAaéDiBMONIEN 243
avantage, soit pour les cités sujette^ aoit pour la Grèce ea général; tandis qu en bien des points, c'était une gmnde et sérieuse aggravation de souffrance. Et cet abus de pouvoir est d'autant plus plus profondément à regretter, que Sparte eut, après la bataille d'^gospotami, une occasion précieuse^ telle qu*Âthènes n'en avait jamais eu, et telle qu'il ne s'^a représenta jamais de pareille, — de réorganiser le monde grec sur de sages principes, et en vue d'une stabilité et d'une harmonie panhelléuiques. Son plus grand péché n'est pas d'avoir refusé d'accorder une autonomie uiiiverselle. Il est vrai qu'elle l'avait promise ; mais nous pourrions lui par*donner de ne pas avoir rempli formellement sa promesse, si elle eût remplacé ce présent par un autre beaucoup plu3 grand, qu'il était dans les limites raisonnables de son pouvoir, à la fin de 405 avant J.-C, de conférer. Cette auto*nomie municipale universelle, à laquelle tendait l'instinct grec, bien qu'incomparablement meilleure qu'une sujétion universelle, était cependant accompagnée de beaucoup de discordes intestines, et du mal encore plus formidable du manque de secours contre un puissant ennemi étranger quelc4)nque. Pour assurer au monde hellénique la sûreté extérieure aussi bien que la concorde intérieure, ce n'était pas un nouvel empire qu'il fallait, mais une nouvelle combinaison politique sur des principes équitables et compré<hensifs, enlevant à chaque ville une portion de son autonomie , et créant une autorité commune, responsable à l'égard de toutes pour certains desseins définis de contrôle. Si jamais un système fédératif passable eût été praticable eu Grèce, ce fut après la bataille d'JEgospotami. Llempire athénien, — qui, avec tous ses défauts, fut, à mon sens, beaucoup^meilleur pour les cités sujettes que ne l'aurait été une autonomie universelle, '— avait déjà écarté bien des diflScultés, et montré qu'une action combinée et systématique du monde grec maritime n'était pas une impossibilité. L'État de Sparte aurait pu alors se substituer à celui d'Athènes, non comme héritier de son pouvoir souverain, mais comme président et agent exécutif d'une nouvelle Confédération de Dèlos, — faisant revivre les principes égaux, corn-
préhensifs et libéraux sur lesquels cette Confédération avait été primitivement organisée.
Il est vrai que, soixante ans auparavant, les membres constitutifs de la première assemblée à Dêlos s'étaient montrés insensibles à son importance. Aussitôt que la crainte pressante causée par les Perses s'était dissipée, quelquesuns des confédérés avaient cessé d'envoyer des députés, d'autres avaient désobéi à des réquisitions, d'autres encore avaient racheté leurs obligations, et perdu leurs droits comme membres autonomes et votants, au moyen d'un marché pécuniaire avec Athènes ; et cet État, obligé par les devoirs de sa présidence d'imposer obéissance à l'assemblée contre tous les membres mal disposés, se fit successivement beaucoup d'ennemis, et se changea par degrés, presque sans le chercher lui-même, de président en empereur, comme seul moyen d'obvier à la dissolution totale de la Confédération.
Mais, bien que ces circonstances fâcheuses se fussent présentées auparavant, il ne s'ensuit pas qu'elles se fussent représentées actuellement, en admettant que la même expérience eût été tentée de nouveau par Sparte avec une sincérité manifeste de dessein et une sagesse passable. Le monde grec, surtout sa partie maritime, avait passé par des épreuves non moins pénibles qu'instructives, pendant cet intervalle important. Et il n'est pas téméraire de supposer que la masse de ses membres aurait pu être en ce moment disposée à accomplir avec constance les devoirs de confédérés, à la voix et sous la présidence de Sparte, si elle avait tenté réellement de réorganiser une confédération libérale, en traitant toute ville comme autonome et égale, si ce n'est qu'en tant que chacune serait obligée d'obéir aux résolutions de l'assemblée générale. Quelque impraticable qu'un tel plan puisse paraître, nous devons nous rappeler que même les utopies ont leurs moments passagers, sinon de succès certain, du moins de commencement, non-seulement possible, mais plein de promesses. Et ma conviction est que, si Kallikratidas, avec son ardent sentiment panhellénique et sa force de résolution morale, eût été le vainqueur défi-
LA GRÈCE SOUS l'empirb lacéd^monien 245
nitlf d'Athènes souveraine, il n'aurait pas laissé passer ce moment d'orgueil et de toute-puissance sans essayer de réaliser quelque noble projet , tel que celui qui est esquissé ci-dessus.
Il faut se rappeler qu'Athènes n'avait jamais eu le pouvoir d'organiser une telle combinaison panhellénique généreuse. Elle avait fini par être dépopularisée dans l'exécution légitime de son devoir, comme présidente de la confédération de Dêlos, contre des rebelles (1). Elle avait été obligée de choisir entre deux partis, ou de dissoudre la confédération, ou de la maintenir réunie sous la forte compression d'un chef souverain. Mais Sparte n'était pas encore devenue impopulaire. Elle se trouvait actuellement sans compétiteur comme chef du monde grec, et elle aurait pu à ce moment raisonnablement espérer d'en amener les membres avec elle à former une organisation libérale et panhellénique, si elle l'avait tenté avec une ardeur convenable. Par malheur^ elle prit la marche opposée, sous l'influence de Lysandros, en fondant un nouvel empire beaucoup plus oppressif et plus odieux que celui d'Athènes, avec peu des avantages et aucune des excuses attachées à ce dernier. Aussitôt qu'elle devint même plus impopulaire qu'Athènes, son moment de haute puissance , pouï[ une bienfaisante combinaison panhellénique, passa également — pour ne jamais revenir.
Après avoir rangé ainsi tous les Grecs maritimes sous son empire, avec un tribut de plus de mille talents imposé sui eux, — et continué d'être chef de son alliance sur terre dans la Grèce centrale, qui comprenait maintenant Athènes comme simple unité, — Sparte était la puissance souveraine s'étendant sur toute la Grèce (2). Son nouvel empire fut organisé par le vainqueur Lysandros; mais il fit preuve de tant d'arrogance et il montra tant d'ambition personnelle à gouverner toute la Grèce au moyen de lieutenants à lui
(1) TcUe est la justification présentée est appuyée en général par le récit de
par Tambassadeur athénien h, Sparte, Thucydide Ini-méme (]. 99).
immédiatement avant la guerre du Pé- (2) Xénoph. Hellen. III, 1, 3. IIdov)c
loponèse (Thucyd. I, 75, 76). Et elle -ri]; 'EXXàôo; irpoerraTai, etc.
!^ BtSTOIRS PÈ LA QRÈCff
dévocrés, décemvirs et harmoistes, r- qu'il suscita contre lui èes rivaux et des ennemis nombreux, aussi bien à Sparte même qu'ailleurs. Nous avons déjà mentionné la jalousie conçue par le roi Pausanias, les sentiments offensés de TMbes ert de* Corinthe, et la manière dottt ces phénomènes nouveaiït déterminèrent (malgré Toppositton de Lysandros) Tadroission d'Athènes comme' démocratie remise en vigueur dans ï« confédération lacédaemonienne.
Dans les premiers mois de 408 avant J.*C., Lysandros fut en partie à Sparte, en partie en Attique, s'eflforçaut de sou* tenir l'oligarchie athénienne déclinante, cont^re la force «roissante de Thrasyboulos et des exilés athéniens de Peirseeus. Dans ce dessein, il fut directement contrecarré par les idées contraires du roi Pausanias et de trois éphores sur les einq (1). Mais, bien que les éphores arrêtassent ainsi Lysandfcos par rapport à Athènes, ils adoucirent l'humiliation en hà confiant au dehors un nouveau commandement sur la côte âsia^iqu^ et dans l'Hellespont, démarche qui avait en outre l'avantage d'éloigner l'un de l'autre deux rivaux aussi prononcés que lui et Pausanias l'étaient devenus en ce moment. Ce que Lysandros avait essayé en vain de faire à Athènes, il fttt sans doute plus en état de le faire en Asie, où il n'avait avec lui ni Pausanias ni les éphores. Il put prêter une aide efficace aux dékarchies et aux harmostes dans les tilles asiatiques, contre toute opposition intérieure qui pouimt les menacer. Amer es furent les plaintes qui arrivèrent à Sparte, tanl; contre lui que contre ses partisans maîtres des affaires. A la fin, les éphores se décidèrent à désavouer >es dékarchies et à annoncer qu'ils n'empêcheraient pas les dtés de reprendre leurs anciens gouvernements à leur gré (2).
Mais toutes les injustices criantes exposées dans les plaintes- des cités maritimes n'auraient pas suffi pour faire rappeler Lysandros de son commandement dans THellespont, si Pharnabazos n'avait pas joint ses remontrances aux
— - -.»-. ^-.- — . — ~..^ -«.- ^^... ..a. ..>^ji.^^-^^i .« , dfc.. ^yi^.a.i>>ÉÉ.
(1) Xénoph. Henton. II. 4-, tiMO. (!$) Xénoph. HMlen. III, 4, 2;
LA. GRÈCE SOUS l'empire LACÉDiSMONIEN
antres. Ces dernières représentations donnèrent tant deforce aux ennemis de Lysandros à Sparte qu'un ordre péremptoire de rappel fut envoyé. Contraint d'obéir, il revint à Sparte ; mais la disgrâce relative et la perte de ce pouvoir illimité dont il avait joui dans son commandement lui furent si insupportables qu'il obtint la permission d'aller en pèleriaa^e au temple de Zeus Ammôn, en Libye, sous prétextequ'il avait à s'acquitter d'un vœu (1). Il paraît avoir visité aussi les temples de Delphes et de D<idônê(2), avec des projets ambitieux et secrets qui seront bientôt mentioniïés. Cette retraite politique apaisa la jalousie qu'on lui portait^ de sorte que nous le verrons, une année ou deux après, rétabli: dans uœ -inâuence et un ascendant considérables. U fut envoyé à Syracuse en qualité d'ambassadeur Spartiate, nous^
|1) Plutanpie, Lysand. c. 19, 20,
L«s faits qne Plutaisque avanee re^ Itttivenient à Lysaadxos ne peuvent fie coucilier avec la chronologie qu'il adopte. Il représente 1« rappel de LjsaR<bos à ta prière de Phamabiaos, avee tous les faits qui le précédèrent, comme étant survenu avant le réta- Vtissement d« la démocratie athénienne, événement qui, comme nous le savons, arriva dans Tété de 403 avant J.-C.
Ljrsandros prit Samofi dans la dernièrfi moitié de 404 avant J.-C, après la reddition d'Athènes. Après la prise de Sanios, il revint à Sparte en triomplia, àAna Tàutomne de 404 avant J.-C, (Xénoph. Hellen. III, 3, 9). Il était dans sa patrie, ou servait en Attique, an commencement de 403 av. <J.-C.
(Xénopb. Hellen. II. 4, 30).
Or, quand Lysandros revint à Sparte à la fin de 404 avant J.-C, c'était son retour triomphant, ce n'était pas un rappel provoqué par les plaintes de Pbamabazos. Cependant il n'a pn y avoir d'autre retour avant le rétablis* sèment de la démocratie à Athènes*
Le rappel de Lysandros a dû être leterme non de ce commandement, maisd^un commandement subséquent. Deplus, il me semble nécessûre, afin défaire de la place pour les faits' avancé»
relativement à Lysandros aussi bien qu'aux dékttrehies, de supposer qu'il fut envoyé de nouveau (t^rès sa quel'elle avec Pausanias en Attique\ en 403 avant J.-C, commander en Asie..
Ce n'est positivement dit nulle part;^ mais je ne trouve rien qui le ccMtredise, et je ne vois pas d'autre moyen de faire de la place pour les faits avancés au sujet de Lysandros.
Il est à remarquer qne Diodore fait une erreur manifeste de chronolope quant à la date du réts^liasement de la démocratie athénienne II la place en 401 avant J.-C. (Diod. XIV, 33).^ deux ans plus tard que sa date réelle, qui est 403 avant J.-C. , alloogeant ainsi de deux ans l'intervalle entre^.
la reddition d'Athènes et le rétablissement de la démocratie. Piutarqne aussi semble avoir conçu cet intervalle comme beaucoup plus long qu'il ne le fat en réalité.
(2) Plutarque, Lysand. c. 25.^
ignorons à quel moment précis, et là il prêta appui et aide au despotisme récemment établi de Denys (1).
La position des Grecs asiatiques, le long de la côte de riônia, de l'iEolis et de l'Hellespont, devint toute particulière après le triomphe de Sparte à ^gospotami; J'ai déjà raconté comment , après la grande catastrophe athénienne devant Syracuse, le roi de Perse avait renouvelé ses tentatives pour ressaisir ces villes , dont la main vigoureuse d'Athènes l'avait tenu exclu pendant plus de cinquante ans ; comment Sparte, implorant son aide, avait consenti par trois conventions formelles à les lui rendre, tandis que son commissaire Lichas reprochait même aux Milésiens leur aversion pour ce marché ; comment Athènes aussi, dans les jours de sa faiblesse , aspirant au même avantage, avait exprimé sa disposition à le payer du môme prix (2). Après la bataille d'iEgospotami, cette convention reçut son effet , bien que vraisemblablement non sans disputes entre le satrape Pharnabazos, d'un côté, et Lysandros et Derkyllidas, de l'autre (3). Ce dernier était harmoste lacédsemonien à Abydos, ville si importante comme station sur l'Heliespont, et que les Lacédaemoniens semblent cependant avoir conservée. Mais Pharnabazos et ses subordonnés acquirent sur l'yEolis de l'Heliespont et sur la Troade un empire plus complet qu'ils n'en avaient jamais eu auparavant, tant le long de la côte que dans l'intérieur (4),
Toutefois un autre élément ne tarda pas à agir. La condition des cités grecques sur la côte d'Iônia, bien que, suivant les règlements persans, elles appartinssent à la satrapie de Tissaphernês, fut alors essentiellement déterminée, — d'abord par les prétentions rivales de Cyrus, qui désirait les lui enlever et s'efforçait d'obtenir que cette translation fût ordonnée par la cour ; — ensuite par les aspirations de ce jeune prince au trône de Perse. Comme Cyrus fondait
(1) Plutarqne, Lysand. c. 2. (3) Platarque, Lysand. c. 19, 20 ;
(2) Thucydide, VIII, 5, 18-37, 56- Xénoph. Hellen. III, 1, 9.
58, 84. (4) Xénoph. HeUen. III, 1, 13.