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ment de six cents chevaux autour de lui» surveillant les mouvements d'Artaxerxês. Aussitôt qu'il vit ce dernier faire mouvoir sa division de droite pour prendre ses soldats par derrière, il se hâta d'arrêter ce mouvement par une charge impétueuse sur le centre, où Artaxerxès était en personne, entouré de la garde du corps de six mille chevaux sous Artagersês. L'attaque de Cyrus fut si vigoureuse qu'avec ses six cents chevaux il rompit et dispersa cette garde du corps, tuant Artagersès de sa propre main. Ses six cents cavaliers se précipitèrent à la poursuite des fugitifs, laissant Cyrus lui-même presque seul, entouré seulement du petit nombre d'hommes d'élite appelés ses « compagnons de table «>. Ce fut dans ces circonstances qu'il vit pour la première fois son frère Artaxerxès, dont la personne avait été exposée aux regards par la fuite des gardes du corps* Cette vue le remplit d'un tel paroxysme de rage et d'ambition jalouse (1), qu'il perdit toute pensée de sûreté ou de prudence, — s'écria : «* Je vois l'homme, » — et s'élança en avant avec sa seule poignée de compagnons pour attaquer Artaxerxès, malgré la nombreuse armée qui était derrière lui. Cyrus poussa droit à son frère en lançant sa javeline, et il visa si juste qu'il le frappa à la poitrine et le blessa à travers la cuirasse, bien que sa blessure (guérie plus tard par le chirurgien grec Ktêsias) n'ait pu être très-grave, puisque Artaxerxès ne quitta pas le champ de bataille, mais, au contraire, engagea un combat personnel, lui et ceux qui l'entouraient, contre cette poignée d'assaillants. Une lutte aussi inégale ne dura pas longtemps. Cyrus, blessé grièvement sous l'œil par la javeline d'un soldat karien, fut ren-
Les derniers mots sont remarquables, en ce qu'ils indiquent qu^aucun autre stimulant que celui d^une rivalité ambitieuse et de Tantipatbie fratemeUe n*eut assez de force pour faire perdre à Cyrus Tempire qu'il avait sur lui-même.
(1) Cf. le récit du transport de rage qui saisit le Thêbain Pelopidas, quand
il vit Alexandre, le despote de Pherœ, dans Tarmée opposée; ce qui amena les mêmes conséquences fatales (Plutarque, Pelopidas, c. 32; Cornél. Népos, Pelop. c. 5). y. aussi les réflexions de Xénopbon sur la conduite de Teleutias devant Olynthos, — Hellenic . V, 3, 7.
filSTOlBE DB LA QftÈCK
versé de son cheval et tué. Le petit nombre de compagnons fidèles qui l'entouraient périrent en le défendant : Artasyras, qui «tait le premier d'entre eux dans sa confiance et son affection, le voyant mortellement blessé et à terre, se jeta sur lui, le serra dans ses bras, et, dans cette position, ou se tua lui-môme, ou fut tué par ordre du roi (1)-
La tête et la main droite du prince mort furent immédiatement coupées par ordre d'Artaxerxês, et sans doute exposées aux regards d'ane manière apparente. C'était pour tout le monde l'annonce que toute la lutte était terminée, et c'est ainsi que le comprit Ariaeos qui, avec toutes les troupes asiatiques de Cyrus, abandonna le champ de bataille et s'en* fait vers le camp. Ils ne s'y défendirent même pas quand le roi et ses forces les poursuivirent; mais ils fuirent encore plus loin jusqu'au lieu de repos de la nuit précédente. Les troupes d'Artaxerxês entrèrent dans le camp et se mirent à le piller sans rencontrer de résistance. Le harem même de Cyrus tomba en leur pouvoir. Il renfermait deux femmes grecques, — de condition libre, de bonne famille et bien
tl) Xénoph. Atïab. T, 8, 22-29.
Le récit d« cette bataille et de la mort de Cyms par Ktêsias (aatant que nous pouvons le reconnaître par le bref résumé de Photius — Ktèsias, Fragm. c. 58, 59, éd. Baehr) ne difâre pas essentiellement de Xénophon.
Ktêsias mentionne le soldat karien (dont ne parle pas Xénopbon) qui lança la javeline, et il ajoute que ce soldat fut plus tard torturé et mis à mort par la reine Parysatis, revanche rvauvage de la mort de Cyrus. Il nous apprend aussi que Bagapatês, la personne qui, par ordre dTArtaxerxês, coupa la tête et la main de Darius, périt de la même manière, victime de -Parysatis.
Diodore (XIV, 23) trace du conflit «litre Cyrus et son frère un tableau bien plus complet, qui diffère de Xénojihon sur bien des points, en partie di-
rectement, en partie d^one manière implicite.
Plutarque (Artazencôs, e. 2, 12, 13> fait un récit de la bataiUe et de la mort de Cyrus, qu'il déclare avoir tiré de Ktêsias, mais qui diffère encore phxa essentiellement de la narration de Xé« Bophon. Cf. aussi le peu de mots de Justin, y, 11 .
Diodore (XIY, 24) dit que douze mille hommes de Tarmée du roi furent tués à Kunaza; la plus grande partie le fut par les Grecs sous Klearchos, qui ne perdit pas un seul homme.
Il estime à trois mille hommes les pertes de Tarmée asiatique de Cyrus.
Mais si les Grecs ne perdirent pas mi homme, ils ne peuvent guère en avoir tué beaucoup dans la poursuite ; car ils avaient à peine de cavalerie et tra nombre peu considérable de peltastea, — tandis que les hoplites n'auiaient pu atteindre les Perses dans lenr fbile. ^
CYRUS LE immt Bt LES UOi lOtLE GRECS
élevées, — VnnB de Phokaea^ Tautre de Milétoir, qa^onlai avait amenées à Sardes après les avoir enlevées de force k leurs parents. La plus igée àe ces^ deux Semmes, la Pho* kseenne, nommée Milto, •distinguée à la fois par sa beauté et son inteUigence accomplie, fut faite prisonnière et transfë^ rée dans le harem d' Artaxersès ; Taul»^, personne jfbm jeune, trouva mojen de se sauver, bien que sans ses vète-« ments de dessus (1), et chercha dSbri parmi quelques Grées laissés dans le camp à la garée des ba^^ages des Grecs. Ces hommes repoussèrent les assaillants perses en en. faisant un massacre considérable; ils saavèrent leurs bagages, aussi bien que les personnes de tons ceux qui étaient venais cb^*^ cher un asile auprès d*eux. Msûs le camp des troispes asi»* tiques de Cyrus ftit com^étement pillé, sans en excepter ces {onrg&B» réservés- de provisions dont Cyms s'était pourvu afin qtie ses auxiliaires grées fussent certains d'avoir des vivres dans toute circonstance (2),
Pefiâant qu'Artaxerxes pillait ainsi le camp de Gyrus, il fut rejoint par Tiss^iphemès et sa- division de cavalerie, qui avaient chargé esrtre la division grecque et le fleuve. A ce moment il y avait une distance de pas moins de trente «tftded, ^m 5 kiiom. environ entre lui et Klearchos avec la
M*rf>*>-^— »
(1) Xénopli. Anab. I, 10, 3. Les qiialitéft et les séductions de cette Pkokaenne, et la grande estime qne lui témoignèrent d'abord' Cyn» et eoniite Artaxearxês, ont été exagéréea et ont donné lieu à nue histoire romanesque dans laqv^dle nous ne pouvons dire quelle peut être la proportien de vérité (V. ^Uien, V. H. XII, 1; Pluter^ue, Artaxer. o. 26, 27; Justin, X, 2).
Platarqae et <^s(ân avancent tcma les deux que rininaitié subséquente entue Artaxerxês et son fils Darius^ qui amena la conspiration de ce dernier oontre son père, et sa perte, quand la conspiration fut découverte, eut pour source la passion de Darius pour elle.
Mais ooimna cet év^éiMment arma oer-
tainement à M fia de la longue vie-cft du long jrègne d*Artaxerxês, qui régna qnarante-six ans, — et qu'elle a dû avoàr àeette époifoe seizante ane^ al*- Bon plus^*— nous pouvona à bon droib présumer que la cause de cette tragé^ die de famffle a àfk "dire quelque cbose de dôfiiéreiit*
Cf. la description du sort de Bers^ nikê de Chios et de Monime de Mil@tes, femmes de Mttbridatês, aret àé Poftt, pendant les derniers walheauf»
de ce prince (Plutarque, Lucullus, c. 18).
(2) Xénoph. Anab. 1, 10, 17.
Ces provisions ont dû probablement être faites pendant la récente balte à
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division grecque r tant ce dernier s^était avancé loin à la poursuite des fuyards persans. Informé , après quelque temps» que les troupes du roi avaient été victorieuses à la gauche et au centre et qu'elles étaient maîtresses du camp, — mais ne connaissant pas la mort de Cyrus, — Klearchos ramena ses troupes en arrière, et il rencontra les forces de Tennemi qui revenaient également. Il craignit d*ètre entouré par des troupes supérieures en nombre , et en consé*quence il prit position en s'appuyant sur le fleuve. Dans cette situation, Artaxerxès rangea de* nouveau ses troupes en face de lui , comme s'il se disposait à le combattre ; mais les Grecs, prévoyant son mouvement, furent les premiers à attaquer, et ils forcèrent les Perses à prendre la fuite, frappés d'une terreur plus grande qu'auparavant. Klearchos, débarrassé ainsi de tout ennemi, attendit quelque temps dans l'espoir d'avoir des nouvelles de Cyrus. Il retourna ensuite au camp, qu'il trouva dépouillé de toutes ses provisions; de sorte que les Grecs furent forcés de passer la nuit sans souper, tandis que la plupart d'entre eux aussi n'avaient pas eu à dîner, à cause de l'heure matinale à laquelle la bataille avait commencé (1). Ce ne fut que le lendemain matin qu'ils apprirent, par Proklès (descendant du roi Spartiate Demarates, jadis compagnon de Xerxês dans l'invasion de la Grèce), que Cyrus avait été tué, nouvelle qui changea la satisfaction que leur avait causée leur propre triomphe en douleur et en eflfroi (2).
Ainsi se termina la bataille de Eunaxa, et en même temps les espérances ambitieuses aussi bien que la vie de ce jeune prince. Son caractère et sa conduite suggèrent d'instructives remarques. Tant dans la conduite de cette expédition que dans les deux ou trois années d'administration en Asie Mineure qui la précédèrent, il déploya des qualités telles qu'on n'en voit pas dans Cyrus appelé le Grand, ni dans aucun autre membre de la famille royale de Perse, ni à vrai dire dans aucun autre générât persan d'un bout à l'autre de
(1) Xénoph. Anab. I, 10, 18,. 19. (2) Xénoph. Aâab. II, 1, 3, 4.
CYRUS LE J9UNE ET LES DIX MILLE GRECS 57
l'histoire de la monarchie* Nous remarquons en lui un esprit de combinaison large et à longue portée, — la faculté de prévoir les difficultés et de pourvoir à l'avance au moyen de les surmonter, — une adresse à répondre aux exigences variées, et à se conduire avec des personnes différentes, Grecs ou Asiatiques, officiers ou soldats, — la conviction de la nécessité, non -seulement d'acheter le service des hommes en prodiguant les présents, mais d'acquérir leur confiance par une conduite droite et franche et par une bonne foi systématique, — le pouvoir de réprimer son mécontentement quand la politique le commandait, par exemple lors de la désertion de Xenias et de Pasiôn, et des premiers complots d'Orontês, bien que habituellement les châtiments qu'il infligeait fussent pleins d'une barbarie tout orientale. Nous sentirons mieux comUen rares étaient les mérites et les qualités de Cyrus, en tant que Perse, si nous compar()ns ce portrait fait par Xénophou, avec la description des satrapes persans par Isokrate (1). Xénophon a fait remarquer que bien des personnes passèrent d'Artaxerxês à Cyrus, — mais qu'aucune, excepté Orontês, ne passa de Cyrus à Artaxerxës. Non-seulement pendant la marche, mais même quant à la manière de combattre à Kunaxa, le jugement de Cyrus fut plus sain que celui de Klearchos. Les deux choses d'importance suprême pour les Grecs étaient de veiller sur la personne de- Cyrus, et de frapper droit sur celle d'Artaxerxês et sur la division centrale qui l'entourait. Or ce fut la faute de Klearchos, et non celle de Cyrus, si ces deux choses furent négligées, et si les Grecs ne gagnèrent qu'une victoire relativement insignifiante à la droite. Cependant malgré cette faute, qui n'était pas la sienne, il parait que Cyrus aurait été victorieux s'il avait été capable de réprimer cette explosion passionnée d'antipathie qui le poussa comme un insensé contre son frère. La même ambition insatiable,
(1) Isokrate, Ont. lY (Panegyrio.)^ tutions politiques pénètrent dans le cas. 175'182, passage Arappant, en ce ractëre et les habitudes individuels, qu'il décrit la manière dont des insti-
et la mfeoae férocité jalouse, qaand il s'agissait du pouvoir, qui l'avaieint auparavant conduit à mettre à mort deux cousins germains, parce qu'ils négligeaient ^*accompIir en sa présence un acte de d^érence qui n'était rendu qu'au roi en personne, — ce même mouvement, exaspéré par la vue actuelle d'un frère son rival, et par cette force constante d'antipathie fraternelle si fréquente dans les familles royales (1), lui firent fermer les yeux pour le moment â tout calcul rationnel.
Nous pouvons toutefois faire remarquer que la Hellas en général n'eut pas de motif pour regretter la chute de Cyrus à Kunaxa. S'il avait détrôné son frère et qu'il fût devenu roi, Tempire persan aurait acquis sous sa main un degré de force qui lui aurait probablement permis de prévenir l'œuvre accomplie plus tard par les rois macédoniens, et d'asservir les Grecs d'Europe aussi bien que ceux d'Asie. U aurait employé l'organisation militaire grecque contre Findépendance grecque, comme le firent après lui Philippe et Alexandre. Son argent l'aurait misa même de soudoyer une
(1) Dîodope (XIV, 23) mentionne les detxx frères enBemis de la légende, Ëteoklês et Poljneikês, comme pendant. Cf. Tacite, Annales, 4, 60 :
< Atrox Dmsi ingeniam, snper CHpidinem potentis, et sêlita frmtribug ^diaj aecendebatnr invidià, quod mater Agrippinapromptior Neronierat, »etc., et Jnstip, XLII, 4.
Cf. aussi l'intéressant récit de M. Prosper Mérimée, dans sa vie de Don Pèdre de Castille, prince oommanénent cenan août le nom de Pierre le Cruel. Boa Pèdre fat dér trôné et tué dans an conâit personnel par la main de son frère bâtard, Henri de Transtamare.
A la bataille de Navarette, en 1367, ■dit M. Mérimée, « Don Pèdre, qui, pendant le combat, s'était jeté au plus ioart de lai aiâée, è^achama Tangiieaaft à .k ponxioite des fuyards. Oa le voyait galoper dans la plaine, monté
aar tm cheval noir, sa bannière armoriée de Castille devant lui, chevehani '8011 frère partout où Ton combattait encore, et criant, écbaufEé par le car- Bage : « On est ce bâtard qui se nomme c rot de CattiUe ? » (Histoixe de Den Pèdre, p. 504).
Finalement don Pèdre, bloqué et monxoiit presque de fiûm dans le cliÂ' teau de Montiel, fut trompé par de feintes négociations et tomba au pouvoir de ses ennemis. Il fut tué dans un eontâit personne par le poignard de son ârère Henri, après une latte dése^»
rée dans laquelle il semblait près de l'emporter, si Henri n'avait pas été aidé en partie par une personne présente.
Cette scène tragique (dans la nuit du 23 mars 1369) est décrite par M. Mériiaéedhme mamèfisdnunaliqBefp. d64-
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armée écrasante d'officiers et de soldats grecs, qui (pour employer l'expression de Prox^nos rapportée par Xénophon (1) l'auraient jugé un ami meilleur pour eux que pour leur propre pays. II lui aurait également permis de profiter des dissensions et de la vénalité dans l'intérieur de chaque cité grecque, et ainsi d'affaiblir leurs moyens de défense, tandis qu'il fortifiait ses propres moyens d'attaque. C'était une politique qu'aucun des rois perses, depuis Darius, fils d'Hystaspês, jusqu'à Darius -Codoman, n'eut assez de talent ou de persévérance pour poursuivre : aucun d'eux ne connut ni la véritable valeur d'instruments grecs, ni la manière de les employer avec effet. Toute la conduite de Cyrus, par rapport à cette mémorable expédition, manifeste une intelligence supérieure, capable de se servir des ressources que la Tictoire aurait mises entre ses mains, — et une ambition qui probablement lui aurait servi contre les Grecs pour venger les humiliations de Marathon, de Salamis et de la paix de Kallias.
(1) Xénoph. Anab. III, 1, 5. Tirtox- Êçt) xpstTTo) êauTcô vo{i.iCeiv xîj; vetToSèaÙTÔv (Sevoçûvra Ilpolevoc) el TcaTptSo;. êXôot, çî>ov Kvpcp TroMQaeiv * ôv aytè;