‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'AnglaisChapitre 12 sur 19 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Position triomphante de Sparte à la fin de la guerre ; introduction d'une somme considérable d'or et d'argent par Lysandros; quelques-uns des Ephores s'y opposent. — L'introduction de la monnaie ne fut qu'une des nombreuses circonstances corruptrices qui commencèrent alors à agir sur Sparte. — Contraste entre Sparte en 432 avant J.-C. et Sparte après 404 avant J.-C. — Accroissement du péculat, de l'inégalité et du mécontentement à Sparte. — Témoignage d'Isokrate et de Xénophon quant au changement de caractère et d'habitudes à Sparte. — Puissance de Lysandros; son arrogance et ses projets ambitieux; flatteries que lui prodiguent les sophistes et les poètes. — Position réelle des rois à Sparte. — Ses intrigues pour se faire roi à Sparte ; il essaye en vain de faire agir les oracles en sa faveur ; plan formé pour que des documents sacrés, cachés jusqu'alors, soient produits par un fils d'Apollon. — Ses prétentions à la royauté échouent; néanmoins il conserve une influence prodigieuse à Sparte. — Mort d'Agis, roi de Sparte ; doute sur la légitimité de son fils Leotychidês ; Agésilas, secondé par Lysandros, aspire au trône. — Caractère d' Agésilas. — Prétentions rivales d' Agésilas et de Leotychidês. — Objection faite contre Agésilas au sujet de sa claudication; oracle produit par Diopeithês; éludé par l'interprétation de Lysandros. — Agésilas est préféré comme roi ; soupçons qui restèrent toujours attachés à l'interprétation de Lysandros. — Conduite populaire d' Agésilas; il se concilie les Éphores; sa grande influence à Sparte; son énergie combinée avec un dévouement peu scrupuleux à son parti. — Dangereuse conspiration à Sparte; sacrifices efirayants. — Caractère et position du principal conspirateur Kinadôn; état des partis à Sparte; nombre croissant des mécontents. — Police des Éphores; information qu'ils reçoivent. — Mécontentement général sur lequel comptent les conspirateurs. — Alarme des Éphores; leurs manœuvres pour saisir Kinadôn en secret. — Kinadôn est arrêté, interrogé et exécuté; on s'empare de ses complices et la conspiration échoue. — Indication d'un dangereux mécontentement à Sparte. — Opérations de Derkyllidas et de Pharnabazos en Asie. -^ Préparatifs des Perses pour recommencer la guerre maritime contre Sparte ; nouvelle activité de Konôn. — Agésilas est envoyé en Asie avec une armée de terre et est accompagné par Lysandros. -^ Vastes plans d' Agésilas pour des conquêtes dans l'intérieur de l'Asie. — Empressement général des alliés de Sparte à servir dans l'expédition, mais refus de Thêbes, de Corinthe et d'Athènes. — Agésilas se compare à

. Agamemnôn; il va sacrifier à Aulis; il en est empêché d'une façon outrageante par les Thêbains. — Arrivée d'Agésilas à Ephesos ; il conclut un nouvel

armistice avec Tissaphernês. — Arrogante conduite et ascendant présomptueux de Lysandros; — blessants pour Parmée et pour Agésilas. — Agésilas humilie et dégrade Lysandros, qui demande à être renvoyé. — Lysandros est envoyé pour commander à l'Hellespont ; importants services qu'il y rend.

— Tissaphernês viole la trêve conclue avec Agésilas, qui lui fait la guerre ainsi qu'à Pharnahazos ; il se retire dans le dessein d'organiser des forces de •«avalerie. — Agés>las indifférent à l'argent, mais empressé à enrichir ses amis.

— Son humanité envers les eaptifs et les enftints abandonnés. — Côté Spartiate <le son caractère; exposition de prisonniers nus; pratique différente des Asiatiquâs et des Grecs. — Efforts d' Agésilas pour instruire son armée et se procurer de la cavalerie. — Agésilas rejiouvelle la guerre contre Tissaphernês et remporte une victoire près de Sardes. — Artaxerxês fait mettre Tissaphernês à mort, et le rampiace par Tithraustês. — Négociations entx« le nouveau satrape et Agésilas; les satrapes d'Asie Mineure hostiles les uns aux autres. — «Commencement de l'action sur mer contre Sparte; l'Athénien Konôn, assisté par les vaisseaux et l'argent de la Perse, commande une flotte de quatre-vingts voiles sur la côte de Karia. — Rhodes se révolte contre l'empire Spartiate; Konôn capture à Rhodes une flotte égyptienne chargée de blé. — Anxiété des Lacéda'moniens ; Agésilas est nommé pour commander sur mer aussi l)ien que sur terre. — Sévérité des Lacédacmouiens envers le Rhodien Dorieus ; contraste avec lé premier traitement que le même homme avait reçu d'Athènes.

— Sentiments d'une multitude comparés avec ceux d'individus. — Efforts d* Agésilas pour augmenter la flotte; il nomme Peisandros amiral. — Opérations d' Agésilas contre Pharnahazos. — Il dévaste la résidence du satrape et surprend son catnp; offense (aite à Spithridatès. — > Conférence personnelle entre Agésilas et Pharnabazas. — Amitié établie entre Agésilas et le fils de Pharnahazos; caractère d'Agésilas. — La position d^ Agésilas donne do grandes espérances; il fait de vastes préparatifs pour la guerre en Asie sur terre ; il est rappelé avec son armée dans le Péloponèse. — Efforts et opérations de Konôn dans le commandement de la flotte persane ; sa visite personnelle à Pharnahazos. — Phamabazos est nommé amiral conjointement avec

. Konôn . — Bataille de Knidos; défaite complète de la flotte lacédsemonienne ;

— mort de Peisandros l'amiral.

Noas avons déjà représenté la fin de la guerre du Péloponèse, avec rorganisation victorieuse de l'empire lacédaemonien par Lysandros (404-386 av. J,-C.), comme une période amenant avec elle un accroissement de souffrances pour les villes qui avaient jadis appartenu à Fempire athénien^ par comparaison à ce qu'elles avaient enduré sous Athènes, — et une dépendance plus dure, que n'accompagnait aucune sorte d'avantages, même pour les Péloponésiens et les cités de l'intérieur qui avaient toujours été alliés dépendants de Sparte. Pour compléter le triste tableau du monde grec pendant ces années, nous pouvons ajouter (ce qui sera détaillé ci-après plus complètement) que des calamités d'un carac-

tère plus déplorable encore accablèrent les Grecs siciliens : <i*abord par suite de Tinvasion des Carthaginois, qui saccagèrent Himera, Sélinonte, Agrigente, Gela et Kamariua, — «ensuite par le despotisme tyrannique de Denys à Syracuse. Sparte seule y avait gagné, et cela dans une prodigieuse mesure, tant en revenu qu'en puissance. C'est de ce temps et de la conduite de Lysandros que divers auteurs anciens dataient le commencement de sa dégénération, qu'ils attribuent principalement à ce qu'elle abandonna les institutions de Lykurgue en admettant la monnaie d'or et d'argent. Ces métaux avaient été rigoureusement prohibés , aucune monnaie n'étant tolérée, à l'exception de lourdes pièces en fer, non portatives si ce n'est à un montant très-minime. Que telle ait été l'ancienne institution de Sparte > sous laquelle tout Spartiate ayant en sa possession de la monnaie d'or et d'argent était passible d'une punition , s'il était découvert, «'est ce qui parait assez certain. Jusqu'à quel point le règlement a-t-il pu être éludé en pratique, c'est ce que nous n'avons pas le moyen de déterminer. Quelques-uns des •éphores s'opposèrent avec énergie à l'admission de la somme considérable apportée à Sparte par Lysandros comme reste de ce qu'on avait reçu de Cyrus, afin de poursuivre la guerre. Ils prétendirent que l'admission de tant d'or et d'argent dans le trésor public était une transgression flagrante des ordonnances de Lykurgue. Mais leur résistance fut inutile, et les nouvelles acquisitions furent reçues, bien que ce délit continuât encore d'être passible d'une peine (délit qui devint mèmecapital, si nous pouvons en croire Plutarque) pour tout individu s'il venait à être trouvé avec de l'or et de l'argent en sa possession (1).

(1) PlntafcrBe, Lysand. o. 17. Cf.

XéBojA. B^. LMed. VU, 6.

Ëphore et Théopompe racontaient tous deux cette opposition à Tintroduction d^or et d'argent dans Sparte, chacun d'eux mentionnant le nom de l'un des Ëphores comme la dirigeant.

Il y avait un fonds considérable de sentiment ancien, et cela encore che z

des honniM inteIKgents et à l'ftme éUvée, qui regardaient Tor et l'argent comme une cause de mal et de corruption, et dont la stance d*Horace (Od.

III, 3) est un écho :

Aurum irrepertum, et sic melius sitiun Cum terra celât, spemere Ibrtior Quam oogera hnmanos în usas, Omne Bacrum n^ieiae deztxâ.

On ne peut douter que l'introduction dans Sparte d'une somme considérable d'or et d'argent monnayés ne fût en elle-même un phénomène frappant et important, si on la considère par rapport à la discipline et aux coutumes particulières de l'État. Elle était de nature à créer de fortes antipathies dans le cœur d'un Spartiate de vieille roche, et peut-être le roi Archidamos, s'il eût vécu, aurait-il pris part à l'opposition des éphores. Mais Plutarque et autres l'ont trop critiquée comme un phénomène isolé, tandis que ce fut réellement une marque et une partie caractéristiques d'une réunion nouvelle de circonstances, auxquelles Sparte était graduellement arrivée pendant les dernières années de la guerre, et qui furent amenées à agir de la manière la plus efficace par le succès définitif obtenu à ^Egospotami. Les institutions de Lykurgue, tout en excluant tous les citoyens Spartiates, par des exercices incessants et des repas publics, du commerce et de l'industrie, du faste et du luxe, — n'éteignaient nullement dans leurs cœurs l'amour de l'argent (1), tandis qu'elles avaient une tendance à exagérer plutôt qu'à diminuer l'amour du pouvoir. Les rois Spartiates Leotychidès et Pleistoanax avaient tous deux commis la faute de recevoir des présents; Tissaphernês avait trouvé moyen (pendant la vingtième année de la guerre du Péloponèse) de corrompre non - seulement l'amiral Spartiate Astyochos, mais encore presque tous les capitaines de la flotte péloponésienne, excepté le Syracusain Hermokratès; Gylippos, aussi bien que son père Kleandridês, s'était avili par la même fraude, et Anaxibios à Byzantion ne fut pas du tout plus pur. Ainsi Lysandros, asservi seulement à son désir de dominer et lui-même exemple remarquable d'incorruptibilité, ne fut pas le premier à greffer ce vice sûr l'esprit de ses compatriotes. Mais, bien qu'il le trouvât déjà répandu parmi eux, il contribua beaucoup à lui donner une prédo-

(I) Aristote, Politic» II, 6, 23. TceTroiïixsv àxpinfJi.aTOv, toù; ô' iSitoT»;

'AnaQéSirixz ôè ToùvàvTiov tc^ voixoOéTX) <ptXox9Y]{i,àTOv;. Tou au[iL9épovT0ç * xi^v |Aàv yà^ noXiv

minance encore plus décidée, par l'immense augmentation d'occasions de péculat et l'accroissement de butin que fournit son empire Spartiate nouvellement organisé. Non-seulement il apporta à Sparte un reste considérable en or et en aident, mais il y eut un tribut annuel bien plus considérable imposé par lui sur les villes dépendantes , combiné avec de nombreuses nominations d'harmostes pour gouverner ces villes. Ces nominations présentaient d'abondants profits illicites, faciles à acquérir et même difficiles à éviter, vu que les décemvirs dans chaque cité étaient empressés d'acheter ainsi une tolérance ou une connivence pour leurs méfaits. Tant de nouvelles sources de corruption suffirent pour agir de la manière la plus défavorable sur le caractère Spartiate, sinon en y semant de nouveaux vices, du moins en stimulant toutes ses mauvaises tendances inhérentes.

Pour comprendre le changement considérable qui s'opéra ainsi dans les Spartiates, nous n'avons qu'à comparer les discours du roi Archidamos et des Corinthiens, faits en 432 avant J.-C, au commencement de la guerre du Péloponèse, — avec l'état des choses à la fin de la guerre, pendant les onze années qui s'écoulèrent entre la victoire d'-^gospotami et la défaite de Knidos (405-394 av. J.-C). A la première de ces deux époques, Sparte n'avait ni sujets tributaires ni fonds dans son trésor , tandis que ses citoyens étaient très-peu disposés à payer des impôts (1) : vers 334 avant J.-C, trente-sept ans après qu'elle eut été défaite à Leuktra et qu'elle eut perdu ia Messênia, Aristote remarque le même fait, qui était alors redevenu vrai (2); mais, pendant la durée de son empire, entre 405 et 394 avant J.-C, elle possédait un revenu public considérable, produit par le

(1) Thucyd. I, 80. 'A).Xà woXXtô èxi TcXéov TOUTOU (xpiatA^Tcov) èXXsiiTOtJiev, xai oÛTe èv xoivt^ iyo[Les<, ouTe itoi\J.(ûi èx Ttùy ldC(ov çé{>o(JLev.

(2) Aristote, Polit. II, 6, 23. 4»auXa>; S' ix^' ^^^ ^^9^ '^* xoivà xp^pi-aTa toi; ÏTrapTtdtTaiç • oûts y*P ^^ "^V ^oi^û "^^i iï6Xsb>; ioTiv ouSèv, noXéfiou; {leYdXou;

àvapcat^oiiiévou; çépetv • elff<pépou<jt Te xaxûc, etc.

Comp. ce que Platon dit dans son dialogue d'Alkibiadês, I, c. 39, p. 122 E, au sujet de la grande quantité d'or et d'argent qui se trouvait alors à Sparte.

Le dialogue doit être de quelque mo ment entre 400-371 av. J.-C.

2Si HISTOIBB DE LA ORÈC8

tribut des eités dépendantes. Ea 432 avant J.-C., Sparte est non-seulement prudente, mais timide; elle est surtout opposée à toute action loin de ses frontières (l); en 404 ■avant J.-C, après la âa de la guerre, elle devient agressive, <lispo6ée à s'immiscer dans les autres États et prête à avoir <les ennemis ou à faire des acquisitions loin aussi bien que près (2). En 432 avant J.-C, ses mœurs insociables et excliF sives, en opposition au reste de la Grèce, avec l'expulsion constante des autres Grecs de son sein, sont remarquables parmi ses attributs (3) ; tandis qu'à la an de la guerre ses relations étrangères avaient acquis un si grand développement qu'elles devinrent le principal objet d'attention pour ses principaux citoyens aussi bien que pour ses magistrats, de sorte que des étrangers affluèrent à Sparte, et des Spartiates se répandirent dans les autres parties de la Grèce -d'une manière constante et inévitable. Il en résulta que la rigueur de la discipline de Lykurgue céda sur bien des points, et que les principaux Spartiates en particulier s'efforcèrent par divers expédients d'en éluder les obligations. <]le fut à ces principaux personnages qu'échurent les grandes prises, qui leur permettaient de s'enrichir aiux dépeits, soit des sujets étrangers, soit du trésor public, et tendaient à aggraver de plus en plus chez les Spartiates cette inégalité de fortune qu'Aristote signale d'une manière si expresse h son époque (4), vu que les citoyens d'un rang moins élevé n'avaient pas d'occasions semblables ou^rertes devant eux, ni d'industries particulières qui leur permissent de préserver leurs biens d'une subdivision et d'une absorption graduelles, ^t d'être constamment en état de fournir à la table publique, pour eux-mêmes et leurs fils, cette oontribotion qui formait

(1) V. les discours des députés co- (3) Thucyd. I, 77. 'AfuxTa yàp mx£ Tinthieos et du roi ArchidAmos à xa6' OfuLç avxoùc v%ii(ia rotç âXXotç Sparte (Thucyd. I, 70-84; Cf. aussi Ix^'ce, etc. Au sujet des |ev7}kc<rt«t des YIII, 24-96). Spartiates — Y. le diaoçurs de Feriklês

(2) V. les critiques sur Sparte, vers dans Thucyd. I, 138.

395 av. J.-C. et 372 av. J.-C. (Xénoph. (4) Aristote, Polit. Il, 6, 10, Hellen. IH, 5, 11-15; VI, 3, 8-11).

la bdse du priTiIége politique Spartiate. De plus, le spectacle de ces prise» lucratives nouYellement offertes, — accessibles seulement à cette section particulière de familles Spartiates influentes qui finirent insensiblement .par être connues sous le titre d'Égaux ou de Pairs, — envenima le mécontentement des citoyens énergiques placés au-dessous de cette position privilégiée au point de menacer la tranquillité de l'État, — comme on le verra bientôt. Cette uniformité de vie, d'habitudes, de qualités, d'aptitudes, de jouissances, de iatigues et de contraintes, que les règlements de Lykurgue avaient imposée pendant si loi^temps, et qu'ils contiiiaaîent encore de prescrire, — enlevant à la fortune ses principaux avantages et entretenant ainsi le sentiment d'^alité personnelle parmi les citoyens pauvres; — cette uniformité, dis-je, finit par être de plus en plus éludée par les riches, grâce à la vénalité aussi bien qu'à l'exemple des éphores et des sénateurs (1); tandis que, pour ceux qui n'avaient pas de moyens de corruption, elle continua d'exister sans relâche, si ce n'est en tant que beaucoup d'entre eux tom* bèrent dans une conditioi> plus dégradée, par suite de la perte de leur droit de cité.

Ce n'est pas seulement Isokrate (2) qui atteste la corruption produite dans le caractère des Spartiates par la possession de cet empire étranger qui suivit la victoire d'iEgospotami, — c'est encore leur ardent panégyriste Xénophon. Après avoir loué avec chaleur les lois de Lykurgue ou les institutions Spartiates, il est obligé d'admettre que ses ék^ies, quoique mérités dans le passé, sont^ par un triste changement, devenus inapplicables à ce présent dont il était Itti-mèfise témoin (3). « Autrefois (dit-il) les Lacédssmoniens

(1) Amtote, Polit. Il, 6, 16-18; H, JtivrctLÇ àXkfikoui oweïvat ijlôUXov, ^ à^ 7, 3. fio^ovroc èv Totc nôiktat xjjL xoXaxsvo-

(2) laoknite. De Paoe, s. IIS-IS?. {Uvovc dtaq^cipetfdot. Kxi «poaOev |Aày

(3) Xénopk. D« Repabl. Laced. oîfia aO^oi»; 9o6ou{iivouç, xp^<nov éx^vc« 14. TOC faïve<rOo(i * vOv 8' é<mv oi>c xal

OTSa yàp icpdrcpov |tàv AàxES«t{Jto- xoOOuiiinCopkivoi^ èid tcô xexT^vOat.

viov; alpovpiévou;, otxoi ta jiSTpia 'Eiti<jTaîMrt ôè xol irp6a6ev tovtou evexa

avaient coutume de préférer leur propre société et un genre modéré de vie dans leur pays aux nominations comme harmostes dans des villes étrangères, avec toutes les flatteries et la corruption qui les accompagnent. Autrefois ils craignaient d'être vus avec de l'or en leur possession ; aujourd'hui, il y en a quelques-uns qui le montrent même avec faste. Autrefois, ils imposaient leur (xenelasia ou) expulsion des étrangers et interdiraient les voyages au dehors, afin que leurs citoyens ne contractassent pas à l'étranger les habitudes d'une vie relâchée ; mais aujourd'hui ceux qui jouissent chez eux de la plus haute influence s'appliquent avant tout à être employés perpétuellement comme harmostes au dehors. Il y avait un temps où ils se donnaient de la peine pour être dignes du commandement; mais aujourd'hui ils s'efforcent beaucoup plus de l'avoir et de le garder que d'avoir toutes les qualités nécessaires pour l'exercer. En conséquence, les Grecs dans les anciens temps avaient coutume de venir prier les Spartiates de vouloir bien se faire leurs chefs contre ceux qui leur faisaient du tort; mais aujourd'hui ils s'exhortent les uns les autres à concerter des mesures pour exclure Sparte de son empire renouvelé. Et nous ne pouvons pas nous étonner que les Spartiates soient tombés en discrédit quand ils ont manifestement cessé d'obéir au dieu de Delphes et aux institutions de Lycurgue. »

ÇevYiXafféa; Yiyvoixéva;, xaî àicoÔTiixeiv

XîTtti àico Tûv ^sv(i)v é(JL7Ci(JL'jrXaivT0 * vvv ô' êTCiaTafxai toù; îoxoOvto;? iipeoTOu; eîvat èffTTOuôaxôxaç a>ç [jLTiSeiroTe irauwv- Tai àp(x6ÇovTeî èizX Çévyj;. Kal ^v {lèv, ôre êTrefiieXovvTO, Ôtco); â^toi eUv ii^ftiv 6at • vOv ôè ïToXù (tâXXov TcpaYjxateuov- Tat, ôiico; âp^ovfftv, f| Ôttcuç àÇiot tov- Tov Idovrai. ToeyapoOv ol "EXXrjveç wpéxepov {lèv èovxcç elç Aaii8Sat(jiova lôc'ovTo aÙTtÔv, ifiyeicrOat ÈTtl toi»; 86xouvxac àSixEtv * vOv 5è rcoXXol itapaxaXovmv àXXi^Xouç èizi x6 Siaxw- Xveiv àp^at icàXiv «Otouç. OùSèv (livToi 8si Oau{j.«2^Eiv toutuv tûv èfci-

^oytay aOroïç yiy^o[Liytù^, iirstÔTi çavepoi el<nv oOt8 T(j) Oeâ iréiOôfiEvot ovte Toêç Auxoupyou vô{i.oi;.

^expression « prenant des mesures pour empêcher les Lacédœmoniens d'exercer l'empire de nouveau » indique que ce traité fut probablement composé à quelque moment entre leur défaite navale à Enidos et leur défaite sur terre à Leuktra^ La première mit fin à leur empire maritime, — la dernière leur enleva toute possibilité de le recouvrer ; mais pendant cet intervalle, il n'était nullement impossibb qu'ils le recouvrassent.

AGÉSILAS ROI DE SPAKTE. — OUBRRK CORINTHIENNE 285

Cette critique (écrite à quelque moment entre 394-271 av. J.-C), due à 1 ardent panégyriste de Sparte, est extrêmement instructive. Nous savons par d'autres témoignages combien l'empire Spartiate était fatal aux cités sujettes : nous apprenons ici combien il le fut au caractère des Spartiates eux-mêmes et à ces institutions intérieures que même un ennemi de Sparte, qui détestait leur politique étrangère, se sentait cependant forcé d'admirer (1). Tous ces vices, sur lesquels Xénophon insiste ici, proviennent de divers incidents qui se rattachent à son empire. Le caractère modéré, lent, casanier, à l'antique, — dont se plaignent les Corinthiens (2), mais dont le roi Archidamos se fait honneur, au commencement de la guerre du Péloponèse, — se trouve changé, à la fin de cette guerre, en esprit d'agression et de conquête, en ambition publique aussi bien que privée, en disposition chez les grands personnages à se soustraire à l'égalité triomphante (3) de discipline ordonnée par Lylturgue.

Agis, fils d' Archidamos (426-399 av. J.-C), et Pausanias, fils de Pleistoanax (408-394 av. J.-C), étaient les deux rois de Sparte à la fin de la guerre. Mais Lysandros, l'amiral ou commandant de la flotte, était pour le moment (4) plus grand

(1) L'ambassadeur athénien à Melos dit : -* Aaxe$ae(jL6viot yàp Tcpàç (lèv G-qpa; aOro^c xal Ta iTct^copia v6(JLiuLa« TzieXtrta àpet^ /pûvTai • irpô; Ôè toùç dXXovc — âirtçavéffTaTa wv Îct^jlsv xà {lèv ii^éa xa>,à vo[xiCou<7i, Ta 5è ^upiçépovTtt Ôtxaia (Thucyd. V, 105). Poiybe prononce un jugement qui est presque exactement le même (VI, 48).

(2) Thucydide, I, 69, 70,71, 84. 'Ap- XaioTpoTta \i\ûù^ Ta èiciTY}6eu(taTa — âoxvoi npôc 0{i&c |JieXXii)Tàc xat àTroSri- (iiQTai wpôç ivSo(JLT]TtiiTOu; ; et VIII, 24.

(3) SwdipTTjv 5a{M<Tt[j.êpOTOv ^Simonide, ap. Plutarch. Agesilaum, cl).

(4) V. une expression d'Aristote {Polit. II, 6, 22) au sujet de la fonction xl'amiral chez les Lacédœmoniens, — èTïi yàp Tot; pactXeùffiv, o\nn ^rpaTTr

yot; àtdioiç, -h vavapx^a (TxeSàv iTspa ^ao-tXeia xaOéerriQxe.

Cette réflexion, — qu*Aristote a empruntée de quelque autre auteur, comme il le donne à entendre, sans toutefois dire de qui, — doit, selon toute probabilité, avoir été fondée sur le c&s de Lysandros ; car jamais, après celui-ci, il n^ eut d^amiral lacédœmonien qui ait joui d'un pouvoir qu'on pût appeler exorbitant ou dangereux.

Nous savons que, pendant les dernières années de la guerre du Péloponèse, on blâmait beaucoup la coutume lacédiemonienne de changer annuellement d'amiral (Xénoph. Hellen. I, 6, 4).

Ces critiques semblent avoir fait impression sur les Lacédaemoniens; car dans l'année 395 avant J.-C. (l'an-

insrOIRB Dfi XJk GRÈCE

que l'un et l'autre des deux rois, qui n'avaient le droit de commander les troupes que sur terre. J'ai déjà mentionné comment son autorité et son insolence présomptueuses offensèrent non-seulement Pausanias , mais encore plusieurs des éphores et des principaux citoyens de Sparte, aussi bien que Phamabazos, le satrape persan, et amenèrent ainsi indirectement le renversement des Trente à Athènes, le découragement partiel des dékarchies dans toute la Grèce et la révocation du commandement de Lysandros lui-même. Ce ne fut pas sans répugnance que le vainqueur d* Athènes se soumit à redescendre à une condition privée. Dans la foule des flatteurs qui l'encensaient au moment de sa toute-puissance, il n'en manquait pas qui lui suggéraient l'idée qu'il était beaucoup plus digne de régner qu'Agis ou que Pausanias; qu'on devrait prendre pour rois, non les premiers-nés du lignage d'Eurysthenês et de Proklês, mais les choisir parmi tous les Hêraklidês, race à laquelle appartenait Lysandros luimême (1), et que la personne choisie devrait être non-seulement un descendant d'Hèraklès, mais un digne pendant d'Hêraklês lui-même. Tandis qu'on chantait des p«ans en l'honneur de Lysandros à Samos (2), — que Chœrilos et Antilochos composaient des poëmes à sa louange, — qu' Antimachos (poëte extrêmement estimé par Platon) entrait en une lutte formelle de vers épiques récités sous le titre de Lysandria et était vaincu par Nikeratos, — il y avait un autre ardent admirateur, rhéteur ou sophiste d'Halikarnassos, nommé Kleôn (3), qui écrivit un discours prouvant que Lysandros avait bien gagné la dignité royale; — que la supériorité

nëe «qui précède la bataiUe de Knidoi), ils oonférèrent *« roi Agésllas, qui oommandait alors l'armée ii« t«iTe «n Asie Mineure, le commanderaent de la flotte également, — afin d'assurer Tanité des opérations, ce qui ne s^ëtart jamais fait aaiMBravant (Xéooph. Hellen. III, 4, 28)r

(1) Plutarqve, Lfsand. c. 24. Il se peut qu'il ait été simplement membre

de la tribu appelée Hylleia^ qui probablemont s'appelaist Héraklide. Quelqae&-nns affirmaient que X^sandroe désirait faire efaoisir les roia parmi tous les Spartiates, et non simpleBent parmi les Héraklidea. Cela est oMÎas probable.

(2) DuriS; ap. AtiieBsemn^XV, p.096.

(3) Plnl«rqu«, Lysand. c. 18; Pl«tarque, Agésilas, c 20.

ÀGÉSILAS ROI DK SPARTE. GUERRE CORINTHIENNE 287

personnelle devait remporter sur la descendance légitima ^ — et que la couronne devait être donnée, par voie d'élection, au plus digne d'entre les Hêraklides. En songeant que la rhétorique n'était ni employée ni estimée à Sparte , nou& pouvons raisonnablement croire que Ljsandros ordonna réellement la composition de ce discours pour servir d'instrument d'exécution à des projets que lui-même avait préconçus, de la même manière qu'un demandeur ou un défendeur athénien devant le dikasterion avait l'habitude de s'armer d'un discours de Lysias ou de Démosthène. Kleôn faisait sa cour par état au moyen d'une telle composition en prose, soit que le projet fût recommandé d'abord par luimême, soit qu'il fût habituellement discuté dans un cercle d'admirateurs; tandis que Lysandros dut probablement reconnaître le compliment par une récompense non moin* libérale que celle qu'il donna au poëte médiocre Antilooho9(l). Et la composition dut être mise sous la forme d'une harangue adressée par l'amiral à ses compatriotes, sans aucune idée déterminée qu'elle fût jamais prononcée ainsi. Les rhéteurs , dans leurs écrits , adoptaient souvent cette hypothèse d'un orateur et d'un auditoire, comme nous pouvons le voir dans Isokrate, — en particulier dans son sixième discours, appelé Archidamos.

Poussé soit par sa propre ambition, soit par les suggestions des autres, Lysandros en vint alors à concevoir l'idée d'interrompre la succession des deux familles royales, et de s'ouvrir une porte pour arriver à la couronne. On a traité ses projets de révolutionnaires; mais il semble qu'il n'y a rien en eux qui mérite ajuste titre cette dénomination dans le sens que le mot a aujourd'hui, si nous considérons avec soin ce que les rois Spartiates étaient dans l'année 400 avant J.-C* Sotts ce rapport, les associations d'idées qui se rattachent au titre de roi sont trompeuses pour un lecteur moderne. Les rois Spartiates n'étaient nullement des rois, dans aucun sens moderne du mot ; non-seulement ils n'étaient pas

(1) Plutarque, Lysandi c. 17.

rois absolus, mais pas même rois constitutionnels. Ce n'étaient pas des souverains, et aucun Spartiate n'était leur sujet; chaque Spartiate était membre d'une communauté grecque libre . Le roi Spartiate ne gouvernait pas ; il ne régnait pas non plus, dans le sens d'avoir un gouvernement exercé e^ son nom et par des délégués. Le gouvernement était exerce par les Ephores, qui consultaient fréquemment le sénat, et faisaient appel à l'occasion, bien que rarement, à l'assemblée publique des citoyens. Le roi Spartiate n'était pas légalement inviolable. 11 pouvait être, et l'était à l'occasion, arrêté, jugé et puni pour mauvaise conduite dans l'accomplissement de ses fonctions. C'était un personnage agissant de lui-même, un grand officier de l'État, jouissant de certains privilèges définis, et exerçant certaines fonctions militaires et judiciaires qui passaient comme une universitas par transmission héréditaire dans sa famille ; mais soumis au contrôle des Ephores quant à la manière dont il remplissait ces devoirs (1). Ainsi, par exemple, c'était son privilège de commander l'armée quand on l'envoyait en service à l'étranger; cependant on fit une loi exigeant qu'il prît avec lui des députés, comme conseil de guerre, sans lequel rien ne devait être fait. Les Ephores rappelèrent Agésilas quand ils le jugèrent bon, et ils citèrent en justice Pausanias, et le punirent pour mauvaise conduite prétendue dans son commandement (2). La seule manière dont les rois Spartiates formaient

(1) Aristote (Polit. V, I, 5) représente avec justesse les projets de Lysandros comme allant irpoç ta (iiépoç re xiv^<Tai Trjç TCo)>iT6iaç • olov àp/^^i^ ^iva >caTa(yTy)(Tac 9) àveXeïv. La royauté Spartiate est ici regardée comme àpx^^iÇ — un office de l'Etat, entre d^autres.

IVIais Aristote considère Lysandros comme ayant projeté de détruire la royauté — xaTa^vdai tiqv pa<riXeiav — ce qui ne parait pas avoir été le fait.

Le plan de Lysandros était de conserver la royauté, mais de la rendre élective , d'héréditaire qu'elle était. Il désirait l^ettre la royauté Spartiate

réeUement sur le même pied que celui sur lequel était la charge des rois ou sufïëtes à Carthage, qui n'étaient pas héréditaires, ni cdnfînés aux membres de la même famille ou Gens, mais choisis dans les principales familles ou Gentes. Aristote, tout en comparant les padiXetç de Sparte avec ceux de Carthage, comme étant analogues .en général, se prononce en faveur de l'élection carthaginoise comme étant meilleure que la transmission hérédi" taire Spartiate (Arist. Polit. II, 8, 2.'.

(2) Thucyd. V, 63; Xénoph. Hellen.

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