‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'AnglaisChapitre 6 sur 19 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

OPÉRATIONS DES DIX MILLE ORBOS DBPUIB LE MOMENT QU'iLS PARVINREÎfT A TRAPÉZONTE, JUSQU'a LEUR JONCTION ATEC l'armée LACÉDiEMONIENNB EN ASIE MINEURE.

Villes grecques mir le Pont-Siixiii. — ' Sinôpê «vec ses colonies. — Kérftsoate^ Kotjdrm et Trapéssovte. — Habitants indifçènes. — Leurs relations avec les colonies grecqnm. — * Sentiments d s Orecs da Pont-Eiixin quand les Dix Mille deseendirent chez eux. — Inceititiide et danger de ce qu'ils pouTuent fibire. -^ Plans de l'armée. — Cbeirifiophoe est enToyé à Bj^antion afin de se procnrer des vaisseaux pour la transporter. — Règlements pour Faarmée proposés par Xénophon pendant son absence. — Adoptés par l'armée. — Sa forte répugnance à mare^r plus loin. — Mesures pour se procurer des transports. — > Expéditions de maraude pour aToir des prévisions fai^s contre les Koichi et les Drilas. — L'armée quitte Trapézonte et marche à l'ouest le long de la •côte vers Kérasonte. — Actes de désordre et outrage commis par divers soldats près de Kérasonte. — Marche vers Kotyôra. — Hostilités avec lesMosynœki. — Longue halte à Kotyôra. — Remontrance des Sinopiens. — Discours d'Hekatonynaos de Sinôpê à l'armée. — Réponse de Xénophon. — Succès de la réponse. — Bonne intelligence établie avec Sinôpê, — L'armée consulte Hekatonymos, qui'lui conseille de retourner par mer dans ses foyers. — Députés envoyés pa* l'armée à Sinôpê pour se procurer des navires. — Pauvreté et désorganisation croissante de l'armée. — Idées de Xénophon quant à la fondation d'une nouvelle ville dans le Pont-Euxin, avec l'armée. — Sacrifice de Xénophon pour s'assurer de la volonté des dieux. — Perfidie du prophète Silanos. '— Silanos, Tioaasiôn et autres élèvent des calomnies contre Xéno^ion.

— Assemblée générale de l'armée. — AccusatioBS contre Xénophon. — Son •discours en défense. — Il entraîne les soldats de son côté. — Mécontentement et fuite de Silanos. — Nouvelles manoeuvres de Timasioo. — Nouvelles ■calomnies mises en circulation contre Xénophon. — Mécontentement renouvelé •de l'armée. — Xénophon réunit l'assemblée do nouveau. — Discours qu'il prononce pour sa défense. — Ses remontrances contre les désordres de l'armée.

— Vote de l'armée unanimement favorable à Xénophon — désapprouvant les désordres et ordonnant un jugement. — Appel de Xénophon au suffrage universel, comme étant Tautorité politique légitime. Succès de son appel. — Xénophon recommande que les généraux soient jugés devant un tribunal formé •de» loehttgi ou capitaines. Approbation donnée à Xénophon par l'armée. — Manière dont la discipline était maintenue par les officiers. -— Triomphe com-

plet de Xénophon. — Son influence sur Parmée due à son courage, à sa franchise et à son éloquence. — Amélioration ^dans les sentiments de Tarmée^

— Paix avec le Paphlagonien Korylas. — Uarmée passe par mer à Sinôpè.

— Retour de Cheirisophos. — Résolution de Tarmée de choisir un seul général.

— Elle désire élire Xénophon qui refuse. — Cheirisophos est élu. — L'armé» passe par mer à Hérakleia. — Elle désire extorquer de Targent aux habitants.

Opposition de Cheirisophos et de Xénophon. — Mécontentement de Tar-

mée. — Elle se divise en trois fractions : — 1. Les Arkadiens et les Achseens- 2. Une division sous Cheirisophos. — 3. Une division sous Xénophon. — La division arkadienne part la première et agit pour son compte. — Elle court un grand danger et est sauvée par Xénophon. — L'armée réunie à Kalpê. — Ancien conseil de généraux réélu, avec Neôn à la place de Cheirisophos. — Manque de provisions à Kalpê. — Répugnance à se mettre en mouvement eu face de sacrifices défavorables.— Victoire définitive remportée sur les troupes du pays. — Halte à Kalpê.— Quartiers confortables. — Les Grecs étaient, croyaiton, sur le point d'y établir une colonie; — KleandrosJ'harmoste Spartiate, arrive de Byzantion, avec Dexippos. — Désordre dans l'armée : mutinerie contre Kleandros, causée par la perfidie, de Dexippos. — Indignation et menaces de Kleandros. — Xénophon persuade à l'armée de se soumettre. — Crainte de Sparte. — Satisfaction donnée à Kleandros par la reddition volontaire d'Ag»sias ; le soldat mutin est livré en même temps. — Appel fait à la clémence de Kleandros, qui est complètement apaisé. — Kleandros prend le commandement, exprimant les sentiments de la plus grande amitié à l'égard de l'armée et de Xénophon. — Des sacrifices défavorables engagent Kleandros à renoncer au commandement et à partir. — Marche de l'armée à travers le pays de Kalpê à Chalkêdon. — Pharnabazos détermine par des présents Anaxibios à transporter l'armée en Europe, en lui faisant passer le Bosphore. — Fausses promesses d' Anaxibios à l'armée. — Intention de Xénophon de quitter l'armée immédiatement et de retourner dans son pays. — - Première proposition que lui fait Seuthês de Thrace. — L'armée passe à byzantion. — Fraude et dur procédé d'Anaxibios, qui envoie aussitôt l'armée hors de la ville. — Derniers ordres d'Anaxibios comme les soldats sortaient des portes. — Colère et mutinerie des soldats en sortant. —Ils se précipitent de nouveau par les portes et s'assemblent dans la ville. — Terreur d'Anaxibios et de toutes les autres personnes qui sont dans Byzantion. — Les soldats exaspérés maîtres de la ville. Dangers que courent tous ceux qui y sont. — Conduite de Xénophon. — — Xénophon range les soldats en ordre de bataille et les harangue. — Il apaise l'armée et la persuade de s'abstenir d'attaquer la ville. *— Message envoyé par elle à Anaxibios. — Elle sort de Byzantion et consent à accepter Kœratadas comme chef. — EflPet remarquable produit par Xénophon — preuve de la sensibilité de l'esprit grec aux influences persuasives. — Xénophon quitte l'armée et va à Byzantion en vue de partir pour sa patrie. — Le commandement est enlevé à Kœratadas. — Dissension parmi les chefs qui restent. — Détresse de l'armée. — Aristarchos arrive de Sparte pour remplacer Kleandros. — Polos en route pour remplacer Anaxibios. — Pharnabazos frustre Anaxibios, qui alors emploie Xénophon à transporter en Asie les soldats de Cyrus. — Aristarchos s'oppose au passage. — Sa cruelle conduite à l'égard des soldats malades laissés à Byzantion. — Son plan perfide pour faire tomber Xénophon daàs un piège. — Xénophon est engagé de nouveau dans la conduite de l'armée. — Il ouvje des négociations avec Seuthês. — Positiou de Seuthês. — Ses oiFres libérales à l'armée. — Xénophon le présente aux soldats, qui acceptent ses ofires. — Ils enti*ent au service de Seuthês, qui les.

prm par fraude de la plus grande partie de leur paye. — L^armée suspecte la probité de Xénophon, — Injustes calomnies contre lui. — Il les met à découvert dans une harangue publique et regagne sa confiance. — Changement d'intérêt chez les Lacédœmoniens, qui deviennent désireux de transporter lef soldats de Cyrns en Asie, afin qu'ils fassent la guerre contre les Satrapes. •— Xénophon passe avec l'armée en Asie. — Sa pauvreté. — Il reçoit le oonseil de sacrifier à Zeus Meilichios. — Effets salutaires. — Il conduit son armée à Lampsakos par le mont Ida. — Sa tentative malheureuse pour surprendre et saisir le riche Persan Asidatês. *- Dans une seconde tentative, il prend Asidatés. — Précieux butin assuré. — Sympathie générale exprimée à l'égard de Xénophon. — Large part qui lui est attribuée personnellement. — Les soldats de Çyrus sont incorporés djins Tarmée du général lacédsemonien Thimbrôn. — • Xénophon quitte l'armée , en déposant son argent dans le temple à Ephesos. — Son retour subséquent en Asie, pour prendre le commandement des soldats de Cyrus comme partie de Parméelacédœmonienne. — Xénophon au service de Sparte., avec Agésilas contre Athènes. — Il est banni. — Il s'établit à Skillonte, près d'Olympia, sur un lieu consacré à Artemis. — Charmes de la résidence. --> Bonne chasse. — Sacrifice public annuel offert par Xénophon. — Denière partie de la vie de Xénophon. -— Il est chassé de SkiUonte après la bataille de Leuktra — et rétabli plus tard à Athènes. — Grande impression produite sur les esprits par la retraite des Dix Mille.

Nous commençons actuellement un troisième acte de l'histoire de cette mémorable armée. Après avoir suivi ces soldats de Sardes jusqu'à Kunaxa comme mercenaires destinés à procurer le trône à Cyrus, — puis de Kunaxa à Trapézonte comme des hommes désireux seulement de s'échapper, et achetant leur salut par une bravoure, par une patience et par une organisation merveilleuses, nous suivrons maintenant leurs opérations dans les colonies grecques du Pont-Euxin et au Bosphore de Thrace, auxquelles succédèrent leurs luttes contre les bassesses du prince. thrace Seuthês, aussi bien que contre la perfidie et la dureté arbitraire des commandants lacédaemoniens Anaxibios et Aristarchos.

Trapézonte, aujourd'hui Trébizonde, où l'armée avait récemment trouvé le repos, était une colonie de Sinôpê, aussi bien que Kérasonte et Kotyôra plus loin à l'ouest, chacune d'elles recevant un harmoste ou gouverneur delà cité-mère, et lai payant un tribut annuel. Ces trois villes étaient placées sur la bande étroite de terre séparant le Pont-Euxin de la chaîne de montagnes élevées qui touche de si près à sa côte méridionale, A Sinôpê elle-même, la terre s'étend et forme une péninsule défendable, avec un port sûr et un sol T. xm 10

146 œSfOlBB 0£ LÀ. GfiÂCB

fertile adjacent d'eue largeur considérable. Un emplacement si séduisant engagea les Milésiens, même avant l'année 600 avant J.-C, à y établir une calonie, et «donna à Sinôpè l'espoir de parvenir à beaucoup de prospérité et de puissance. Plus loin à l'ouest, à une distaaoe de Byzaace qui ne dépasfiait pas une longue jrOttrnée die route po«ir un vaiss^tu mû par des rameurs, était située la colonie mégarienne d'Hêrakleia, dans le territoire des Maryandini,

Les indigènes occupant cette lignç de côtes, que dérangèrent les colons grecs (en comptant par l'ouest), étaient les Thraces bitbyniens, les Maryandini, les Paphlagoniena, les Tibarêni, les Chalybes, les Mosynœki, les Drite et les Kolclii. Ici comme ailleurs, ces indigènes trouvèrent utiles les ports de mer grecs, en ce qu'ils donnaient «ine nouvelle valeur aux produits de Fintérieur, et qu'ils fournissaient aux grands personnages des ornements et des objets de luxe auxquels ils n'auraient pas eu accès autrement. Les citoyens d'Hèrakl^ avaient mis soes leur dép^idance une partie considéraUe des Maryandini voisins, et les maintenaient dans des ra^orts semblables à œux qui exigent entre les indigènes de l'Ëstlionie et de la Livonie et les colonies allemandes de la m^* Baltique. Qoelques-cms des villages kolchi éiadent aussi soumis de la même manière aux Trapéiioatatns (l), et sans doute Sinôpè possédait à l'intérieur une domiftation semblable de plus ou moins d'étendue. Mais la principale riches;^ de cette ville importante provenait de sa manne et de soncommerce maritime, de la riche pêche de thoûs attachée à son promontoire, des oliviers dans so|i voisinage im:médiat qui étaient une culture non pas indigène, mais seulement nataralisée par les Grecs sur le bord de la Éaer, des produits variés de l'intérieur, comprenant d'abondants troupeaux de bétail, des mines d'argent, de f^r et de cuivre, dans les montagnes voisines, du bois pour la construction des vaisseaux, aussi bien que pour rameublement

{l) Stwbon, XII, p. mSt; Xénoph. Anab. TV, S, 24.

Aes maisons, et des esclaves indigènes (1). C'était la même chose pour les trois colonies de Sinôpê, plus à l'ouest, — Kotyôra, Kérasonte et Trapé^onte, si ce n'est que les montagnes qui touchent au Pont-Euxin, s'approchant graduellement de plus en plus du rivage, laissaient à chacune d'elles une bande plus bornée de terre cultivable. Le temps n'était pas encore arrivé pour ces cités d'être conquises et absorbées dans les monarchies de l'intérieur autour d^elles, comme l'avait été Milêtos et les villes situées sur la côte occidentale de TAsie Mineure. Les Paphlagoniens étaient à cette époque le seul peuple indigène de ces régions qui formât une force collective considérable, sous un prince nommé Korylas, prince tributaire de la Perse, toutefois à moitié indépen^ dant, — puisqu'il avait désobéi à la sommation que lui avait faite Artaxerxês de venir l'aider à repousser Cyrus (2), et à ce moment en termes d'alliance établie avec Sinôpê, bien que non sans de secrets desseins contre cette ville pour l'exécution desquels il ne lui manquait que la force nécessaire (3). Les autres tribus indigènes à l'est étaient des montagnards à la fois plus rudes et plus divisés, belliqueux sur leurs propres hauteurs, mais peu capables de combinaisons agressives.

Bien qu'on nous dise que Periklôs avait jadis envoyé un' détachement de colons athénîeng à Sinôpê (4), et en avait chassé le despote Timesilaos, — cependant ni cette ville ni ' aucune de ses voisines ne paraissent avoir pris part à la guerre du Péloponèse, soit pour soit contre Athènes, et elles n'étaient pas non plus au nombre des tributaires de la Perse. Elles connurent sans doute la marche de Cyrus vers la haute Asie, marche qui avait troublé l'Asie tout entière, et probablement elles n'ignorèrent pas les périls et l'état critique de son armée grecque. Mais ce fut avec un sentiment de surprise, mêlé d'admiration et d'alarme, qu'elles virent cette armée descendre de la région montagneuse, reconnue seule—

(1) Strabon, XII, p. 545, 646. (3) Xénoph. Anab. V, 5, 23.

(2) Xénoph. Anab. V, 8, 8. (4) Plutarqne, Periklês, c. 20.

ment jusque-là comme la demeure desKolchi, desMakrônes, et d'autres tribus analogues, au milieu desquelles était perchée la yille de mines, Gymnias.

Même après toutes les pertes et les extrêmes souffrances de la retraite, les Grecs comptaient encore, quand on fit l'appel à Kérasonte (1), huit mille six cents hoplites, avec des peltastes ou targers, des archers, des frondeurs, etc., faisant un total de plus de dix mille militaires. Jamais on n'avait vu auparavant une pareille armée dans le Pont-Euxin. Si l'on considère tant le nombre que la discipline acquise alors des soldats de Cyrus .et la confiance qu'ils avaient en eux-mêmes, Sinôpê elle-même n'aurait pas pu lever des forces capables de les affronter sur le champ de bataille. Cependant ils n'appartenaient à aucune cité, et ils ne recevaient d'ordres d'aucun gouvernement établi. Ils ressemblaient à ces armées mercenaires qui marchaient çà et là en Italie pendant le quatorzième siècle sous les généraux appelés condottieri, prenant du service parfois dans une cité, parfois dans une autre. Personne ne pouvait prédire quels plans ils pourraient former, ni quelle conduite ils pourraient tenir à l'égard des communautés établies sur les rivages du Pont- Euxin. Si nous imaginions qu'une pareille armée eût paru soudainement en Sicile, peu avant l'expédition athénienne contre Syracuse , elle eût été probablement enrôlée par Leontini et par Katane dans leur guerre contre Syracuse. Si les habitants de Trapézonte avaient désiré renverser la domination de Sinôpê, — ou si Korylas le Paphlagonien songeait à faire la guerre à cette ville, — c'étaient de formidables auxiliaires pour seconder leurs désirs. En outre, il y avait divers emplacements séduisants, propres à la formation d'une nouvelle colonie, qui, avec un corps si nombreux de colons grecs, comme premiers fondateurs, se serait pro-

(1) Xénoph. Aûab. V, 3, 3 ; V, 7, 9. treize mille neuf cents hommes. A la

Le maximum de l'armée grecque, revue en Babylonia, trois jours avant

quand on fit l'appel à Issus, après la la bataille de Kunaxa, l'appel n'çn.

jonction de ces trois ceots hommes qui constata cependant que douze millo

abandonnèrent Abrokomas, était de neuf cents (Anab. I, 7, 10).

bablement élevée au-dessus de Sinôpè elle-même. Il n'y avait à compter sur aucune» cause restrictive, si ce n'est sur les sympathies helléniques et sur l'éducation générale de l'armée de Cyrus; et ce qui n'avait pas moins d'importance, c'était le fait que ce n'étaient pas des soldats mercenaires de pro» fession permanente, tels qu'ils se multiplièrent d'une ma* nière si formidable en Grèce dans la génération suivante, — mais des citoyens établis qui étaient partis pour servir spécialement sous Cyrus, avec l'intention bien arrêtée, après une année d'une entreprise lucrative, de retourner dans leurs foyers et dans leurs familles (1). Nous verrons cette gravitation vers la patrie en action constante dans toutes les opérations futures de l'armée. Mais au moment où elle sortit pour la première fois des montagnes, personne ne pouvait être sûr qu'il en serait ainsi. Il y avait d'amples motifs d'inquiétude pour lesf' Grecs du Pont-Euxin, en particulier pour les Sinopiens, dont la suprématie n'avait jamais été auparavant exposée au danger^

Un repos de trente jours que rien ne troubla permit aux soldats de Cyrus de se remettre de leurs fatigues, de parler de leurs dangers passés, et de s'enorgueillir de l'effet anticipé que leur exploit sans pareil ne pouvait manquer de produire en Grèce. Après s'être acquittés de leurs vœux et avoir célébré leurs fêtes en l'honneur des dieux, ils tenaient une assemblée pour discuter leurs opérations futures, quand un soldat thurien, nommé Antileôn, s'écria : « Camarades, je suis déjà fatigué d'emballer, de marcher, de courir, de porter mes armes, de me mettre en ligne, de monter la

(1) Xénoph. Anab. VI. 2, 8 ; passage cité déjà plus haut.

Cette assertion, relativement à I»

position de la plupart des soldats, est plus authentique, aussi bien que moins déshonorante que ceUe d'Isokrate (Or.

IV, Panegyr. s. 170).

Dans un autre discours, composé environ cinquante ans après l'expédition de Cyrus, Isokrate mentionne les

primes considérables qu'il avait été antérieurement nécessaire de donner à ceux qui réunissaient des soldats mercenaires, outre la paye des soldats eux-mêmes (Isokrate, Orat. Y, ad Philipp. s. 112) ; en tant que compas rées a la multiplication excessive de mercenaires non employés à son époque plus récente (ïbid, s. 142 aeq.).

garde et de combattre. Maintenant qae nous avons ici la raer devant nous, je désire être soulevé de toutes ces fatigues, naviguer le reste du chemin, 'et arriver en Grèce étendu et endormi, comme Odysseus. * Ces énergiques paroles furent accueillies avec de véhémentes acclamations, et tous y répondirent chaleureusement. Alors Cheirisophos offrit, si l'armée voulait l'autoriser, de faire voile sur-lechamp pour Byzantion, où il pensait pouvoir obtenir de sou ami l'amiral lacédaemouien Anaxibios assez de vaisseaux pour la transporter. Sa proposition fut acceptée avec plaisir, et il partit pour exécuter ce projet.

Xénophon proposa ensuite à l'armée diverses résolutions et mesures, propres à mettre les affaires en ordre pendant l'absence de Cheirisophos. L*armée était obligée de se nourrir au moyen d'expéditions de maraude faites dans les tribus hostiles des montagnes. Ces expéditions durent conséquemment être régularisées : il ne fut permis ni à d*^s soldats individuellement, ni à de petites compagnies de sortir à leur gré, sans en prévenir les généraux; de plus, le camp dut être tenu avec une garde et des éclaireurs en permanence, en cas de surprise de la part d'un ennemi prenant sa revanche. Il était prudent aussi de prendre les meilleures mesures possibles pour se procurer des vaisseaux, puisque, après tout, il se pouvait faire que Cheirisophos ne réussît pas à en amener un nombre suffisant. Ils devaient emprunter quelques vaisseaux de guerre aux Trapézon tains, et retenir tous les bâtiments marchands qu'ils voyaient, démontant les gouvernails, plaçant les cargaisons sous bonne garde, et nourrissant l'équipage tout le temps que les navires pouvaient être nécessaires pour le transport de l'armée. On -voyait souvent passer de nombreux bâtiments marchands pareils (1); de sorte qu'ils acquerraient ainsi les moyens de transport, même quand Cheirisophos n'en amènerait que peu

(l)Xénopb. Anal». V, 1,3-13. le commerce grec a-vec la ville et la

*Opm ^* è*^ 9r)dOt« icoXXÀxtc irapa- r^ion «le Pbasi«, à l*extrémité orien-

-TT^éovTa, etc. Cela prouTe dhiae m»- taie de PËtixiii.

iiière frappante combien était étendu

SUITE DR XA RBTRAIGrS DBS DIX MILLE 151

on poist de B^fsantion» Enfin, Xénophon proposa de deman-' der aux cités grecques de réparer et de mettre en état la route le long de la côte pour une marche de terre, vk que peut-être, avec tous leurs efforts,, on trouverait impossible de réunir une quantité suffisante de transports.

Toutes les propositions furent adoptées sans peine pai? l'armée, excepté la dernière. Mais la seule mention d'une nouvelle marche de terre excita des murmures de répugnance si universels qu'il n'osa pas mettre la question aux voix. Toutefois il prit sur loi d'envoyer des messages aux villes grecques sous sa propre responsabilité, les invitant à réparer les routes, afin de faciliter le départ de l'armée. Et il trouva les villes assea disposée» à répondre à ses désirs jusqu'à Kotyôra (1).

On vit bientôt combien étaient sages ces précautions suggérées par Xénophon; car non -seulement Cheirisophos échoua dans sa tentative, mais il fut forcé de rester éloigné pendant un temps considérable. Un pentekonter (ou vaisseau armé de cinquante rames) fut empruntéaux Trapézontains, et confié aux soins d'un periœkos lacédœmonien , nommé Dexippos, dans le dessein de retenir les navires marchands qui passaient. Cet homme ayant violé sa proimesse, et em« ployé le navire à se sauver de l'Euxin, on obtint un second vaisseau que Ton confia à un Athénien, Polykratês, qui amena successivement plu^eurs bâtiments marchands. Les Grées ne les pillèrent pas, mais ils mirent les cargaisons sous uite garde suffisante, et réservèrent seulement les nayire» comme transports. Toutefois, il devenait graduellement de plus en plas difficile de fournir le camp de provisions. Bien que l'armée fût partagée en détachements suffisants pour piller les villages kolchi sur les collines, et s'emparer du bétail et de prisonniers destinés à être vendus, cependant ces expéditions ne réussissaient pas toujours; en effet, dans une occasion, deux locM ou compagnies de Grecs 43e trouvèrent engagés dans un terrain si difficile qu'ils furent

fl) Xénopb. Aiiab. Y, 1, Ifi.

152 HISTOIRE DE LA. GRàCE

anéantis jusqu'au dernier. Les Kolchi se réunirent sur les hauteurs en nombre plus grand et plus menaçant, au point qu'une garde plus considérable devint nécessaire pour le eamp; tandis que les Trapézontains, — fatigués du séjour prolongé de l'armée, aussi bien que désireux d'exempter du pillage les indigènes de leur voisinage immédiat, — ne conduisaient les détachements que dans des villages à la fois éloignés et d'un difficile accès. Ce fut ainsi que des forces considérables, sous Xénophon en personne, attaquèrent sur un terrain raboteux le boulevard élevé des Drilae, — les montagnards les plus belliqueux du voisinage de l'Euxin, bien armés , et qui importunaient Tràpézonte par leurs incursions. Après une marche et une attaque difficiles, que Xénophon décrit avec d'intéressants détails, et où les Grecs ne coururent pas une médiocre chance d'une ruineuse défaite, — ils revinrent à la fin après un succès complet et avec un riche butin (1).

Enfin, après avoir attendu longtemps en vain que Cheirisophos reparût, l'augmentation de la disette et de la fatigue les détermina à quitter Tràpézonte. On avait réuni un nombre suffisant de navires pour transporter les femmes, les malades, les blessés et les bagages. En conséquence, on les embarqua tous sous le commandement de Philesios et de Sophaenetos, les deux plus vieux généraux; tandis que le reste de l'ariilée marcha par terre, ensuivant une route qui avait récemment été rendue praticable sur les représentations de Xénophon. En trois jours ils parvinrent à Kérasonte, autre colonie maritime des Sinopiens, encore dans le territoire portant le nom des Kolchi; ils s'y arrêtèrent dix jours; l'armée fut passée en revue et comptée, et on partagea l'argent produit par la vente des prisonniers. On trouva qu'il restait encore huit mille six cents hoplites, d'un total qui dépassait probablement onze mille, outre les peltastes et diverses troupes légères (3).

(l)Xénoph.Anab. V, 2. neir (Travels in Asia Minor, p. 327)

(2) Xénoph. Anab. V, 3, 3. M. Kin- et beaucoup d'autres voyageurs <mt

Pendant la halte à Eérasonte, le déclin de la discipline dans l'armée devint manifeste à mesure que les soldats se rapprochaient de chez eux. Divers actes d'outrage furent commis, ayant le^-r source actuellement, comme plus tard, dans les intrigues d'officiers perfides. Un capitaine, nommé Klearetos, persuada sa compagnie de tenter le pillage d'un village des Kolchi près de Kérasonte, qui avait amicalement fourni un marché aux Grecs, et demeurait en sécurité sur la foi de relations pacifiques. Il avait l'intention de s'esquiver séparément avec le butin dans un des navires ; mais son attaque fut repoussée, et lui-même fut tué. Les habitants du village offensé envoyèrent trois de leurs vieillards comme hérauts pour adresser une remontrance aux autorités grecques; mais quelques-uns des pillards repoussés, ayant aperçu ces hérauts à Kérasonte, les tuèrent. Il s'ensuivit alors un tumulte partiel, dans lequel les magistrats de Kérasonte euxmêmes coururent un grand danger, et n'échappèrent à la poursuite des soldats qu'en courant dans la mer. Cette énormité, bien que commise sous les yeux des généraux, immédiatement avant leur départ de Kérasonte, resta sans être recherchée ni punie, à cause du grand nombre de gens qui y étaient mêlés.

Entre Kérasonte et Kotyôra, il n'y avait pas alors (pas plus qu'aujourd'hui) de route régulière (1). Cette marche

présumé natnreUement, à cause de à Tavis de M. Hamilton. En oonié-

l'analogie de nom, que la ville mo- quence, M. Hamilton met remplace*

deme Eerasoun (vers 38"» 40* de long.) ment de la ville de Kérasonte de Xé-

correspond à ceUe de Kérasonte de nophonbien plus près de Trébizonde

Xénophon, qu*Arrien dans son Périple (vers le 39* 2(y de long., comme on la

croit être identique à celle qui fut voit dans la carte de l'Asie Mineure de

appelée plus tard Pharnakia. Kiepert), près d'un fleuve appelé au-

Mais le docteur Cramer (AsiaMin., jourd'hui le Kerasoun-Dere-Su. vol I, p. 281) et M. Hamilton (Travels (1) Cenefut pas sans grande difficulté

in Asia Minor, ch. 15, p. 250) font re- * que M. Kinneir se procura des chevaux

marquer tous les deux que Kerasoun pour traverser de Kotyôra k Kerasoun

est trop loin de Trébizonde pour qu'on par terre. L*aga de la ville lui dit que

puisse admettre que Xénophon se soit c*était de la folie de songer à traverser

rendu d'une vOle ,à l'antre en trois par torre, et il commanda une felouque

jours.; ou même en moins de dix jours, pour lui; mais il Unit par être décidé à

HISTOIRB DE LA OBÈCB

ne coûta pas moins de dix jours à Tarmée de Gjrrus, par un chemin à l'intérieur s'éloignant du rivage de la mer, et à travers les montagnes qu'habitaient les tribus indigènes des Mosynœki et des Chalybes. Ces derniers, célèbres par leurs ouvrages en fer, étaient sous la dépendance des premiers. Comme les Mosynœki refusèrent d'accorder un passage amical à travers leur territoire, l'armée fut forcée de s'y faire un chemin de vive force en ennemis, avec l'aide d'une section de ces peuplades elles-mêmes, alliance que leur procura le Trapézontain Timesitheos, qui était proxenos des Mosy-' nœki et comprenait leur langue. Les Grecs prirent les places fortes de ce peuple dans les montagnes, et pillèrent les tourelles de bois qui formaient leurs demeures. Xénophon donne de leurs coutumes particulières une description intéressante, que je ne puis copier faute d'espace (1). Le territoire des Tibarèni fut plus aisé et plus accessible. Ce peuple vint à la rencontre des Grecs avec des présents, et offrit un passage amical. Mais les généraux déclinèrent d'abord les présents y préférant les traiter comme des ennemis et les piller, ce qu'ils auraient fait réellement s'ils n'en eussent été détournés par des sacrifices de mauvais augure (2).

Près de Kotyôra, qui était située sur la côte des Tibarèni, toutefois sur les frontières de la Paphlagonia, ils restèrent quarante-cinq jours, attendant toujours que Cheirisophos parût avec les transports pour les emmener par mer. L'har-

fioamir des chevaox. Il semble, en effet, %iL'ii n'y avait pas du toat de rente régulière ou battue : les collines a*»pprochent tout près de la mer, et M. Kiimeir « fit tout le chemin le long -dk rivage, alteroativement sur une fkÊge sablonneuse et sur un bord bien boisé. Les: collines, s'srançant par intervalles dans la mer, forment des caps •ci an* foule de petites baies le long de la côti»; mais la nature du pays était tflQJoiirs la même, c'est-àrdire garnie -de bois de constmction, de» fletiraet de petxta Vus de eerisiera » (Travels in JLsia ISnor, p. 324);

Kérasonte est la pays indigène du cerisier et l'origine de son nom.

Le professeur Koch pense que le nombre des >oumées de marche donné par Xénophon (dix jours), entre Kérasonte et Kotyôra, dépasse ce qui est compatible avec la distance réelle^ même si Kérasonte était placée où M. HamiltoB le suppose. Si le nombre est présenté d'une manière exacte, il présume qne les Grecs ont dû s'arrètef qnelqua part (Zag der Zehn Tausend) p. 116, lift).

(1) Xénov>h. Anah. V, 5, 3.

(2) Xénopfa. AnaW^y, 7, 18-35.

moste, ou gouverneur sinopien, ne permit pas qu'on les reçût d'une manière aussi amicale qu'àTrapézonte. On ne leur fournit pas de marché, et on n'admit pas- les malades dans l'intérieur des murs. Mais les fortifications de la ville n'étaient pas construites de manière à résister à une armée grecque," dont on n'avait jamais vu la pareille dans ces régions. Les généraux grecs trouvèrent un point faible, pénétrèrent par là, et prirent possession de quelques maisons pour y établir leurs malades , entretenant une garde à la porte pour s'assurer une sortie libre, mais ne faisant pas d'autre violence aux citoyens. Ils obtinrent leurs vivres en partie des villages kotyôrites, en partie du territoire voisin de la Paphlagonia, jusqu'à ce qu'enfin il arrivât des députés de Sinôpè pour leur faire des remontrances à propos de leur conduite.

Ces députés se présentèrent devant les soldats assemblés dans le camp, et Hekatonymos, le principal et le plus éloquent d'entre eux, commença par complimenter l'armée de ses vaillants exploits et de sa belle retraite. Il se plaignit ensuite de l'injure .que Kotyôra, et Sinôpè comme métropole de Kotyôra, avaient éprouvée de sa part, en violation d'une parenté hellénique commune. Si une pareille conduite continuait, il donna à entendre que Sinôpè serait forcée pour sa propre défense de chercher l'alliance du prince paphlagonien Korylas, ou de tout autre auxiliaire barbare qui voudrait lui prêter son aide contre les Grecs (1). Xénophon répondit que si les Kotyôrites avaient subi quelque dommage, c'était du à leur propre mauvais vouloir etàl'harmoste sino-pien de la ville ; que les généraux étaient dans la nécessité de se procurer des vivres pour les soldats, avec des logements pour les malades, et qu'ils n'avaient pris rien de plus; queles malades étaient placés dans la ville, mais à leurs frais, tandis que les autres soldats étaient tous- campés au dehors; qu'ils avaient entretenu une amitié sincère avec les Trapézontâins, et reconnu tous leurs bons offices ; qu'ils, ne cher-

Ci) Xénoph. Anab.V, 5, 7-12.

chaient pas d'ennemis si ce n'est par nécessité, désireux seulement qu'ils étaient de retourner en Grèce, et que, pour ce qui concernait la menace relative à Korylas, ils savaient assez bien que ce prince était impatient de devenir maître de l'opulente cité de Sinôpê, et qu'il tenterait promptement quelque entreprise de ce g^nre s'il pouvait obtenir les soldats de Cyrus comme auxiliaires (1). *

Cette judicieuse réponse fit rougir les collègues d'Hekatonymos au point qu'ils allèrent jusqu'à protester contre ce qu'il avait dit, et à affirmer qu'ils étaient venus avec des propositions de sympathie et d'amitié pour l'armée, aussi bien qu'avec des promesses de lui faire une réception Ijospitalière à Sinôpê, si elle visitait cette ville en retournant dans son pays. En même temps les habitants de Kotyôra envoyèrent des présents à l'armée, et la bonne intelligence s'établit.

Cet échange de bon vouloir avec la puissante cité de Sinôpê fut un avantage inexprimable pour l'armée, — et dans le fait une condition essentielle pour qu'elle pût regagner ses foyers. Si les Grecs continuaient leur marche par terre, ce n'était que sous la conduite des Sinopiens et par leur médiation qu'ils pouvaient obtenir ou forcer lé passage à travers la Paphlagonia; tandis que pour un voyage par mer, il n'y avait aucune chance de se procurer un nombre suffisant de navires, si ce n'est à Sinôpê, puisqu'on n'avait pas reçu de nouvelles de Cheirisophos. D'autre part, cette ville avait également un intérêt puissant à faciliter le passage des Grecs vers leur patrie, et à éloigner ainsi de formidables voisins dont on ne pouvait pas garantir les desseins ultérieurs. Après quelques entretiens préliminaires avec les députés sinopiens, les généraux convoquèrent l'armée en assemblée, et prièrent Hekatonymos et ses compagnons de leur donner un conseil quant au meilleur mode de s'avancer vers l'ouest jusqu'au Bosphore. Hekatonymos, après s'être excusé des insinuations menaçantes de son premier discours, et avoir protesté qu'il n'avait pas d'autre objet en vue, si ce n'est de

(1) Xénoph. Anab. V, 5, 13-22.

-signaler le plan de route le plus sûr et le plus facile pour l'armée, se mit à exposer les difficultés insurmontables d'une marche à traver^la Paphlagonia. L'entrée même dans le pays devait être opérée par une ouverture étroite des montagnes, qu'il était impossible de forcer si elle était oc- •cupée par l'ennemi. Même en admettant qu'on surmontât cette difficulté, il y avait à traverser des plaines spacieuses, -dans lesquelles une attaque de la cavalerie paphlagonienne, la plus nombreuse et la plus brave de l'Asie, serait presque irrésistible. Il y avait aussi trois ou quatre grands fleuves, que l'armée serait hors d'état de franchir, — le Thermôdôn et l'Iris, chacun de quatre-vingt-dix mètres de largeur, — THalys large de deux stades, ou près de quatre cents mètres, — le Parthenios également très-considérable. Une telle série d'obstacles (affirmait-il) rendait impraticable le projet de traverser la Paphlagonia; tandis que le voyage par mer de Kotyôra à Sinôpê, et de Sinôpô à Hêrakleia, était facile, et le passage de cette dernière ville soit par mer à Byzantion, * «oit par terre à travers la Thrace, plus facile encore (1).

Des difficultés semblables, apparemment tout à fait réelles, étaient plus que suffisantes pour déterminer le vote de l'armée, déjà malade de marcher et de combattre, en faveur du voyage par mer, bien qu'il ne manquât pas de soupçons au sujet de la sincérité d'Hekatonymos. Mais Xénophon, en communiquant à ce dernier la décision de l'armée, lui apprit distinctement que les Grecs ne soufiriraient à aucun prix qu'on les séparât, qu'ils partiraient ou qu'ils resteraient en •corps, et que des vaisseaux devraient être fournis en nombre suffisant pour les transporter tous. Hekatonymos les pria d'envoyer à Sinôpê des députés choisis parmi eux pour faire les arrangements nécessaires. Conséquemment on dépêcha trois députés, — Aristôn, Athénien, Kallimachos, Arkadien, et Samolas, Achssen; l'Athénien fut envoyé probablement <;omme possédant le talent de parler dans le sénat ou assem- • blée de Sinôpê (2).

(1) Xénoph. Anab. V, 6, 4-11. (2) Xénoph. Anab. V, 6, 14.

Pendant l'absence de ces députés, l'armée re^ta encore près de Kotyôra, avec un marché fourni par la ville, et avec des marchands de Sinopô et d'HêraMeia dans le camp. Ceux des soldats <jui n'avaient pas d'argent pour acheter subsistaient en pillant la frontière voisine de la Paphlagonia (1). Mais ils ne recevaient pas de paye ; chaque homme vivait de ses propres ressources; et au lieu de rapporter une bourse pleine en Grèce, comme chaque soldat l'avait espéré quand il avait pris pour la première fois du {Service sous Cyrus, il y avait tout lieu de croire qu'ils retourneraient plus pauvres qu'ils n'étaient quand ils avaient quitté leurs foyers (2). De plus, l'armée se dirigeait alors en avant sans but défini, sou mécontentement augmentait et la discipline décroissait , au point que Xéiiophon prévit les difficultés qui entoureraient les commandants responsables quand ils rentreraient dans les restricticHis et les obligations plus rigoureuses du monde grec.

Ces considérations contribuèrent à lui suggérer l'idée d'employer l'armée à quelque entreprise de conquête et de colonisation dans le Pont-Euxin même; idée extrêmement flatteuse pour son ambition personnelle, surtout en ce que ses soldats étaient d'une force incomparable contre un en- «emi. et qu'une seconde année pareille ne pourrait jamais être réunie dans ces régions éloignées. Son patriotisme comme Grec était enflammé par la pensée de procurer à la Hellas une nouvelle cité autonome, occupée par une population hellénique considérable, possédant un territoire spacieux et exerçant une domination sur un grand nombre de voisins indigènes. Il semble avoir songé d'abord à attaquer et à conquérir quelque cité non hellénique établie ; acte que ses idées de moralité internationale n'interdisaient pas, dans le cas où il n'avait pas contracté d'engagement spécial avec les habitants, ' — bien que lui (aussi bien que Cheirisophos) * protestât énei^iquement contre la pensée de faire tort à

(l)Xénoph. Anab. V, 6, 19; VI, (2) Xénoph. Anab. VI, 4, 8; VI,.

ISO-

une communauté hellénique inoffensive quelconque (1). II songeait à employer Tannée entière à prendre Phasis ou quelque autre cité indigène ; après quoi, une fois rétablissement effectué d'une manière sûre, ceux des soldats qui aimeraient mieux retourner en Orèce plutèt que de rester comme colons, pourraient le faire sans mettre en péril ceux qui resteraient, et probablement avec leurs bourses remplies par le pillage et la conquête dans le voisinage. Fonder comme Tun des propriétaires et des chefs les plus riches, — peut- être môme en qualité d'OEkîste reconnu, comme Agnôn à Amphîpolis, — une nouvelle cité hellénique qui ne pourrait guère manquer de devenir riche, puissante et importante, — c'était une séduisante perspective pour un homme qui avait alors acquis les habitudes du commandement. De plus, la suite prouvera combien Xénophon appréciait avec justesse le désagrément de ramener en Grèce l'armée sans paye et sans emploi certain.

C'était l'usage de Xénophon, et l'avis de son maître Sokratès (2), dans des cas graves et douteux où la réflexion

(1) Xénoph. Anab. V,6, 15-30; VJ, 2,6; VII, 1,25, ».

Harken et d'autres comzueDtateucs sont injustes envers Xénophon quand ils loi attribuent le dessein de s'emparer de la cité grecque de Kotyûs.

(2) Xénoph. Mem. I, 1, 8, 9. "£911 Se (Sokratês) 6etv, & (isv (xaOovTaç irotctv ë8(ox«v t>i 6eot, |JLav6àvetv * è. Se ici^ ifpia TOt; Àv8p<MF«c è«tî, «sipàvifai 8ià {jLavxtxTÎc wapà tôv ôeûv icwvôàvsa- Oai * Tovc Oeoi>; ^àp, olc àv tîxriv iXéo), (nntatvsiv.

Cf. des passages dans sa Cyropœdie, 1, 6, 3; De Offîcio Magistr. Equit.

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