IV
LÀ GRÈCE SOUS L*EMPIRE LÂCÉD^MONIEN 289
une partie du pouvoir souverain dans TEtat, ou avaient part à l'exercice du gouvernement, proprement appelé ainsi, c'était qu'ils avaient des votes ex officio dans le sénat, et qu'ils y pouvaient voter par procuration quand ils n'étaient pas présents. Dans les anciens temps, connus très-imparfaitement, les rois Spartiates semblent avoir été réellement souverains, le gouvernement ayant été exercé en réalité par eux ou d'après leurs ordres. Mais dans Tannée 400 avant J.-C, Agis et Pausanias étaient devenus simplement des officiers héréditaires de l'État, grands et'élevés, portant encore l'ancien titre de leurs ancêtres. Ouvrir ces fonctions héréditaires à tous les membres de la Gens Hêraklide, par voie d'élection entre eux, pouvait être un changement meilleur ou pire : c'était une nouveauté effrayante (précisément comme si l'on eût proposé que l'un des divers sacerdoces, qui étaient héréditaires dans des familles particulières, fût rendu électif), à cause de T extrême attachement des Spartiates pour des coutumes antiques et sanctifiées; mais on ne peut, à proprement parler, l'appeler révolutionnaire. Leséphores, le sénat et l'assemblée publique auraient pu faire un tel changement dans toutes les* formes légales, sans aucun appel à la violence ; les rois eussent voté contre ce changement, mais ils eussent été vaincus par la pluralité des suffrages. Et s'il se fût opéré, le gouvernement Spartiate serait resté, sous le rapport de la forme aussi bien qu*en principe, précisément ce qu'il était auparavant, bien que les familles Eurysthénide et Proklide eussent perdu leurs privilèges. On n'a pas ici l'intention de nier que les rois Spartiates fussent des hommes de grande importance dans l'Etat, surtout quand ils combinaient avec leur position officielle une énergie personnelle prononcée. Mais il n'en est pas moins vrai que les associations d'idées qui se rattachent au titre de m dans l'esprit moderne, ne s'appliquent pas convenablement à eux.
Pour en arriver à ses fins à Sparte, Lysandros savait bien qu'il devait employer des influences d'un caractère inaccou- -tamé. Quittant Sparte peu après son rappel, il visita les oracles de Delphes, de Dddônè et de Zeus Ammôn en Li-
T. xni 19
290 HISTOIRE DE LA QfitCK
bye (1), afin de se procurer, par persuasion ou par omraption, des ordres pour les Spartiates à Tappui de «es projets. L'effet général des injonctions d'un oracle sur l'esprit spar- > tiate était si grand, que Kleomenès avait obtenu ainsi la déposition du roi DemaratOB, — et l'exilé PleistoanaK, schi propre rappel (2), la corruption ayant -été dans les deux cats le moyen déterminant. Mais Lysandros ne fut pas aussi beurreux. Aucun de ces oracles ne put être amené, par aacoiie offre, à oser prononcer une sentence aussi grave que celle d'abroger la loi étaMie de succession au trône «partiate. 'On dit même que les prêtres d'Ammôn, non contents de refuser • ses offres, vinrent à Sparte dénoncer sa conduifte ; sur cette accnsation, Lysandros fut mis en jugement, mais acquitté. L'assertion qu'il fut ainsi jagé et acquitté, je la crois fausse. Mais, de cette façon, ses plans écbouèrcHt complètement, — et il fut forcé d^avoir recours à un autre stratagème, faisant encore appel â la sensibilité religieuse de ses compatriotes. Il était né q-nelque temps auparavant, daiits l'uue des villes de l'Eaxin, un jeune homme iKwnmé Sile»©«, ' dont la mère affirmait qu'il était fils d'Apollon, assertion ^jui trouva crédit au loin, nonobstant diverses difficultés soulevées par les sceptiques. Tout en faisant connaître à Sparte qu'il était né au dieu un nouveau fils, les partisans de Ly- 4sandros répandirent aussi partout la nouvelle qu'il existait des manuscrits sacres et des annales inspirées, cacbées et non encore lues, sous la garde des prêtres de I>elpbes, monuments qui ne devaient être ni touchés ni consultés avaart que quelque fils véritable d'Apollon se présentât pour les réclamer. Be connivence avec qu«lques-uns des prêtres, on fabriqua certains oracles conformes aux vues de Lysandros. On convint que Silenos se présenterait à Delphes, montre- «rait les preuves de sa parenté divine, et demanderait ensuite ^ examiner ces annales secrètes, ce que les prêtres, après un
<l) Diodore, XIY^ jL3; Cioéson, De (2) Plxitarqiie, hyaskuL c 25^ 4V
DtvtnftL I, 43,, 96; Cornélius Xépos, près Ephore. Cf. Hérod. VI, 66; Xysana c.3. Thncj-d. V; 12.
LA GRÈCE ëQVB h JEÎllIPIIUS :LA.^éD^MONIEN
examen rigo«i>eiax en a^pparenoe, étaieût prête à accorder. ■SiledM^ \e& lirait eoiSfuite à habita voix «eB ptrétsenoe de Ijqab les spectateurs; et parmi oes <>racies, il «'en trouverait an recoosimandaâit aux Spartiates de choisir teurs stois panai leurs meilleurs «itoyeas (1).
Ce projet approcha 6i près de sOiii .aoefOAnplissejnesi't ifo^ Siienos se présenta réelleiûeiat à Delphes, et exposa s>es pnétenons. Mais lU^n des associés, ou sentit fion courage faillir, ou manqua le coup, <au jmoment critique.; de .sorte que ies annales mysitérieuses restèrent eacore carchées. Cependant, biam qu>e ^Ly^andros fût ainsi forcé d*abandonj(ker son plan., H ne fut reoadiii public qu'a«p{rès sa mort. Il aurai/t probablement réustsi si Lysandros a^^ait trouvé dans le tani^e des assocÀéfs poui^s du courage et d« l'astsice convenableis, — si no.w ^itonsidérons de respect profond et babittiel des Spartia^tee pour Delpbe*, oracle sur la sanction duquel on croyait e/k général que reposaient les institutions de Lykurgue. Et hbent^t ôil se pré^i^ita une onoasion dans laquelle le change zneaoft .proposé aurait pu être essayé avec une facilité et «n à-propos inaocoutujnés, bien que Lysandros lui-même j ayaiit -écb^vé unefois^ reooaçàt à soda entreprise, et CKifdoyàt «on influence^ qm durait .^sans être affaiblie, à domyet le sce|>tne à un autre au lieu de Tacquérir pour lui-même (2), — comme Mucien à l'égard de Temperfiftir Vespasien.
^r^f^^^immÊ^r^^^^'m^
(1) Plutarque, J^^asd. jc. 26.
(2) ,Ta,ei1ie, Histor. i, J.O. « Oui exp^ •ditius fuecit liraéfiie (jwporiiim Qvam
Le fait géaéml àe ia «eon^kaittm ourdie -par Lysmiâvos <en vwe ^ »'o\kvxir UB oh^imn saru {Mrone .paraît seposer .sur xok téwc^gnage teès-«uffî»aBji -^ oelai d'JEphore^ au(}a<d iiae peut quie fassent aUasiou l^d^ABute ^airt tiv^ç dans Aristote, là au il mantUmne o^te csona^ pixaU<v «dïnme ajaut été eacontée (Polit, y, 1, ô) Mais Piutarque, auasi bien que K. 0. MiiUer (Hist. of Dorians, IV, 9, 5) et autres^ avancent par erreur que les intrigues avec l'o-
racle furent iÎHmaéesjipvès ^ue Lysonadra^ revint dlactfwmpagnor J^ésilas en A^i&H oe qw est oertaineuent Mnpofr- 9i\il^ ivu .^tte Ljsandres aocampagna AiféHlas au dehois. .dans de printemps â« d^ôarv. J.-.C. ^ qu'il «le prévint pas an Gir^e avant le ^pcintea^ts «de .39^ av, J.-C. -^ et qu'û ifut emplejé (€»• suite, apsès un intervaUe de ^tewgns q\»
ne dépasiia pas quatre -ou oinq 'mois, dans oe&te expédition ,<»ii$r'e la £<»ptia dans laquelle il fut tué.
La machination de Lysandsos avec l'oracle a dû saos doute se pratiquer avant la mort d'iegis — à quelque moment entre 408 «tZi^ av. J.-€. L'im-r
Ce fut apparemment une année environ après les campagnes en Elis que le roi Agis, vieillard alors, tomba malade à Heraea en Arkadîa, et fat rapporté à Sparte, où il ne tarda pas à expirer (399 av. J.-C). Son épouse Timaea avait donné le jour à un fils nommé Leotychidês, à ce moment jeune homme âgé de quinze ans (1) environ. Mais la légitimité de ce jeune homme avait toujours été suspectée par Agis, qui avait déclaré, quand on lui fit connaître pour la première fois la naissance de l'enfant, qu'il ne pouvait pas être de lui. La frayeur l'avait tenu éloigné du lit de sa femme à la suite d'un tremblement de terre, que l'on expliqua comme étant un avertissement de Poséidon, et que Ton prit pour une interdiction des relations conjugales pendant un certain temps, et c'était durant cet intervalle que Leotychidês était né. Voilà une histoire. Il y en avait une autre, d'après laquelle le jeune prince était fils d'Alkibiadês, né pendant l'absence d'Agis, commandant alors à Dekeleia. D'autre part, on prétendait qu'Agis, bien qu'il doutât dans l'origine de la légitimité de Leotychidês, avait plus tard rétracté ses soupçons et l'avait pleinement reconnu, surtout, et avec une solennité particulière, pendant sa dernière maladie (2). Comme dans le cas de Demaratos, environ un siècle avant (3), — Agési-
miliation qu*il reçut en 396 av. J.-C.
d'Agésilas a pu dans le fait l'amener à songer à renouveler ses premiers plans, mais il n'a pu avoir de temps pour faire quelque chose dans ce dessein.
Aristote (Polit. V, 6, 2) fait aUusion à rhumiliation infligée à Lysandros par les rois comme un exemiple dlticidents tendant à faire naître du troublé dans un gouvernement aristocratique ; mais probablement cette humiliation a trait à la manière dont il fut contrecarré en Attiqbe par Pausanias, eu 403 av. J.-C, — conduite qui est attribuée par Plutarque aux deux rois, aussi bien qu'à leur ralousie pour Lysandros (V. Plutarque, Lysand. 21) — et non au traitement de Lysandros par Agésilas en 396 av. J.-C. La mission de Lvsandros
vers le despote Denys à Syracuse (Plut. Lysand. c. 2) a dû également tomber avant la mort d'Agis en 390 av. J.-C. ; fut-ce avant ou après Tinsuocès du stratagème à Delphes, cela est incertain; peut-être après.
(1) L'âge de Leotychidês est marqué approximativement par la date de la présence d'Alkibiadês à Sparte 414- 413 av. J.-C. La simple rumeur, vraie on fausse, que ce jeune homme était fils d'Alkibiadês, peut être tenue pour IràiSsante comme témoignage chronologique pour certifier son âge.
(1^ Xénoph. Hellen. III, 3, 2; Pausa-^ nias, III, 8, 4; Plutarque, Agésilas, c. 3.
(3) Hérodote, 5, 66.
LA GRÈCE SOUS l'eMPIRE LACÉDiEMONIEN
las, le frère cadet d'Agis, puissamment secondé par Lysandros, tira parti de ces doutes pour exclure Leotychidês, et occuper le trône lui-même.
Agésilas était fils du roi Archidamos, qui l'avait eu non pas de Lampito, mère d'Agis, mais d'une seconde femme nommée Eupolia. Il avait atteint actuellement Tàge mûr de quarante ans (1), et après avoir été élevé sans aucune perspective de devenir roi, — du moins jusqu'à une époque très-récente, — il avait passé par la rigueur non mitigée de l'éducation et des exercices Spartiates. Il se distinguait par toutes les vertus particulières à sa patrie : obéissance exemplaire à l'autorité, dans l'accomplissement de ses pénibles exercices militaires aussi bien que civils, — émulation, en essayant de surpasser tout compétiteur, — courage, énergie, aussi bien que facilité extraordinaire à endurer la fatigue ; — simplicité et frugalité dans toutes ses habitudes personnelles; — extrême sensibilité à l'égard de l'opinion de ses concitoyens. Envers ses amis ou ses adhérents personnels, il était remarquable par la chaleur de son attachement, et même par un dévouement peu scrupuleux, avec une disposition à se servir de toute son influence pour défendre leurs injustices ou leurs fautes; tandis qu'il était comparativement facile à apaiser et généreux dans sa manière d'agir avec des rivaux à Sparte, nonobstant son ardeur à être le premier dans toute sorte de luttes (2). Ses manières étaient enjouées et populaires, et sa physionomie, agréable, bien que sa taille fût non-seulement petite, mais sans noblesse, et qu'il eût en outre le défaut de boiter d'une jambe (3), ce qui explique son refus constant de souffrir qu'on fît sa sta-
(1; J'avoue que ]e ne comprends pas «omment Xénophon peut affirmer, dans son Agésilas, I, 6, 'AyirifftXaoç Totvuv êxt [xàv véoç (î>v iujxe ty^ç paaiXeiaç. Car il dit lui-même (II , 2^), et il semble bien établi qu'Agésilas mourut âgé de plus de quatre-vingts ans ^Plutarque, Agésilas, c. 40) ; et sa mort a dû arriver vers 360 av. J.-C.
(2) Plutarque, Agésilas, c. 2-5; Xénoph. Agés. VII, 3; Plutarque, Apopbth. Laconic. p. 212 D.
(3) Plutarque, Agésilas, c. 2 ; Xénophon, Agésil. VIII, 1.
Il paraît que la mère d'Agésilas était une femme très-petite, et qu' Archidamos avait encouru le blâme des Ephores , sur ce motif spécial, pour l'avoir épousée.
294 mSftfORÊ. B8) tA GftàCE
tué ()). D étadrt îiidîier^nt à Fa^rgent, et exempt d'ua es,cki^ de sentiwi^nt égoïste, si ce n'est dans sa paasioti po«r la supériorité et la puissance.
Malgré son raag cewane frère d'Agis, Agésik» vî'mmt jamm» tnem^ Hé essayé dams aocun cxmmast^evMitt militaire, q«oïqii*ïI eW proèabîei»eirt se*Ti dan» l'armée soit à Dekeleia sxwt en Asie*. Aussi s<m caractère était-il ewcore vmié en grande parUie. Et il se peut que sa popularité ait é*é (Fatatant plusi grande a* moflfcent où le trône devifnt Tacant, eo ee qxïe, n'ayant jamaâs été en positio» d'excïter 1» jalousie, il ne^ a» dîstwignâit qiie par ses- mérites, srea? effort», sa» psitience et sow obéisesnee ponctuelle, qualités dans lea^ quelles même les" pla» pauvres- citoye»» étaient êm compétitertirs à con#tîfei*s^ égaJes. Bie» ptes, la cJiMitraînlte qu'il exerçait sur Iui-Bïém« et l'habituàe d'éto-tiiBer sesf éwwrtiend, créées par rjtn& éducaition spartiate^, étaîeftl si complètes ckez lai, qwe ïe- ru»é Lysandfrc^s lui-même we» le wnmiissait pais à cette époque- Ltfi et Agésilas avaient été d^anciens et intimes amis (!^', toue deux ayafirt été placés comme* enfants^ dans )a même troupe pour être formés à la discipline; exemple remarquable* du caradière de cette discipline qisi établissait l'égalité, puisqfue nous* savons que Ljsandrois éfekit de pareiv^s et de conditiim pauvres (S). Il commit la méprise de supposer qu'Agéailas étaâit cTane diepositioii particulièrement aimable et do>ci1fe, et œ fut le prineipal mcytif qui l'engagea à épouser' les^ prétentions de ee dernier au trône, après le décès d'Agis. Lji9a«droe comptait, si grâce à M Agésilas derenait roi, sifr \m grand accreissemeait de aa propre influence, et en particuôer sur une nouvelle mission en Asie, sinon comme général ostensible, du moins comme chef réel sous le commandement titulaire du nouveau roi.
En coQisé^ueneer,. larsq[ue leS' SM>l<e£u^ités imposantes qui marquaient toujours les funéraille» àmi roi de Sparte fuirent
Jtgé^he.S, (3} Plutarque, Lys<tnct. c. SI
LA GRÈCB SOtJS l'eMPIBE L€ÉD^M0NIEN
li^miAéeJs (1), eiq^ue le jour arriva d'ioistaller ua nouY^auroi^ Agésôlâs., à rinstigatioii de Lysandros, se préseata pour contester la Intimité et le titre de Leotjchidê&, et pour réclamer le sceptrepoiirluik-même, — véritable Hèraklidey. frèreda denài^r rcH Agûsh. Dans le débat,. q.uî probablement eut liea ii&n-seiiiilement devant le& éfkove% et le sénat, i&sl^ de^ vaut les eitayena> assemblés en outre, — Lysandro» appaya^ chaudement ses prétesitions. Par malhieur, il ne nous est pas permi» de savoir grand'ebose de ee débat. Nous ne pouvons douter ^me Tàge mûr et. l'excellente réputation d'Âgésilas ne comptassent comjoie ume grande reconAmaadatio&y mî» en regaari d'us jeune bomiuie non éprouvé^ et ce fut probablement le point réel (puisque la parenté des deux compétit^ïri^ était si rapprochée) d'où dépendit la décision (2) ; car la légitimité die Leotychidès était positivement affirmée par sa mère Timaea (3)^ et no«s ne voyons pas q|ua la question de paternité ait été soumise à Toracle de Delphes, comme dans le cas de Demaratos.
Il y avait toutefois une circonstance qui était an graJM^ obflitaele pour Âgéailas, — c^était sa difformité personnelle. On n'avait jamais connu encore un roi de Sgarte boiteux. Et si en remontant plus d'un siiècU noua retrouvons une semblaUe difformité dans un des princes Battiades de Kyrênè (4},. nous voyons les Kyrénseens prendre la chose tellemenst à: cceup, qu'ils eaivoient demianuder conseil à Delphes, ^ app«h- 1er le réformateoir mantineien D^onas. Outre ce sentiment de répugnance, les dieux avaient encore averti spécialement Sparte de se garder d'un « règne boiteux. »» Diopeithês, prophète et conseil religieux: de haute réputations soutint la
(1) Xénapk. HdlBn. m, 3, 1.
(2) PlaUiquey Lysand. c 22; PIut»q«B,AgéaiL c. 3; Xénoph. Helloa.
m, 3, 2; Xénoph. A^és. i^ 5.. KpiV
ÇX) Xénoph. Hellen. IH, 3, 2. Cette assertion contredit tes paroles iv^utées à Timœa par Durîs (Plutarque,
AgésU. (L 3; Plutacqjue, àJkJh. e. 23).
(4). Hérodote, IV^ 161. AtsSé^a-ra Sa x^ ^ÇLailr^tri^ xou 'X^x&aOiSta é veuç. BdxToçr Xl^Xdc TS iian xotl oOx. &fxii- TTOTjç. Ot 8è KupYîvaïoi «pàç tyjv xa- XQLXaSQâsa:v <tu<{j,90-|^i^v I?cs(lvo* èç.
cause de Leotychidês. Il produisit un ancien oracle qui disait .à Sparte que, « avec tout son orgueil, elle ne devait pas souflfrir qu'un règne boiteux nuisît à son pas ferme (1); car, si elle le faisait, elle serait longtemps assiégée par des souffrances sans exemple et par des guerres ruineuses. » Cette prophétie avait déjà été invoquée une fois, environ quatre-vingts années avant (2), mais avec une interprétation très-différente. Pour des chefs grecs comme Themistoklès ou Lysandros, c'était un mérite qui n'était pas sans importance de pouvoir éluder des textes incommodes ou des sentiments religieux intraitables, par une explication ingénieuse. Et Lysandros éleva ici la voix (comme Themistoklês Tavait fait dans l'occasion critique qui précéda la bataille de Salamis) (3) pour combattre les interprètes de profession ; il soutint que par « un règne boiteux, » le dieu voulait dire, non pas un défaut coi:porel dans le roi, — qui pouvait n'être pas même de naissance, mais résulter de quelque mal positif (4), — mais'le règne d'un roi qui n'était pas un véritable descendant d'Hêraklês.
L'influence de Lysandros (5), combinée sans doute avec une prépondérance de sentiment qui tendait déjà vers Agésilas, fit que cet effort d'interprétation subtile fut bien accueilli comme convaincant, et détermina la nomination du candidat boiteux comme roi. Toutefois, il y eut une minorité considérable qui pensa que décider ainsi c'était pécher contre les dieux et se moquer de l'oracle. Et, bien que les murmures
(1) Plutarque, Lysand. c. 22 ; Plutarque, Agésil. c. 3; Pausauias, III, 8, 5.
(2) Diodore, XI, 50.
(3) Hérodote, VII, 143.
(4) Xénoph. Hellen. III, 3, 3. ïîç oOx otoiTO, Tov 6eov toOto xeXeusiv çu- XàÇacTÔai, [L-f] irpoffTCTttCffaç tkx***' XsuffYi, àXkà (làXXov, jjl^J oOx àv tou yévouç padiXeOcTYi.
Une claudication de naissance était regardée comme une marque de mécontentement divin, et con&équemment comme rendant inhabile à occuper le
trône, ainsi qu^on le voit dans le cas de Battos de .Kyrênê mentionné plus haut. Mais les mots x^^^ ^avCXeia étaient assez généraux pour couvrir les deux cas, — claudication accidentelle aussi bien que de naissance. C^est sur cela que Lysandros fonde sa conclusion, — que le dieu ne voulait pas du tout faire allusion à une claudication corporelle.
(5) Pausanias, III, 8, 5; Plutarque, Agésil. c. 3; Plutarque, Lysand.
c. 22; Justin, VI, 2,
LA GRÈCE SOUS l'eMPIRE LACÉDiEMONIEN 297
de ces dissidents fussent comprimés par les talents et les succès d'Agésilas pendant les premières années de son règne, cependant, lorsque, dans ses dix dernières années, le malheur et rhumiliation vinrent fondre en masse sur cette cité orgueilleuse, le sentiment public se rapprocha décidément de leur manière de voir. Plus d'un Spartiate pieux s'écria alors , avec des sentiments d'amer repentir, que la parole divine ne manquait jamais de se réaliser à la fin (1), et que Sparte était justement punie pour avoir volontairement fermé les yeux à l'avertissement distinct et miséricordieux qui lui était donné, au sujet des malheurs d'un « règne boiteux (2). »
Outre la couronne, Agésilas acquit en même temps les biens considérables laissés par le dernier roi Agis, acquisition qui lui permit de déployer sa générosité en en donnant immédiatement la moitié à ses parents maternels, — personnes pauvres pour la plupart (3). La popularité que lui valut cette démarche fut encore augmentée par sa manière de se conduire à l'égard des éphores et du sénat. Entre ces magistrats et les rois, il régnait habituellement de la mésintelligence. Les rois, qui n'avaient pas perdu la tradition de la puissance absolue dont leurs ancêtres avaient joui jadis, montraient autant de réserve hautaine qu'ils l'osaient à l'égard d'une autorité qui était devenue alors essentiellement supérieure à la leur. Mais Agésilas, — non moins par suite de ses habitudes préétablies que de son désir de suppléer
(1) "lo' olov, w Ttaîôeç, irpocréiJLiÇev tarque^ Compar. d'Agésilas et de Pom-
[àçap pée, c. 1. ^AyridCkao^ ôè ti^,v PaaOeiav
ToÛTCOç TO BeoTcpoTCOv ^(AÎv SdoÇe Xaêetv, oûxe, Ta Tcpàç toùç Oeoùç
Tfj; ita\a\.(fé.xo\j Tcpovoiaç, àixeixwTo;, outs xà Trpà; àvOpcoirouç,
"Ov ëXaxev, etc. xpCva; vofteCa; AewTvxîSiQV, ôv vtov aO-
C*est un magnifique chœur des Tra- toO àTcéoeiUv à àoeXçè; ^vridiov, xàv Se
<}hinias de Sophokle (822) exprimant xP^^^H-ô^ xaT.eip(tfveu<Tâ|i.evoç tôv iztçl
leurs sentiments au sujet de la mort tïj; yjù\6xri'zoi. Et, ibid. c. 2. At' 'Ayri-
effrayante d'Hêraklês, revêtu de la tu- ffiXaov âTceffxoTiQffe tw X9'^i<'[*-^ Audav-
nique de Nessus, qui vient d^être an- 6poc.
noncée comme étant sur le point de • (3) Xénoph. Agésil. IV, V; Plutar-
s'accomplir. que, Agésil. c. 4.
(2) Plutarque, Agésil. c. 30; Plu-
238 HKSTCHBE BE. lA GtSlÈCR
aux défauts de son titre, — adopta une ligne de coiiduite soigneusement opposée. Non-senJeni4âat il s'appliquait àévi*ter toute collisioa avec les éphores, mais il témoignait une déférence marq^uée tant à leurs ordres qu à leurs personnes. Il se levait de son siège toutes les foi& qu'ils paraiaaaient.; il se conciliait et les< épbores et les sénateurs pair de» i^réseniâ faits à propos (I). C^est lui qui gagna le plus à cette eoArduite judicieuse aussi bien qu à som exacte observaticMft des lois et des usages (2). Conabinées avec ee talent et eette énergie qui ne lui firent jamais défaut elles 1m aâsurèrent ua pouvoir plus réel qu'il n'en était jamaisr écàsi à aucun roi de Sparte, pouvoir non-seulement sur les opérations militaires au dehors y dont habituellement les rois étadent chargés, — mais encore sur la politique de VÉtat à ri&térieur. C'est sur raficroissement et le^ maintien de ce pouvoir réel que se coûcentrèrent psrincipaleiiiMiBkt ses peiH sées,. dispositions nouvelles e^réées pair la royauté, et qiibi ne s'étaient jamais mtontrées en lui auparavant. Déda^nant, comme Lysandros, l'argent,. Le luxe, et tout l'étalage extérieur du pouvoir, — il BK)ntra, comme roi, unie simtplicité ultra-spartiate,. poussée presque jusqu'à TafTectatien,, dans sa nourriture, son costume et ses habitudids générales. Mail comme Lysandros aussi, il se complut dans l'enerciee de la domination au moyen de groupes ou faction» de partisans dévoués, qu'il se faisait rarement ua scrupule de soutfcenir dans toute leur carrière d'injustice et d'oppresaiofn. Bien qu'il fût un homme aimable, sans disposition à la tyrannie et encore moins au pillage à son profit, — Agésila» se fit ainsi l'instrument volontaire de l'une et de l'autre à l'avantage de ses divers collaboraleurs et amis, dont il identifiait la puissance et l'importance avec les siennes propres (3).. Au moment où Agésilas devint roi, Sparte était àTaçcgée
(1) Plutarqxie, Agesîl. c. 4. 23; Plataifliue, A^oghl^.^ LaGonie.
(2> X«ioph. Agésàl. VII, 2.. • pc 20S F-212 D.
(3) Isokrate, Orat. V (^hitipp.) V, l'incident auquel Théopwnça fittt
s. 100 ; Plutarque, Agésilas, c. 3, 13- albisian ap. Atls^teuiBy XIÎl, f . 609.
LA. GRÈCE Q&GB L'S&CMRm I^CÉDlEMONIEN 299
d^ SKIA pouvoir;: presque toutes les^titlkis gteeqwsa étaient ses BVjetteset sëssAiiée», avec cm sam tribut. Ëlbé^it en<g^êe daiiiâ ta tâche ^comme je Tai ééjk mentiomLé) de proM téger les^ €rrecs asiatiques c&ntve les satra^pes persans die lecur vmsÎA^e. Et la partie la plui» iittéressante de la Tîe d'Agésifas consiste dans Fardeur avec laquelle ili épousa, et daiïs la vigueur et Fhâi)>iteté av«e lesquelles il aceemplit ce grand devoir panhel'Iémqife. On^erra que le succès danis sa carrière* si pJeine de promesi9«& fut arrêté (1) par le ceupable caisbcc^urs qu'il prêta avec un esprit fectiettx à ses partisans, à riirtérietrr et au debo^, — par sa soif inssutiable de toute puèsisaoïce Spartiate, — et par ss&a ïndiiëreQce oit par sont avers»Ofit pour tout plan gèôéreiSK de combinaitâK)!! aree les* cités dépêniKlantes de Sparte,
Toutefois son attention fut attirée d'abord soir «ne danger refuse conspiration: iixtérieiiire dont Sparte était men<acée (398-397 av. J.-C.). Le «• règne boiteux » n'avait pas encore dou2e mois de daurée^ quamdi Agésilas^ occupé à sacrifier dans l'une dea solenoiités établies de l'État, fut informé, par le pro*phète qui sacrifiait, qi!»e le» victimes présentaôeott des symptômes menaçants ^ présageant une conspiration àm caractère le plus formidable. On seeomd sacriâce annonça pis encore, et au troisième le prophète s'écria : « Agésilas,. la révélation qtee nous ayons sous les jeux signifie que nous sommes danst ce moment même au milieu de nos enaiemis. » Ils continuée rent encore à sacrifier, mais lies victi(mes furent offertes alors aux dieux qui détocimient )e malheur et qui en préservent, avec prière que ces derniers, par une intervention tutélaire, éloignassent le péril imminent. Enfin, après plus d'une répétition et avec beaucoup de difficulté, on obtint des victimes favorables, dont la signification ne tarda pas à devenir claire. Cinq jours après, un dénanciatetrr se présenta devant les épbores pour leur communiquer le secret qu'il se préparait ume CïmspiratiOQ dangereuse , oorganisée par un citojen du nom de Einadôn (2).
(1) Isokrate (OvaA. Y, ut »mp} fiièl Ci) XéiMfflw H«Uen. III, 3, 4.
une remarque semblable en substance .
Le conspirateur nommé ainsi était un citoyen Spartiate, mais non pas de cette troupe d'élite appelée les Egaux ou les Pairs. Il a déjà été dit que des inégalités s'étaient graduellement formées parmi les citoyens de Sparte ayant droit à ce titre, inégalités qui tendaient tacitement à mettre à part un certain nombre d'entre eux sous le nom de Pairs, et tous les autres sous le nom corrélatif des Inférieurs. En outre, comme le droit au privilège dans chaque famille ne durait qu'autant que le citoyen pouvait fournir une contribution déterminée pour lui-même et pour ses fils à la table publique, et que l'industrie de toute sorte était incompatible avec les rigoureux exercices personnels imposés à tous, — la conséquence naturelle était qu'à chaque génération un certain nombre de citoyens perdaient leurs privilèges et ne comptaient plus comme tels. Mais ils n'en devenaient pour cela ni Periœki ni Ilotes. Ils étaient encore des citoyens, dont les droits, bien qu'en expectative, pouvaient être renouvelés à un moment quelconque par la munificence d'un personnage riche (1); de sorte qu'eux aussi, avec les citoyens d'un rang moins élevé, étaient connus sous la dénomination des Inférieurs.
C'est à cette classe qu'appartenait Kinadôn. C'était un jeune homme d'une force et d'un courage remarquables, qui s'était acquitté avec honneur de ses devoirs dans la discipline de Lykurgue (2), et il y avait puisé ce sentiment d'égalité personnelle et ce mépris du privilège qu'en suggérait la théorie aussi bien que la pratique. Nonobstant toute son exactitude à remplir ses devoirs, il trouvait que la constitu-»* tion, comme elle fonctionnait dans la pratique, l'excluait des honneurs et des distinctions de l'État, les réservant
(1) V. tome III, ch. 6 de cette histoire .
(2) Xénoph. Hellen. III, 3, 5. 05to; (Kinadôn) $* ^v veavîoxoç xal xb elfioç
Le sens du mot ol 6(jloioi varie dans Xénophon ; parfois, comme ici, il est employé pour signitier les Pairs privilégiés, — encore De Republ. Laced.
XIII, 1; et Anab. IV, 6, 14. Quelquefois aussi il est employé conformément à la théorie de Lykurgue, d'après laquelle tout citoyen qui s^acquittait rigoureusement de son devoir dans les exercices publics, appartenait à cette classe (De Rep. Lac. X, 7).
Il y avait une différence entre la théorie et la pratique.
LA GRÈCE SOUS L KMPIRE LACEDjEMONIEN
pour les citoyens choisis connus sous le nom de Pairs. Et cette exclusion était devenue plus marquée et plus blessante depuis la formation de l'empire Spartiate après la victoire d'iEgospotami, qui avait tant multiplié le nombre des postes lucratifs (harmosties et autres) monopolisés par les Pairs. Privé des grands avantages politiques, Kinadôn était encore employé par les éphores, à cause de sou courage élevé et de sa capacité militaire, dans cette troupe permanente qu'ils entretenaient pour maintenir Tordre à l'intérieur (1). Il avait été l'agent chargé de plusieurs de ces arrestations arbitraires qu'ils ne se faisaient jamais scrupule de faire exécuter à l'égard des personnes qu'ils regardaient comme dangereuses. Mais son esprit n'était pas satisfait; bien plus, en le mettant en contact étroit avec les hommes revêtus de. l'autorité, cette fonction contribua à diminuer son respect pour eux. Il voulait « n'être inférieur à personne à Sparte (2), » — et il entreprit sa conspiration pour réaliser cet objet en renversant la constitution.
J'ai déjà dit qu'au milieu du défaut général de sécurité qui régnait dans la société politique de la Laconie, les éphores entretenaient une police secrète et un système peu scrupuleux d'espionnage, qui arriva à son plus haut point d'efficacité sous le titre de Krypteia. Ces précautions étaient à ce moment plus nécessaires que jamais ; car les changements dans le jeu pratique de la politique Spartiate contribuaient à multiplier le nombre des mécontents et à jeter les Inférieurs, aussi bien que les Periœki et les Neodamodes (Ilotes afi'ranchis) dans une antipathie qui leur était commune avec les Ilotes, contre l'association exclusive des Pairs. Les dénonciateurs étaient sûrs ainsi d'encouragement
{!) Xénoph. HeUen. III, 3, 9. Tînipen^xei 5è %a\ akV iiSv) ô KivdScov toic '^Efopoiç TOtavra. III, 3, 7. 01 ovvte- TttYjiivoi ii\Uùy (dit Kinadôn) aOrot SicXa xexrripLsOa.
(2) Xénoph. HeUen. III. 3, 11. Mr.devèc fjtreov elvai tûv êv AaxeSat(ix>vt, '— telle fut la déclaration de Kinadôn
quand il fut arrêté et questionné par les éphores sur ses desseins. En substance, eUe coïncide avec Aristote (Polit. V, 6, 2), — ^ ôrav àvSpeoSrjÇ ti; &v (i^ (iLETéx? '^<<<>v ti|m5v, oIov Kivàdcov ô TYiv in* '^AyYiaù.âoyj ovox^aa; êiriOeffiv êirt Toù; SirapTtàTo;.
HISTOIRE fe LA 4»îèCE
et de récoaai'peoDse , et rhomaie qui viat en^ee ?moiae«t tpoii- Ter l66 éphoreg;, ota biea était réellement Tami iatinaa de KiûadôE^ on a^ait Mt professdoiia de Tétpe, aân de itiref* 4ê hsd son secret. «< fiLiaoadâa (dit-il aux épbo]!\efi) aa^a mené à l'extrémité de la :piace doi aaarcké., et M jai'a 4it de codoapéear cointiein il y avait là de Spartiates.. J'en ai compté envirisi quarante, cmitre le roi, liée épJaofaset l'es :sédi;ateiiris. Comme je lui demandais pourquoi ii m^avait invité à le faille, il néfxmdit : — Parce que ce Boai les ibommeg, et les seiuLs luMumeg qvue t^. dote oonsordéner cosniBe euneuiis (1); tau£ ies autnes qui sont daais Ja (place diu ^laix^, «au jaormbre de plus de quatre joaiilie, âooiit des anus .et 4e€ camAr^desB. Kinadâe me sigûëda égalament oomi^ iaos aeials eunemôs un Km 4mx Spartiates q«.e bous rancofitrànkes dans les ruée ou qui étaient seigneurs dans les >distiûcts da la campag-Ode ; to«s les autres qui les 'entaKur^Ekient étant hjvoicMes à notre desseia. — Combiea t'a-^il 'dit qu'il y avait de «co-mplifies réellemeat instruits du complot? demandèrent les épliorea. — Seulement «a patiit mmbre (htiAl {répondu) ; mais des geaoss; edotièrement dig^nfes.âe coBÊanoe; tauftefois, 'Oes conâdenits evaL-. mêmes di^aieait -que tSKos ceux, qiii étaient «autour 4'eux étaÂeint des rooonfpliceB , — Inférieurs , P<eri(xiki, Illeoida' modes et Ilotes^ tons égalem0n;t ; «ar toutes les £ois quka homme quelcoiiique de œs dAsaes jxarlait d'ua Spartiate,, il tue pofti^sdt dégittiser sou autif^tlaie intense; — il -par^ lait comme is'dl était capable de oiangier les Spartiates ta«ît crus (2}).. «»
« Mais <c0nibmeaBft (x^ontiinaèrent le^ éplMKres) KiiiaddD -eomptait-il avoir des aMaes? — Voici ce qu'il dit (â^épli^ua
(1) Xénoph, Hellen. III, 3, 5.
(2) .Kénfvpk. HcaieoBL. 111, 8, Ci. JùMi (jivTOft fôLow ispnamv -miv&Mttta M9Ù aJ^ ^Uffxi tMl 1«0âa(M(tSsa^ xfti tsI; inro- |jL8(ooi^ /xox toi; fceptoiKOii; * iiizsiu jfÀp iv
où/ VjSÉcuc àv kaI ùi\L&r^ .è(TÔie.iy
«UTWV.
L'expression est homérique, — wjiôv ^e^{Ki>ÔQi; npia(jiov, etc. (ULiads, JV, 3^. las Grecs aie se oroyMent ^as obl^és de retenir l'expredsion oouyalète du ^aeatiment à» vjei^^a&BAe. Le poë&d Théognis désire « pouvoir en venir un jour à boire le aang de ceux ^i ini ont fait du msiL » .(V. 349, (xaieù)
LA GRÈCE SOUB l'eHVIRE LACÉD^MONIEN 303
le témoin) : Nous autres de la troupe permanente nous avons «os armes toutes prêtes; et ici il j a une quantité de couteaux, d'épées, de brodhes, de hachettes ou haches et de faux, — en vente sur cette place du marché, qui conviendront à une nmltitude insurgée ; en outre, tout homme qui laboure la terre, ou coupe du bois, ou taille de la pierre, a sous la main des outils qui serviront d'armes «n cas de besoin, surtout dans une lutte avec des ennemis dépourvus eux-mêmes d'armes. *» Quand on lui demanda quel était le HKnnent fixé pour l'exécution, le témoiniie put le dire; on lui avait recommandé seulement de rester là et d'être prêt (1).
Il ne paratt pas que cet homme sût le nom d'aucune personn^e engagée dajis le complot, si ce n est celui de Kinadôn lui-mê»e. L'alarme des éphores fut si vive qu'ils s'abstinrent de toute convocation en forme, même de ce qu'on appelait la petite assemblée, — comprenant le sénat, dont les rois étaient membres tx offitit), et peut-être un petit nombre ■d'autres personnes considérables en outre. Mais les membres de cette assemblée furent réunis secrètement pour délibérer surlacircoflstaîice; Agésilas, probablement, était du nombre. Arrêter Kinadon immédiatement dans Sparte parut imprudent, vu que ses complices, dont le nombre était encore inconnu, seraient ainsi avertis, soit de se mettre en insurrection, soit au moins de s^échapper. Mais ils combinèrent avec beaucoup de soin et d'art un stratagème pour l'arrêter hors de Sparte, à Tinsu de ses complices. Les éphores, Tap-' pelant devant eux, déclarèrent lui confier (comme ils l'avaient fait auparavant à l'occasion) une mission pour se rendre à Aulôn (ville laoonienne ««r la frontière du côté de l'Arkadia et de la Trîphjlia), et pour y arrêter quelques personnes désignées par leur iiom dans une skytalê ou mandat d'arrêt en forme, comprenant quelques-uns des Periœki aulonites, — quelques Ilotes — et une autre personne nommée^ femme d'cioe beauté rare résidant en <cet 'endix)it, dooit
(l) Xéoopli. Hel]fi9i. III, 8, 7. 'On ê7iidr}tsetv fR ^axe^/r^f^ifkiw^»
on savait que l'influence répandait la désaffection parmi tous les Lacédaemoniens qui y allaient, vieux aussi bien que jeunes (1). Quand Kinadôn demanda quelles forces il devait prendre avec lui pour cette mission, les éphores, pour obvier à ce qu'il soupçonnât qu'ils voulussent choisir des compagnons ayant des vues hostiles à son égard, le prièrent d'aller trouver Thippogretês (ou commandant des trois cents jeunes gardes appelés Cavaliers, bien qu'en réalité ils ne fussent pas montés) et de lui demander les six ou sept premiers hommes de la garde (2) qui pourraient se trouver Jà. Mais eux (les éphores) avaient déjà tenu une conférence secrète avec l'hippogretês, et lui avaient appris et ceux qu'ils désiraient qu'on envoyât et ce qu'auraient à faire les personnes envoyées. Ensuite ils dépêchèrent Kinadôn pour sa prétendue mission, lui disant qu'ils mettraient à sa disposition trois chariots, afin qu'il pût amener plus facilement les prisonniers à Sparte.
Kinadôn se mit en route pour Aulôn, sans avoir le plus petit soupçon du complot ourdi par les éphores, qui, pour assurer le succès de leur plan, envoyèrent après lui une troupe de gardes de plus pour réprimer toute résistance qui pourrait être faite. Mais leur stratagème réussit aussi complètement qu'ils pouvaient le désirer. Il fut arrêté en route par ceux qui l'accompagnaient ostensiblement pour sa prétendue mission. Ces hommes l'interrogèrent, le mirent à la torture (3) et entendirent de sa bouche le nom de ses corn-
(1) Xénoph. Helien. III, 3, 8. 'Ayoyeîv $è èxs).e\;ov xal xVjv ^uvaixa, 9i xaXXCaxv} |ùv iXé^ero avroôi elvai, XufiaiveaOat de icoxei xoù; àfixvoutiivouç Aaxe6at(J.ovt(i>v xal icpeaSurépouç xac vecimpo*j;.
(2) Xénoph. HeUen. III, 3, 9, 10.
Les- personnes appelées Hippeis à
S|Mirte n'étaient pas montées; c'était un corps d*élite de trois cents jeunes citoyens, occupés soit à la police à l'intérieur, soit au service à l'étranger.
y. Hérodote, YIU, 124; Strabon, X,
p. 481, K. 0. Muller, Historyofthe Dorians, B. III, cb. 12, s. 5, 6.
(3) Xénoph. HeUen. III, 3, 9.
'£(JieXXov de 01 ouXXaêovTSc aOrov (isv xaT^xeiv, ToOc Se ^veiSora;, 7ru06(&svoi auTOV) ypdtf'avTec àit.0Trft(JL> Tceiv xyjv TaxC<TT*)v Tot; èçopoiç. Oûtw S' et^ov oi Efopoi irpàç t6 irpâyiia Cxrze xai (jLopàv lincécov licsfi^/av TOtç aie' AO* Xcôvoç. 'Ënel S' el>.Y](j.{uvov toO àv8pô; ^xsv imceù;, fépcov rà ôv6(j.aTa uv Ktvà$(ov ànéy^a^i j Tcapoxpvitta TÔv Te (lâvTiy Tt9a(JievGfv xat toùc èiti*
LA GRÈCE SOUS C'eMPIRB LÂCÉO^MOXIEN
plices, dont ils écrWirent la liste, qu'ils envoyèrent à Sparte par un des gardes. Les éphores, en la recevant, arrêtèrent immédiatement les personnes principalement engagées dans
6 Kivàfi(ov, xal iiXéyx^'^^i )^at (bfjioXoYei icâvTQCf xal Toù; ÇuveiSoTaç IXeyc, xéXoc aÙTÔv î^povTO, ti xal pouXô(Jievo; TOUTa wpàrrot.
Polyen (II, 14, 1), dans son réoit de cette affaire, mentionne expressément que les Hippeis ou gardes qui accompagnaient Kinadôn le mirent à la torture ((7Tpe6X(ooavTec) quand ils Tarrâtërent, afin de lui arracher les noms de ses complices. Mais sans nn témoignage exprès, nous aurions bien pu avec confiance le supposer. D^un homme aussi courageux que Kinadôn, chef d*une conspiration, il n'était pas probable qu'ils obtinssent une pareille révélation sans la torture.
J*avais affirmé que dans la description de cette affitire faite par Xénophon, il ne paraît pas que Kinadôn fût capable d'écrire ou non. Mon assertion fut combattue par le colonel Mure (dans sa Réponse à mon Appendice), qui citait les mots çépcov xà dv6(iaTa «Sv.
KtvdL5(ov ànéy^a^tf comme contenant une affirmation de Xénophon que Kinadôn pouvait écrire.
A mon sens, ces mots, pris oonjointeinent avec ce qui précède et avec les probabilités du fait décrit, ne contiennent pas une pareille affirmation.
Les gardes étaient chargés d'arrêter Kinadôn, et après avoir entendu de JTi* nadôn quels étaient ses complices^ d'écrire les noms et de les envoyer aux éphores.
Il est à présumer qu^ils exécutèrent ces instructions telles qu'elles avaient été données, d'autant plus que ce qu'ils reçurent l'ordre de faire était le procédé à la fois le plus sûr et le plus ni^ tard. Car. Kinadôn était un homme distingnépar sa taille et son coutage personnels (to eldoç x«l r^v <|/ux^v eOpcoffroç, m, 3, 5), de sorte que ceux qui l'arxê-
T. xni
tèrent durent regarder comme une précaution indispensable de lui lier les bras. En admettant même que Kinadôn pût écrire. — cependant s'il dut le faire, il a dû avoir son bras droit libre.
£t pourquoi les gardes auraient-ils couru ce risque, quand tout ce que demandaient les éphores était que Kinadôn déclarât les noms pour être écrits par les autres ? Avec un homme doué des qualités de Kinadôn, il était probablement nécessaire d'employer pression la plus intense pour le forcer à dénoncer ses camarades, même par un mot de sa bouche; il devait être probablement plus difficile encore de le forcer à les dénoncer par l'acte plus délibéré de l'écriture.
Je crois que YJxev iimêù;, fs'pcov Ta ovô(&QiTa fa>v ô Ktvà8(ov ÂTréypat^e doit être expliqué par rapport à la phrase précédente et annonce l'exécution rapportée alors des instructions telles que les éphores les avaient données. « Il vint un garde, portant les noms de ceux que Kinadôn avait dénoncés. • H n'est pas nécessaire de supposer que Kinadôn avait écrit ces noms de sa propre main.
Au commencement du Discours d'Andocide (Pe Mysteriis), Pythonikos révèle une célébration ironique des mystères, commise par Alkibiadês et autres; citant comme témoin l'esclave Andromachos, qui en conséquence est produit, et déclare à l'assemblée vivà voce ce qu'il a vu et quelles personnes étaient présentes, — Tcpâroç (lèv oOto; (Andronllachos) tsvtx éjjii^vuffs, xal àicsypa^^e toutouc (s. 13). On ne veut pas ici affirmer que l'esclave Andromachos écrivit les noms de ces personnes, qu'il avait le moment d'avant publiquement révélés à l'assemblée.
C'est par les mots àirrrp«4'e toutouc
HISTOIKB DÉ LA OBÈCE
l'affaire, en particulier le prophète Tisamenos , et il» les interrogèrent en même temps que Kinadôn, aussitôt que cedernier fut amené prisonnier. Ils lui demandèrent, ejitre autres questions, quel était son dessein en mettant la conspiration en train; à quoi il répliqua : « Je ne voulais être inférieur à personne dans Sparte. »» Sa punition ne fut pas différée longtemps. On lui mit des menottes et autour du -cou un lien auquel ses maina furent attachées; — dans cet état, il fut conduit par la ville, avec des hommes qui le fouettaient et le piquaient pendant la marche. Ses complices furent traités de la. même manière, et à la fin tous furent mis à mort (1).
Tel est le curieux récit fait par Xénophon de cette conspiration que le succès ne couronna pas. Probablement il tira ses renseignements d'Agésilas lui-même, vu qu'il est difficile d'expliquer aisément de quelle autre manière il aurait pu apprendre tant de choses au sujet des manœuvres les plus secrètes des éphores , dans un gouvernement passé en proverbe pour son mystère constant, comme celui de Sparte. Ce récit jette pour nous une lueur, bien que malheareuse--^
qtr» l'oratenr décrit la déclaration • ovale faite publiquement par Andromar chosj déclaration qui fut formellement écrite par un secrétaire, et qui amena aux conséquences légales contre les personnes dont les noms étaient dénoncés.
De même encore, dans l'ancienne . loi citée par Démosthène (adv. Makart. p. lObB) : AirofpaqpÉTO) S© xov [ii\ •jTotoùvxa. Ta'j-ca ô pov>.ô(jievo4 nçioç tov àp-XOVTa; et dans J^émosth. ad-v. Nikostrat. p. 1247 :"A i% tûv vofiibov tô •SwrtTjr) Tài àTToypàvjyavTt fiyveTat, t^ -rcôXei oufiiYijii. Cf. aussi Lysias, 'Der Bonis Aristophanis, Or. XLX, 9-53; on n'a pas la pensée d'affirmer que aà^co- Ypoupcdv était obligé d'accomplir sa' sommation en écrivant, ni qu'il fiU:
nécessairement capable d'écrire. Un; .attoye& «i ne pouvait pas- écrira pau-.
vait fai£e eaei, aussi bien qne quelqu'un capable d'éorire. 11 dénonçait une certaine personne comme délinquante; il dénonçait certains articles de propriétécomme appartenant au domaine de quelqu'un dont les biens avaient été confisqués au profit de la cité. L'information, aussi bien que le nom de celui qui la donnût, était prise par le personnage public, — que le dénonciateujc pût écrire lui-même ou non.
Je oroia que Kinadôn, après avoir été interrogé, dit aux gardes qui d'abord l'arrêtèrent les noms de ses com" plices, — précisément comme il dit ensuite côs noms aux éphores (xal toùc ^uveiSoxaç êXEy^; et cela qu'il fût eo?.
non capable d'écrire, point que le passage de Xénophon ne détermina uuUe-r ment.
(1) Xénoph. Hellen* 111,3, 11.
LA GRÈCE SOTJS l'BMPIBB LACÉOiEMONIEN 307
ment fiigitive et imparfaite, sur les dangers intérieurs du gouvernement Spartiate. Nous connaissions, par des témoin gnages plus anciens, le grand mécoaitentement qui» dominait parmi les Ilotes et jusqu'à un certain point parmi les Pe^ riœki.. Mais l'incident décrit ici nous présente' la première manifestation d'un corps de mécontents parmi les ^artiates eux-mêmes, mécontents formidables tant par leur énergie que par leur position., comme Kinadôn* et te* prophète Tisamenos. L'état du sentiment de désaffection» dans les municipes provinciaux de la Laeonie nous esfr prouTé d^'une manière frappante par le cas de cette belle femme que l'on prétendait être si active dans un prosélytisme politique à Aulôn, non moins que par les expressions passionnées de haine révélées dans la déposition dui dénonciateur lui-même. Bien que les détails soient peu connus , cependant il semble que la tendance des affaires à Sparte était de concentrer et lie pouvoir et la fortune entre les mains d'une oligarchie se rétrécissant toujours parmi les citoyens; ainsi s'aggravaient les dangers à l'intérieur, même à Tépoque où le pouvoir de l'État était le plus grand aa dehors, et ainsi frayait la^ route pour cette irréparable humiliation qui commença à la défaite de Leuktra.
Il n'y a guère lieu de douter qu'un mécontentement répandu himi plus au. loin ne- soit parvenu* à lia connaissance des éphores que celui qui est indiqué particulièrement dans Xénophon (397 av. J.-C), Et il est probable que cette découverte fut un des motifs (comme cela s'était présenté en 424 av. J.-C, à l'occasion de l'expédition de Brasidas en Thrace) qui contribuèrent à décider l'expédition asiatique d'Agésilas, comme un débouché pour de» mécontents braves dans un service militaire lointain et lucratif.
A. ce moment Derkyllidas avait fait la guerre en Asie Mineure , pendant près de trois ans , contre Tissaphernês et Pharnabazos, avec assez d'efficacité et de. succès pour protéger à la fois les Grecs asiatiques sur la côte et pour intercepter tous les revenus que ces satrapes transmettaient à la cour ou dont ils jouissaient eux-mêmes.. Phaâjnabazos était déjà allé à Suse (pendant sa trêve avec Derkyllidas, en 397
av. J.-C), et non-seulement il avait obtenu un renfort, qui opéra sous lui-même et sous Tissaphernês en 396 avant J.-C., contre Derkyllidas , en Lydia , mais il avait combiné des plans pour renouveler la guerre maritime contre Sparte (1). C'est maintenant que nous entendons mentionner de nouveau le nom de Konôn, qui, après s'être sauvé avec neuf trirèmes de la défaite d'^gospotami, était resté pendant les sept dernières années sous la protection d'Evagoras, prince de Salamis, dans Vîle de Kypros. Konôn, s'étant marié à Salamis et ayant un fils (2) qui y était né , ne concevait qu'une faible espérance de retourner jamais dans sa ville natale , quand , heureusement pour lui aussi bien que pour Athènes , les Perses redevinrent désireux d'avoir un amiral et une flotte qui agissent sur la côte de l'Asie Mineure. Grâce aux représentations de Pharnabazos aussi bien que d'Évagoras de Kypros, — et à la correspondance de ce der-^ nier avec le médecin grec Ktêsias, qui désira être employé en personne dans la négociation et qui semble avoir eu une influence considérable sur la reine Parysatis (3), — des ordres furent obtenus et des fonds fournis pour équiper, en Phénicie et en Kilikia, une flotte nombreuse, sous le commandement de Konôn. Pendant que cet of&cier commençait à se montrer et à agir avec les trirèmes qui se trouvèrent prêtes (au nombre de quarante environ), le long de la côte méridionale de l'Asie Mineure, de la Kilikia à Kaunos (4), — on poursuivit avec vigueur d'autres préparatifs dans les^
(1) Diodore,Xiy, 39; Xénoph. Helen. III, 3, 13.
(2) Lysias, Orst. XIX (De Bonis Aristophftnis), s. 33.
(3) Y; Ktêsias, - Fragm. Persica, c. 63, éd. Baehr; Flatarq. Artax.
Nous ne pouvons établir ces circonstances d'une manière distincte; mais le fait général est clairement at> testé, et est de plus très-probable. Un autre chirurgien grec (outre Ktêsias)
est mentionné coxmne engagé dans Taffaire, — Polykritos de Mendê, ainsi qu'un danseur krêtois nommé Zenon, — tous deux établis à la cour de Perse.
Il ny a pas de partie du récit de Ktêsias dont la perte soit aussi regrettable que celle-ci; il y relatait des af&ires auxqueUes il avait pris partluî-même, et vraisemblablement il donnait les lettres originales.
(4) Diodore, XIV, 39-79.
LÀ GRÈCE SOUS L*EMPIRE LAClSDiBMONIEN 309
ports phéniciens, afin de porter la flotte à' trois cents voiles (1).
Ce fut par une sorte d'accident que la nouvelle de cet équipement parvint à Sparte, — dans un siècle où les résidents diplomatiques étaient encore inconnus. Un marchand syracusain nommé Herodas, après avoir visité les ports phéniciens dans des vues de commerce, vint à Sparte et y fit <5onnaître les préparatifs qu'il avait vus, suffisants pour exciter beaucoup d'inquiétude. Les Spartiates prenaient conseil «ntre eux et communiquaient avec leurs alliés voisins, quand Agésilas, sur la prière de Lysandros , se présenta comme volontaire pour solliciter le commandement d'une armée de terre, dans le dessein d'attaquer les Perses en Asie. Il proposa de prendwe avec lui seulement trente citoyens Spartiates jouissant de tous leurs droits ou pairs, comme une espèce de conseil.d' officiers; 2,000 Neodamodesou Ilotes affranchis, que les éphores étaient probablement contents d'envoyer au loin et qui durent être choisis parmi les plus braves et les plus formidables , et 6,000 hoplites des alliés de terre, que la perspective d'un service lucratif contre des ennemis asiatiques devait tenter. Lysandros projetait d'être le chef de €es trente Spartiates, et comptant ainsi sur l'influence préétablie qu'il avait sur Agésilas, d'exercer le commandement réel lui-même, sans le titre. Les armes persanes ne lui inspiraient pas de craintes sérieuses, ni sur terre ni sur mer. Il prenait l'annonce de la flotte phénicienne pour une vaine menace, comme elle l'avait été si souvent dans la bouche de Tissaphernês pendant la dernière guerre, tandis que l'expédition de Cyrus lui avait fait concevoir en outre l'ardent espoir d'une autre Anabasis heureuse ou invasion victorieuse de la Perse, en remontant de la côte de la mer dans l'intérieur. Mais il avait encore plus à cœur d'employer son ascendant nouvellement acquis à rétablir partout les dékarchies, qui avaient excité une haine si intolérable et exercé tant d'oppression que même les éphores avaient refusé de prêter
(1) Xénoph. HeUen. III, 4, 1.
une aide .positive pour les soutenir, de sorte qu'en plusieurs endroits elles avaient été détruites ou modifiées (1). Si l'ambition d'AgésUas était comparativement moins souillée par des antipathies personnelles et factieusesi» et plus panheUéxdQue dans .son but que celle de Lysandros, — relie était «n .DQième 'temps plus illimitée 'quant à une viotoire :à (remporter .8]ur le Grand Koi, qu'il rêvait de détrôner ou idu moins ide 4bassQr d'Asie Mineure et de la côte. (E). Tant était puissante l'influenoe esercée par l'expédition de Cyrus' sur les projets et rimagination de Gôreos énergiques ; si soudaine fat l'caplosion d'ambition dans l'esiprit d'Agésilas, ambition dont jusqu!alors .personne ne lui avait fait honneur^
Bien que ce plan fut formé .par deux des hommes les plus capables de la Grèce , il fioût par être imprudent et témé^ raire^ en ce qui concernait la stabilité de l'empire lacédsemonienjCet «empire aurait dû être assuré sur mer, là où était «on danger j:téal, a.vant que des tentatives fussen^t faites pour l'étendre par de nouvelles acquisitions dans l'intérieur des ierres. Eft .si ce lï'^st pour des desseins de conquête, il n'y avait pas besoin de mouveaux renforts an. Asie Mineure, •puisque Derkyllidas y ^tart>déjà avec une armée capable de tenir tête. aux satrapes. Néanmoins les Lacéds&moniens embrassèrent le .plan e^yec ardeur , d'autant plus que des ambassadeurs vinrent <de beaucoup de villes sujettes, en^oy^ par les partisans de Lysandros et de concert a*vec Jkui« spoor demander qu'Agéailas fut (placé à la tête de rexpédittiou^, avec des forces aussi grandes qu'il lui en faudrait (3).
On ne trouva probablement aucune difficulté à lever le nombre proposé d'hommes chez les alliés, vu qu'il y avait •une grande perspective de pillage pour les soldats en Asie. Mais le changeonent de position de Sparte par rapport à ses plus puissants alliés fuct révélé {).ar ie 3:*^fu8 que firejit Thê-
(1) Xénoph. Hellen. m, 4, 2. xotl éXitCÇwv xareA^jcreiv ti^ in\ r^v
(2) Xénoph. Hellen. IIL 6, 1. "EX- •EXXaôa orpaTSUdadav itpoTepov ipitiSaç ëxovTa (jieyàXoc; alpVjffsiv pafft- x^^i ^^^*
Xéa, etc. Cf. IV, 2, 3. (3) Plutarque, AgésU. c. 5. Xénoph. Agésilas, I, 36. ^TCtvoûv
LA GRÈCB BOUS L^SHPIRS LACÉDiSMONIEN 31 F
bes, C^H'inthe et Athènes de prendre aucune part à l'expédition. Le refus de Corinthe, il est vrai, avait pour excuse oiuverte un récent iacendi-e ée mauvaiB augure de l'un des temples dans la ville, et celui d'Athènes la faiblesse et l'épuiftement non -encore réparés. Mais cette dernière, du moins, avait déjà commencé à concevoir quelque espérance, des projets de Konôn (i).
Le fait seul qu'un roi de Sparte était sur le point de preiadre le commandement, et de passer en Asie, donnait à l'eatreprise une importance particulière. Les rois Spartiates, dans leur fonction de chefs de la Grèce, croyaient avoir hérité du sceptre d'Agamemnôn et d'Orestês (2); et Agésilas, en particulier, assimilait son expédition à une nouvelle guerre de Troie, — effort de la Grèce combinée daas !e dessein de se venger de l'ennemi asiatique commun du nom hellénique. Les sacrifices ayant été trouvés favorables,- Agésilas prit des mesures pour faire passer les troupes desdivers ports à Ephesos. Mais lui-même, avec une division, toucha en route à Geraestos, point méridional de l'Eubœa ,. dans son désir d'aller de là sacrifier à Aulis, le port de- 'Bœôtîa où Agamemnôn avait offert son mémorable sacrifice inmiédiatement avant le départ pour Troie. Il paraît qu'il se rendit à cet endroit et commença le sacrifice sans demander permission aux Thèbains ; de plus, il était accompagné par son propre prophète, qui dirigeait les solennités d'une manière non conforme à la pratique habituelle du temple ou de la chapelle d'Artemis à Aulis. Pour ces deux raisons, les Thèbains, prenant ce procédé pour une insulte, enToyèrent un corps d'hommes armés, et le forcèrent de renoncer au sacrifice (3). Ne participant pas eux-mèm?es à l'expédition, ils considéraient probablement que le roi Spartiate était présomptueux de prendre pour lui-même le caractère panhellénique d'un second Agamemnôn, et ils infli-
(1) Xénoph. Hell«n. 111,5, 6; Pau- (3) Xénoph. HeDen. III, 4, B, 4;.
Ban.^in, 9, 1. III; 5, 5; Plutarque, Agésilas, c. 6;.
{2) Hérodote, I, €8 ; VU, 15» ; Pau- Pausan. III, 9, 2. San. III, 16, 6.
garent ainsi à Âgésilas une humiliation qu il ne pardonna jamais.
Agésilas semble être arrivé en Asie (396 av. J.-C.) vers répoque où Derkyllidas avait récemment conclu son dernier armistice avec Tissaphernôs et Pharnabazos, armistice destiné à donner du temps à une communication mutuelle tant avec Sparte qu'avec la cour de Perse. Quand le satrape lui demanda quel était son dessein en venant, Agésilas se borna à renouveler la demande qui avait été faite auparavant par Derkyllidas, — l'autonomie pour les Grecs asiatiques. Tissaphernês répliqua en proposant une continuation du même armistice jusqu'à ce qu'il eût communiqué avec la cour de Perse, — ajoutant qu'il espérait être autorisé à accorder la demande. Un nouvel armistice fut, en conséquence, juré par les deux parties pour trois mois ; Derkyllidas (qui avec son armée vint alors sous le commandement d'Agésilas) et Herlppidas étant envoyés vers le satrape pour recevoir son serment et en prêter un autre entré ses mains à leur tour (1).
Tandis que l'armée était ainsi condamnée à une inaction momentanée à Ephesos, la conduite et la position de Lysandros commencèrent à exciter une intolérable jalousie chez les officiers supérieurs, et surtout chez Agésilas. Si grande et si établie était la réputation de Lysandros, — dont la statue avait été élevée à Ephesos même dans le temple d'Artemis (2), aussi bien que dans beaucoup d'autres cités, — que tous les Grecs asiatiques le considéraient comme le chef réel de l'expédition. Qu'il fût le chef réel, sous le commandement nominal d'un autre, ce n'était rien de plus que ce qui s'était présenté auparavant, dans l'année où il remportait la grande victoire d'^Egospotami, — les Lacédaemoniens l'ayant alors envoyé également avec la qualité ostensible de secrétaire de l'amiral Arakos, afin de sauver
(1) Xénoph. HeUen. III, 4, 5, 6; mier armistice de Derkyllidas n'était
Xénoph. Agésil. I, 10. probablement pas expiré quand Agé-
Le terme de trois mois n*est spécifié silas arriva pour la première fois, que dans le dernier passage. Le pre- (2) Pausan. YI, 3, 6.
LA GRÈCE SOUS l'eMPIRE lACÉDiEMONIEN
rinviolabilité de leur propre règle qui voulait que le même homme ne servît pas deux fois comme amiral (1). C'était à Tinstigation de Lysandros, et dans l'espérance de sa présence, que les décemvirs et d'autres partisans dans les cités sujettes avaient envoyé à Sparte demander Agésilas, prince jusqu'alors non éprouvé et inconnu. De sorte que Lysandros, — se faisant honneur, et à bon droit, d'avoir assuré à Agésilas d'abord la couronne, puis son importante nomination, — projetait, et c'était ce que d'autres attendaient, d'exercer de nouveau, le commandement et de renouveler dans chaque ville les dékarchies détruites ou affaiblies. Un grand nombre de ses partisans vinrent à Ephesos pour saluer son arrivée, et l'on voyait une foule de solliciteurs suivre partout ses pas, tandis qu' Agésilas paraissait comparativement négligé. De plus, Lysandros reprit toute cette insolence de manières qu'il avait contractée pendant ses premiers commandements, et qui, dans cette occasion, ne fut que plus blessante, vu que celles d' Agésilas étaient à la fois courtoises et simples à un degré particulier (2).
Les trente conseillers Spartiates, dont Lysandros avait été nommé président, ne se voyant ni consultés par lui, ni sollicités par d'autres, furent profondément mécontents. Leurs plaintes contribuèrent à encourager Agésilas, qui était encore plus vivement blessé dans sa dignité personnelle, à montrer une force résolue et impérieuse de volonté, ce dont on ne l'avait jamais cru auparavant capable. Il rejeta successivement toute demande qui lui était faite par Lysandros ou par son entremise; plan systématique qui, bien que n'étant jamais déclaré formellement (3), ne tarda pas à être
(1) XéDoph. Hellen. II, 1,. 7. Il ne semble pas que cette règle ait été observée dans la suite. Lysandros fut envoyé de nouveau en qualité de commandant en 403 avant J.-C. Il se peut, il est vrai, qu'il ait été envoyé de nouveau comme secrétaire nominal de quelque autre personne cliargée du commandement .
(2) Plutarque, Agésilas, c. 7.
(3) Les remarques sarcastiques que Plutarque attribue à Agésilas, appelant Lysandros t mon distributeur de viande » (xpso$atTir;v), ne sont pas justifiées par Xénophon, et ne semblent pas probables dans les circonstances (Plutarque, Lysand. o. 23 ; Plutarque, Agésilas, c. 8).
ipeooiiiàu par I^b solldeiteifcrfiu, par les TtPeute et par Ljsan- :dros lui-mêra.€u Ce dernier se trouTa ainsi non-seuiemeiït «désappointé dans tous «es calcuk, mais humilié à Texcès^ •bien que sans aucun motif palpable de plainte- Il fut forcé •d'avertir ses partisans que son intervention leur était jplutôt audsible que profitable, qu'ik eussent à s'abstenir d'atten- .tiens obséquieuses à s&ii égard, ^et à s'adresser directement à AgésiUs. Il fit aussi des remontrances à ce prinoe pour son propre compte. — « En vérité, AgésUas, tu coimads le moyen d'avilir tes amis. » — ^ Oui, certainement (répondit le roi), ceux d'entre eux qui veulent paraître plus grands que moi ; mais quant à ceux qui cherchent à me soutenir, je rougirais si je ne savais leur rendre l'honneur qu'ils méritent. » — Lysandros fat forcé d'admettre la force de cette réponse, et de demander, comme seul moy^n d'échapper à .cette humiliation présente et palpable, d'être envoyé dans quelque mission séparée, s'engageant à eervir fidèlement, quel que fût le devoir deoDtt on le chargeât .(1)^
Cette proposition, sans «doute même plus agréable à Agéfiilas' qu'à lui-même, «étant acceptée sans difficulté, il fut 4épêché eai mission vers l'HeUespont. Fidèle à son engage- -ment d'oublier les offenses passées et de servir avec zèle, il trouva moyen de gagner un des grands de Berse, nommé Spithridatês, qui avait. à se plaindre de Pharnabazos. Spirthrâdatês se mit en révolte «ouverte^ iim^nant un réginhsnt Ae 200 ichevaux rejoindre Agésilas ; ce qui le mit à même «d'avoir des i^enseigtnements complets sur la satrapie de Pharnabazos, comprenant le territoire appelé Phrygia dans le voisinage de la Propontis .et de l'HeUespont (2).
L'armée, sous les ordres de Tissaphernês, avait été déjà puissante au moment où sa timidité engagea ce satrape à con-
(1) Xénopla. HeUeiL IH, 4, 7-10; de .ces fiûts qui caractérisent si forte-
Plutarque, Agé&HaA, c. 7, 8.; PJLutar- maent les rapports entre Agésilas et
que, Lysand. c. 2^. JLy^andoros à Ëphesos ; fit, à vrai dire.
Il est remarquable qne dans l'opus- le nom de Lysandros n'est |>as meu-
«.cule de Xénophon, panégyrique spécial tienne une fois, appelé Agésil(is, pas un mot ne soit dit (2) Xénoph. Hellen. III, 4, 10.
LA GRÈCE BQVB x'SMVIBB LAOÉD^MONIEN '31i&
dure le }»reini€r armisticeityec DerkjUië&s. Mais de nouveaux renforts, reçus depuis la conclusion du second et plus récent armifitiae (396 av. J.-C), rayaient porté à un tel excès de •oimâance, que, même avant rexpiratiou des trois mois stipulés, il envoya demander avec instance le dépari immédiat d'Agésilas d'Asie, et dédarer la guerre 8ar4e->Qhamp m ce départ était différé. Tandis que ce message» aocoaupagné de rapports formidables quant aux forces du sadrape, vem^ plissait Tarmée à Ëphesos d'une alarme mêlée d'indîgitation, Agésilas accepta le défi avec un joyeux empressement ; :il fit répondre au satrape qu il le remerciart de se parjurer d'une manière si flagrante, au point de mettre les dieux oeortre lui et d!assurer aux Grecs leur faveur (2). Des cxrdres furent donnés sur-4e-K;hamp, et des contingents .appelés -de chez les <xrecs asiatiques, pour un mouvement en avant vers le sud^ en vue de traverser le MsBandros ^et d'attaquer ï^issaphernès en Karia, où il résidait habituellement. On coauananda aux villes sur la route de préparer des magasins, de sorte que Tissaphemôs, «'attendant pleinement à une attaque dans cette direction, fit passer son infanterie eu Kariai, dans le dessein d'agir sur la défensive ; tandis qu'il garda sa nombreuse cavalerie dans la plaine da Mseandros. <es vue d'accabler Agésilas, qui n'avait pas de cavalerie, idans sa marche sur ce territoire (vaà vers les collines et le itenrain raboteux de la Karia.
Mais le roi lacédaBmonien, après 'ffvoir mis Tennemi sur .cette fausse piste, changea soudainement sa marche et se idirigea au nord vers la Phrygia et la satrapie de Phamabazos. Tissaphemès ne prit pas la peine de secourir le sadarape son collègue, qui, de son côté, avait fait .peu de préparatifs dé défense. En conséquence, Agésilas, trouvant feu ou point de résistance, s'empara de beaucoup de villes et de villages, et recueillit une quantité de provisions, de butin et d'esclaves. Profitant de la conduite du rebelle Spi-
(a) Xénoph. HtiUon. illl, 4, 11, 12 ; Xéoiph. J^génl. I, il2-U; Plnlaïque,. Agésil. c. 9. .
thridatês, et marchant aussi peu que possible par les plaines^ il poussa des incursions lucratives et sans obstacle jusqu'au voisinage de Daskylion, résidence du satrape lui-même, près de la Propontis. Toutefois, non loin de cette résidence, son petit corps de cavalerie, gravissant une éminence, rencontra soudain un détachement égal de cavalerie persane, sous Rhatinês et Bagaeos, qui l'attaqua vigoureusement et le repoussa avec quelques pertes, jusqu'à ce qu'il fût protégé par Agésilas lui-même arrivant avec ses hoplites. L'effet de cet échec (et il y en eut probablement d'autres du même genre, bien que Xénophon ne les spécifie pas), sur le moral de l'armée, fut décourageant. Le lendemain matin, les sacrifices s'étant trouvés défavorables pour aller plus loin, Agésilas donna l'ordre de se retirer vers la mer. Il arriva à Ephesos vers la fin de l'automne, résolu à employer l'hiver à organiser une cavalerie plus puissante, mesure que l'expérience prouvait être indispensable (1).
Cette marche d'automne à travers la Phrygia fut plus lucrative que glorieuse. Cependant elle met Xénophon à môme de présenter différents mérites de son héros Agésilas; dans son récit, il nous montre l'ancienne mani?ère dé faire la guerre et les habitudes asiatiques sous un côté très-pénible. Agésilas avait une qualité en commun et avec Kallikratidas et avec Lysandros, bien que non pas avec les commandants Spartiates ordinaires ; il était indifférent à l'acquisition de l'argent pour lui-même. Mais il n'était pas moins désireux d'enrichir ses amis, et parfois il connivait à d'inexcusables modes d'acquisition à leur profit. Souvent des déserteurs venaient donner des renseignements sur de riches proies ou sur des prisonniers importants, avantages qu il aurait pu s'approprier s'il l'avait voulu. Mais il se fit une règle de rejeter et le butin et l'honneur sur le chemin
(1) Xénoph. HeUen. III, 4, 13-15 ; Plutarque, Agésil. c. 9.
Xénoph. Agésil. I, 23. ^Enii (livTOi Ce? opérations militaires d' Agésilas
ouSè èv t^ <I>pvY(a àvà xà icé$ia éSu- sont indiquées vagaement dans la pre-
vaxo OTpaT&ueffOai, dià ti^v ^açwotëoLJ^oM mière partie dn o. 79 du quatorzième
tTUTueiav, etc. livre de Diodore.
LA GRÈCE SOUS l'eMPIRE LACÉD^MONIEN 317
de quelque officier favori ; précisément comme nous avons yii (dans un autre chapitre) que Tarmée autorisa Xénophon à prendre Asidatês et à jouir d'une portion considérable de la rançon (1). De plus, quand l'armée dans le cours de sa marche était à une distance considérable de la mer, et paraissait avancer plus loin dans l'intérieur des terres, les commissaires-priseurs autorisés, dont la charge était de vendre le butin, trouvaient les acheteurs extrêmement mous. Il était difficile de garder ou d'emporter ce qu'on achetait, et l'occasion favorable pour revendre ne semblait pas rapprochée . Agésilas, tout en recommandant aux commissaires-priseurs de vendre à crédit, sans insister sur de l'argent comptant, — donnait en même temps des avis secrets à quelques amis qu'il était très-prochainement sur le point de retourner à la mer. Les amis ainsi avertis, enchérissant sur le butin vendu à crédit et achetant à de bas prix, étaient trèspromptement en état d'en disposer de nouveau à un port de mer, avec des profits considérables (2).
Nous ne sommes pas surpris d'apprendre que ces grâces lucratives procuraient à Agésilas plus d'un ardent admirateur, bien que les éloges de Xénophon eussent dû être réservés pour un autre côté de sa conduite, qui esta mentionner actuellement. Âgésilas, s'il assurait à son armée le pillage du pays sur lequel il promenait ses armes victorieuses, prenait beaucoup de peine pour prévenir les cruautés et la destruction des biens. Quand une ville se rendait à lui à condition, ses exactions n'étaient ni ruineuses ni grandement humiliantes (3). De même, dans tout le butin réalisé, la partie la plus précieuse se composait des indigènes adultes des deux sexes, forcés et amenés par les troupes légères de l'armée allant à la maraude ; ils devaient être vendus comme esclaves. Agésilas protégeait avec vigilance ces pauvres victimes contre les mauvais traitements ;
(1) Xénoph. Agésil. I, 1»; Xénoph. (2) Xénoph. Agésilas, I, 18. Uàvisç
Anab. VII, 8, 20-23; Plntarque, Rei- «ajjitrXiaÔTi xp^iwita êXaêov. pub. Gerend. Prœoept. p. 809 B. (3) Xénoph. Agésil. I, 20-22,
Y. plus haut, chap. 4.
gi:»
fîSSTOIRS DB LA GHÛCB!
il inculquait à ses soldata le devoir « iton de les ptmir comme des malfaiteurs, mais simplement de les gardeir comme des hommes (1). j»- La partie la plus pauvre de la po*puiart;ion indigène avait Thabitude de- vendre souvent se» enfants petits poar l'exportation à des marchands d'esclaves qui voyageaient, dans l'impossibilité où elle était de les nourrir. Les enfants ainsi achetés, s'ils promettaient d'être beaux, étaient souvent mutilés, et rapportaient de grosses sommes comme eunuques, en servant à fournir aux demandes considérables pour les harems et le culte religieux de maintes villes asiatiques. Mais dansleur hâte de ^s'écarter de la route d'une armée qui se livrait au pillage, ces marchands d'esclaves étaient souvent forcés de laisser sur les bords du chemin les petits enfants qu'ils avaient achetés, exposés aux loups, aux chiens et à la mort par la faim. C'est dans cette misérable condition qu'Agésilas les trouvait en avançant. Ses dispositions humaines le poussaient à les voir portés en lieu de sûreté, où il les confiait à ceux de» indigènes âgés qu'à cause de leur âge et de leur faiblesse on avait laissés derrière comme ne valant pas la peine d'être emmenés. Par cette bonté active, rare à vrai dire dans un général grec à l'égard des vaincus, il conquit la reconnaissance des captifs et les sympathies de tous ceux qui l'entouraient {2},
(1) Xénoph. Hellen. III, 4, 19; Xénoph. Agésil. I, 28. Toùç ûiro xwv. X^cr- TÛv à>.t(Jxo|jLévou!; ^apêàpouç.
Ainsi le mot XtticttiPiç, employé par vappoct à la flotte, veut dire le commandant d'un vaisseau adonné au pillage ou vaisseau pirate (Xénoph.
Hellen. Il, 1, 30).
(2j Xénoph. Agésil. I, 21. Kaî ttoX- Xàxtç (L6V Ttpor.yopeue toÏç (rrpaxittfTai; TOÙÇ àXi<jxo[i&vouç |x9i wç à6ixouç Tijxwpetarôai-, àXX' cb; àv- 6pw7couç ovxaç fuXatrcrstv. IToX- Xàxiç ôè^, ÔTTOTg pi€Ta<rrpaTOiçsdÊUoiTO, el aïdôotTO xaTaXeXei{A[i.éva Tiat-
Sdpta [xixpà èpiTcéptûv (& tcoXXoI eTCcoXouv, §ià TO vo(j.(2Ietv {at) Su*va<y6ai àv çépetv auTa xac tpé- 9e tv), êTusjxsXeiTO xai toutcov, ôirto; <ruyxo(i.iCoiT6 Tcot • TOiç S* aS 6ià Y^ipoç xaTaXeXeipuJiévoiç alxfxaXwToiç jtpoffi- Tarrev èTuijxsXeîaOai aOrûv, cb; jJiTÎTe (Jiro xuvôv, (1.1^6' uffà Xuxwv, SiaçôsC" p(7iVT0. "ÛaTE où (xovov ol iruv6av6[i£voi TauTa, âXXà xal aOrot ot aXi<Tx6(i.&vot, eOfisveïç aÙTto èyiYvovxo.
Hérodote affirme que les Thraces vendaient aussi leurs enfants pour l'exportation, — TrwXeOori ta xéxva £71' è^aytùyri (Hérod. V, 6) î cf. Phi-
LA GRÈCE SO'CÏB- l'HM^IÏIBÎ LAC^D'^MONIEN
Cette intéressante anecdote, qui fournit un éclaircissement sur le monde' ancien par rapport à des détails que-, les historiens grecs condescendent rarement à dévoiler,, montre la dispositioa d'Agésilas à la compassion. Nous exh trouvons conjointement avec elle une autre, qui explique» le côté spartiata de .son caractère. Les prisonniers qui auraient été faits pendant Texpédition furent amenés k Ephesos, et vendus pendant Fliiver comme esclaves au profit de Tarmée. Agésilas, — qui était alors fort occupé à former ses troupes à l'activité militaire, — jugea utile de le^ur inspirer du mépris pour la qualité et la force corpo-r relies des indigènes. Il ordonna donc aux hérauts qui dirigeaient l'enchère de mettre les prisonniers en vente dans^ un état de nudité complète. Avoir le corps ainsi exposé était une chose que ne faisaient jamais les Asiatiques indigènes, et qu'ils regardaient même comme déshonorante;^ tandis que, chez Ips Grecs, l'usage était universel en vue des exercices, — ou du moins était devenu universel pendant les deux ou trois derniers siècles, — car on nous dit que.
lostrate, Vit. Apollon. VTII, 7-12, p. 346, et le chap. 9" cUi tome IT de cette Histoire.
Hérodote mentionne le marchand de Chios Panionios (comme le « Mitylenseus mango » dan» JVbixtia], — « sed Mityle.nsei roseiis mangonis ephebus, »
Martial, TII, 79) — comme ayant fait sur une grande échelle le commerce d.*enfantsi h acheter, recherchant ceux qui étaient beaux, afin de répondre aux demandes considérables que l'Orient faisait d'eunuques, que l'on supposait f&ire des serviteurs meilleurs et plus attachés, Hérod, VIII, 105. "Oxo); yàp KTTiaaiTO (Panionios) TcaïSa; eîÔ£a)ç È7ca|i{jt,évo\>;, èxTajivwv, àyivétov fcitwXse 6ç Sàpôiç T£ xal "EçEffOv xP^P^o^Ttov [jLe- YaXo» • Trapà yàp Toîdi papSàpoicri ti- {ticorepot £l(ji ol £uvoûxo^ tticttioç etvexa TYÎç TràdT];, xwv èvo^yiuiv. Il fallait des enfants, vu que l'opération se faisait dans l'enfance ou dans la jeunesse,
— iraîSe; èxTOfxiat (Hérodote, VT, 6- 32; cf. III, 48). Les Babyloniens,, outre leur considérable tribut pécuniaire, avaient à fournir annuellement à la cour de Perse cinq cents iraiSoç èxTOjtiaç (Hérodote, III, 92). Pouaj quelques autres remarques sur la préférence des Perses, tant pour les personnes que pour les services- des eù«voûxot, V. Dion Chrysost. Orat. XXI^ p. 270; Xénoph. Cyropœd. VII, 5, 61- 65. Hellanikus (Fr. 169; éd. Didot) affimnait que les Perses avaient tiré des Babyloniens et les personnes em»ployées ainsi et l'habitude de les employer.
Quand M. Hanway voyageait près de la mer Caspienne, chez les Kalmoucks, on lui offrait souvent à acheter des petits enfanta de deux ou de trois ans, à deux roubles par têta (Hanway's Travela, ch. XVI, p. 65^ 66).
primitivement, le sentiment asiatique sur ce point avait dominé dans toute la Grèce. C'était une des différences frappantes entre les coutumes grecques et les coutumes asiatiques (1), bien que, dans les premières, les exercices de la palestre, aussi bien que les luttes dans les jeux solennels, demandassent des compétiteurs de tout rang pour combattre nus. Agésilas lui-môme se déshabillait ainsi habituellement : Alexandre, prince de Macédoine, l'avait fait quand il courut le stadion à Olympia (2), — de même les combattants de la grande famille des Diagorides de Rhodes, quand ils gagnaient leurs victoires dans le Pankration Olympique, — et tous ces autres nobles pugiles, lutteurs et coureurs, descendus de dieux et de héros, sur lesquels Pindare répand les compliments de ses odes.
En cette occasion, à Ephesos, Agésilas donna l'ordre spécial de mettre aux enchères les prisonniers asiatiques nus ; non par manière d'insulte, mais afin de montrer à l'œil du soldat grec qui les contemplait combien il gagnait par ses exercices corporels et par une exposition fréquente, — et combien était inférieur l'état d'hommes dont les corps ne sentaient jamais ni le soleil ni le vent. Ils firent voir une peau blanche, des membres potelés et délicats, des muscles faibles et non développés^ comme des hommes accoutumés à être portés dans des voitures, au lieu de marcher et de courir, ce qui nous apprend indirectement que beaucoup d'entre eux étaient des personnes d'une condition opulente. Et le but d' Agésilas fut complètement rempli, puisque ses «oldats, en voyant ces preuves d'incapacité corporelle, pensèrent que « les ennemis qu'ils avaient à combattre n'étaient pas plus redoutables que des femmes. » Une telle manière d'expliquer la différence entre une bonne et une mauvaise éducation physique se serait difficilement présentée à l'es-
(J) Hérodote, I, 10, îlapà yàp Toî<Tt cyd. I, 6; Platon, Republ. V, 3,
Audoîai, oxefiÀv Sk napà To7ai àXXoiai p. 452 D. Pap6àpoi(7t, xai âvfipa 690^vai YU(Jiv6y, (2) Hérod. Y, 22.
iç oXax^tvriv {UY^Xyiv çépet. Cf. Thu-
LA GRÈCE SOUS L*BMPIRE LACÉD^IMONIBN
prît de tout autre que d'un Spartiate éleyé d'après les règles de Lykurgue (1).
Tandis qu'Agésilas prouvait ainsi aux yeux de ses soldats l'impuissance de corps non exercés, il les astreignit pendant tout l'hiver à un travail et à des exercices durs, aussi bien dans la palestre qu'au champ de manœuvres. Il lui manquait encore de la cavalerie. Afin de s* en procurer, il enrdla tous les plus riches Grecs des diverses villes asiatiques comme conscrits pour servir à cheval ; il donna toutefois à chacun d'eux la facilité de s'exempter en fournissant un remplaçant et un équipement convenables, — homme, cheval et armes (2). Avant le commencement du printemps, des forces suffisantes de cavalerie furent ainsi réunies à Ephesos, et dressées passablement. Pendant tout l'hiver, cette ville devint une place d'armes, consacrée à la manœuvre et aux exercices gymnastiques. A la parade aussi bien qu'à la palestre, Agésilas lui-même était le premier à donner l'exemple de l'obéissance et d'un dur travail. Des prix étaient accordés aux hommes diligents et faisant des progrès parmi les hoplites, les cavaliers et les troupes légères; tandis que les armuriers, les dinandiers, les ceinturiers, etc., tous les divers artisans dont le commerce consistait en armes défensives de guerre, avaient la plus grande occupation. u C'est un spectacle plein d'encouragement (dit Xénophoa, qui sans doute était présent et y prenait part) de voir Agé-
(1) Xénoph. Hellen. III, 4, 19.
*HYoOf&evoc Se, xal xb xortttçpoveTv tc5v TroXepLtcov ^(opiTiv Ttva è(Ji6àXXeiv irpèc xb [ijiX^(J^OLiy trpoeïTte toi; x-i^puÇi, toù; ^nb Tôv XigffTwv àXtffxojjLévou; ^f>êdpôvc yu(ivoOc iC(i>Xs4v. 'OpâvT^c ovv ot nrça- TicÔTai Xevxoùç {ièv, fità Ta {jiY)Sc7C0Te éxdt^evOat, (xaXaxovc Se xai àir6vovç, Stà Ta &el iic* àxTitA^Tcov eWat, £v6(jiiaav, ovSèv Sioiaeiv tov nôXe|iov fj et Ywai^ Séoi (jLaxeaOai.
Xénoph. Agéaii. I, 28, — où il a — iciova; Sk xai àiiovou;, $ià Ta àel èiz* ôxv)(xàT(ov eîvai (Polyen, II, 1, 5 j Platarque, Agésil. c. 9).
T. xni
Frontin raconte (1, 18) un procédé à peu près semblable de la part de Ge- 16b, après sa grande victoire sur les Carthaginois à Himera en Sicile : — « Gelo, Syracusarum tyrannus, bello advereus Pœnos susoepto, cnm mnltos cepisset, infirmissimum qnemque praecipne ex auxiliaribns, qui nigerrimî erant, nudatom in conspectu suorum produxit, ut persuadent contemnen'»
dos. »
(2) Xénopb. Hellen. III, 4, 15; Xénopb. Agésil. I, 23. Cf. oe qui est rapporté au sujet de Scipion l'Afrioain, -^ Tite-Live, XXIX, 1.
323 HISTOIRE DB LA OBfeCB
silas et les soldats quitter le gymnase, tous avec des cou* ronnes sur la tête, et se rendre au temple d'Artemis pour consacrer leurs couronnes à la déesse (1). »
Avant qu'Agésilas fini en état de commencer ses opérations militaires au printemps, la première année de son commandement s'était écoulée (395 av, J.-C). Trente conseillers nouveaux vinrent de Sparte à Ephesos pour remplacer les trente premiers présidés par Lysandros, qui retournèrent tous dans leur patrie sur-le-champ. L*armée fut alors non-seulement plus nombreuse, mais mieux ins* truite, et plus systématiquement arrangée que dans la cam-' pagne précédente. Agésilas répartit les diverses divisions âous le commandement de différents membres des nouveaux Trente ; la cavalerie étant assignée à XenoklêS) l<^s hoplites neodamodes à Skythês, les soldats de Cyrus à Herippidas, les contingents asiatiques à Migdôn. Il annonça alors qu'il marcherait droit sur Sardes. Néanmoins Tissaphernès, qui était dans cette ville, expliquant cette proclamation comme une feinte, et croyant que la marche réelle serait dirigée contre la Karia, disposa sa cavalerie dans la plaine du Maeandros comme il l'avait fait dans la campagne précédente ; tandis que son infanterie fut envoyée encore plus loin au sud, en deçà de la frontière karienne. Cependant, en cette occasion, Agésilas marcha, comme il l'avait annoncé, dans la direction de Sardes. Pendant trois jours, il ravagea le pays sans voir un ennemi ; et ce ne fut que le Quatrième jour que la cavalerie persane de Tissaphernês put être rappelée pour lui être opposée, l'infanterie étant même encore à distance. Quand elle arriva au bord du fleuve Paktôlos, la cavalerie persane trouva les troupes légères grecques dispersées en vue du pillage ; elle les attaqua par surprise, et les mit en fuite avec des pertes considérables. Toutefois Agésilas vint bientôt en personne, et ordonna à sa cavalerie de charger, désireux de livrer un combat avant que l'infanterie persane pût arriver sur le
(1) Xénopli. Hellen, III, 4, 17, 18; Xénoph. Agésil. I, 26, 27.
LA GRECS SOUS l'eMPIRS IACÉD^MONIEN
champ de bataille. En efficacité* à ce qu'il parait, la cavalerie persane pou'vait bien le disputer à la sienne ; et, en nombre, elle était apparemment supérieure. Mais quand il lit avancer son infanterie, et que, par son ordre, ses. peltastes et ses jeunes hoplites se joignirent à la cavalerie dans une vigoureuse attaque, — la victoire ne tarda pas à se déclarer de son côté. Les Perses furent mis en fuite, et béantcoup d'entre eux se noyèrent dans le Paktélos. Leur camp aussi fut pris avec un précieux butin; il renfermait pkisieurs chameaux qu Agésilas amena phis tard avec lui en Grèce. Ce succès te rendit maitrer de tout le territoire autoitr de Sardes. Il porta ses ravages jusqu'auix portes de cette ville, pillant les jardins et les parcs, annonçant la liberté pour les habitants, et défiant Tissaphernès de sortir et de combattre (1).
La carrière de ce lâche et perfide satrape approchait alors àe son terme. Les Perses, dans Sardes ou auprès de cette ville, se plaignaient hautement qu'il les laissât sans défense, par couardise et par crainte pour sa propre résidence en KaHa ; tandis que la cour de Suse savait bien actuellement qu'on n'avait tiré aucun parti du puissant renfort qui avait * été envoyé Tannée précédente, destiné à chasser Agésilas ée l'Asie. A ces motifs de juste mécontentement s'ajoutait une intrigue de cour. Tissaphernès ^i fat victime, ainsi que ée l'influence d'une personne encore plus indigne et plus cruelib çue lui-même. La reine mère Parysatis ne lui avait jamais pardonné d'avœr été un nies principaux agents dans la défaite et la mort de son fils Gyrus. Son influence étant réia-
(1) Xénopîi. Hellen. III, 4, 21-24;.
Xéaoph. Agésil. 1, 32, 33 ; Plutarque, 4^sil. 9. 10.
Diodore (XIV, 80) prétend décrire cette bataille; mais la description ne peut guère être conciliée avec celle de ^S^énophon, qiii «st une meiUeiire autorité. Entre autres points de difiPérenee, Diodor» aiSrixM que^ les Perses avaient cinquante miU» hoEimes 4'in-
fanjterie, et Pausanias avance aussi (III, 9^ 3) que le nombre de l'infanterie p«rsan« dans cette batailla Ait pfais grand qu'il n'en avait jamais été réuni depuis les temps de Darius et de Xerxês. Tandis que Xénophon dit expressément que l'infanterie persane m*^était:^ pas Armée et ne pcit |ioint part k* la.
bataille.
blie à ce moment sur l'esprit d'Artaxerxês, elle profita du discrédit actuel du satrape pour faire envoyer Tordre de sa déposition et de sa mort. Tithraustês, porteur de cet ordre, se saisit de lui par stratagème à Kolossse en Phrygia, tandis qu'il était au bain, et lui fit trancher la tète (1).
La mission de Tithraustês en Asie Mineure fut accompagnée d'un redoublement d'efforts de la part de la Perse qui voulait poursuivre la guerre contre Sparte avec vigueur, sur mer ainsi que sur terre, et fomenter aussi le mouvement anti-spartiate qui éclata en hostilités cette année dans la Grèce (395 av. J.-C). Toutefois d'abord, immédiatement après la mort de Tissaphernês, Tithraustês s'efforça d'ouvrir des négociations avec Agésilas, qui possédait militairement le pays autour de Sardes, tandis que cette ville elle-même paraît avoir été occupée par Ariseos, — probablement le même Perse'qui avait été jadis général sous Cyrus, et s'était de nouveau révolté contre Artaxerxês (2). Tithraustês fit honneur à la justice du roi d'avoir puni le dernier satrape, dont la perfidie (afiîrmait-il) avait été la cause de la guerre. Il invita ensuite Agésilas, au liom du roi, à évacuer l'Asie, en laissant les Grecs asiatiques payer à la Perse leur tribut primitif, mais jouir d'une autonomie complète, soumis à cette seule condition. Si cette proposition eût été acceptée et exécutée, elle aurait assuré ces Grecs contre l'occupation persane, c'est-à-dire contre des gouverneurs persans, sort beaucoup plus doux pour eux que celui auquel les Lacédsemonieus avaient consenti dans leurs conventions avec Tissaphernês seize ans auparavant (3), et analogue à la position dans laquelle les Chalkidiens de Thrace avaient été placés à l'égard d'Athènes, sous la paix de Nikias (4), soumis à un tribut fixe, cependant autonomes, — sans aucune autrfe obligation ni intervention. Agésilas répondit qu'il n'était pas autorisé à accueillir une pareille proposition sans l'aveu des
(1) Plutarque, Artaxçrx. c. 23; Dio- (2) Xénoph. HeUen. III, 14, 25 ; IV,
dore, XIV, 80; Xénoph. Hellen. III, 1, 27.
4, 25. (3) Thucydide, Vni, 18, 37, 58.
(4) Thucydide, V, 18, 6.
LA GRÈCE SOUS l'eMPIRE LACÉDuEMONIEN 335
autorités de son pays, qu'en conséquence il envoya consulter. Mais dans Tintervalle, il fut décidé par Tithraastês à conclure un armistice pour six mois, et à passer de sa satrapie dans celle de Pharnabazos, recevant une contribution de trente talents pour subvenir à la subsistance temporaire de son armée (1). Ces satrapes, en général, se conduisaient plutôt comme des princes indépendants ou même hostiles, quç comme des collègues agissant de concert, une des nombreuses causes de la faiblesse de Tempire persan.
Quand Agésilas eut atteint le voisinage de Kymè, dans sa marche au nord vers la Phrygia hellespontique, il reçut de Sparte une dépèche (395 av. J.-C), qui plaçait sous son commandement les forces navales Spartiates dans les mers d'Asie , aussi bien que l'armée de terre , et l'autorisait à nommer qui il voudrait pour remplir les fonctions d'amiral (2). Pour la première fois depuis la bataille d'-^gospotami, l'empire maritime de Sparte commençait à être menacé, et lin redoublement d'eflForts de sa part devenait nécessaire. Pharnabazos, allant en personne à la cour d'Artaxerxês, avait par de pressantes représentations obtenu un subside considérable pour équiper à Kjrpros et en Phénicie une flotte destinée à agir sous l'amiral athénien Konôn contre les Lacédsemoniens (3). Cet officier, — avec une flotte de quarante trirèmes, avant que l'équipement du reste fût encore complet, — s'était avancé le long de la côte méridionale de l'Asie Mineure jusqu'à Kauuos, à l'extrémité sud-ouest de la péninsule, sur la frontière de la Karia et de la Lykia. Dans ce port, il fut assiégé par la flotte lacédaemonienne de cent vingt trirèmes sous Pharax. Mais un renfort persan porta la flotte de Konôn à quatre-vingts voiles, et mit la ville hors de danger ; de sorte que Pharax, renonçant au siège, se retira à Rhodes.
Toutefois, le voisinage de Konôn, qui était à ce moment avec sa flotte de quatre-vingts voiles près de la Chersonèse de
<1> Xénoph. Hellen. III, 4, 26 ; (2) Xénoph. Hellen. III, 4, V.
Diodore , XIV , 80. *E$anYîviaiou; (3} Diodore, XIV, 39 ; Justin, VI, 1 .
326 HISTOIRB DE LA OUtCE
Knidos, enhardit les Rhodiens à se révolter contre Sparte. Ce fut à Rhodes que se manifesta pour la première fois la haine générale contre l'empire lacédaemonien , déshonoré dans tant de cités différentes par les dékarchies locales et par les harmostes Spartiates. Et Tardeur de la population rhodienne fut telle qu'elle se révolta pendant que la flotte de Pharax était (en partie du moins) actuellement dans le port, et elle l'en chassa (1). Konôn, dont les secrets encouragements avaient aidé à exciter cette insurrection, cingla vers Rhodes avec sa flotte, et fit de l'île sa principale station. Il en résulta pour lui un avantage inespéré; car de nombreux navires y arrivèrent peu de temps après, envoyés au secours des Lacédaemoniens par Nephereus, roi indigène d'Egypte (qui était en révolte contre les Perses), et chargés de provisions navales et de grain. Comme ils ignoraient la récente révolte, ces navires entrèrent dans le port de Rhodes comme si elle était encore une île lacédaemonienne, et c'est de cette manière que Konôn et les Rhodiens s'approprièrent leur cargaison (2).
En racontant les diverses révoltes des dépendances d'Athènes qui éclatèrent pendant la guerre du Péloponèse, j'ai eu occasion de dire plus d'une fois que toutes elles éclatèrent non-seulement dans Tabsence de forces athéniennes, mais même à l'instigation (dans la plupart des cas) d'une armée ennemie présente, — grâce aux combinaisons d'un parti local, — et à l'insu et sans le consentement préalable de la masse des citoyens. La révolte actuelle de Rhodes, qui offre un contraste remarquable sur tous ces points, occasionna la «urprise et l'indignation les plus grandes parmi les Lacédssmoniens. Ils se virent sur le point d'entamer une nouvelle
(1) Diodore, XIV, 79. 'Poôtoi Se èx- 2) appelle ce roi égyptien indigène ^^oXXovTEÇ Tov TÛv rUXoTCovviQaicov axo- Hercyniôn.
>ov, àTrÊffTYiaav àitô AaxeSaifxovfwv, Il paraît que c'était un usage uni-
-xai tàv Kovcova itpoaeSéÇavxo \L&xà toO forme pour les vaisseaux de blé se ren-
CTÔXov TtàvTOç el; tt^Jv iroXiv. * dant d'Egypte en Grèce de. s'arrêter
Cf. Androtion dans Pausanias, YI, à Rhodbs (Démosth. cent. Dionysodor.
7, 2. p. 1285 : cf. Hérodote, U, 182).
(2) Diodore, XIV, 79; Justin (VI,
LA GRÈCE SOUS L'bMPIRK LÀClÏDiEMONIEN S27
guerre maritime, sans ce secours qu'ils avaient compté rece- Toir d'Egypte, et avec une incertitude aggravée par rapport à leurs dépendances et à leur tribut. Ce fut dans cette inquiétude pour l'avenir qu'ils firent la démarche de nommer Agésilas au commandement de la flotte aussi bien que de l'armée, afin d'assurer l'unité des opérations (1), quoiqu'ils renonçassent ainsi à la séparation des fonctions, au maintien de laquelle ils avaient jusqu'alors attaché une grande inaportance, et que les deux commandements n'eussent jamais été réunis entre les mains d'aucun roi avant Agésilas (2). On rappela Pharax, le précédent amiral (3).
Mais le violent mécontentement des Lacédaemoniens contre les Rhodiens réf oltés fut mieux attesté encore par un autre acte. Parmi les grandes familles de Rhodes, aucune n'était plus distinguée que les Diagorid». Ses membres étaient nonseulement généraux et hauts fonctionnaires politiques dans leur île natale, mais ils avaient conquis même une célébrité panhellénique par une série sans exemple de victoires remportées aux fêtes Olympiques et aux autres grandes solennités. Dorieus, membre de cette famille, avait gagné la victoire dans le pankration à Olympia dans trois solennités successives. Il avait obtenu sept prix aux jeux Néméens, et huit aux jeux Isthmiques. Il avait remporté le prix à une solennité pythienne sans combat, — personne n'osant rivaliser contre lui dans l'effrayante lutte du pankration. Comme Rhodien, tandis que Rhodes était alliée sujette d'Athènes pendant la guerre du Péloponèse, il s'était tellement prononcé dans son attachement pour Sparte qu'il avait attiré sur lui une sentence de bannissement; alors il s'était retiré à Thurii, et avait pris une part active aux hostilités contre
(1) Xénoph. HeUen. III, 4, 27. officier qui setvît sons Denys «n Sicile
(2) Plutarque. Agésilas, o. 10; Aris- et en Italie, quarante ans environ tote, Polit. II, 6, 22. après la révolte de Rhodes. La diffé-
(3) Le Lacédœmonien nommé Pha- rence de temps parait si grande, que rax, mentionné par Théopompe (Fragm. nous devons supposer probablement 218, éd. Didot : cf. Athénée, XII, deux personnages différents poruni U p. 536) comme un homme dissolu et mtmc nom.
extravagant, «st plus probablement un
Athènes après la catastrophe essayée à Syracuse. Servant contre elle dans des vaisseaux équipés à ses propres frais, il avait été pris en 407 avant J.-C. par les Athéniens, et amené à Athènes comme prisonnier. En vertu de la coutume de guerre telle qu'elle était admise, sa vie était perdue ; et outre cette coutume, le nom de Dorieus était particulièrement odieux aux Athéniens. Mais quand ils virent devant l'assemblée publique un ennemi captif, d'un lignage héroïque aussi bien que d'une majesté et d'un renom athlétiques incomparables^ leur haine antérieure fit place à la sympathie et à l'admiration, au point qu'ils lui rendirent la liberté par un vote public, et le renvoyèrent sans condition (!)•
Cette intéressante anecdote, qui a déjà été rapportée dans le quatrième chapitre du onzième volume de cette Histoire, est signalée ici de nouveau en contraste avec le traitement que le même Dorieus subit en ce moment de la part des Liacédœmoniens. Qu'avait-il fait depuis, c'est ce que nous ignorons; mais à l'époque où Rhodes se révolta contre Sparte, non-seulement il était absent de l'île, mais il se trouvait réellement dans le Péloponèse ou auprès de ce pays. Cependant la colère des Lacédsemoniens contre les Rhodiens en général fut telle, que Dorieus fut saisi par leur ordre, amené à Sparte, et là condamné et exécuté (2). Il ne semble guère possible qu'il ait pu avoir quelque intérêt personnel dans la révolte. S'il en avait été ainsi, il aurait été dans l'île, — ou du moins il aurait eu soin de ne pas être à la portée des Lacédsemoniens quand la révolte éclata. Il se peut toutefois que d'autres membres des Diagoridse, sa famille, jadis si attachée à Sparte, y aient pris part; car nous savons, par l'exemple des Trente à Athènes, que les Dékarchies de Lysandros et les Harmostes Spartiates se rendirent tout aussi formidables aux hommes d'État oligarchiques qu'aux démocratiques, et il est très-concevable que les Diagoridse aient
(1) Xénopb. Hellen. I, 5. 19. blée syracusaine, à l'égard du prince
Cf. un exemple semblable de con- sikel Dnketios (Diodore, XI, 92) . daite clémente, de la part de l'assem- * (2) Pausanias, YI, 7, 2.
LA GRÈCE SOUS L*EMPIBB LACÉD^BMONIEN 339
pu devenir moins favorables aax Lacédœmoniens dans leur politique.
Cette extrême différence dans le traitement du même homme par Athènes et par Sparte donne lieu à d'instructives réflexions. Elle montre la différence entre les sentiments des Athéniens et ceux des Spartiates, non moins qu'entre les sentiments d'une multitude et ceux d'un petit nombre. La personnalité grande et sacrée dé l'Hieronikès Dorieus, offert aux yeux de la multitude athénienne, — la vue d'un homme enchaîné, qui avait été proclamé vainqueur et couronné dans tant d'occasions solennelles devant les assemblées les plus considérables de Grecs qui aient jamais été réunies, produisirent en eux l'émotion la plus profonde ; elles suffirent non-seulement pour effacer une forte antipathie préétablie, fondée sur une ancienne hostilité active, mais pour contre-balancer une juste cause de vengeance, comme on s'exprimait à cette époque. Mais la môme apparition n'opéra aucun effet sur les éphores et le sénat Spartiates; elle ne suffit pas même pour les empêcher de mettre Dorieus à nK>rt, bien qu'il ne leur eût fourni aucun motif d'antipathie ni de vengeance, simplement comme une sorte de chà*timent pour la révolte de l'Ile. Or cette différence dépendit en partie de celle qui existait entre les sentiments des Athéniens et ceux des Spartiates, mais en partie aussi de celle qui.se trouve entre les sentiments d'une multitude et ceux d'un petit nombre. Si Dorieus eût été amené devant un tribunal judiciaire d'élite à Athènes, au lieu de l'être devant l'assemblée publique athénienne, — ou si le cas eût été discuté devant l'assemblée pendant son absence, — il aurait été probablement condamné, conformément à l'usage, dans les circonstances ; mais la vive émotion produite par sa présence sur les nombreux spectateurs de l'assemblée lear rendit intolérable une telle manière d'agir. Les historiens d'Athènes ont eu l'habitude d'insister sur les passions de l'assemblée publique comme si elles étaient susceptibles d'être excitées seulement dans un sens de colère ou de vengeance ; tandis que la vérité est, et Texemple actuel le prouve, que les esprits étaient ouverts dans une direction aussi bien que
330 HISTOIRB DB LA dRÈCE
dans l'autre, et que Témotion présente, qaelle qu'elle pût être, de clémence ou de sympathie, aussi bien que de ressentiment, était augmentée par le Seul fait du nombre. Et ainsi, là où la règle établie de procédure se trouvait être cruelle, il y avait quelque chance de pousser une assemblée athénienne à la mitiger dans un cas particulier, bien que les éphores ou le sériât de Sparte fussent inexorables en l'appliquant, — si, dans le fait, ils ne la dépassaient pas réellement en rigueur, comme cela paraît probable dans le cas de Dorieus.
Tandis que Konôn et les Rhodiens suscitaient ainsi des hostilités contre Sparte sur mer, Agésilas, en recevant à Kymê la nouvelle de sa nomination au double commande^ ment, dépêcha immédiatement des ordres aux cités maritimes et aux îles dépendantes, demandant la construction et l'équipement de nouvelles trirèmes (395 av. J.-C). L'influence de Sparte était si grande, et les gouvernements locaux. dépendaient tellement de sa durée, que ces- réquisitions trouvèrent une obéissance empressée. Bien des personnages principaux se soumirent à une dépense considérable, par désir d'acquérir sa faveur;* de sorte qu'une flotte de 120 nouvelles trirèmes fut prête l'année) suivante. Agésilas nomma son beau-frère Peisandros pour agir comme amiral et il l'envoya surveiller les préparatifs; c'était um jeune homme brave, mais dépourvu d'habileté et d'expérience (1).
Cependant il poursuivit lui-môme sa marche (à peu près au commencement de l'automne) vers la satrapie de Pharnabazos, — Phrygia au sud et au sud-est de la Propontis. Sous la conduite active de son nouvel auxiliaire' Spithridatès, il pilla le pays, prit quelques villes et en réduisit d'autres à capituler, avec un profit considérable pour ses soldats. Pharnabazos, qui n'avait pas une armée suffisante pour hasarder une bataille et défendre sa satrapie, concentra toutes ses forces près de sa propre résidence, à Daskylien,
(1) Xénopb. H^«zi. III, 4, 28, 29; Pltttarcitte, AgésQ. o. 10,
LA GRÈCE SOUS l'EMPIRE LACÉD^EMONIEN
sans faire obstacle à la marche d'Agésilas. Celui-ci, sur le conseil de Spithridatês, traversa la Phrygia et entra en Paphlagonia, dans l'espoir de conclure une alliance avec le prince paphlagonien Otys. Ce prince, dépendant nominalement de la Perse, pouvait réunir la meilleure cavalerie de l'empire persan. Mais il avait récemment refusé d'obéir à une invitation de la cour de Suse, et à ce moment, noi>seulement il accueillit bien l'apparition d'Agésilas, mais il conclut avec lui une alliance et le renforça d'un corps auxiliaire de cavalerie et de peltastes. Désireux de reconnaître les services de Spithridatês et fortement attaché à son fils, le jeune et beau Megabatês, — Agésilas persuada Otys d'épouser la fille de Spithridatês. Il la fit même venir par mer dans une trirème lacédaemonienne, probablement d'Abydos à Sinopê (1).
Renforcé des auxiliaires paphlagoniens, Agésilas poursuivit la guerre avec un redoublement de vigueur contre la satrapie de Pharnabazos. Il s'approcha alors du voisinage de Daskylion, résidence du satrape lui-même, héritage de son père Pharnakês, qui avait été satrape avant lui. C'était un pays opulent, rempli de riches villages, embelli de parcs et de jardins destinés à la chasse et au plaisir du satrape : le goût de Xénophon pour la chasse et la pêche l'amena aussi à remarquer qu'il y avait une grande quantité d'oiseaux pour l'oiseleur, ainsi que des rivières très-poissonneuses (2). C'est dans cette agréable région qu' Agésilas passa l'hiver.
(1) Xénoph. Hellen. IV, 1, 1-15.
La négociation de ce mariage par Agésilas est détaiUée d'une manière •curieuse et intéressante par Xénophon.
Il ent son entretien avec Otys en présence des trente conseillers Spartiates, >et probablement en présence de Xénophon lui-même.
L'attachement d^Agésilas pour le jeune Megabazos qu Megabatês est indiqué dans les Hellenica (IV. 1, 6- 28), — mais il est plus fortement présenté dans TAgésilas de Xénophon
(V, 6) et dans Plutarque, Agésil, c. 11.
Dans la retijaite des Dix MiUe Grecs (cinq ans auparavant) le long de la côte méridionale de TËuxin, il est fait mention d'un prince paphlagonien nommé Korylas (Xénoph. Anab. V, 5, 22; V, 6, 8). Y avait-il plus d'un prince paphlagonien — ou Otys était-il successeur de Korylas, — c'est ce que nous ne pouvons dire.
(2) Xénoph. Hellen. IV, 1, 16-33.
Ses soldats, abondamment approvisionnés, devinrent si négligents et marchaient en se débandant et en montrant un tel mépris pour les ennemis, que Pharnabazos, avec un corps de 400 chevaux et 2 chars armés de faux, trouva une occasion d'en attaquer 700 par surprise et de les mettre en fuite avec des pertes considérables, jusqu'à ce qu'Agésilas arrivât avec des hoplites pour les protéger.
Toutefois ce malheur partiel ne tarda pas à être vengé. Craignant d'être entouré et pris, Pharnabazos s'abstint d'occuper aucune position fixe. Il alla çà et là dans le pays, emportant avec lui ce qu'il avait de précieux et tenant son lieu de campement aussi secret que possible. Néanmoins, le vigilant Spithridatês ayant appris qu'il était campé pour la nuit dans le village de Kanê, à une distance de dix-huit milles (=près de 29 kilomètres) environ, Herippi dais (l'un des trente Spartiates) entreprit une marche de nuit avec un détachement pour le surprendre. Deux mille hoplites, le môme nombre de peltastes armés à la légère et Spithridatês avec la cavalerie paphlagonienne furent désignés pour l'accompagner. Bien que beaucoup d'entre ces soldats profitassent de l'obscurité pour esquiver ce service , l'entreprise réussit complètement. Le camp de Pharnabazos fut surpris au point du jour, sa garde avancée, composée de Mysiens, fut passée au fil de l'épée, et lui-même avec ses troupes forcé de prendre la fuite après avoir résisté à peine. Tous ses trésors, sa vaisselle, son mobilier, avec une grande quantité de bagages et de prisonniers, tombèrent entre les mains des vainqueurs. Comme les Paphlagoniens, sous Spithridatês, formaient la cavalerie du détachement victorieux, ils firent naturellement plus de butin et de prisonniers que l'infanterie. Ils se mettaient en devoir d'emmener leurs acquisitions, quand Herippidas intervitft et leur enleva tout : il mit tout le butin de toute sorte sous la garde d'officiers grecs, pour être vendu aux enchères en forme dans une ville grecque; après quoi le produit devait être distribué ou appliqué par l'autorité publique. Les ordres d'Herippidas étaient conformes au procédé régulier et systématique des officiers grecs ; mais Spithridatês et les Paphlagoniens étaient
LA GRÈCE SOUS l'eMPIRE LACÉDiEMONIEN 333
probablement justifiés par la coutume asiatique en s'appropriant ce qu'ils avaient pris eux-mêmes. De plus, l'ordre, désagréable en lui-même, leur était imposé avec la dureté de manières habituelle aux Lacédsemoniens (1), sans qu'ils eussent en outre aucune garantie qu'il leur serait accordé, même à la fin, une part équitable du produit. Voyant dans la conduite d'Herippidas une injustice et une insulte, ils désertèrent pendant la nuit et s'enfuirent à Sardes, où le Perse Ariaeos était en révolte ouverte contre la cour de Suse. Ce fut pour Agésilas une perte sérieuse et un chagrin plus sérieux encore. Non-seulement il fut privé d'une excellente cavalerie auxiliaire et d'un Asiatique entreprenant, qui lui fournissait ses renseignements , mais encore il avait à craindre que le bruit ne se répandit qu'il privait ses alliés asiatiques de leur butin légitime, et que d'autres ne fussent ainsi détournés de se joindre à lui. Sa douleur personnelle fut encore aggravée par le départ du jeune Megabazos, qui accompagna son père Spithridatês à Sardes (2).
Ce fut vers la fin de cet hiver que Pharnabazos et Agésilas eurent une conférence personnelle, ménagée par l'intervention d'un Grec de Kyzikos nommé Apollophanôs, qm était uni à tous les deux par les liens de Thospitalité et servait à chacun de garantie pour la bonne foi de l'autre. Xénophon, probablement présent lui-même, nous donne un détail intéressant de cette entrevue. Agésilas, accompagné de ses trente conseillers Spartiates, étant arrivé le premier à l'endroit désigné, tous s'assirent sur l'herbe pour attendre. Bientôt vint Pharnabazos, avec ses vêtements et une suite magnifiques. Ses serviteurs se mettaient en devoir d'étendre pour lui de beaux tapis, quand le satrape, remarquant comment les Spartiates étaient assis, se sentit honteux de tant
(1) Plutarque, Agésil. ch. 2. Ilixpè; qui, selon Plutarque, se passa entre c&v ilexaar?iç Tcâv xXonrévTcov, etc. Agésilas et Megabazos n*a pu survenir
(2) Xénoph. Hellen. IV, 1, 27; au départ de ce dernier, mais doit ap- Plutarque, Agésil. c. 11. partenir à quelque autre occasion,
Puisque la fuite de Spithridatês comme en effet Xénophon semble le
«'effectua secrètement de nuit, la scène représenter (Agésil. Y, 4).
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de luxe pour lui^mèm^ et s'assit sur Therbe à côté d'A^é* silas. Après avoir échangé des saluts , ils se serrèrent la main; après quoi, Pharnabazos, qui, comme le plus. âgé des deux, avait été le premier à tendre sa main droite, fut aussi le premier à entamer la conversation. Parlait*il assez bien le grec pour se dispenser de la nécessité d'un interprète , c'est ce qu'on ne nous dit pas. <* Agésilaa (dit-il), je fus rami et l'allié de vous autres Lacédsemoniens, quand vous étiez en guerre avec Athènes : je vous fournis de l'argent pour renforcer votre flotte, et je combattis moi-même à cheval sur le rivage, poussant vos ennemis dans la m^er. Vous ne pouvez pas m'accuser de vous avoir trompés comme Tissaphernês, soit en paroles, soit en actions. Cepeadaat, après cette conduite, je suis maintenant réduit par vous à un état tel que je n'ai pas à diner dans mon propre terri* toire, à moins qae je ne recueille vos restes « comme les animaux de la plaine . Je vois dévaster <m brûler pair v.ous les belles résidences, les parcs, les chasses que m'a légués mon père et qui faisaient le charme de ma vie. Est-ce la conduite d'hommes reconnaissants de faveurs reçues et disposés à. les reconnaître? Réponds, je te prie, à cette question ; car peutêtre ai'je encore à apprendre ce qui est saint et juste. »
Cet appel expressif couvrit de honte les trente conseiUeiv Spartiates. Ils gardèrent tous le silence, tandis qu'Agésiks, après une longue pause, finit par répondre : « Tu sais, Phar^^ nabazos, que dans les cités grecques les individus deviennent amis et hôtes privés les uns des autres. Si Les villes anx«quelles ces h^tes appartiennent se font la guerre, ils com«batteat Les uns contre les autres^ et quelquefois par aiccident se tuent mutuellement , chaeun en faveur de sa cité respect tive. C'est donc ainsi que nous« qui sommes en guerre avee ton roi , sommes forcés de considérer toutes ses possessions comme un pays ennemi. Mais, quant à toi, nous achèterions ton amitié à tout prix. Je ne te demande pas de nous accepter comme maîtres, à la place de ton maître actuel; je te demande de devenir notre allié et de jouir de tes biens en homme libre, — sans te courber devant personne, ni reconnaître de maître, Or, la liberté est en soi une possession de
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a plas grande valeor. Mais ce n'est pas tout. Nous ne t'invitons pas à être un homme libre, pauvre toutefois. Nous t'offrons notre alliance, aân que tu acquières de nouveaux territoires, non pour le roi, mais pour toi-même, en réduisant ceux qui sont actuellement tes compagnons d'esclavage à devenir tes sujets. Or, dis-moi, — si tu demeures ainsi libre et que tu deviennes riche, que peut-il te manquer encore pour devenir un homme complètement heureux? «
u Je te répondrai avec franchise (dit Pharnabazos). Si le roi envoie un autre général et me met sous ses ordres, je deviendrai volontiers ton ami et ton allié. Mais, s'il m'impose le devoir de commander, le point d'honneur est si fort que je continuerai à te faire la guerre du mieux que je pourrai. N'attends rien de plus (1). »
Âgé^ilas, frappé de cette réponse, lui prit la main et dit : « Plaise aux dieux qu'avec des sentiments aussi élevés tu puisses devenir notre ami! En tout cas, laisse-moi t'assurer de ceci : — c'est que je quitterai immédiatement ton territoire, et dans l'avenir, même si la guerre continue, je te respecterai, toi et tous tes biens, aussi longtemps que je pourrai avoir à combattre d'autres Perses. »
Ici finit la conversation : Pharnabazos monta à cheval et partit. Toutefois, son fils, qu'il avait eu de Parapita, — à cette époque beau jeune homme encore, — resta derrière, courut vers Agésilas et s'écria : — « Agésilas , je te fais mon hôte. — J'accepte de tout mon cœur, fut la réponse. — Prends ceci comme souvenir de moi, » répliqua le jeune Perse, mettant entre les mains d'Âgésilas le beau javelot qu'il portait. Ce dernier aussitôt enleva les ornements des harnais du cheval de son secrétaire Idaeos et les lui donna comme présent en retour ; puis le jeune homme partit en lea emportant et rejoignit son père (2).
(a) Xénoph. HcUen. IV, 1, 38. 'Eàv Cf. sur <pt>0TijjL£a, Hérodote, III,.
(livTOi {loi xiiy àpx^^' irpeffràrcY), toioû- 53.
TOVTi, d)cèoixe, 9iXoTinta éaTl,eu XP^ (2) Xénoph. Hellen. IV, 1, 29-41;
elSÉvat Sxi iroXeii^gw injtcv *b; àv Su- Plutarque, Agésil. c. 13, 14;Xénoph,
'vw^wii dLpKTTa. Agésil. III, 6.
Il y a un accent et un intérêt touchants dans cette entrevue, telle qu'elle est décrite, par Xénophon, qui ici met dans SB, pâle Chronique hellénique quelque chose du souffle romanesque de la Cyropaedie. Les gages échangés entre Agésilas •et le fils de Pharnabazos ne furent oubliés ni par l'un ni par l'autre. Ce dernier, — réduit plus tard à la pauvreté et •exilé par son frère, pendant que Pharnabazos était en Egypte, — fut forcé de se réfugier en Grèce, où Agésilas lui assura sa protection et une demeure, et alla même jusqu'à employer son influence en faveur d'un jeune Athénien auquel le fils de Pharnabazos était attaché. Ce jeune Athénien avait dépassé l'âge et la taille des enfants appelés à courir dans le stade olympique ; néanmoins Agésilas , par une active intervention personnelle , triompha de la résistance des juges éleiens et les décida à l'admettre comme compétiteur avec les autres enfants (1). La manière dont Xénophon insiste sur cette faveur explique le ton du sentiment grec, et nous montre la variété d'objets qu'un ascendant personnel avait coutume d'embrasser. Désintéressé poyr lui-même, Agésilas avait peu de scrupule, tant à favoriser les empiétements qu'à défendre les injustices de ses amis (2). Le privilège injuste qu'il procurait à ce jeune homme ne put guère manquer d'offenser une multitude de spectateurs familiers avec les conditions établies du stade et d'exposer les juges à un blâme sévère.
Quittant la satrapie de Pharnabazos, — qui était à peu près épuisée, tandis que l'armistice conclu avec Tithraustês a dû expirer, — Agésilas établit son camp (394 av. J.-C.) près du temple d'Artemis à Astyra, dans la plaine de Thêbê (dans la région connue communément coiiîme tEoUs), près du golfe d'Elseonte. Là il s'occupa de réunir un plus grand nombre de troupes, en vue de pénétrer plus loin dans l'intérieur de l'Asie Mineure pendant l'été. Les événements ré-
(1) Xénoph. HeUen. IV, 1, 40. i-pcpiOeCTi el; Tè erroôiov Iv 'OXv(ii:fa, ITàvi' èTTOiTQaev, ôtcw; àv St' èxeïvov (i^yi^toç ôv icatSûv.
(2) Plutarque, Agéail. c. 5-13.
LA ORÈCB SOUS L EMPIBS LÂCÉDJEIIONIEN 337
cents avaient beaucoup augmenté Tidée qn^avaient les Asiatiques de sa force supérieure ; de sorte qu'il reçut de divers districts de Fintérieur des propositions demandant sa présence et exprimant le désir de secouer le joug des Perses, n chercha aussi à apaiser les dissensions et le désordre qu^avaient fait naître les Dékarchies de Lysandros dans les villes gréco-asiatiques, évitant, autant que possible, d^infliger les rigoureux châtiments de la mort ou de Texil. Combien fit-il dans ce sens, c*est ce que nous ne pouvons pas dire (1), — et, dans le fait, il n'a pas pu être possible d'accomplir beaucoup sans renvoyer les harmostes Spartiates et sans diminuer le pouvoir politique de ses partisans, deux choses qu il ne fit pas.
U avait alors disposé tons ses plans pour pénétrer plus loin que jamais dans l'intérieur, et pour reconquérir d'une manière permanente, s'il était possible, la partie occiden* taie de l'Asie persane. On ne peut pas déterminer ce qu'il aurait fait définitivement pour l'exécution de ce projet ; car sa marche agressive fut suspendue par un ordre de revenir à Sparte, ordre dont nous verrons la raison dans le chapitre suivant.
Cependant Pharnabazos avait été appelé de sa satrapie pour aller prendre le commandement de la flotte persane en Kilikia, au sud de l'Asie Mineure, conjointement avec Konôn (394 av. J.-C). Depuis la révolte de Rhodes contre les Lacédaemoniens (dans l'été de l'année précédente, 395 av. J.-C), cet Athénien actif n'avait rien fait. L'élan d'activité produit par la visite de Pharnabazos à la cour de Perse avait été paralysé par la jalousie des commandants persans, qui répugnaient à servir sous un Grec, — par le péculat d'officiers qui détournaient la paye destinée aux troupes, — ^ par la mutinerie de la flotte, par suite du défaut de paye^ — et par les nombreux délais qui survenaient ; tandis que les satrapes, peu disposés à dépenser leurs propres revenus
(l)Xénoph. HeUen. IV, I, 41; Xé- Agésil. o. 14, 15; Isoknto, Or. V noph. Agéiil. I, 35-38; Plutarque, (Philipp.)) •• 100.
T. xni 22
HISmHRE DS LA GltâCE
pour faire la guerre, attendaient des ordres et des envois 4' argent de la cour(l). Aussi Konôn ayait-il été hors d'état de faire aucun usage efficace de sa flotte, pendant les mois . où la flotte lacédaemonienne était portée presque au double • de son ancien nombre. Enfin il résolut, — vraisemblablement à l'instigation de ses compatriotes de Sparte (2), aussi bien que d'Evagoras, prince de Salamis, dans Tîle de Kypros, et sur les encouragements de Ktèsias, l'un des médecins grecs qui résidaient à la cour de Perse, — d'aller lui-même s'aboucher personnellement avec Artaxerxês. Dé- . barquant sur la côte kilikienne, il se rendit par terre à Thapsakos, sur l'Euphrate (comme l'avait fait l'armée de Cyrus), d'où il descendit le fleuve dans un bateau jusqu'à Babylone. Il paraît qu'il ne vit pas Artaxeraês, par répugnance pour cette cérémonie de prosternement qui était exigée de tous ceux qui approchaient de la personne royale. Mais ses messages, transmis par Ktêsias et autres, — avec son engagement certain de renverser l'empire maritime de Sparte et de déjouer les projets d'Agésilas, si Ton mettait en action d'une manière efficace les forces et l'argent de la Perse, — produisirent un effet puissant sur l'esprit du monarqne qui, sans doute, non-seulement était alarmé de la position formidable d'Agésilas en Asie Mineure, mais eticore haïssait les Lacédœmoniens, comme les agents principaux dans l'entre» prise agressive de Cyrus. Artaxerxôs approuva ses vues, de plus lui fit un présent considérable d'argent, et transmit à la côte l'ordre péremptoire que ses officiers poursuivissent activement la guerre maritime.
(1) Cf. Diodore, XV, 41, ad flm ; et Thucyd. VIII, 45.
(2) laokrate (Or. VIII, De Pace, s. 82) fait aUuaion à « maintes ambassades »
qni anmient été envoyées par Atlràiies au roi de Perse pour protester contre la domination lacédœmonienne. Mais
-cette mission de Konôn est la seule -que nous puissions vérifier avant la xbatalHe èe Knidos.
Probablement DeBM»» iHf èê Pyri*
lampes, citoyen éminent et triâDnrqtri
d'Athènes, a dû Hre un des compagnons de Konôn dans cette mission. U est mentionné dans un discours de Lysias comme ayant reçu du fjrand Roi un présent d'un .bol à boire ou 9iàXT] d^or; et je ne sais dans quelle autre occasion il a pu le recevoir, si ce n'est dans cette ambassade (Lysîas, Or. XIX, De Bonis Aristoph. s. 27}.
LA GRÊCB BOUS L*EMWRB ULCto^MONIEN
Ce qui fut d'une importance plus grande encore, KondR fat autorisé à nommer tout Perse qu'il youdrait comme amiral, conjointement avec lui. Ce fut par son choix que Phamabazos fut appelé de sa satrapie, et reçut l'ordre d'agir de concert en qualité de commandant de la flotte. Ce satrape, le plus brave et le plus entreprenant des grands de Perse, et ressentant précisément alors la dévastation de sa satrapie (1) par Agésilas, prêtaà Konôn un concours cordial. Une flotte puissante, en partie phénicienne, en partie athénienne ou grecque, fut bientôt équipée, supérieure en nombre même à la flotte lacédœmonienne nouvellement organisée sous Peisandros (2). Evagoras, prince de Salamis, dans l'île de Kypros (3), non-seulement fournit beaucoup de trirèmes, mais servit lui-même en personne à bord.
Ce fut vers le mois de juillet, 394 av. J.-C., que Pharnabazos et Konôn amenèrent leur flotte combinée à l'extrë-
(1) Xénoph. Hellen. ÎY, 8, 6.
(2f). Lm meeures de Kûn^ki et les éyéncmfi&to. qui précédèrent la bataille de Knidos nous sont trèsimparftâtement connus, mais nons pouyoBB las inférer en génénd de Diodore, XlV, 81; de Joatin, VI, 3, 4; de Cornélius Képos, Vit. Conon.
«. 2, 3; Ktem» f ragm. c. 62. 63, éd.
Isoknite (Orat. IV. (Panegyr.), s. 165 : cf. Orat. IX (Eragor.), s. 77), pale ▼agDBnifiDt de la dorée du temps que la flotte persane resta bloquée par les Lacédaemoniens avant que Konôn obtînt ses ordres rigoureux et définitifs d^Artaxerzês, à moins que nous ne devk«8 éemprmàTe ses froU années comme se «^«portant «ox premières nouTeUes d'équipement de ^nûsseanz de gaom «s Pbénirie, apportées à Sparte pxr B^rods», comme les comprend Se h a ieâ toe, et laime alors Fassertioa que larfloMe penaae reste «oXtop- «oid|uvov pendsoit tsut ce temps sertit fnt em gftré e . Teuteibts, si fou fait la pavt de FemgÉniliiii, înAirvle eoSB**
cide en général ayec les autorités mentiomiées plus haut.
Il pacaitrait que Ktdsias le médecin obtint vers cette époque la permissicm de quitter la cour de Perse, et de retouner en Gr^oe. H se peut qu'il ait été amené (comme Demoàèdds de Krotôn cent vingt ans auparavant) à favoriser les vues de Konôn aiin d'obtenir po«r Isli-même eette permissiaii.
Dans le maigre abrégé de Ktêsias donné par Photius (c. 63), il est fait miCEttien de quelques d^otés laoédsB'moniens qui se rendaient en ce moment à la cour de Perse, et furent surveillés et retenus en route. Cette mission ne peut guère s'être effectuée avant la bataille de Knidos; car Agésilas était alors en plein cours de succès, et il méditait les plus rsstes plans d'agression contre la Perse. EUe a dû tomber, je présume, après la Iwtaille.
(3) Isokmte, Or. IX (Evagoras), s. 67.Evay6pou % «Otov xt «apo- «TX^vi: o;, xaX TÎjç SvvdiUMç t^v TcUia- Tïiv irapaoxeudctfovTO;.. Cf. s. 83 du même discours. Cf. Pausanias, 1, 3, 1.
mité sud-ést de l'Asie Mineure ; probablement d'abord à Tîle amie de Rhodes, puis à la hauteur de Loryma (1) et de la montagne appelée Dorion, sur la péninsule de Knidos (2). Peisandros, avec la flotte de Sparte et ses alliés, partit de Knidos pour aller à leur rencontre, et les daux parties se préparèrent à combattre (394 av. J.-C). Selon Diodore, les Lacédaemoniens avaient quatre-vingt-cinq trirèmes; Konôn et Pharnabazos, plus de quatre-vingt-dix. Mais Xénophon, sans spécifier le nombre d'un côté ni de l'autre, semble donner à entendre que la dilférence était beaucoup plus grande; il dit que la flotte entière de Peisandros était de beaucoup inférieure même à la division grecque sous Konôn, sans compter les vaisseaux phéniciens sous Pharnabazps (3). Malgré une telle infériorité, Peisandros ne recula pas devant une rencontre. Bien que jeune, sans talent militaire, il possédait entièrement le courage et l'orgueil Spartiates ; do plus, comme Tempire maritime de Sparte n'était soutenu que par la supériorité supposée de sa flotte, — s'il s'était reconnu trop faible pour combattre, ses ennemis auraient parcouru sans obstacle les lies pour les exciter à la révolte. En conséquence, il partit du port de Knidos. Mais quand les deux flottes furent rangées en face l'une de Tautre, et que la bataille fut sur le point de commencer, — la supériorité des Athéniens et des Perses fut si manifesté et si alarmante, que ses alliés asiatiques de la division de gauche ^ qui n'étaient nullement dévoués à la cause, s'enfuirent presque sans coup férir. Dans ces circonstances décourageantes, il mena néanmoins sa flotte au combat avec la plus grande va-
(1) Diodore, XIY, 83. AiéTpi6ov irepl A(opu(ta T^c Xepaovi^oou.
Il n'est guère néoeissaire de faire re« marquer que le mot Chertontiut ici (et dans XIV, 89) ne signiâe pas la péninsule de Tiiraee connue communément sous ce nom, formant le côté européen de PHellespont, — mais la péninsule sur laquelle Knidos est située.
(2) Pauaanias, YI, 3, 6. Hspi Kvfôov xai ipoç xà Aioptov ivot&aCo(i«vov.
(3) Xénoph. HeUen. IV, 3, 12. 4»apvàéaCov, vaiùapx^Y ôvra, Svv toTc 4>ot> v{<r9QUC clv«t. Kévttwa Sè^ x6 *EÏXrr vtx^ Ixovca, TctéxOoei l|iirpoaOcv oOtoù.
!^vTmaf Qrca{o((iivov 8è to9 Ikiadvdpou, xai icoXu IXaTTévwv a^x& tûv vecôv çavst(rûv xûv «{itov toù |i.STà Koviovoc 'EXXiivtxov, etc.
LA GRÈCE SOUS l'empirb lâcédjemonien 341
leur. Mais sa trirème fut accablée par le nombre, brisée en plusieurs endroits par les éperons des vaisseaux de l'ennemi, et jetée à la côte avec une partie considérable de sa flotte. Beaucoup d'hommes des équipages sautèrent hors des trirèmes pour gagner la terre, les abandonnant aux vainqueurs. Peisandros aussi aurait pu s'échapper de la même manière ; mais dédaignant soit de survivre à sa défaite, soit de quitter son vaisseau, il tomba en combattant vaillamment à bord. La victoire de Konôn et de Pharnabazos fut complète. Ils prirent ou détruisirent plus de la moitié des vaisseaux Spartiates, bien que le voisinage de la terre permît à une partie considérable des équipages de s'enfuir à Kriidos, de sorte qu'on ne fit pas un grand nombre de prisonniers (1). Parmi les alliés de Sparte, la principale perte tomba sur ceux qui étaient le plus attachés à sa cause; les mal disposés et les plus tièdes furent ceux qui échappèrent par la fuite au commencement.
Tel fut le mémorable triomphe de Konôn à Knidos (P'août 394 av. J.-C), le pendant en sens opposé de celui de Lysandros à ^gospotami onze ans auparavant. Nous en raconterons les importants effets dans le prochain chapitre.
(l)Xénoph. Hellen. IV, 3, 10-14; Diodore, XIV, 83; Cornéliui Népos Conon. c. 4; Justin, VI, 3.