‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'AnglaisChapitre 7 sur 19 · IX · texte numérisé non relu

IX

« Les dieux (dit Euripide, dans la veine sokratiqne), nous ont donné la sagesse pour comprendre et nous approprier les jonussanees ordinaires de , la vie ; dans des cas obscurs ou ininteUigibles, nous pouvons nous iastmire en regairdant la flamme du feu, on en

consultant des prophètes qui comprennent les entndllës des victimes dn sacrifice et le vol des oiseaux. Quaad ils nous ont fourni ainsi une aussi excellente ressource pour la vie, qui, si ce n'est des enfSEints ^tés, poonrait être mécontent, et demander davantage?

Cependant la prudence humaine^ pleine de stxffisance, s^efforcera d. être plus puissante, et se croira plus aage que les dieux. »

[itopiev El; inip pX^TCovre;, xaî xaxà aTrXày-

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160 HISTOIRB DB LA. GBÈCB

la plus soigneuse était en défaut, d'avoir recours à Tautorite inspirée d'un oracle ou d'un prophète, et d'offrir nin sacrifice, avec l'entière confiance que les dieux daigneraient communiquer une révélation spéciale aux personnes qu'ils favorisaient. En conséquence, Xénophon, avant de communiquer aux soldats son nouveau projet, désira s'assurer de la volonté des dieux par un sacrifice spécial, pour lequel il invoqua la présence de l'Ambrakiote Silanos, le principal prophète de l'armée. Ce prophète (comme je lai déjà mentionné), avant la bataille deKunaxa, avait assuré à Cyrus qu'Artaxerxès ne combattrait pas pendant dix jours, — et la prophétie vint à se réaliser ; ce qui fit une telle impression sur Cyrus, qu'il le récompensa avec le prodigieux don de 3,000 dariques ou dix talents attiques. Pendant que les autres retournaient pauvres, Silanos, s' étant arrangé pour conserver cette somme pendant toutes les misères de la retraite, était extrêmement riche, et il ne désirait qu'une chose, c'était de retourner à la hâte dans ses foyers avec sQii trésor en sûreté. Il apprit avec une vive répugnance le projet de rester dans le Pont-Euxin, et se décida à le traverser par une intrigue. A la vérité, pour ce qui concernait les sacrifices qu'il offrit séparément avec Xénophon, il fut obligé de reconnaître que les indications des victimes étaient favorables (1); Xénophon lui-môme était trop familier avec le procédé pour qu'on pût lui en imposer. Mais, en même temps, il essaya de faire naître l'alarme en déclarant qu'un examen scrupuleux révélait la preuve de pièges perfides tendus par Xénophon, indications qu'il se mit lui-même à réaliser, en répandant au sein de l'armée grecque le bruit

Z/j-uet • TÔ yaupov 6' èv x^poîv xexnrj- une partie essentielle du gonvemement

[(xévot divin, indispensable pour satisfaire

AoxoujjLSv elvai dat(i.6vfa>v Gotpéxeçoi, leurs idées sur la bienveillance des

(Supplices, 2 11). dieux, vu que la prédiction rationnelle

On fera observer que cette . effusion eî scientifique était si ordinairement en constante de révélations spéciales, par ' défaut et incapable de sonder les phé-

les prophètes, les présages, etc., était nomènes de l'avenir,

(aux yeux de ces penseurs sokratiques) (1) Xénoph. Anab. V, 6^ 29.

que le général athénien tramait des plans clandestins pour la tenir éloignée de la Grèce sans son assentiment (1).

Ainsi divulgué d'une manière prématurée et insidieuse, le plan trouva quelques partisans, mais un nombre d'adversaires beaucoup plus considérable, surtout parmi les officiers qui étaient jaloux de l'ascendant de Xénophon. Timasiôn et Thorax l'employèrent comme rnoyen d'alarmer les mar-' chauds d'Hèrakleia et de Sinôpê qui étaient dans le camp ; ils leur dirent que, s'ils ne fournissaient non pas seulement des transports, mais encore une paye pour les soldats, Xénophon trouverait moyen de retenir l'armée dans le Pont- Euxin, et emploierait les transports, une fois arrivés, non pour le retour en Grèce, mais pour ses projets de conquête. Cette nouvelle répandit tant de terreur et dans Sinôpê et dans Hêrakleia , que les deux villes firent à Timasiôn des offres considérables d'argent, à condition qu'il assurerait le départ de l'armée aussitôt que les navires seraient réunis à Kotyôra. En conséquence, ces officiers, convoquant les soldais en assemblée, protestèrent contre la duplicité de Xénophfin qui préparait ainsi des plans importants sans discussion *hi décision publique. Et Timasiôn, secondé par Thorax, noîiseulement pressa vivement l'armée de retourner, mais il alla jusqu'à lui promettre, sur la foi des assurances venues d'Hèrakleia et de Sinôpê, une future paye à un taux libéral, à partir de la première nouvelle lune après son départ ; et en même temps un accueil hospitalier dans sa ville natale de Dardanos sur l'Hellespont, d'où elle^ pourrait faire des incursions sur la riche satrapie voisine de Pharnabazos (2).

Toutefois, ce ne fut pas avant que ces attaques eussent été répétées de plus d'un côté, — avant que les Achseens Phi-

(l) Bien que Xénophon regardât le sacrifice comme un préliminaire essentiel de toute .action d'un résultat douteux, et qu'il ajoutât beaucoup de foi aux indications offertes par les victimes, comme signe des desseins futurs des dieux — il avait néanmoins très-

T. XUI

peu de confiance dans les prophètes de profession. Il les croyait tout à fait capables de supercherie grossière (V.

Xénoph.Cyrop. I, 6,2, 3 : cf. Sophokle Antigone, 1035, 1060 ; et (Edip. Tyr.

(2) Xénoph. Anab. V, 6, 19-26.

lèsios et Lykôn eussent hautement accusé Xénophon de manœuvrer sous main pour faire perfidement rester l'armée contre sa volonté, — que ce dernier se leva pour repousser rimputation ; disant qu'il n'avait fait qu'une chose, c'était de consulter les dieux pour savoir s'il vaudrait mieux exposer son projet devant l'armée ou le garder dans son cœur. La réponse encourageante des dieux, comme l'apportaient les victimes et l'attestait Silanos lui-même, prouvait qu^ le projet n'était pas mal conçu; néanmoins (fit-il remarquer) Silanos s'était mis à lui tendre des pièges, réalisant par ses propres actes une indication collatérale qu'il avait annoncée être visible dans les victimes. « Si (ajouta Xénophon) vous étiez restés dépourvus de tout et sans provisions, comme vous l'étiez précisément alors, — j'aurais encore considéré comme une ressource la prise de quelque ville qui aurait permis à ceux d'entre vous qui l'auraient voulu de partir aussitôt, tandis que les autres seraient restés pour s'enrichir. Mais maintenant il n'y a plus aucune nécessité, puisque Hôrakleia et Sinôpè envoient des transports, -et que Timasiôn vous promet une nouvelle paye pour la nouvelle lune prochaine. Tout est pour le mieux : vous retournerez sains et saufs en Grèce, et vous recevrez une paye pour y aller. Je renonce tout de suite à mon projet, et j'invite tous ceux qui l'approuvaient, à y renoncer également. Seulement restons tous ensemble jusqu'à ce que nous soyons ^n lieu de sûreté, et condamnons comme malfaiteur tout homme qui traînera en arrière ou qui se sauvera (1). »

Xénophon mit immédiatement la question aux voix, et tous levèrent la main en sa faveur. Il n'y eut personne de plus déconcerté par ce vote que le prophète Silanos, qui réclama bruyamment contre l'injustice de ceux qui voulaient retenir quiconque désirait partir. Mais les soldats le réduisirent au silence par leur véhémente désapprobation, le menaçant de le châtier certainement s'ils le surprenaient

<1) Xé&opb. Anab. V, 6, dd-33.

•essayant de se sauver. Son intrigue contre Xénophon retomba ainsi sur lui-même, pour le moment. Mais peu après, quand Tarmée arriva à Hêrakleia, il saisit une occasion favorable pour s'enfuir furtivement, et trouva à retourner en Grèce avec ses 3,000 dariques (1).

Si cette manœuvre réussit peu à Silanos, Timasiôn et ceux de son parti y gagnèrent encore moins. Car dès qu'il fut connu que l'armée avait pris une résolution formelle de retourner en Grèce, et que Xénophon lui-même avait fait la proposition, les habitants de Sinôpê et d'Hêrakleia se sentirent à l'aise. Ils envoyèrent les transports, mais ils retinrent l'argent qu'ils avaient promis à Timasiôn et à Thorax. Par là, ces officiers furent exposés au déshonneur et au. péril ; car, après s'être positivement engagés à trouver une paye pour l'armée, ils étaient actuellement dans l'impossibilité de tenir leur parole. Leurs appréhensions furent si vives, qu'ils vinrent trouver Xénophon et lui dirent qu'ils avaient changé d'idée, et que maintenant ils croyaient que le meilleur était d'employer les transports nouvellement arrivés à transporter l'armée non pas en Grèce, mais contre la ville et le territoire de Phasis, à l'extrémité orientale du Pont-Euxin (2). Xénophon répondit qu'ils pouvaient réunir les soldats et faire la proposition, s'ils le voulaient, mais qu'il n'aurait rien à dire à ce sujet. Faire eux-mêmes cette même proposition, pour laquelle ils avaient tant invectivé contre Xénophon, était impossible sans quelque préparation ; de sorte que chacun d'eux commença individuellement à sonder ses capitaines, et à faire suggérer le plan par eux. Durant cet intervalle, les; soldats furent informés de la manœuvre, à lenr grand mécontentement et à leur grande indignation; ce dont profita Néon (lieutenant de Cheirisophos absent) pour jeter tout le blâme sur Xénophon; allé-

(1) Xénoph. Anab. V, 6, 34; VI, Je puis faire remarquer ici que cette 4, 13. Phasis dans TEuxin veut dire la ville

(2) Xénoph. Anab. Y, 6, 36. de ce nom, et non pas le fleuve.

guant que c'était lui qui avait converti les autres officiers à son projet primitif, et qu'il avait l'intention, aussitôt que les soldats seraient embarqués, de les transporter frauduleusement à Phasis, et non en Grèce. Il y avait quelque chose de si plausible dans ce mensonge manifeste, qui représentait Xénophon comme l'auteur du projet renouvelé, naguère le sie;i, — et quelque chose de si im'probable dans le fait que les autres officiers eussent spontanément renoncé à leurs opinions bien arrêtées pour adopter les siennes, — que nous ne pouvons guère nous étonner de la facile créance que la calomnie de Neôn trouva dans l'armée. L'exaspération des soldats contre Xénophon devint si intense, qu'ils se réunirent en groupes furieux ; et il y eut même à craindre qu'ils n'éclatassent en violence mutine, comme ils l'avaient fait auparavant contre les magistrats de Kérasonte.

Connaissant bien le danger de ces rassemblements spontanés et irréguliers, et l'importance des formes habituelles de convocation pt d'arrangement, pour assurer soit une discussion, soit une défense légitime (1), — Xénophon envoya

(I) Xénoph. Anal3. V, 7, 1-3.

'Ewei 6à y)(j6àveTo ô Sevoçwv, lôoÇev auTW <î)ç Taj^iorra «ruvaYayeîv auTtSv àyopàv, xai [xy) èa<jai (7U».eY^vai auxQ- (xàrouç • xai èxé^sue tôv xiQpuxa ouXXé- Çai àyopàv.

La prudence de Xénophon à convoquer immédiatement l'assemblée est incontestable. Il n'aurait pu autrementempêcber les soldats de se réunir et de s^exciter les uns les autres à agir, sans aucune convocation en forme.

Le lecteur devra comparer cette scène avec celle qui se passa à Athènes (décrite dans Thucydide, II, 22, et dans le tome VIII, ch. 2, de cette Histoire) pendant la première année de la guerre du Péloponèse et la première invasion de l'Attique par les Péloponésiens, quand les envahisseurs étaient à Acharna?, en vue des murs d'Athènes, por-

tant au sein du pays le fer et la flamme; Malgré l'excitation la plus violente dans le peuple athénien et la plus vive impatience de sortir et de combattre, Periklês refusa constamment de convoquer une assemblée, craignant que le peuple ne prît la résolution de sortir.

Et ce qui fut bien plus remarqua^ble, — c'est que le peuple, même dans cet état d'excitation, bien que réuni tout entier dans l'intérieur des murs, ne forma aucune assemblée irrégulière, et n'en vint à aucune résolution ni à aucun acte ; ce que les soldats de Cyras auraient certainement fait, s'ils s'étaient réunis en assemblée régulière.

Le contraste avec l'armée de Cyrus explique ici l'empire extraordinaire exercé par les formes constitutionnelle»

sur l'esprit des citoyens athéniens.

tmmédiatement le héraut convoquer l'armée en agora régulière, avec la méthode et la cérémonie habituelles. On obéit à la convocation avec un empressement inaccoutumé, et Xénophon parla alors aux soldats, — s'abstenant, avec autant de générosité que de prudence, de rien dire au sujet de la dernière proposition que Timasiôn et autres lui avaient faite. S'ilTavait mentionnée, la question serait devenue une question de vie et de mort entre lui et ces autres officiers.

« Soldats (dit-il), je sais qu'il y a ici quelques hommes qui me calomnient, comme si j'avais l'intention de vous tromper et de vous mener à Phasis. Écoutez-moi donc, au nom deç dieux. Si l'on démontre que j'ai tort, ne me laissez point sortir d'ici impuni ; mais si, au contraire^ il est prouvé que les calomniateurs sont de méchantes gens, traitez-les comme ils le méritent. Assurément vous savez bien où le soleil se lève et où il se couche ; vous savez que si un homme désire parvenir eli Grèce, il doit aller à l'ouest; — s'il veut gagner les territoires barbares, il doit aller à l'est. Quelqu'un peut-il espérer vous tromper sur ce point, et vous persuader que le soleil se lève de ce côté-ci et se couche de ce câté-là? Quelqu'un peut-il par fraude vous faire embarquer avec un vent qui vous éloignerait de la Grèce? Supposez même que je vous fasse embarquer à un moment où il n*y ait pas de vent du tout. Gomment vous forcerai-je à faire voile avec moi contre votre Tolonté, — moi étant seulement dans un vaisseau, vous dans cent et plus? Imaginez cependant que je puisse même vous tromper et vous conduire à Phasis. En y débarquant, vous saurez aussitôt que vous n'êtes pas en Grèce; et à quel sort puis-je m*attendre alors, — imposteur reconnu au milieu de dix mille hommes ayant des armes dans les mains? Non, — ces contes proviennent d'hommes insensés, qui sont jaloux de mon influence sur vous ; jaloux encore sans raison, — car je ne les empêche pas.de mexlépasser dans votre faveur, s'ils pensent vous rendre plus de services, non plus que vous de les choisir pour commandants, si vous le jugez bon. En voilà assez maintenant sur ce point : je défie quiconque de s'avancer et de dire comment il est possible soit de trom-

BISTQIRE DE LA OBÈCS

per^ soit d'être trompé, de la maaière dont on me fait un* crime (1). »

Après avoir combattu ainsi directement les calomnies doses ennemis, et les avoir dissipées de façon à produire sans doute une réaction en sa faveur, Xénophon profita de l'occasion pour dénoncer les désordres croissants de l'armée,, qu'il peignit comme tels que, si l'on n'y appliquait pas decorrectif, le déshonneur et le mépris devaient retomber sur tous. Comme il s'arrêtait après cette remontrance générale, les soldats lui demandèrent avec des cris d'entrer dans des détails ; alors il se mit à rappeler, avec une simplicité claire et frappante, les outrages qui avaient été commis à Kérasonte et auprès de cette ville, — l'attaque dirigée sans autorisation ni provocation par Klearetos et sa compagnie sur an village voisin qui était en commerce amical avec l'ar^ mée ; — le meurtre des trois anciens du village, qui étaient venus comme hérauts se plaindre aux généraux de cetteinjustice; — l'agression mutine faite par des soldats en désordre, même contre les magistrats de Kérasonte, et cela au moment où ils faisaient aux généraux des remontrances sur ce qui s'était passé ; agression qui exposait ces magistrats au plus grand péril et couvrait d'ignominie les généraux eux-mêmes (2). « Si telle devait être votre manière d'agir (continua Xénophon), voyez bien à quel état l'armée sera réduite. Vous, le corps collectif (3), vous ne serez plus l'autorité souveraine pour faire la guerre ou la paix avec qui vous voudrez ; chacun individuellement parmi vous conduira

(1) Xénoph. Anab. V, 7,7-11/

(2) Xénoph. Anab. V, 7, 13-26.

(3) Xénoph. Anab . V, 7, 26, 27.

£i oîv TftVTaTotttuTa ê(rrait, bèAaaL9%t oïa ifj xaTOMTTadt; t^{xÎv Icrcai Trjç (jTpaxiS;. *r(jietç {xèv ol Ttàvxeç oux ïaea^e.

xOpiot, oût' àveXsaOoK icoXsffcov co &v BouXT](j6e, OUT& xaTaXOaai * îSiqi dà 6 ^ouX6(i.£voç âÇei (TxpaTWjia èç' Ô, ti àv ÎOéXiQ. K(Sv Tivsç irpô; (»(Jt5ç ïtoert Tupéa-

xaToxaivovTSc toutou; ol ^ouX6(&evoi, iton^aouffiv Ofia; tôv Xoyov pLiCj àxoOaat Tc5v Trpàc {>{!.«? îovTfDV. 'EireiTot Se, oôç (&èv àv ôftetç dncavTtç S>i)<r&e ip^ovrosç, iv o08e(j.Cq^ X^P? ëoovTai * âcrTi; 6' àv éauTÔv 2>r,Tai trTpaTYiyàv, xat èOé^Tp Xéyeiv, BaXXe, BdXXc, o^toç ivxai hux\fàç xai àpxovxa xaxaxoiiveiv xal ldudTY)v dv àv ôjiwv èOéXig ixptTOV — àv wffiv ot weiaofjievot aÙTâ, âtncep xai vOv èyi-vero.

SUITB DB LA RBTBAITB DSS DIX MILLE 167

rarmée contre qi^i il lui plaira. Et même s'il vient à ircni» des hommes comme dépotés, soit poHr la paix, soit pour d'autres desseins, il se peat qa'ils soient tués par on esurnemi isolé quelconque ; de sorte que vous serez prÎTà» à» toutes communicatioDS publiques. Ensuite, ceux que votre suffrage universel amra choisis pour commandants n'aoriNit aucune autorité ; ta.ndis que tout général élu par lui^nèflMiqui veut prononcer le mot : Jette, jette (i. e., des traits oa des pierres) peut mettre à mort sans jugement tel officier ou tel soldat qu'il lui plaira, c'est-à-dire s'il vous tro«v» prêts à lui obéir, comme cela est arrivé à Kérasonte. Vejeic maintenant ce que ces chefs, élus par eux-mêmes, ont fmt pour vous. Le magistrat de Kérasonte, s'il était réellement: coupable d'injustice envers vous, a pu échapper avec in»punité ; s'il était innocent, il a été obligé de se sauver fyh vous, coname seul moyen d'éviter la mort sans prétexte m jugement. Ceux qui lapidèrent les hérauts ont amené les choses à cette extrémité que vous seuls, de tous les G^^l^s,. ne pouvez entrer dans la ville de Kérasonte en sûreté, si ee n'est, avec des forces supérieures, et que nous ne pooven» pas même y envoyer un héraut pour relever no» morts (Klearetos et ceux qui furent, tués dans l'attaque du ifiïldge^ kérasontain), afin de leur donner la sépulture, bieji qcMr d'abord ceux qui les avaient tués pour leur défense person^ nelle fussent désireux de nous livrer les corps. En effirt,, qui voudra s'exposer à aller comme héraut, parmi ceux qak ont donné l'exemple de. mettre les hérauts à mort? Noi» autres, généraux,, nous fûmes obligés de prier les KéAsontains d'ensevelir les corps pour nous (1). »

Continuant cette énergique protestation contre les desctt»dres et les outrages récents, Xénophon ônit par réussir à communiquer son sentiment aux soldats, qui l'adoptèreiit sincèremient et unanimement. Ils rendirent un vote ordosnaai que les meneurs de la mutinerie à Kérasonte seraient poiiis ; que si quelqu'un se rendait coupable d'outrages semblables

(1) Xénoph. Anab. V, 7, 27-30.

dans l'avenir, il serait cité par les généraux devant le» lochagi ou capitaines; comme juges, et, s'il était coudamiié par eux, mis à mort; et que les mômes personnes prononceraient encore sur toute autre injustice commise depuis la mort de Cyrus. On ordonna également, à la prière de Xénophon et des prophètes, qu'une cérémonie religieuse appropriée fût célébrée pour purifier l'armée (1).

Ce discours fournit un spécimen intéressant de la moralité politique universelle d'une extrémité à l'autre du monde grec, bien que plus profonde et plus prédominante au sein de ses meilleures sections. Dans l'agrégat mêlé, et la société temporaire, rassemblés à ce moment à Kotyôra, Xénophon insiste sur le suffrage universel de tout le corps, comme étant la légitime autorité souveraine pour la direction de chaque volonté individuelle ; sur là décision de la majorité, recueillie équitablement et selon les formes, comme donnant un titre pour triompher de toute minorité dissidente ; sur les généraux choisis à la majorité des suffrages, comme étant les seules personnes ayant droit à l'obéissance. C'est le principe cardinal qu'il invoque, comme la base de l'obligation politique dans l'esprit de chaque homme ou de cha-' que fraction séparément, comme la condition de tout succès, de toute sécurité et de toute action commune ; comme la seule condition soit pour punir le mal, soit pour protéger le bien ; comme indispensable pour entretenir les sympathies fle ses compagnies pour les communautés helléniques, et leur dignité soit comme soldats, soit comme citoyens. Le succès complet de son discours prouve qu'il connaissait le moyen de toucher la corde qu'il fallait pour émouvoir le sentiment grec. Aucun acte sérieux d'insubordination individuelle ne se présente dans la suite, bien que l'armée collectivement faillit dans plus d'une occasion. Et ce qui n'est pas moins important à mentionner, — c'est que l'influence de Xénophon lui-même, après sa remontrance courageuse

(l)Xénoph. Anab. V, 7. 34, 35.

et sans réserve, semble avoir été sensiblement augmentée, — certainement elle ne fut nullement diminuée.

Les circonstances qui suivirent immédiatement étaient, en vérité, bien faites pour l'augmenter. Car il fut résolu, sur la proposition de Xénophon lui-môme (1), que les généraux eux-mêmes seraient jugés devant le tribunal nouvellement constitué des lochagi ou capitaines, dans le cas où quelqu'un aurait à former une plainte contre eux pour des faits passés, conformément à l'habitude athénienne de soumettre tout magistrat à un jugement de responsabilité quand il sortait de charge. Dans le cours de cette enquête, Philesios et Xanthiklês furent condamnés à une amende de vingt mines, pour combler un déficit assignable de ce montant dans les cargaisons des navires marchands qui avaient été retenus à Trapézonte pour le transport de l'armée ; Sophaenetos, qui avait la surveillance générale de ces marchandises, mais qui s'était acquitté de ce devoir avec négligence, fut condamné à dix mines. Ensuite le nom de Xénophon fut mis sur le tapis, quand plusieurs personnes s'avancèrent pour l'accuser de les avoir battues et maltraitées. En sa qualité de commandant de Tarrière-garde, son devoir était de beaucoup le plus pénible et le plus difficile, surtout pendant le froid intense et la neige épaisse, vu que les malades et les blessés, aussi bien que les traîneurs et les pillards , tombaient toxxi sous son inspection. Un homme en particulier se plaignit hautement de lui, et Xénophon le questionna sur les détails de son afiaire devant l'armée assemblée. Il parut qu'il lui avait donné des coups, parce que cet homme , à qui

(1) Xénoph. Anab. V, 7, 35.

IlapatvoùvTOC 8è Sevoçâvxo;, xal Ttav IJiocvTE«i>v~(TVfiêouX&u6vT<ii)V, êSo^s xal Xttôàpai xè orpàxeufia • xal èyéveTO xa- 8«p(jl6ç • ëfioù Bï xaî to(*ç orpaTjfjYo^c ^txiiv Onoox^Tv toO napeXYiXwéoroç Xpovow.

Dans la dîstribatîon des chapitres telle que la font les éditeurs , on fait commencer le huitième chapitre au

second l6o^e, ce qui ne me semble pas commode pour comprendre le sens complet. Je crois que le second ISo^e, aussi bien que le premier, se rattache aux mots TrapaivoOvTo; £svo9é5vTOÇ) et doit être compris non- seulement dans le même chapitre qu'eux, mais encore dans la même phrase, sans qu^il en soit séparé par un point.

170 HISTOIKB DS LA ORÈOB

l'on avait confié la tâche de porter ua soldat malade, était sur le point d'esquiver ce devoir en enterrant le moribond vivant encore (1). Cet intéressant débat (raconté tout au lang dans l'Anabasis) se termina par une complète approbation donnée par l'armée à la conduite de Xénophon , accompagnée du regret qu'il n'eût pas traité cet homme encore pi us . sévèrement .

Les assertions de Xénophon lui-même nous donnent uiie vive idée de la 'discipline de l'armée, même entant que dirigée par un officier prudent et d'un bon caractère. « Je reconnais (dit-il aux soldats) avoir frappé bien des gens pour une conduite désordonnée; gens qui se contentaient de devoir leur salut à votre marche régulière et à vos combats constaiits, tandis qu'eux-mêmes couraient çà et là pour piller et s'enrichir à vos dépens. Si nous avions tous agi comme eux, nous aurions péri jusqu'au dernier. Quelquefois aussi j'ai frappé des hommes qui traînaient derrière à^ cause du froid et de la fatigue, ou qui fermaient la voie de manière à empêcher les autres d'avancer ; je les frappais du poing (2) afin de les sauver de la lance de l'ennemi. Vous-mêmes vous étiez présents, et vous me voyiez : vous aviez des armes entre les mains, et cependant aucun de vous n'est intervenu pour m'empècher. Je le faisais pour leur bien ainsi que pour le vôtre, et non par quelque disposition insolente; car c'était un temps où nous souffrions tous également de la chaleur, de la faim et de la fatigue; tandis que maintenant je , vis relativement bien : je bois plus de vin et passe des jours faciles, — et cependant je ne frappe personne. Vous verrez que les hommes qui faisaient le plus de fautes dans ce temps de misère sont aujourd'hui les plus turbulents et les plus coupables de l'armée. Il y a Boïskos (3), le pugile thessalien

(l)XéBopih. Anab. y, 8, 3-]2. (3) L'idée que de grands pugiles

(2)Xénoph. Anab. V, 8, 16. "Ewaiora n'étaient pas de bons soldats dans une

idi^j &ic«i>ç (i,iQ XÔYX*!! ^f^^ '^<)^v TtJoke^Lwv bataille est aussi ancienne chez les

iiaioiTo. Grecs que l'Iliade. Le pugile sans rival

de Parmée grecque hom^ique, Epeios,

qui se disait malade pendant la marche, afin d'éviter la fatigue de porter son bouclier, — et maintenant, comme on me l'apprend, il a dépouillé plusieurs citoyens de Kotyôra de leurs vêtements. Si (dit-il en terminant) les coups que j'ai donnés à l'occasion en cas de nécessité sont prouvés en ce moment, — j'en appelle aussi à ceux d'entre vous, auxquels j'ai prêté aide et protection, et les prie de se lever et de témoigner en ma faveur (1). »

Plus d'un individu répondit à cet appel, si bien que Xénophon non-seulement fut acquitté, mais qu'il grandit encore dans l'opinion de l'armée. Sa défense nous apprend que, pour un officier commandant, frapper un soldat du poing, s'il manquait à son devoir, n'était pas regardé comme inconvenant, du moins dans des circonstances telles que celles de la retraite. Mais ce qui mérite plus encore d'être remarqué, c'est l'influence extraordinaire que le talent de la parole que possédait Xénophon lui donna sur l'armée. Il se distinguait des autres généraux lacédœmoniens , arkadiens, achseens, etc., en ce qu'il avait le pouvoir d'agir sur Tesprit des soldats collectivement, et nous voyons qu'il avait le bon sens, aussi bien que le courage, de ne pas hésiter à leur dire des vérités désagréables. Malgré cette franchise, — ou plutôt en partie grâce à cette franchise, son ascendant comme chef non-seulement resta entier, en tajit que comparé avec celui des autres, mais il alla en augmentant. En effet, quoi qu'on puisse dire au sujet de la flatterie des orateurs comme moyeu d'obtenir de l'influence sur le peuple, — on verra que, bien que plus d'un point particulier puisse être prouvé en ce sens, cependant toutes les fois que l'influence d'un orateur a' été constante et prolongée (comme celle de Peri-

confesse son infériorité comme soldat Huy^i.^ viXTQdavx'* ètcei eCxopi^i eivati-

(Hiade, XXÏII, 667)'. [àpiffxoç.

'Affiiôv k», 6«T»ç ôéiraç olffe-nxt à|i- "'H ovx &Xi<, 6tti {tàx^lC ^'c»"

r9ixuwsXXov • [dEUO(j.ai; oùô' dtpa wwç YJv

*H|iiovov S* ou çTijw' Tiv' àÇetiLEv àXXov 'Ev «dvTecrff' içnfotat Savliiova çtôxa

i'Axatâv, [ysvéaeai;.

(1) Xénoph. Anab. Y, 8, 13-25.

klês(l) ou de Démosthène), cela est dû en partie à ce fait qu'il a une opinion à lui, et qu'il n'est pas disposé à se plier constamment aux préjugés de ses auditeurs. Sans l'éloquence de Xénophon, il n'aurait existé aucun instrument pour enflammer ou soutenir le sensus communis des dix mille soldats de Gyrus réunis à Kotyôra, ou pour maintenir l'autorité morale de l'agrégat sur les membres et les fractions individuels. Les autres officiers pouvaient sans doute parler assez bien pour adresser aux soldats de brefs encouragements, ou pour leur donner de simples explications. Sans cette faculté, personne n'était propre à exercer un commandement militaire sur des Grecs. Mais l'éloquence de Xénophon était quelque chose d'un ordre plus élevé. Quiconque étudiera le discours qu'il prononça à Kotyôra remarquera une dextérité à manier des masses réunies, — un emploi habile et à propos parfois de l'appelle plus clair et le plus direct; parfois d'une insinuation indirecte ou de transitions détournées pour circonvenir l'esprit des auditeurs, — un empire sur ces convictions politiques fondamentales qui demeuraient profondément dans l'esprit grec, mais qui souvent étaient tellement dominées par les nouveaux mouvements que produisait chaque situation successive, que quelque frottement positif était nécessaire pour les tirer de leur état latent ; — enfin une puissance, de développement et de répétition variée, — tels qu'un Athénien intelligent les acquérait tant par l'éducation que par la pratique, mais tels qu'on les trouvait rarement dans quelque autre cité grecque. L'énergie et le jugement montrés par Xénophon dans la retraite n'étaient sans doute pas moins essentiels à son influence que son talent de parole ; mais en ces points nous pouvons être sûrs que d'autres officiers étaient plutôt ses égaux.

Les actes publics importants, décrits plus haut, non-seulement rétablirent l'influence de Xénophon, mais encore firent disparaître une grande somme de mauvais sentiments, et diminuèrent sensiblement le&habitudes mauvaises qui s'étaient

(1) y. les remarques frappantes de Thucydide (II, 65) surPeriklês.

développées dans l'armée. Une scène, qui ne tarda pas à se passer, ne fut pas sans effet pour favoriser les sympathies enjouées et amicales. Lç prince paphlagonien Korylas, fatigué de la guerre décousue qui se faisait entre les Grecs et les habitants des frontières, envoya des députés au camp grec avec des présents de chevaux et de belles robes (1), et avec Texpression du désir de conclure la paix. Les généraux grecs acceptèrent les présents, et promirent de soumettre la proposition à Tarmée. Mais d'abord ils traitèrent les députés dans un banquet, et ils disposèrent en môme temps des jeux et des danses avec d'autres récréations amusantes, nonseulement pour eux, mais encore pour les soldats en général. Les diverses danses, guerrières et pantomimes, des Thraces, desMysiéns, des-^nianes, des Magnètes, etc., sont décrites par Xénophon d'une manière animée et intéressante. Elles furent suivies le lendemain d'une convention amicale conclue entre l'armée et les Paphlagoniens (2).

Peu après, — un nombre de transports, suffisant pour toute l'armée, ayant été réuni, venant d'Hôrakleia et de Sinôpè, — tous les soldats furent transportés par mer à cette dernière ville, en passant près de l'embouchure des fleuves, • le Thermodôn, l'Iris, l'Halys, qu'il leur eût été impossible de franchir dans une marche par terre à travers la Paphlagonia. Après être arrivés à Sinôpô après un jour et une nuit de navigation avec un bon vent, ils furent Beçus d'une façon hospitalière, et logés dansle portde mer voisin d'Armênê, où les Sinopiens leur envoyèrent un présent considérable de

(l)Xénoph. Anab. VI, 1, 2. néjjwrsi

îîtwovç xai ffTO>àç xa>àç, etc.

Les chevaux envoyés étaient sans donte nés en Paphlagonia. Les rdbes étaient probablement le produit des métiers de Sinôpê et de Kotyôra ; précisément comme les princes thraces avaient coutume de recevoir de beaux ouvrages tissés et métalliques d'Abdêra et des autres colonies grecques sur

leur côte — O.çavxà xal XsTa, xai yj àXXy) xaTaffxeufi, etc. (Thucyd. II, 96'.

C'est probablement de la même industiie que provenaient les magnifiques « regia textilia » et l'abondance de vases d'or et d'argent, pris par le général romain Paulus Emilius, avec Perseus, dernier roi de Macédoine (Tite-Live,XLV, 33-35^.

(2} Xénôph. Anab. V, 1, 10-14.

farine d'orge et de vin, et où ils restèrent pendant cinq jours.

Ce fut là qu'ils furent rejoints pârCheirisophos, dont l'absence s'était prolongée d'une manière si inattendue. Mais il ne vint qu'avec une seule trirème, n'apportant rien, si ce n'est un message d'Anaxibios, l'amiral lacédaBmonien dans le Bosphore, qui complimentait l'armée et lui promettait qu'elle serait employée avec une solde aussitôt qu'elle serait sortie du Pont-Euxin. Les soldats, cruellement désappointés en le voyant arriver ainsi les mains vides, n'en devinrent que plus fortement enclins à frapper quelque coup pour remplir leurs bourses avant d'arriver en Grèce. Sentant qu'il était nécessaire au succès d'un tel projet qu'il fût préparé non-seulement avec adresse, mais encore en secret, ils résolurent d'élire un seul général au lieu de ce conseil de six (ou peut-être plus) qui étaient encore en fonction. A ce moment l'ascendant de Xénophon était tel, que le sentiment général de l'armée se tourna immédiatement vers lui, et les lochagi ou capitaines, lui communiquant ce qui était à l'état de projet, lui firent comprendre leurs vives espérances qu'il ne repousserait pas l'oflfre. Tenté par une proposition aussi flatteuse , il hésita d'abord sur la réponse qu'il donnerait. Mais enfin l'incertitude de pouvoir satisfaire les exigences de Tarmée, et la crainte de compromettre ainsi la réputation qu'il avait déjà acquise, l'emportèrent sur les motifs opposés. Il fit dans ce cas douteux comme dans d'autres, — il offrit un sacrifice à Zeus Basileus, et la réponse rendue par les victimes fut de nature à le déterminer* à refuser. En conséquence, quand l'armée se réunit, décidée d'avance à choisir un seul chef, et se mit en devoir de le nommer, — il refusa avec des termes de respect et de reconnaissance, sur le motif que Cheirisoj^hos était lacédaemonien, et que lui-même ne l'était pas, ajoutant qu'il servirait avec plaisir sous tous chefs^que les soldats nommeraient. Cependant son excuse fut repoussée, en particulier par les lochagi. Plusieurs de ces derniers étaient Arkadiens, et l'un d'eux, Agasias, s'écria, trouvant une sympathie complète auprès des soldats, que, si ce principe était admis, lui comme Arkadien devait

résigner son commandement. Comme il vit que sa première raison n'était pas approuvée, Xénophon fit connaître à Tarmée qu'il avait fait un sacrifice pour savoir s'il devait accepter le commandement, et que les dieux lai avaient péremptoirement défendu de le faire (1).

Cheirisophos fut alors élu seul commandant, et se chargea de la tâche, disant qu'il aurait volontiers servi sous Xénophon si ce dernier eût accepté la charge ; mais que c'était une bonne chose pour Xénophon lui-même de l'avoir déclinée, — puisque Dexippos l'avait déjà noirci dans l'esprit d'Anaxibios, bien que lui (Cheirisophos) eût énergiquement combattu ses calomnies (2).

Le lendemain, l'armée fit voile en avant, sous le commandement de Cheirisophos, vers Hêrakleia; près de cette ville, elle fut traitée d'une manière hospitalière, et gratifiée d'un présent de farine, de vin et de bœufs, même plus grand que celui qu'elle avait reçu à Sinôpê. On reconnut alors que Xénophon avait agi sagement en refusant de commander seul, et aussi que Cheirisophos, bien qu'il fût élu commandant, et qu'il eût cependant été absent très-longtemps, n'avait pas en réalité une importance aussi grande que Xénophon aux yeux des soldats. Dans le camp près d'Hôrakleia, les soldats s'impatientèrent de ce que les généraux (car l'habitude de considérer Xénophon comme l'un d'eux durait encore) ne prenaient pas de mesures pour leur procurer de l'argent. L'Achseen Lykôn proposa d'extorquer une contribution non inférieure à trois mille statères de Kyzikos (environ 60,000 drachmes attiques, ou 10 talents = 57,500 fr.) aux habitants d'Hèrakleia; un autre enchérit immédiatement sur cette proposition , et proposa de demander dix mille statères^ — tout un mois de paye pour l'armée. On fit la motion que Cheirisophos et Xénophon allassent vers les habitants d'Hèrakleia comme députés avec cette demande. Mais tous deux refusèrent avec indignation d'être mêlés à une extorsion aussi injuste à l'égard d'une ville grecque qui

(i) Xénoph. Anab. VI, 1, 22-31. (2) Xënoph, Anab. VI, 1, 32.

venait de recevoir l'armée avec bonté et avait envoyé de beaux présents. Conséquemment, Lykôn, avec deux officiers arkadiens, se chargea de la mission, et intima la demande aux habitants d*Hôrakleia non sans menaces en cas de nonacquiescement. Ces derniers répondirent * qu'ils la prendraient en considération. Mais ils n'attendaient que le départ des députés, et alors ils fermèrent immédiatement leurs portes, garnirent d'hommes leurs murailles, et firent rentrer dans la ville les biens qu'ils avaient en dehors.

Le projet étant ainsi déjoué, Lykôn et les autres tournèrent leur mécontentement sur Cheirisophos et sur Xénophon qu'ils accusaient d'en avoir causé l'insuccès. Et ils se mirent alors à crier qu'il était honteux pour les Arkadiens et les Achseens, qui formaient plus d'une moitié numéricfiiede l'armée, et enduraient toute la fatigue, d'obéir à des généraux d'autres cités helléniques aussi bien que de lés enrichir, surtout à un Athénien seul qui ne fournissait pas de contingent à l'armée. Ici encore il est à remarquer que l'importance personnelle de Xénophon le faisait regarder toujours comme général, bien que Cheirisophos eût été revêtu du commandement par un vote en forme. Le mécontentement fut si vif, que tous les soldats arkadiens et achaeens dé" l'armée, au nombre de plus de quatre mille cinq cents hoplites, renoncèrent à l'autoritéde Cheirisophos, se formèrent en une division distincte, et choisirent dix chefs dans leur propre sein. Toute l'armée se trouva ainsi divisée en trois^ portions, — d'abord les Arkadiens et les Achaeens; en second lieu, mille quatre cents hoplites et sept cents peltastes thraces, qui restèrent avec Cheirisophos; enfin, mille sept cents. hoplites, trois cents peltastes et quarante cavaliers (tous les cavaliers de l'armée) s'attachant à. Xénophon, qui cependant prenait des mesures pour quitter individuellement Hèrakleia et abandonner l'armée complètement, ce qu'il' aurait fait s'il n'eût été arrêté par des sacrifices défavorables (1).

(1) Xénoph. Anab. VI, 2, 11-16.

La division arkadienne, partant la première dans des navires d'Hêrakleia, aborda au port de Kalpê, promontoire inhabité dé la Thrace bithynienne ou asiatique, à mi-chemin entre Hêrakleia et Byzantion. De là ces soldats s'avancèrent immédiatement dans l'intérieur de la Bithynia, en vue de surprendre les villages et de faire du butin. Mais par suite de leur témérité et d'une mauvaise direction, ils subirent d abord plusieurs pertes partielles, et finalement furent entourés sur une éminence par une multitude considérable des Bithyniens indigènes de tout le territoire environnant. Ils ne furent sauvés de leur perte que par l'apparition inattendue de Xénophon avec sa division, qui avait quitté Hêrakleia un peu plus tard, mais avait appris par hasard, en route, le danger de ses camarades. Toute l'armée se trouva ainsi de. nouveau réunie à Kalpè, où les Arkadiens et les. Achseens, dégoûtés du mauvais succès de leur expédition séparée, rétablirent l'ancienne union et les anciens généraux. Ils choisirent Neôn à la place de Cheirisophos qui, — affligé de l'humiliation qu'il avait subie, en ayant été d'abord nommé seul commandant, puis déposé dans l'espace d'une isemaine, — était tombé malade d'une fièvre et était mort. hes plus anciens capitaines arkadiens firent en outre la motion que, si dorénavant quelqu'un proposait de partager l'armée en fractions, il fût mis à mort (1).

La localité de Kalpê était bien appropriée pour la fondation d'une colonie i que Xénophon évidemment aurait été content d'effectuer, })'\en qu'il ne prît pas de mesures directes tendant à ce but ; tandis que les soldats étaient si im- ' patients de retourner en Grèce , et craignaient tant que Xénophon ne les surprît pour les faire rester, qu'ils évitaient presque de camper. Il se trouva qu'ils furent retenus là pendant quelques jours sans pouvoir avancer même à la recherche de provisions, parce que les sacrifices n'étaient pas favorables» Xénophon refusa de les mener dehors contre l'avis des sacrifices, — bien que l'armée le soupçonnât d'une

(1) Xénoph. Anab. VI, 3, 10-23 ; YI, 4, 11.

T. xm IJ

- 178 mSTOIRB DE LA GRÈCB

nmanoeuTre calculée eu vue de la retenir. Cependant Neôn, umoins scrupuleux , conduisit au dehors un corps de deux ..mille hommes qui voulurent le suivre, dans une cruelle dé- ' tresse faute de provisions. Mais surpris par les Bithyniens indigènes, avec l'aide de quelques troupes du satrape persan Pharnabazos, il fut défait, et ne perdit pas moins de cinq cents hommes, malheur que Xénophon regarde comme le châtiment naturel du mépris montré pour l'avertissement du sacrifice. On apprit bientôt au camp la position dangereuse de Neôn et du reste du détachement ; alors Xénophon, déhamacfaant un bœuf d'un fourgon comme le seul aoiimal qu'il eût sous la main, offrit immédiatement un sacrifice. Eh ' cette occasion, la victime fut aussitôt favorable; de sorte ' qu'il fit sortir sans délai la plus grande partie de l'armée .pour sauver le détacbement exposé, qui fut ramené sain et sauf dans le camp. L'ennemi était devenu si hardi que le • camp fut attaqué pendant la nuit. Les Grecs furent obligés le lendemain de se retirer sur un terrain offrant plus de sûreté, et de s'entourer d'un fossé et d'une palissade. Par bonheur il arriva un navire d'Hêrakleia, apportant au camp, à Kalpê, un secours de farine d'orge, de bétail et de vin, ce qui ren*dit à Tarmée son courage, et la mit en état de sortir le lendemain matin et de prendre l'offensive contre les Bithyniens •et les troupes de Pharnabazos. Ces troupes furent complètement, défaites et dispersées ; de sorte que les Grecs rega- .gnèrent leur camp à Kalpê, le soir, à la fois en sûreté et maîtres du. pays (1 ) .

A Kalpê, ils restèrent quelque temps, attendant que Kleandros arrivât de Byzantion; car il était, disait-on,, sur le poiait d'amener des vaisseaux pour les transporter. Ils étaient alors abondamment pourvus de provisions, non-seulement par suite du pillage qu'ils effectuaient sans être dérangés dans les villages voisins, mais encore des visites de marchands qui venaient avec des cai^isons. En effet Timj>ression, — qu'ils se préparaient, sur les instances de Xéno^

(1) Xénoph. Anab. VI, 5.

phon, à fonder une nanvelle ville Kalpè, — : devint si forte, que plusieurs des villages indigènes voisins envoyèrent des députés demander à quelles conditions une alliance leur serait accordée. Enfin Kleandros arriva, mais avec deux trirèmes seulement (1).

Kleandros était Tharmoste, oir gouverneur lacédaemoniôii de Byzantion. Son apparition nous ouvre une nouvelle phase dans Fhistoire si remplie d^événements de cette vaillante armée; en même temps elle nous fait connaître Fétat du monde grec sous Tempire lacédaemonien. Il vint accompagné du Lacédaemonien Dexippos, qui avait servi dans l'armée de Cyrus jusqu'à son arrivée à Trapézonte ; là on lui avait confié un vaisseau armé pour qu'il arrêtât des transports qui ramèneraient les troupes dans leurs foyers ; mais il avait abusé de la confiaDce- qu'on avait eue en lui, et s'était sauvé avec le vaisseau à Byzantion.

Il se trouva qu'au moment où arriva Kleandros, toute l'armée était sortie pour une excursion de maraude. L'ordre avait déjà été promulgué que tout ce qui était pris, par n'importe qui, quand toute l'armée était dehors, serait amené dans le camp et considéré comme propriété publique ; bien que les jours oii l'armée était collectivement en repos, tout soldat pût sortir individuellement et garder pour lui tout ce qu*il pouvait prendre. Le jour où Kleanéros arriva, et trouva foute l'armée sortie, quelques soldats rentraient justement avec un lot de moutons dont ils s'étaient emparés. De droit, les moutons auraient dû être remis pour être compris dans les provisions publiques. Mais ces soldats, désireux de se les approprier injustement, s'adressèrent â Dexippos, et lui en promirent une partie s'il voulait les mettre à même de garder le reste. En conséquence ce dernier intervint, chassa ceux qui réclamaient les moutons comme propriété publique , et les dénonça comme voleurs à Kleandros, qui le pria de les amener en sa présence. Dexippos arrêta l'un d'eux, soldat appartenajat

(1) Xénoph. Anab. VI, 6, 1-5.

au lochos OU compagnie de l'un des meilleurs amis de Xénophon, — TArkadien Agasias. Celui-ci prit cet homme sous sa protection ; tandis que les soldats à l'entour, irrités non moins de la conduite passée que de la conduite présente de Dexippos, éclatèrent en manifestations violentes, l'appelèrent traître et l'accablèrent de pierres. Leur colère fut telle que ce ne fut pas Dexippos seul, mais l'équipage des trirèmes également, mais même Kleandros qui s'enfuirent^ pleins d'alarme , malgré Tintervention de Xénophon et de» autres généraux qui, d'un côté, expliquèrent à Kleandros que c'était un ordre établi pour l'armée que ces soldats cherchaient à faire respecter, — et, de l'autre , contrôlaient les mutins. Mais l'harmoste lacédseraonien fut tellement irrité, aussi bien à cause de sa propre frayeur que par les calomnies de Dexippos, qu'il menaça de partir immédiatement, et de déclarer les soldats de Cyrus ennemis de Sparte, de sorte qu'il serait interdit à toute cité hellénique de les recevoir (1). Ce fut en vain que les généraux, connaissant bien les formidables conséquences d'une telle interdiction, le supplièrent de s'apaiser. Il ne voulut y consentir qu'à la condition que le soldat qui avait commencé à lancer des pierres et Agasias, l'offlcier qui était intervenu, lui seraient livrés. C'est sur cette dernière demande qu'insista surj-out Dexippos qui, haïssant Xénophon, avait déjà essayé de prévenir Anaxibios contre lui, et croyait qu'Agasias avait agi par son ordre (2).

La situation devint alors extrêmement critique, vu qu'il n'était pas facile de livrer à la vengeance d'un traître comme Dexippos leurs camarades, dont la cause était parfaitement juste, bien qu'ils l'eussent soutenue par une violence illégale. Quand l'armée fut réunie en assemblée, plusieurs des soldats allèrent jusqu'à traiter la menace de Kleandros avec mépris. Mais Xénophon s'appliqua à les redresser sur ce point. «< Soldats (dit-il), ce ne sera pas un léger malheur si

(1) Xénoph. Anab. YI, 6, 5-9. (2) Xénopli. Anab. YI, 1, 32; VI,

Kleandros part, comme il menace de le faire, dans ses dispositions actuelles à notre égard. Nous sommes ici tout près des villes grecques ; or les Lacédaemoniens sont la puissance souveraine en Grèce, et non-seulement leurs officiers autorisés peuvent faire ce qu'il leur plaît dans les diverses cités, mais cela est encore permis à chacun de leurs citoyens individuellement. Si donc Kleandros commence par nous interdire rentrée de Byzantion, et ordonne ensuite aux harmostes lacédsemoniens de faire de même, nous déclarant hors la* loi et désobéissants à Sparte ; — si, en outre, on en dit autant sur notre compte à Anaxibios, l'amiral lacédsemonien de la flotte, — nous serons dans un cruel embarras soit pour rester, soit pour partir; car les Lacédsemoniens sont à présent maîtres et sur terre et sur mer (1). Nous ne devons pas, à cause d'un ou de deux hommes, souflFrir que toute l'armée soit exclue de la Grèce. Nous devons obéir à tout ce quelesLacédaemoniens nous ordonnent, d'autant plus que les cités, auxquelles nous appartenons respectivement, leur obéissent aujourd'hui. Quant à ce qui me regarde, je sais que Dexippos a dit à Kleandros qu'Agasias n'aurait jamais fait une pareille démarche si ce n'est par mon ordre. Or, si Agasias lui-môme le déclare , je suis prêt à vous décharger, lui et vous tous, et à me livrer pour recevoir le dernier châtiment. Je soutiens aussi que tout autre homme accusé par Kleandros doit également se livrer pour être jugé, afin que vous soyez déchargés collectivement de l'imputation. 11 serait pénible, en efiet, au moment où nous touchons à la Grèce, non-seulement d'être privés des éloges et de l'honneur que nous espérions, mais encore d'être dé-

(1) Xénoph. Anab. VI, 6. 12.

Eîerl ti-èv Y^p "fjôiri èyyùç al 'EXXtqvtoeç uoXet; • tîîç ô' 'EXXàôo; Aaxeôai- {jLoviot TtpoexjTifjxaatv • Ixavoi dé elffi xai £iç ëxadToc AaxeSai(jLOvicov Iv ratç TioXsffiv ô, ti poOXovTai 6taKpàTT6ff6ai. El o5v oûto; irpûToc pièv ii^Âç Bu^avTÎou àicoxXeiaet, èTceiTa 6È Totç àXXotç &p(ioaTaëç itapaYyeXet

elç Ta; ttoXeiç jat) 6éxe<j6ai, tbç àizio- ToCvTa; Aaxeâaifxoviot; x'al àvo(j.ouç Ôvtaç — ëti ôè it|èç !^va5iêtov tôv vauapxov outoç ô Xoyo; Tcepi t^jJLÛv "i^Çet — j^aXeirèv saxat xaî {léveiv xai àTCottXêîv • xal Y*P èv T^ y^ àpxouat Aax6Ôat{Jt.6viot xal èv t^ 6aXàTTT(i TÔV vûv xpovov.

182 BISTOJRE DE LÀ GBÈCB

gradés aa-dessoos du niveau des autres et de nous voir fer«^ mer les cités grecques (1). »

Après ce discours de Xéûophon, rami de Lacédaernoûe, — témoiguagne significatif de l'ascendant et de l'intervention illimités des Lacédaemoniens dans toute la Grèce, — Agasias se leva et déclara qu'il n'avait agi ni par les or4res, ni au su de Xénopbon; qu'il l'avait fait dans un mouvement personnel de colère, en voyant son soldat honnête et innacent entraîné par le traître Dexippos ; mais qu'actuellement il consentait à se livrer comme victime , afin de détourner de l'armée le mécontentement des^ Lacédsamoniens. Ce sacri* flce volontaire et généreux qui, au moment, ne promettait rien qu'un résultat fatal pour Agasias^ fut accepté par Far* mée ; et les généraux le conduisirent à Kleandros, lui et le soldat qu'il avait délivrés, comme prisonniers. Se présentant comme la personne responsable, Agasias expliqua en même temps à Kleandros Tinfàme conduite de Dexip^os à Tégard de l'armée, et lui dit qu'il n'aurait agi envers personne autre de la même manière ; tandis que le soldat qu'il avait sauvé, et qui était livré avec lui, affirmait aussi n'être intervenu que pour empêciier Dexippos et quelques autres de violer, pour leur avantage individuel, un ordre proclamé par l'armée entière. Kleandros, après avoir fait observer que, si Dexippos avait fait ce qu'on lui affirmait, il serait le dernier à le défendre, mais^que personne n'aurait dû être assailli de pierres sans jugement, *— demanda que les personnes livrées fussent laissée à. sa merci, et en même temps il rétracta ses expressions de mécontentement en ce qui concernait tous les autres {1).

Les généraux se retirèrent alors, laissant Kleandros en possession des prisonniers et sur le point de prendre son dîner. Mais ils se retiraient avec des sentiments de tristesse, et Xénopbon convoqua bientôt tous les soldats pour proposer qu'on envoyât à Kleandros une députation générale chargée d'implorer sa clémence à l'égard de leurs deux

(1) Xénoph. Anab. YI, 6, 12-16. .(^ Xéus^h. iU»b. VI, «, aS-28

camarades. Cette proposition étant acceptée cordialement, Xénophon, à la tête d'une députation comprenant Drakontios le Spartiate, aussi bien que les principaux officiers, fit à Kleandros un appel sérieux, lui représentant que son honneur avait été satisfait par la reddition sans condition des deux personnes demandées ; que Tannée, s'intéressant vivement à deux camarades méritants, le priait actuellement de montrer de la clémence et d'épargner leurs vies; qu'elle lui promettait en retour l'obéissance la plus complète, et le suppliait de prendre le commandement, afin qu'il pût avoir une connaissance personnelle de leur exactediscipline, et comparer son mérite avec celui de Dexippos. Kleandros fut non-seulement apaisé, mais complètement gagné par ce discours ; et il dit en réponse que la conduite des généraux démentait complètement ce qu'on lui avait dit (sans doute Dexippos), qu'ils cherchaient à éloigner l'armée des Lacédsemoniens. Non-seulement il rendit les deux, hommes qu'il avait entre les mains, mais encore il accepta, le commandement de l'armée, et promit de la ramener en Grèce (1).

Les esp&*ances de Tannée parurent alors grandement améliorées ; d'autant plus que Kleandros, en entrant dans ses nouvelles foiu^ons en qualité de commandant, trouva les soldats si allègres et si dociles, qu'il fut extrêmement satisfait, et qu'il échangea avec Xénophon des marques personnelles d'amitié et d'hospitalité. Mais quand on en vint à offrir les sacrifices pour commencer la marche vers la patrie, les signes furent si défavorables, pendant trois jours successifs, que Kleandros ne put se décider à braver de tels augures au début de sa carrière. En conséquence, il dit aux généraux que les dieux lui défendaient évidemment, et se réservaient à eux-mêmes, de conduire l'armée en Grèce ; qu'en conséquence il retournerait à Byzantion, et recevrait Tarmée de son mieux quand elle arriverait au Bosphore.

(1) Xénoph. Anab. VI, 6, 31-36.

Après un échange de présents avec les soldats, il partit ensuite avec ses deux trirèmes (1).

On verra que les sentiments favorables établis actuellement dans le cœur de Kleandros furent bientôt très-utiles aux soldats de Cyrus à Byzantion ; mais ils avaient raison de regretter profondément les sacrifices défavorables qui l'avaient détourné de prendre le commandement effectif à Kalpê. Dans la demande qu'ils lui firent de vouloir se rendre au Bosphore comme leur commandant, nous pouvons recon* naître un plan et un plan très-bien combiné de Xénophon, qui avait auparavant désiré quitter l'armée à Hèrakleia, et qui voyait clairement que les difficultés augmenteraient pour un commandant, à moins qu'il ne fût un Lacédsemonien d'un rang élevé et d'iine grande influence, à chaque pas qui les rapprocherait de la Grèce. Si Kleandros eût accepté le commandement, les soldats auraient été mieux traités, tandis que Xénophon lui-même aurait pu ou bien rester auprès de lui comme conseiller ou retourner dans son pays. Il aurait choisi probablement le dernier parti.

Sous le commandement de leurs propres officiers, les soldats de Cyrus se rendirent alors, à travers la Bithynia, de Kalpè à Chrysopolis (2) (dans le territoire de Chalkêdon, sur le côté asiatique du Bosphore, immédiatement en face de Byzantion, comme Scutari l'est aujourd'hui de Constantinople), où ils restèrent sept jours, échangeant contre de l'argent les esclaves et le butin qu'ils avaient recueillis. Malheureusement pour eux, l'amiral lacédaemonien Anaxibios était à ce moment à Byzantion, de sorte que leur ami Kleandros était sous son commandement supérieur. Et Pharnabazos, le satrape persan des régions nord-ouest de l'Asie Mineure, redoutant beaucoup qu'ils n'envahissent sa satrapie, envoya un message secret à Anaxibios, qu'il décida,

(1) Xénoph. Anab. VI, 6, 36.. 37. eut perdu ses trirèmes par une crue

(2) A peu près la m^me marche soudaine des eaux à l'embouchure du trans'versale fnt faite par le général fleuve Kalex, dans le territoire d'Hêraathénien Lamachos, la huitième année kleia (ïhucyd. IV, 75).

de la guerre du Péloponèse, après qu'il

par la promesse de présents considérables, à transporter l'armée immédiatement sur le côté européen du Bosphore (1). En conséquence, Anaxibios, faisant venir les généraux et les lochagi à Byzantion, engagea Tarrnée à passer le détroit, et assura que, dès que les soldats seraient en Europe, il- leur fournirait une paye. Les autres officiers lui -dirent qu'ils retourneraient avec ce message et consulteraient le sentiment de l'armée; mais Xénophon, pour son propre' compte, dit qu'il ne retournerait pas, mais qu'il quitterait alors l'armée et partirait de Byzantion. Ce ne fut que sur les instantes prières d'Anaxibios qu'il se décida à aller à Chrysopolis et à conduire l'armée à travers le détroit ; il était entendu qu'il s'en irait immédiatement après. Là, à Byzantion, il reçut une première communication du prince thrace Seuthês, qui envoya Mendosadês pour lui offrir une récompense s'il voulait faire passer le détroit à l'armée. Xénophon répondit que l'armée le traverserait ; qu'aucune récompense donnée par Seuthês n'était nécessaire pour que ce mouvement s'effectuât; mais que lui-même était sur le point de, partir, laissant le commandement en d'autres mains. En effet, toute l'armée passa le détroit sans tarder beaucoup, débarqua en Europe et se trouva dans les murs de Byzantion (2). Xénophon, qui l'avait accompagnée, rendit peu après visite à son ami l'harmoste Kleandros, et prit congé de lui comme étant sur le point de partir immédiatement. Mais Kleandros lui dit qu il ne devait pas songer à se retirer avant que l'armée fût hors de la ville, et qu'il serait responsable si elle s'arrêtait. Au fond, Kleandros était fort inquiet tant que les soldats étaient dans l'intérieur des murs, et il savait bien que ce ne serait pas chose facile que de les engager à en sortir. Car Anaxibios avait commis une fraude grossière en leur promettant une paye, qu'il

(1) Xénoph. Aiiab. VIT, 1, 2. IXéiJi- Cf. VIT, 2, 7, quand Anaxibios ré-

i]/a; irpèc 'Ava^têtov tov vauapx^v, clama en vain raccomplissement de

sSeïTO 5ia6têào-ai x6 (TTpàTevpia éx ty]; cette promesse. !A.<Tiaç, xai {jttkjxveîto TtàvTa ironfJTeiv (2) Xénoph. Anab. VII, 1, 5-7.

aÛT(3 offa Séoi.

186 HIBTOIfiE Dfi LA QSÈCS

n*avait ni la faculté ni le goût de leur fournir. Sans leur donner une paye ni même les moyens d'aoheter des provi- . siôns, il leur ordonna de s'avancer avec armes et l^igages, et de se ranger hors des portes afin d'y être comptés pour nne marche immédiate, ajoutant que quiconque demeurerait en arrière serait considéré comme punissable. Cette proclamation était à la fois inattendue et .blessante pour les soldats, qui sentaient qu'ils avaient été joués, et obéiissaient avec beaucoup de répugnance. Aussi Kleandros, tout .en pressant Xénophon de différer son départ jusqu'à ce qu'il eût conduit l'armée en dehors des murs, ajouta-t-il : « — Va comme si tu étais prêt à accompagner les soldats ; une fois dehors, tu pourras partir dès qu'il te plaira (l). >• Xénopshoa répondit qu'e cette affaire devait être arrangée avec Anaxibios; en conséquence, ils allèrent ensemble trouver ce dernier, qui leur répéta les même^ ordres,' d'une naanière plus péremptoire encore. Bien qu'il fut évident pour Xénophon qu'il se faisait en quelque sorte l'instrument de la fraude qu'Anaxibios avait commise à l'égard de l'armée, cependant il n'eut pas d'autre alternative que d'obéir. En conséquence, lui, aussi bien que les autres généraux, se mit à la tête des troupes qui les suivirent, bien qu'à contrecœur, et arrivèreût pour la plupart en dehors des portes. Eteonikos (officier lacédaemonien de considération, mentionné plus d'une fois dans le chapitre quatrième du anzième volume de cette Histoire), qui commandait à la .porte, s'y tint tout près en personne, afin que, quand tous les soldats de Cyrus seraient sortis, il put immédiatement la fermer et l'assurer au moyen de la barre (2).

Anaxibiog savait bien ce qu'il faisait. Il s'attendait bien que la communication des derniers ordres occasionnerait une explosion parmi les soldats de Cyrus, et il désirait la différer jusqu'à ce qu'ils fussent dehors. Mais quand il ne

(l)Xénopîi. Anab. VII, 1,7-10. 'AXX' yévrjTat *cô orpaTeufAO, Toœ «so^t- 6eïv <î)ç itopeudopLevov • àicetSàv ô' ISw (2) Xénoph. Anab. VII, 1, 12.

rasta plus que les compagnies d'arrière-gaf de encore à riâ* térîeur ei: en Hiarche, tout le reste étant sorti, — il crut le^ dsuQger passé, et convoqua les généraun: et les capitaines, qui tous probablement étaient .près des portes à surveiller la marche. Il parait que Xénqphon^ qui avait £ait connaître sosQ intention 4e partir, ne répondit pas à cet appel, comme Tun de& généraux, nmis resta en dehors avec les soldats. «< Prenez (dit Anaxibios) les provisions dont vous avez besoin da^as les villages tbraces voisins^ qui sont bien fournis de blé, 4'or^e et d'autres nécessités. Une fois approvisionnés, popsaez jusqu'à la Chersonèse, et là Kyniskos vous donnera wke paye (1). *» -

Ce fut pour la première fois qu'Anaxibios doimà à entendre ^u'il n'avait pas Tijitention d'accomplir sa promesse de trouver une paye pour les soldats. Qui était. Kyniskos, c'est ce que nous ne savons pas, et qu'ignoraient probableuent les soldats de Cyrus; mais la marcbe qu'Anaxibios ordonjaait étiiit au moins de 150 milles angkâs (=241 kilomètres) ^t pouvait -être beaucoup plus longue. La route n'était pas indiquée, et les généraux eurent à demander à Afiaxibios s'ils devaient aller par ce qu'on appelait la Montaigne Sainte (c'est-à-dire par la ligne plus courte, sur les bords de la c6te fiepten.trionale de la Pro|K>nti«)4 ou par une route pluâ à l'intérieur et plus ruineuse à travers la Tbrace, — et s'ils d/evaient regarder le prince thrace Seutkês, comme un ami ou comme un ennemi (2).

Au lieu de la paye qui leur avait été formellement promise par Anaxibiojs s'ils voulaient passer d'Asie à Byzantion , les soldats de Gyrus se voyaient renvoyés les mains vides pour une loAigue marche , — à travers une autre contrée barbare, sans aui;res provisions que celles que leur fournirait le basar4 et -dont leurs eâbrts Beulâ les rendraient maîtres, •«— et avec un sort inconna et incertain à la an de cette mard^e; tandis que, s'ils étaient restés en Asie, ils^ aaraieut eu en touit cas la riche satrapie de Pharnabazos à

(l) XÔBopii. ABsb. ¥U, 1, 13. <^ %é&Qjfiu Aiub. VU, 1, 14.

leur portée. A un procédé si perfide s'ajoutait actuellement une brutale expulsion de Bjzantion, sans même les mani* festations les plus ordinaires d'hospitalité ; faisant un contraste signalé avec le traitement que l'armée avait récemment éprouvé àTrapézonrte, à Sinôpô et à Hêrakleia, où elle avait été bien accueillie non-seulement avec des compliments sur ses exploits passés, mais encore avec un ample présent de farine, de viande et de vin. Une telle conduite ne pouvait manquer de provoquer l'indignation la plus violente dansp le cœur des soldats ; aussi Anaxibios avait-il différé de donner l'ordre jusqu'à ce que les derniers d'entre eux fussent en marche pour sortir, pensant que l'armée n'en entendrait rien dire jusqu'à ce que les généraux allassent hors des portes l'en informer ; de sorte que les portes seraient fermées, et les murs garnis d'hommes pour résister à toute attaque du dehors. Mais ses calculs ne se réalisèrent pas. Ou bien un des soldats qui passait par là l'entendit donner l'ordre, ou l'un des capitaines qui composaient son auditoire s'en retira à la dérobée, et alla en toute hâte instruire ses camarades en dehors de 'la ville. Le gros de l'armée, déjà irrité par la manière inhospitalière avec laquelle on l'avait expulsé, n'avait pas besoin d'autre chose pour être poussé à une mutinerie et à une attaque spontanées. Pendant que les généraux à l'intérieur (qui ou bien prirent la communication plus patiemment, ou du moins, voyant un peu plus loin, comprirent que toute tentative pour venger ou repousser les mauvais traitements de l'amiral Spartiate ne ferait qu'aggraver leur position), pendant que les généraux, dis-je, discutaient avec Anaxibios les détails de la marche qu'il venait de leur ordonner, — les soldats du dehors, éclatant en un mouvement spontané, par une impulsion simultanée et fougueuse, se précipitèrent en arrière pour prendre possession de la porte. Mais Eteonikos, qui vit leur mouvement, la ferma sans un moment de retard, et mit la barre. Les soldats, arrivant à la porte et la trouvant barrée, demandèrent à grands cris qu'on la leur ouvrit, menacèrent de la briser, et même se mirent à la frapper avec violence. Quelques-uns coururent jusqu'au rivage de la mer, et pénétrèrent dans la

ville en tournant la ligne de pierres à la base de la muraille qui prptégeait Byzantion contre les flots; tandis que les soldats de l'arrière-garde, qui n'étaient pas encore sortis, voyant ce qui se passait, et craignant d'être coupés de leurs camarades, attaquèrent la porte de l'intérieur, séparèrent les fermetures avec des haches et l'ouvrirent toute grande à l'armée (1). Tous les soldats se précipitèrent alors, et se trouvèrent de nouveau dans Byzantion.

Rien ne put dépasser la terreur des Lacédaemoniens aussi bien que des Byzantins indigènes, quand ils virent les soldats furieux de nouveau dans l'intérieur des murs, La ville semblait déjà prise et sur le point d'être pillée. Ni A-naxibios, ni Eteonikos ne prirent la plus petite précaution pour résister; ils ne restèrent même pas pour braver l'approche des soldats, dont ils avaient bien conscience d'avoir mérité la colère. Tous deux se réfugièrent dans la citadelle, — le premier courant d'abord jusqu'au rivage, et se jetant dans un bateau pécheur pour s'y rendre par mer. Il pensa même que la citadelle n'était pas tenable avec sa garnison actuelle, et il envoya chercher un renfort à Chalkêdon. Les citoyens de la ville furent encore plus terrifiés. Tous ceux qui se trouvaient dans la place du marché s'enfuirent à l'instant ; quelques-uns vers leurs maisons, d'autres vers les bâtiments marchands qui étaient dans le port, d'autres vers les trirèmes ou vaisseaux de guerre, qu'ils traînèrent jusqu'à l'eau, et mirent ainsi à la mer (2).

A la perfidie et à la dureté de l'amiral Spartiate s'ajoutait ainsi, dans la manière d'exécuter le projet, un manque de précaution qui menaçait de causer la ruine totale de Byzantion. Car il n'était que trop probable que les soldats de Cyrus, poussés par le vif ressentiment de la récente injure, rassasieraient leur vengeance, et se dédommageraient du défaut d'hospitalité à leur égard, sans distinguer la garnison lacédaemonienne des citoyens byzantins, et cela encore par leur

(1) Xénopli. Anab..VIl, 1, 15-17, (2) Xénoph. Anab. VIT, 1, 1», 19.

190 HISTOIKE DE LA ORÊCIS

seule impulsion, et non-seulement sans l'ordre, mais malgré la défense de leurs généraux. Telle était la perspective qne présentait le cas, quand ils se trouvèrent réunis de nouveau en masse en dedan» des portes, et telle aurait été probablement la réalité, si Xénopbon avait exécuté son projet de se retirer plus tôt, de manière à laisser les autres généraux agir sans lui. Étant en dehors avec les soldats, Xénopbon comprit immédiatement, dès qull vit les portes forcées et l'armée de nouveau dans la ville, la terrible éventualité qui menaçait; d'abord le sac de Byzantion, — ensuite l'horreur et Fantipathie dans toute la Grèce à l'égard des officiers et des soMats de l'armée de Cyms indistinctement, — enfin, un châtiment infligé à tous par la puissance impitoyable de Sparûe-, Accablé par ces inquiétudes, il s'élança dans la ville avec îa multitude, faisant tous ses efforts pour calmer ses soldats et rétablir l'ordre parmi eux. Ceux-ci, de leur côté, charmétf de le voir avec eux, et ayant conscience de leur force, cherchaient â le porter au même point d'exaltation qu'eux-mêmes, et à le décider à seconder et à régler leur triomphe présent. *f Le moment est venu pour toi, Xénopbon (s'écriaient-ils) de te montrer homme. Tu as ici une ville, — tu as des trirèmes, — tu as de l'argent, — tu as une quantité de soldats. Maintenant donc, si tu le veux, tu peux nous enrichir, et nous en retour nous pouvons te rendre puissant, n — u Vous parler bien (répondit -il), je ferai ce que vous me proposez; mais si vous désirer faire quelque chose, vous devez sur-le-champ vous mettre en rangs. » Il savait que c'était la seule condition de revenir à un état qui ressemblât à la tranquillité, et par un très-heureux hasard, l'espace appelé le Thrakion, touchant immédiatement à la porte à l'intérieur, était uni, spacieux et libre de maisons; il présentait une excellente place d'armes ou lieu pour une revue. Toute l'armée, — en partie par suite de sa longue pratique militaire, en partie dans la pensée que Xénopbon était réellement sur le point de seconder ses désirs et de éiriger quelque opération agressive, — se plaça presque spontanément en ordre régulier sur le Thrakion, les hoplites au nombre de huit en profondeur,- les peltastes sur

chaque flanc. Ils étaient dans cette position quand Xénophon leur adressa les paroles suivantes :

« Soldats, je ne suis pas surpris que tous soyez irrités, et que vcRis vous regardiez comme scandaleusement trompés et mallraités. Mais si nous donnons cours à notre colère, — si nous punissons de leur perfidie ces Lacédsemoniens qui sont maintenant devant vous, et si nous pillons cette ville innocente, — songez quelle sera la conséquence. Nous serons déclarés sur-le-champ eiînemis des Lacédaemoniens et de leurs alliés, et quelle sorte de guerre il s'ensuivra, c'est ce que peuvent aisément s'imaginer ceux qui ont vu et se ^appellent encore les faits récents de l'histoire. Nous sTutres, Athéniens, avons commencé la guerre contre Sparte avec une armée et une flotte puissantes, un revenu abondant, et de nombreuses cités tributaires en Asie aussi bien qu'en Europe, — entre autres était cette même ville de Byzantion dans laquelle nous sommes actuellement. Nous avons été vaincus de la manière que vous savez tous. Et quelle sera alors le sort de nous autres, soldats, quand nous aurons pour ennemis réunis Sparte avec tous ses anciens alliés et Athénées en outre, — Tissaphemês et les forces barbares sur la côte, — et surtout le Grand Roi que nous étions allés pour détrôner et pour tuer si nous le pouvions? Est-il quelqu'un assez fou pour croire que nous ayons chance de tenir tête à tant d'ennemis Gombiiiés? Ne nous plongeons pas follement dans le déshonneur et la ruine, et n'encourons pas l'inimitié de nos pères et de nos amis : ils sont dàas les villes qui prendront les armes contre nous, — et elles les prendront justement si nou», qui- nous sommes abstenus de nous emparer d'aucune cité barbare, même quand nous étions en force suffisante, nous allons néanmoins piller actuellement la première ville grecque dans laquelle nous avons été admis. Powr ce qui me regarde, puissé-je être enterré à dix mille pieds sous terre plutôt que de vous voir faire de telle choses! et je vous exhorte aussi, comme Grecs, à obéir aux chefs de la Grèce. Tachez, en vous montrant obéissants ainsi, d'obtenir ce qui. est votre juste droit; mais si vous échouez dans cette tentative, soumettez-vous à l'injustice plutôt que de vous fermer

le monde grec. Envoyez informer Anaxibios que vous êtes entrés dans la ville, non en vue de commettre quelque violence, mais dans l'espérance, s^il est possible, d'obtenir de lui les avantages qu'il vous a promis. Si nous ne réussissons pas, nous lui prouverons du moins que nous quittons la ville, non par suite de ses manœuvres frauduleuses, mais par le sentiment que nous avons nous-mêmes du devoir de l'obéissance (1). »

Ce discours arrêta entièrement le mouvement impétueux de l'armée, l'amena à un sentiment vrai de sa situation, et l'engagea à adopter la proposition de Xénophon. Elle resta sans bouger dans sa position sur le Thrakion, tandis que trois des capitaines furent envoyés pour se mettre en communication avec Anaxibios. Pendant qu'ils attendaient ainsi, un Thêbain, nommé Kœratadas, approcha; il avait déjà commandé dans Byzantion, $ous les Lacédaemoniens , dans la guerre antérieure. Il était devenu depuis une sorte de condottiere ou général de profession, cherchant une armée à commander partout où il en pouvait trouver une, et proposant ses services à toute ville qui voulait l'engager. Il parla aux soldats de Cyrus réunis, et leur offrit, s'ils voulaient l'accepter comme général, de les conduire contre le Delta de Thrace (l'espace compris entre l'extrémité nord-ouest de la Propontis et l'extrémité sud-ouest de l'Euxin), qu'il assurait être un riche territoire présentant de grandes facilités pour le pillage; il s'engagea en outre à leur fournir une abondante subsistance pendant la marche. Bientôt revinrent les députés, apportant la réponse d' Anaxibios : l'amiral reçut favorablement le message; il promit que non-seulement l'armée n'aurait pas lieu de regretter son obéissance, mais^ qu'il adresserait un rapport sur sa bonne conduite aux autorités de Sparte, et qu'en même temps il ferait tout son possible pour contribuer à son bien-être (2). Il ne parla pas de les prendre à sa solde, cette fraude ayant actuellement rempli son but. Les soldats, en entendant la communication,

(I) Xénoph. Anab. VIT, 1, 30, 31. (2) Xéiioph. Anab. VII, 1 , 32-35.

SUITE DE LÀ RETRAItE DES DIX MILLE 193

adoptèrent la résolution d'accepter Kœratadas comme leur futur commandant, et ils sortirent ensuite de la ville. Aussitôt qu'ils furent dehors, Anaxibios, non content de fermer les portes sur eux, fit une proclamation publique dans laquelle il annonçait que si l'on trouvait l'un d'eux dans la ville, il serait immédiatement vendu comme esclave.

Il y a peu de cas d'un bout à l'autre de l'histoire grecque où un discours habile ait servi à détourner autant de malheurs qu'il en fut détourné par ce discours de Xénophon à l'armée dans Byzantion. Et jamais non plus, dans toute la période de son commandement, il ne lui rendit un service plus signalé. Xénophon expose plutôt au-dessous qu'au-dessus de la réalité les tristes conséquences qui auraient suivi ai l'armée eût persisté dans son mouvement agressif, — d'abord pour les citoyens de la ville, finalement pour euxmêmes; tandis qu'Anaxibios, la seule personne coupable, avait le moyen de s'échapper par mer, même dans les circonstances les plus fâcheuses. En même temps, jamais un orateur ne se chargea d'une afiaire plus difficile, ni ne remporta un triomphe plus complet dans des conditions aussi ingrates. Si nous considérons les sentiments et la position de l'armée à l'instant où elle pénétra de force dans la ville, nous serons étonnés qu'un commandant quelconque ait pu arrêter ses mouvements. Bien que la gloire de sa retraite fût toute fraîche, elle avait d'abord été attirée perfidement d'Asie, puis durement expulsée par Anaxibios, et bien qu'on puisse dire avec vérité que les citoyens de Byzantion n'avaient part ni à l'un ni à lautre de ces deux actes, cependant on prend peu de soin, dans les opérations militaires, d'établir une distinction entre une garnison et des citoyens dans une ville attaquée. Ayant des armes dans les mains, avec la conscience d'une force créée par leurs exploits en Asie, les soldats de Cyrus étaient en même temps enflammés par l'occasion qui se présentait tant de venger une injure grossière et récente que de s'enrichir en exécutant cette vengeance; à cela nous pouvons ajouter l'excitation produite par cet élan impétueux qui leur avait procuré leur rentrée, et cet autre fait qu'en dehors des portes ils n'avaient rien à attendre, si

T. xm 43

194 HiSTOiBE DB LA. GRàCB

ce n'est un senrice^n Thrace, paurre» pénible et pen sédoi* sant. Avec des soldats déjà sous lempire d'une impulsion dominante de cette nature, quelle chance y avait-il qu'un général qui se retirait , près de quitter l'armée , pût agir sur leurs esprits au point de les amener à renoncer à la proie quils avaient sous les yeux? Xénophon n'avait rien à invoquer que des considérations, en partie de réputation hellénique, surtout de prudence, considérations, il est vrai^ d'une réalité iB<>ontestable et d'une prodigieuse grandeur,, appartenant toutefois toutes à un avenir lointain, et n'aysuit par conséquent que peu de force relativement, si ce n'est quand l'orateur les présentait sous des traits amplifiés. QuiC'Onque étodiera son discours reconnaîtra avec quelle puissance il a^t sur les esprits de ses auditeurs, de manière à dégager cets dangers éloignés du nuage du sentiment présent qui les cachait, — avec quelle habileté il employa comme moyen d'explication l'exemple de sa ville natale. Jamais ses mérites athéniens, — son talent pour exprimer d'importantes pensées, — sa promptitude à saisir une situation présente et à diriger les sentiments d'une multitude impétueiiise, — ne parurent sous un plus beau jour que quand ^1 fut soudainement appelé ainsi à affronter une éventualité terrible. Sa réputation préétablie et l'habitude d'obéir à ses ordres furent sans doute des conditions essen«tielles de succès. Mais aucun des commandants ses collègues n'aurait été capable d'opérer un changement aussi mémorable dans les esprits des soldats, ou d'obtenir obéissance par une simple défense reposant sur l'autorité ; bien plus, il est probable q«e, si Xénophon u'eùt pas été là, les autres généraux auraient suivi le mouvement passionné, même l'eussent-ils fait avec répugnance, — par simple impuissance de le réprimer (1). De plus, quels qu'aient pu être les mé-

(1) C'est également ce que dit Tacite remontrances: f^ Fit temeritatis aliénas

an snjet du général TOmain Spurimm contes Spurinna, primo OBRetas, mox

(govvenMar d« Placentûi ponr OUteo * «alfe «fntitotu , quo pltn fkoetoritatis

contre Vitellius), et de son armée souIe- inesset consiliis, si seditio mitesceret »

Tée qui sortit pour combattre les gêné- (Tacite, Hist. II, 18). vaux Vitelli«ns malgré ses é&eigiq«es

rites de Xénophon, il est oertain que même lui n'aurait pn agir sur les esprits de ces soldats soulevés, s'ils n'eussent été firecs et citoyens aussi bien que soldats, nourris dans des sympailhies helléniques et accoutumés à im ordre hellénique, avec une autorité agissant par la yoix et la persuasion, et non par le fouet et les instruments de torture usités chez les Perses. Le discours mémorable prononcé sur le Tbrakion à Byzantion explique l'action de cette influence persuasive qui formait une des forces permanentes et l'un des charmes remarquables de l'Hellénisme. Il nous apprend que si l'orateur pouvait parfois accuser des personnes innocentes et pervertir des assemblées bien disposées, — partie du cas que les historiens de la Grèce présentent souvent comme le tout, — il pouvait aussi, etceladans^les circonstances les plus critiques, combattre la force la plus grande d'une passion actuelle, et faire ressortir d'une manière vive les traits à demi obscurcis du devoir et de la raison prévoyante.

Après avoir conduit l'armée hors de la ville, Xénophon envoya, par l'entremise de Kleandros, un message à Anaxibios, demandant qu'il lai fût permis de rentrer seul dans Byzantion, afin de partir par mer. On accéda à sa requête, non sans beaucoup de difficulté ; alors il prit congé de l'armée et reçut d'elle les expressions les plus fortes d'affection et de gratitude (1), et il entra dans la ville avec Kleandros; tandis que le lendemain Kœratadas vint prendre le commandement suivant la convention, et amena avec lui un prophète et des animaux qui devaient être sacrifiés. Il y avait dans sa suite vingt hommes qui perlaient des sacs de farine d'orge, vingt autres chargés de jarres de vin, trois chaînés d'olives^ et un seul homme avec des bottes d'ail et d'oignons. Une fois ces provisions déposées, Kœratadas se mit en devoir d'offrir un sacrifice, comme préliminaire de la distribution à faire entre les soldats. Le premier jour, les sacrifices étant défavorables, il n'y eut pas de distribution ; le second jour»

(1) Xénoph. Anab. VII, 6, 33.

Kœratadas était debout devant l'autel avec la couronne sur la tête, et les victimes à côté de lui, prêt à renouveler son sacrifice, quand Timasiôn et les autres officiers intervinrent, le prièrent d'y renoncer et lui retirèrent le commandement. Il se peut que les premiers sacrifices défavorables les aient en partie poussés à agir ainsi. Mais la raison principale était la chétive quantité de provisions, au-dessous même des besoins de l'armée pendant un jour, qu'avait apportée Kœratadas, — et l'insuffisance évidente de ses moyens (1).

Lors du départ de Kœratadas, l'armée se mit en marche pour prendre ses quartiers dans quelques villages thraces peu éloignés de Byzàntion, sous ses anciens officiers, qui toutefois ne purent s'accorder quant à leur ordre futur de marche. Kleanor et Phryniskos, qui avaient reçu des présents de Seuthês, faisaient valoir l'avantage qu'il y aurait à accepter les services de ce prince thrace ; Neôn conseillait d'aller à la Chersonèse pour être sous les officiers lacédaemoniensde cette péninsule (comme Anaxibios Tavait projeté), dans l'idée que lui, comme Lacédaemonien, y obtiendrait le commandement de toute l'armée; tandis que Timasiôn, en vue de rentrer dans sa ville natale de Dardanos, proposait de retourner sur le côté asiatique du détroit.

Bien que ce dernier plan rencontrât une faveur décidée auprès de l'armée, il ne pouvait être exécuté sans vaisseaux. Timasiôn n'avait que peu ou pas de moyens de s'en procurer; de sorte qu'il se passa un délai considérable pendant lequel les soldats, ne recevant pas de paye, tombèrent dans une grande détresse. Beaucoup d'entre eux furent même obligés de vendre leurs armes afin de se nourrir; tandis que d'autres obtinrent la permission de s'établir dans quelquesunes des villes voisines, à condition d'être désarmés. Toute l'armée se fondait ainsi insensiblement, à la grande satisfaction d' Anaxibios, qui désirait voir s'accomplir les desseins de Pharnabazos. Il est probable que par degrés elle se serait dissoute complètement si un changement d'intérêt de la

(1) Xénoph. Anab, VII, 1, Î4-40.

SUITE DE lA RETRAITE DES DIX MILLE 197

part d'Anaxibios ne l'avait engagé à favoriser sa réorganisation. Il se rendit de Byzantion à la côte asiatique pour informer Pharnabazos que les ^soldats de Cyrus ne pouvaient plus causer d'inquiétude, et pour réclamer la récompense qui lui avait été promise. En outr&, il paraît que Xénophon lui-même partit de Byzantion par la même occasion. Quand ils parvinrent à Kyzikos, ils rencontrèrent le Lacédsemonien Aristarchos, qui venait en qualité d'harmoste de Byzantion nouvellement nommé pour remplacer Kleandros, et qui apprit à Anaxibios que Polos était sur le point d'arriver pour le remplacer comme amiral. Désireux de voir Pharnabazos et de s'assurer son présent, Anaxibios recommanda à Aristarchos, comme ordre d'adieu, de vendre comme esclaves tous les soldats de Cyrus qu'il pourrait trouver à Byzantion à son arrivée, et ensuite il continua son voyage le long de la côte méridionale de la Propontis jusqu'à Parion. Mais Pharnabazos, qui avait déjà reçu avis du changement d'amiraux, savait que l'amitié d'Anaxibios n'avait plus aucune valeur, et il ne s'occupa plus de lui; tandis qu'en même temps il envoya à Byzantion faire le même arrangement avec Aristarchos contre larmée de Cyrus (1).

Anaxibios fut piqué au vif de cette combinaison de désappointement et d'insulte de la part du satrape. Pour s'en venger, il résolut d'employer ces mêmes soldats qu'il avait d'abord amenés en Europe par fraude et en se laissant gagner, qu'il avait ensuite jetés hors de Byzantion, et enlSn qui, d'après son ordre, devaient être vendus comme esclaves, s'il s'en trouvait encore dans cette ville. Il résolut alors de les ramener en Asie dans le dessein d'agir contre Byzantion. En conséquence, il s'adressa à Xénophon et lui ordonna de rejoindre Tarmée sans un moment de retard, afin de la tenir réunie, de rappeler les soldats qui étaient partis, et de trans-

(1) Xénoph. Anab. VII, 2, 7. ^apv^ 6iou [ièv ^(jiE>Y](rs, irpoç 'ApCorap/ov oè

6a^oç 8è, èiteX ^(rOero 'ApierrapxoV ts . SieirpaTTSTO xà oçOxà irepl rou Kvpetou

iixovra elç Bui^dvrtov &pfi.o(mfjv xal OTpaTeu{jiaTo; &TCsp xal icpèç 'Âva^c-

'Âva^t6iov ovxeti vauafXOw>'fa, 'AvaÇt- êiov.

HISTOIRB DE LA GKàCE

porter tout le corps en Asie. Il lui fournit un vaisseau armé â trente rames pour passer de Parion à Perinthos, et il envoya aux Périnthiens un ordre péremptoire de lui donner des chevaux afin qu'il pût arriver à l'armée le plus rapidement possible (1). Peut-être n'eùt-il pas été sans danger de désobéir à cet ordre en toute circonstance. Mais l'idée d'agir avec l'armée en Asie contre Pharnabazos, sous la sanction ^acédaemonienne, lui était probablement très- agréable. Il se iiàta de se rendre à l'armée, qui accueillit son retour avec joie, et embrassa avec satisfaction la proposition de passer en Asie, ce qui était une grande amélioration dans son état d'abandon et de dénûment. En conséquence, il la conduisit à Perinthos, et il campa sous les murs de la ville, refusant, quand il passa par Selymbria, une seconde proposition que lui fit Seuthès de prendre les soldats à son service.

Tandis que Xénophon à Perinthos s'évertuait à se procurer des transports pour le passage de l'armée, Aristarchos, le nouvel harmoste, y arriva de Byzantion avec deux trirèmes. Il parait que non-seulement la ville de Byzantion, mais encore celles de Perinthos et de Selymbria étaient comprises dans son gouvernement comme harmoste. Dès son arrivée à Byzantion pour remplacer Kleandros, il ne trouva pas moins de quatre cents soldats dô Cyrus, surtout des malades et des blesses; Kleandros, en dépit du mauvais vouloir d'Anaxibios, avait non-seulement refusé de les vendre comme esclaves, mais il les avait logés chez les citoyens et soignés avec sollicitude, tant ses bons sentiments à l'égard de Xénophon et de l'armée se donnaient carrière alors. Nous lisons

(1) Xénoph. Anab. VII, 2^ 8-25.

'Ex TOUTOO 89; 'AvaÇtêio;, xaXéffaç Sevoçtôvra, xeXeuei Tcàdig té^viq xaî (ti'îX*^^ fcXeOaai èrzl xà <yTpàT£U(xa (b; xâLx^trxcLf xal duvixeiv Tg TÔ <rrpàTev{ia xat ovvaOpot- ^civ Tb>v dtË(nca{>(ASva>v ôk av 7cXci<rrouc SuvYiTOt, xat VK^TorfovTH eU ilép»v6ov SiaêtêàÇew elç xi^v 'Aertav ÔTt xâk- Xtaxa • xai 6î6(0(tiv aÙTC^ Tpiaxovro-

pov, xai èiCMJToXrjV xal àvSpa (Tuvircji- 7C61 xeXsûdOVTa xoùç Ilepivôtovç «Ç TàxtdTa EsvoçwvTa T:^oTzé\u^on toÏ; ÎTntotç ItcI x6 <rrpàTeu{xa.

Le vif intérêt qu^Anâxibios prenait à ce nouveau projet est marqué par la êwc% du l«ngage de Xéiiepbon : une extrême eéiérité est recemintiidëe à trois r^aariee» difiiéreates.

JLsW

avec indigiMition qu'Aristarchos, dès qu'il arriva à Byzanticm pour le remplacer, ne se contenta pas même d'envoyer ces quatre cents hommes hors de la ville, mais . qu'il les saisit,

— bien qu'ils fussent des Grecs, des citoyens et des soldats,

— et qu'il les fit vendre comme esclaves (1). Instruit des mouvements de Xénophon et de l'armée, il vint alors à Perinthos pour s'opposer à son passage en Asie ; il mit l'em- Mrgo sur les transports dans le port, et se présenta en personne devant l'armée assemblée ponr interdire aux soldats de traverser le détroit. Qaand Xénophon lui apprit que c'était Anaxibios qui avait donné Tordre de passer, et l'avait envoyé exprès pour* les conduire, — Aristarchos répliqua :

— « Anaxibios n'est plus en fonctions comme amiral, et je suis harmoste de cette ville. Si je surprends l'un de vous en mer, je le coulerai à fond. » Le lendemain, il envoya inviter les généraux et les capitaines (lochagi) à une conférence dans l'intérieur des murs. Ils étaient sur le point de passer les portes, quand Xénophon, qui était du nombre, reçut un avertissement secret que, s'il entrait dans la ville, Aristarchos se saisirait de lui et le mettrait à mort, ou bien l'enverrait prisonnier à Pharnabazos. En conséquence, Xénophon envoya les autres en avant, et il resta lui-môme avec l'armée, alléguant l'obligation de faire un sacrifice. La conduite d'Aristarchos qui, en voyant arriver les autres sans Xénophon, les renvoya et les pria de revenir tous dans l'aprèsmidi, — «rmârma la justesse de ses soupçons quant au danger imminent dont il avait été préservé par cet avertissement accidentel (2). Il n'est guère besoin d'ajouter que Xénophon

(1) Xénopk. Anab. VU, 2, 5. Eal 6

^AvaÇîê'toç TÛ (lèv 'Aptrrràpx«f) iirtaréX- >ei ônoTOu; dév eOpot êv Bu^avrCco T(i>v Kvpou (rrpaxiwTÛvOfCoXeXetf&puÉvovçàico- So<r8at. 'O fia KXéavfipoç oOfiéva èneicpàx£t, àXXà xal toùç xà(i.vovTa; èôepàneuev olxTsCpcov xai dcvaYxàJ^bav oHitf, Séxeatoi.

!Api(rTapxo; ô'èTceî -^Xôe Tàxi<rra, oùx iXdrrduç TETpaxofftoiv àiréSoTO.

(2) Xénoph. Anab. Vil, 2, 14-16.

"HSyi fié ôvTwv wpoç Tqp teCx^ti ^^V.

yéXXei tic t^ £e>09MVTt 6xi, el dUrcMn (TvXXri^OTÎcrsTat * xal fj aOxoû Tt TTsicrsTai, ^ 4>apvQi6dÇ()> TcapaôoO^asTai. 'G fié, dexouoac TaùTs, toùç (acv icponé^tirtTiK, aÙTÔ; fi*£i3cev, fixi Ov(r«i Tt ^oùXotxo...

Oi de OTpaTTiYoi xoù ol XoxaY^'^ i)xovt6c irapà Tov 'Apiordpxov, àiDfjyyeXXo^ fiari vûv (jLèv àictévat c^àç xeXéuet, rf^ç fietXv)ç fié ^xôiv * êv6a xai fiT]XTi (lâXXov êôoxei eivai ^ liciêouX^. Cf. VII, 3, 2.

dédaigna la seconde invitation non moins que la première; de plus une troisième invitation, qu'Aristarchos envoya plus^ tard, fut méprisée par tous.

Nous avons ici un harmoste lacédaemonien qui ne se fait pas scrupule de tendre un piège de perfidie aussi flagrant que celui qu'avait employé Tissaphernês sur les bords du Zab pour surprendre Klearchos et ses collègues, — et cela encore contre un Grec, et un officier du rang et du mérite le plus élevés, qui venait de préserver Byzantion du pillage, et était alors réellement occupé à exécuter les ordres donnés par l'amiral lacédaemonien Anaxibios. Assurément, si l'avertissement accidentel eût été retenu, Xénophon n'aurait pas manqué de tomber dans un piège, et nous n'aurions pu avec raison l'accuser d'imprudence, — tant il avait droit de compter sur uiie conduite loyale dans les circonstances» Mais on ne peut en dire autant de Klearchos, qui montra une crédulité déplorable, tout aussi funeste que la fraude dont il devint la victime.

A la seconde entrevue avec les autres officiers, Aris-» tarchos, tout en défendant à l'armée de traverser le détroit, lui ordonna de se frayer de force un chemin par terre à travers les Thraces qui occupaient la Montagne Sainte, et de parvenir ainsi à la Chersonèse, où (disait il) elle recevrait une paye. Neôn le Lacédaemonien, avec environ 800 hoplites attachés à son commandement séparé, recommanda ce pian comme le meilleur. Toutefois, il y avait à lui opposer la proposition faite par Seuthês de prendre l'armée à sa solde ; ce que Xénophon était disposé à préférer, inquiet à la pensée d'être enfermé dans l'étroite péninsule de la Chersonèse, sous le commandement absolu de l'harmoste lacédaemonien, avec une grande incertitude d'avoir et une paye et des provisions (1). De plus, c'était une nécessité impérieuse pour ces troupes désappointées de faire quelque mouvement immédiat; car elles avaient été amenées aux portes de Perinthos dans l'espérance de s'embarquer immé-

(1) Xénoph. Anab. VII, 2, 15 ; VII, 3, 3; VII, 6, 13.

diatement : on était au milieu de l'hiver, — elles étaient campées dans les champs, exposées au froid rigoureux de la Thrace; elles n'avaient ni provisions assurées, ni même d'argent pour en acheter, si un marché avait été à proximité (1). Xénophon, qui les avait amenées dans le voisinage de Perinthos, était alors de nouveau chargé de la responsabilité de les tirer de cette situation non tenable ; et il commença par offrir des sacrifices, suivant son habitude, pour s'assurer si les dieux l'encourageaient à recommander un pacte avec Seuthês. Les sacrifices furent si favorables que lui-même en personne, avec un officier de confiance de chacun des généraux, alla de nuit rendre visite à Seathês, afin de connaître distinctement ses oÇres et ses desseins.

Mœsadês, père de Seuthês, avait été apparemment un prince dépendant de la grande monarchie des Thraces Odrysiens, si formidable dans les premières années de la guerre du Péloponèse. Mais des secousses intestines lui avaient enlevé sa principauté sur trois tribus thraces : Tambition de Seuthês était actuellement de les recouvrer, avec l'aide de l'armée de Cyrus, Il offrit à chaque soldat un statère de Kyzikos (environ 20 drachmes attiques ou presque la même somme que celle qu'ils avaient reçue primitivement de Cyrus), comme paye par mois ; deux fois autant à chaque lochagos ou capitaine, — quatre fois autant à chacun des généraux. Dans le cas où ils encourraient l'inimitié des Lacédaemoniens en se joignant à lui, il leur garantissait tous les droits à un établissement et à une protection fraternelle dans son territoire. A chacun des généraux, outre la paye, il s'engagea à assigner un fort sur la côte de la mer, avec un lot de terre alentour, et des bœufs pour le cultiver. Et à Xénophon en particulier il offrit la possession de Bisanthê, son meilleur point sur la côte. « Je veux aussi (ajouta-t-il en s adressant à Xénophon) te donner ma fille en mariage; et si tu as une fille, je te l'achèterai

(1) Xénoph. Anab. VU, 6, 24. Msffo; oï xet[«ov ^v, etc. Probablement le mois de décembre*

comme femme, suivant la coutume de la Thrace (l). n Seu* thés s'engagea de plus à ne les conduire jamais en aucune occasion à plus de sept journées de marche de la mer, an plus loin.

Les offres étaient aussi libérales que Tarmée pouvait les espérer; et Xénophon lui-même, se méfiant des Lacédsemoniens aussi bien qu'ils se méfiaient de lui, semble avoir considéré pour l'avenir Tacquisition d'une forteresse* sur la côte et d'un territoire en Thrace (tels qu'en avaient obt«att avant lui Miltiadês, Alkibiadês et d'autres chefs athéniens), comme un précieux refage en cas de besoin (2). Mais même la promesse eut-elle été moins favorable, les soldats de <!Jyrus n'avaient pas d'autre alternative, car ils n'avaiaat pas môme de provisions actuelles, encore moins de moyens •de subsistance pour tout l'hiver; tandis qu'un départ par mer était rendu impossible par les Lacéda&moniens. Le lendemain, Xénophon et les autres généraux présentèrent Seuthés à l'armée, qui accepta ses offres et conclut le marché.

Les soldats restèrent deux mois à son service, engagés dans une guerre contre diverses tribus thraces, qu'il put, gràcè à leur concours, vaincre et dépouiller ; de sorte qu'à . la fin de cette période, il fut en possession d'une domination étendue, d'une force armée indigène nombreuse, et d'un tribut considérable. Bien que la souffrance causée par le froid fût extrême, pendant ces deux mois d'un hiver rigoureux et au milieu des montagnes neigeuses de la Thrace, l'armée néanmoins put, au moyen de ses expéditions avec Seuthês, se procurer une subsistance abondante, ce qu'eUe n'aurait pu guère faire d'une autre manière. Mais la paye qu'il avait offerte ne fut jamais liquidée; du moins, en i^ compense de ses deux mois de service, elle ne reçut de paye que pour vingt jours et un peu plus. Et Xénophon lui-même, loin d'obtenir l'accomplissement de ces magnifiques {»ramesses que Seuthês lui avait faites personnellement, sembk

(1) XéDoph. Anab. VII, 2, 17-38. (2) Xénoph. Anab. VII, 6, 34.

SUITE DE LA BSTRArTE DB& DIX MILLE 203

n'avoif pas même, reçu sa solde comme l'un des généraux. Pour lui, le résultat fut singulièrement malheureux, puisqu'il perdit le bon Touloir de Seuthès par des demandes et des plaiirtcs importunes en vue d'obtenir la paye due aux soldats; tandis que ceux-ci^ de leur côté, imputant à sa connivence le non-accomplissement de la promesse, finirent partiellement par se détacher d« lui. Une grande partie de . <2e tort résulta des intrigues et des calomnies perfides d'un Grec corrompu de Maroneia^ nommé Hêrakleidês, qui agissait cofiime ministre et trésorier de Seuthês.

Le iftanque d'espace me force à omettre le récit donné par Xénophon, tant des relations de l'armée avec Seutlnês que de la guerre faite contre les tribus thraees hoetUes, — quelque intéressant que le rende la juxtaposition des coutume9 grecques et thraees. Il parait avoir été composé par Xénopbon dans des sentiments d'amer désappointemeiit personneJi, et probablement en réfutation de calomnie» dirigées contre lui-même commue s'il avait fait du tort à l'armée« Aussi pouvons-nous y reconnaître un; ton de plainte exagérée au sujet de l'ingratitude des soldats à son égard. Il est vrai qn*une partie de l'armée, dans la croyance qu*il avait été richement récompensé par Seuthês, tandis qu'elle n'avait pas reçu sa solde stipulée, exprima des sentiments et des mensonges violents contre lui (1). Jusqu'à ce que «es soopçoiis fussent réfutés, il n'est pas étonnant que l'armée s'éloignât de lui; mais elle était parfaitement disposée à entenxire les deux côtés, et Xénophon prouva d'une manière triomphante la fausseté de l'accusation. Qu'à la fin ses sentiments à son égard fussent ceux de la faveur et de l'estime,, c'est ce qu'attestent ses propres paroles (2), qvi prouvent que l'ingratitude dont il se plaint était le fait de quelques-uns» à la vérité, mais non de tous.

Toutefois il est difficile de dire quel eût été le sort de -cette vaillante armée, quand Seuthês, après avoir obtenu de

(1) Xénoph. Anab. Vil, 6, 9, 10. (2) Xèicph. AnaK Vil, T, 55-57-

204 HISTOIRE i>B LA GRÈCE

ses armes en deux mois tout ce qu'il désirait, avait fini par ne plus désirer qu'une chose, c'était de la renvoyer sans solde, si elle n'avait été tirée d'embarras par un changement d'intérêt et de politique de la part de la toute-puissante Sparte. Les Lacédsemoniens venaient de déclarer la guerre à Tissaphernês et à Pharnabazos ; ils envoyaient Thimbrôn en Asie pour commencer les opérations militaires. Us finirent alors par désirer extrêmement transporter les soldats de Cyrus en Asie, ce que leur harmoste Aristarchos avait interdit jusqu'alors, — et les prendre à leur solde d'une manière permanente; dans ce birt, deux Lacédaemoniens, Charminos et Polynikos, furent chargés par Thymbrôn d'offrir à l'armée la même solde que celle qui avait été promise, mais non payée, par Seuthês, et que celle qui avait été payée primitivement par Cyrus. Seuthês et Hêrakleidês, impatients de hâter le départ des soldats, s'efforcèrent de se faire honneur auprès des Lacédaemoniens en aidant leurs vues (1). L'armée accepta cette offre avec joie, bien qu'elle se plaignît hautement de la fraude commise à son égard par Seuthês, fraude que Charminos, à la prière de Xénophon, pressa vainement le prince. thrace de réparer (2). Il envoya même Xénophon demander l'arriéré de la paye au nom des Lacédaemoniens, ce qui fournit à l'Athénien une occasion d'administrer à Seuthês une sévère leçon (o). Mais ce dernier ne se trouva pas aussi accessible à l'action de l'éloquence que les soldats réunis de Cyrus. Et Xénophon n'obtint rien de plus qu'un misérable dividende sur la somme due, — avec des expressions civiles pour luimême personnellement, — une invitation de rester à son service avec mille hoplites au lieu d'aller en Asie avec l'armée, — et de nouvelles promesses, qui n'étaient pas de nature actuellement à inspirer une grande confiance, d'un fort et d'un présent de terres.

(1) Xënoph. Anab. VIT, 6, 1-7. nante, quand nous considérons la per-

{2) Xénoph. Anab. VU, 7, 15. sonne à qui, et les circonstances dans

J3) Xénoph. Anab. YII, 7, 21-47. lesqneUes elle prétend avoir été donnée. La leçon est d^ane prolixité inconye-

Quand l'armée, réduite maintenant par des pertes et des dispersions à 6,000 hommes ( i), fut prête à passer en Asie, Xénophon désira retourner à Athènes, mais il fut persuadé de rester avec elle jusqu'à sa jonction avec Thimbrôn. Il était à ce moment si pauvre, ayant à peine de quoi payer son voyage pour aller dans ses foyers, qu'il fut obligé de vendre son cheval à Lampsakos, la ville asiatique où l'armée débarqua. Là il trouva Eukleidôs, prophète phliasien, avec lequel il était accoutumé d'avoir des relations et d'offrir des sacrifices à Athènes. Cet homme, ayant demandé à Xénophon combien il avait acquis pendant l'expédition, ne put le croire quand il affirma sa pauvreté. Mais quand ils se mirent ensemble à ofirir un sacrifice de quelques animaux ejivoyés par les habitants de Lampsakos en présent à Xénophon, Eukleidês n'eut pas plus tôt examiné les entrailles des victimes, qu il dit à Xénophon qu'il croyait pleinement son assertion. « Je vois (dit-il) que même si jamais l'argent vient à toi, tu lui seras toi-même un obstacle, même s'il n y en a pas d'autre (ici Xénophon acquiesça); Zeus Meilichios (le Gracieux) (2) est l'empêchement réel. Lui as-tu jamais offert en sacrifice des offrandes entières destinées au feu, comme nous avions coutume de le faire ensemble à Athènes? — Jamais (répondit Xénophon), pendant toute la marche. — Fais-le donc maintenant (dit Eukleidês), et cela tournera à ton avantage. » Le lendemain, en arrivant à Ophrynion, Xénophon obéit à l'injonction ; il sacrifia à Zeus

(1) Xénoph, Anab. VII, 7, 23.

(2) Il parait que Tépithète Meilichios le Gracieux) est appliquée ici à Zeus dans le m^me sens d'euphémisme que la dénomination de EumenideêAvix déesses vengeresses. Zeus est conçu comme ayant réellement infligé un malheur, ou étant en disposition de le faire : le sacrifice qu'on lui offre sous ce nom représente un sentiment de crainte et nn sacrifice de réparation, d^expiation on de purification, destiné à détourner

son mécontentement; mais le surnom lui-même doit être interprété comme proleptique, pour employer le terme des critiques — il désigne non la disposition actuelle de Zens ( ou d'autres dieux), mais cette disposition que le sacrifice est destiné à cr^er en lui.

V Pausan. I, 37, 3 ; II, 20, 3, K. F.

Hermann, Gottendienst. Alterthiimer der Grieohen, s. 58; Van Stegeren, De Grsecorum Diebus Festis, p. 5 (Utrecht, 1849).

MeilicMos des petits cocbons entier», comme c'était l'usage à Athènes pendant la fête publique appelée Diasia. Et précisément le même jour il éprouva les effets «alutaires de cette manière d'agir, car Bitôn et un autre député vinrent de Lacédaemone avec une avance de paye q^our Tarmée, et av«c des dispositions si favorables pour lui-même qu'ils Itii rachetèrent scm cheval, qu'il i/ienait de vendre à Lampsakos pour cinquante dariqoes. Cela équivalait à lui donner plu5 d'une année de paye (celle qu'il aurait reçue comme général étant de quatre dariques par anois, ou quatre fois celle du soldat)., à un moment où l'eoi savait qu'il était «ur le point de partir, et que, par conséquent, il ne resterait pas pour la gagner. Las lésineries de Seuthès fureaart alors compensées avec un intérêt immense, de sorte que Xénophon finit par être plus à son aise qu'aucun homme de l'armée, bien que lui-même glisse sur la grandeur du cadeau, en le représentant comme un compliment délicat fait pour im rendre un cheval favori.

C'est de cette manière reconnaissante et instantanée que Zeus le Gracieux répondit au sacrifice que Xénophon, après une longue omission, lui offrit, sur le coskseil d'£uk}eidê«. Et sans doute Xénophon fut plus que jamais confirmé dans la croyance, qui se manifeste d'un bout à l'autre de ses écrits, qu'un sacrifioe non-seuleoaaent indique, par rA^)ect intérieur des victimes immolées, la teneur des événements futurs, — mais encore, selon qu'il est offert au dieu qu'il faut et au moment convenable, détermine sa volonté, et par conséquent le cours des événements, pour des dispensations favorables ou défavorables.

Mais les faveurs de Zeus le Gracieux, bien que commencées, n'étaient pas encore à leur fin. XéncphMi conduisit l'armée à Antandros, par la Troade, et en franchissant le mont Ida; de là le long de la côte de Lydia, par la plaine de Thèbê et la ville d'Adramyttion, en laissant Atarneus à droite ; il la mena à Pergamos en Mysia, ville sur une colline surplombant le fi^uve et la plaine du Kaïkos. Ce dielrict était occupé par les descendants de l'Ërétrien Gongylos, qui, ayant été banni pour^ivoir embrassé la cause des Perses

<|«aiid Xerxès eayahit la Grèce, a^t été récompensé (comme le roi Spartiate Demaratos) par cette sorte de prin-cipaaté sous Tempire persaul Son descendaat, an autre Gotigylos , occupait actuellement Pergamos avec aa femme Hellas et ses fils Gorgion et Goi^ylos. Xénopàoa y trouva un accueil très-hospitalier. Hellas lui apprit qauaà Perse puissant, nonmié Asidatês, habitait ea ce moment, avec son épouse, sa famille et ses biens, une toui; à peu de distance dans' la plaise, et qu'une marche de ii»it soudaine, avec 300 hommes, suffirait pour s'emparer de cette précieuse proie, vers laquelle son propre coasin le guiderait. En conséquence, après avoir sacrifié et s'être assuré que les victimes étaient favorables/ Xénophon communiqua son plan après le repas du soir à ceux des capitaines qui lui avaient été le plus attachés dass toute l'expédition, désirant leur faire participer au profit. Aussitôt que ce projet fut connu, il accourut une foule de volontaires, au nombre de 600, demandant à être autorisés à se joindre à lui. Mais les capitaines les repoussèrent, refusaat d'ea prendre plus de 300, afin que le butin pût fournir un fbts grand dividende à chaque associé.

Commençant leur marche dans la soirée, Xénophon et son détachement de 300 hommes parvinrent vers minuit à la tour d'Asidatès, Elle était vaste, élevée, massive, et renfermait une garnison considérable. Elle servait à protéger son bétail et ses esclaves qui cultivaient la terre alentour, comme un château baronnial au moyen âge ; mais les assaillants négligèrent ce butin extérieur, afin d'être plus sûrs de prendre le château lui-même. Toutefois ses murailles se trouvèrent plus fortes qu'on ne s'y attendait ; et bien qu'on y fît une brèche de force vers l'aurore, cependant la défense de la garnison fut si vigoureuse qu'on ne put entrer. Asidates fit des signaux et des cris de toute sorte pour se procurer Taide des forces persanes du voisinage, dont un grand nombre commencèrent à arriver; de sorte que Xénophon et sa compagnie furent obligés de se retirer. Et leur retraite ne finit par s'effectuer, après de cruelles souffrances et des blessures que reçurent presque la moitié des

HISTOIRE DE LA ORàCE

agresseurs, que grâce à l'aide de Gongylos avec ses forces de Pergamos, et de Proklôs (descendant de Demaratos) d'Halisarna, un peu plus loin vers la mer (1).

Bien que sa première entreprise eût échoué ainsi, Xénophon ne tarda pas à dresser des plans pour une seconde, où il employa toute l'armée ; et il réussit à emmener Asidatês prisonnier à Pergamos, avec sa femme, ses enfants, ses chevaux et tout son bien personnel. C'est ainsi (dit-il, désireux avant tout de soutenir le crédit de la prophétie du sacrifice) que les «» sacrifices antérieurs (ceux qui avaient fait une promesse favorable avant la première tentative malheureuse) se trouvèrent alors être vrais (2). » Les piersonnes de cette famille furent sans doute rachetées par leurs amis persans au prix d'une rançon considérable (3), qui, avec le butin enlevé, fit un total prodigieux à partager.

Quand on fit le partage, un tribut général de sympathie et d'admiration fut payé à Xénophon ; et toute l'armée, — généraux, capitaines et soldats, — «t les Lacédaemoniens, en outre, — y concoururent unanimement (399 av. J.-C). Comme Agamemnôn à Troie, il fut autorisé à choisir pour lui-même les lots triés de chevaux, de mulets, de bœufs et d'autres articles de butin, au point qu'il devint possesseur d'une part assez importante pour l'enrichir immédiatement, ajoutée aux cinquante dariques qu'il avait reçus auparavant. « Ici donc Xénophon (pour employer son propre langage) (4) n'eut pas de motif pour se plaindre du dieu » (Zeus Meilichios). Nous pouvons ajouter, — ce qu'il aurait dû ajouter lui-même, si l'on considère les accusations qu'il avait énon-

(1) Xénoph. Anal). VII, 8, 10-19.

(2) Xénoph. Anab. VII, 8. 'EvraOBa 01 iiepl Sevoçûvxa (yvjjnrepiTVYXffvoudtv auTcf) xai Xafiêàvouciv aÙTOv ('AaiSà-niv) xal Yuvaïxa xal iratôa; xal toùç Îwttowç xal iràvxa xà ôvxa * xal o Ox w xà wpoxepa Upà àizéSrt.

(3) Plutarque , Kimôn , c. 9 ; et Xénoph. HeUenic. IV, 8, 21.

(4) Xénoph. Anab. VII, 8, 23.

'EvTa06la xàv ôsov oOx ijxiàaraxo b Sevoçôv • oyvéïrpaxxov yàp xal oi Aàx(i>ve<; xal ol XoxaYol ^«l oî âXXoi ffxpaxiQYol xal ol (7xpaxià>xai, w<rze, è^aipexa Xaêeîv xal tiritou; xal Çeuyy) xai àXXa, &Gxt txavov eîvat xal iXXov tî5tj eu TToieïv.

cées auparavant, — qu'il n'eut pas non plus de motif pour se plaindre de l'ingratitude de l'armée.

Aussitôt que Thimbrôn fut arrivé avec ses propres forces, et que les. soldats de Cyrus furent incorporés dans son armée, Xénophon prit congé d'eux. Après avoir déposé dans le temple à Ephesos cette portion qui lui avait été confiée comme général de la dîme mise de côté par l'armée à Kérasonte pour Artémis Ephésienne (1), il semble avoir exécuté son projet de retourner à Athènes (2). Il a dû y arriver, après une absence d'environ deux ans et demi, peu de semaines au plus tard après la mort de son ami et maître Sokratès, dont j'ai raconté le procès et la condamnation dans mon. dernier volume. Ce triste événement se passa certainement pendant son absence d'Athènes (3); mais étaitil parvenu à sa connaissance avant qu'il fût arrivé à cette ville, c'est ce que nous nç savons pas. Quelle douleur et quelle indignation il excita en lui, c'est ce que nous pouvons voir par son recueil de notes relatives à la vie et aux conversations de Sokratès, connu sous le nom de Memorabilia, et réuni probablement peu après son arrivée.

Qu'il se trouvât en Asie, trois ans plus tard, en service militaire sous les ordres du roi lacédœmônien Agésilas, c'est un fait attesté par lui-même; mais quant au moment précis auquel il quitta Athènes pour cette seconde visite en Asie, nous sommes réduits à des conjectures. J'incline à croire qu'il ne resta pas beaucoup de mois dans sa patrie, mais qu'il en repartit le printemps suivant pour rejoindre les soldats de Cyrus en Asie, — 'qu'il devint de nouveau leur commandant, — et qu'il servit pendant deux ans sous le général Spartiate Derkyllidas avant l'arrivée d' Agésilas. Ce service militaire était sans doute tout à fait de son goût; tandis qu'un séjour à Athènes, alors sujette et en paix, lui était

(1) Xénoph. Anab. V, 3, 6. Il semble (2) Cf. Anabasis, VII, 7, 57; VII,

évident que ce dépôt a dû être fait pour 8, 2.

la première fois dans la présente occa- (3) Xénoph. Memorab. IV, 8, 4 —

sion. aussi bien que la phrase qui commence

l'ouvrage.

HUTOiBï! DB LA GRÈCB

probablement désagréable , tant k cause des habitudes de commandement qu'il dTait contractées pendant les deux années précédentes que des sentiments produits en lui par la mort de Sokratès. Après un certain intervalle de repos^ il dut être disposé à prendre part de nouveau à la guerre contre son ancien ennemi Tissaphemès, et son service continuait quand Agésilas arriva pour prendre le commandement (1). Mais pendant les deux années qui suivirent ce dernier événement, Athènes devint partie à la guerre contre Sparte, et entra en liaison avec le roi de Perse aussi bien qu'avec les Thèbains^et autres; tandis que Xénopbon, continuant son service en qualité de conrmandant des soldats de Cjros^ et accompagnant Agésilas d'Asie en Grèce , se trouva engagé contre les troupes athéniennes et leurs alliés boeôtiens à la sanglante bataille de Korôneia. Dans ces circonstances, nous ne pouvons pas nous étonner que les Athéniens aient rendu contre lui une sentence de bannissement, non pas parce que dans l'origine il avait pris part à l'aide prêtée à Cyrus contre Artaxerxès, ni parce que ses sentiments politiques étaient hostiles à la démocratie, comme on l'a souvent affirmé par erreur, — mais parce qu'il était à ce moment ouvertement en armes et revêtu d'un commandement élevé contre son propre pays (2). Etant devenu ainsi un banni, Xénophon fut

(1) V. Xénoph. Hellen. III, 2, 7 — passage que Morus rapporte, avec beaucoup de probabilité, je pense, à Xénophon iui-nitime.

Les détails très-circonstancîés que donne X<^nopbon (lïï, 1, 11-28), an sujet'de la conduite de DterkyUidas contre Meidias dans la Troade, semblent également indiquer qu'il y servait en personne.

(2) Que la sentence de bannissement contre Xénophon n'ait été rendue par Us Athéniens qu'après la bataille de Korôneia, c'est ce que prouve clairement TAnàbasis, V, S, 7. Cette bataille se livra en août 394 av. J.-C.

On verra également que Psusniaft

est d*accord avec cette assertion, quant à répoque da bannissement. 'ESiw^&i) SI ô Sevo<pc»v uirô 'AOiiyatAov, «k èvi PaatXéa TMv flépaoïVt <r9i<7cv eûvouv ôvxa, (jTpaTeta; (leraffxwv KOpcf> iroXefuoTdt^ Tov di^(AOu (IV, 6, 4). Or, ce ne fut pas avant 396 ou 395 av. J.-C.

que le roi de Perse commença à manifester les moindres symptômes de bon vouloir à l'égard d'Athènes, et non pas avant la bataille de Knidos (un peu avant celle de Korôneia, dans la même année), qa*il témoigna sa b««n« volonté par des services signalés et effectifs. Si donc le motif qu'avaient les* Athéniens de bannir Xénophon provint des bons sentiments de la part du roi

autorisé par les Lacédaernouiens à s'établir à Skillonte, un des villages de la Triphylia, près d'Olympia, dans le Péloponèse, qu'ils avaient récemment affranchi des Eleiens. A l'une dea fêtes olympiques suivantes, Megabyzos, le surveillant du temple d'Artemis à Ephesos, vint comme spectateur; il apportait avec lui l'argent que Xénophon y avait dédié à Artemi5 TEphérfenne. Xénophon appliqua cet argent à l'acquisition de terres à Skillonte, qui seraient consacrées à la déesse d'une manière permanente , après l'avoir consultée préalablement au moyen d'un sacrifice pour s'assurer si elle approuvait l'emplacement qu'il avait en vue, et qui lui était recommandé par sa ressemblance en certains points avec celui du temple Ephésien. Ainsi, il y avait près de chacun d'eux une rivière appelée Sélinonte du même nom, ayant du poisson et un fond abondant en coquilles. Xénophon construisit une chapelle, un autel, et une statue de la déesse faite de bois de cyprès , toutes copies exactes , sur une échelle réduite, du temple et de la statue d'or à Ephesos. Une colonne placée à côté portait gravés les mots suivants r

àe Perse à leur égard, le bannissement n'a pu être prononcé avant 395 av. J.-C. , et il n*est pas probable qu'il ne l'ait été qa'après 394 av. J.-C.; ce qui est oe que Xénophon lui-même dpnne à entendre, comme dous l'avons <lit plus haut.

^fin, Diogène Laerte (II, 52) dit, œ que je crois être en somme la vérité, que la sentence de bannissement contre Xénophon fut'rendne par les Athéniens à caus' de son attacht^ment pour les Lacédsemoniens — èizl Aaxtoviffjiw.

Krllfîer et autres paraissent croire que Xénophon fut banni parce qu'il pnt du service sous Cyrus, qui avait été Pennetrâ mortel d'Athènes. 11 est vrai que Sokratês, consulté d'abord, craignit d'avance que ce parti ne lui attirât le inéconte tement d'Athènes (Xénoph. Anab. III, 1, 5). Mais on doit se rappeler qu'à cette époque le roi de

Perse était précisément autant l'ennemi > d'Athènes que Cyrus; et que Cyrus, en eflTet, lui avait fait la guerre avec les forces et les trésors du roi. Artaxerxes et Cyrus étant ainsi, dans ce temps, tous deux ennemis d'Athènes, il importait peu aux Athémefis que Cyrus réi^sslt ou échouât dans son entreprise..

Mais quand Artaxerxes, six ans plvs tard, devint leur ami, leurs sentiments à regard de ses ennemis changèrent.

Le passa;]^e de Pausanias cité plus haut, si on le comprend comme affirmant la cause principale du bannissement de Xénophon, est inexact, à moa sens. Xénophon fut banni pour Laco^ nisme, c'est-à-dire pour être attaché à Sparte contre son pays ; le fait d'avoirservi sous Cyrus contre Artaxerxes ne compta tout au plus que comme motif secondaire.

— « Ce lieu est consacré à Artemis. Quiconque possédera ce bien et en recueillera les fruits devra lui sacrifier la dîme cliaque année et entretenir la chapelle en bon état avec le reste. Si quelqu'un omet ce devoir, la déesse elle-même en fera son affaire (1). »»

Immédiatement auprès de la chapelle se trouvait un verger de toutes sortes d'arbres fruitiers, tandis que le domaine alentour comprenait un cercle étendu de prairies, de bois et de montagnes, — avec une colline adjacente, encore plus élevée, appelée Pholoê. Il y avait ainsi un abondant pâturage pour des chevaux, des bœufs, des moutons, etc., et une excellente chasse à côté, pour le daim et autre gibier, avantages qui ne se rencontraient pas auprès de TArtemision à Ephesos. Résidant tout près sur sa propriété, présent des Lacédaemoniens, Xénophon surveillait ce domaine comme intendant d' Artemis; peut-être comptait-il sur la sainteté du nom de la déesse pour empêcher qu'il ne fût troublé par les Eleiens qui voyaient d'un œil jaloux les colons lacédaemoniens (2) à Skillonte, et protestaient contre la paix et la convention favorisées par Athènes après la bataille de Leuktra, parce que cet État reconnaissait cet endroit, en même temps que les municipes de laTriphylia, comme autonomes. Chaque année Xénophon faisait un splendide sacrifice de la dîme de tous les fruits de la propriété, et à cette solennité étaient invités non-seulement tous les Skillontains, mais encore tous les villages environnants. On dressait des baraques pour les visiteurs, auxquels la déesse fournissait (telles sont les paroles de Xénophon) un ample dîner de farine d'orge, de pains de froment, de viande, de gibier et de sucreries (3); le gibier était fourni par une chasse générale que condui-

(1) Xénoph. Anab. V, 3, 13. Kal pie de cette inscription, V. Boeckh,

çTriATi gdmxe napà tov vaôv, ypo^ifiaTa Corp. Inscript, n* 1926 , et Public

ê^ouffa — lepô; Ô XûpoçTijc 'ApTétAiôoc: Econ. of Athens, de Boeckh ^ 1. 3,

Tov 6è êxovxa xal xapnoupievov ti?iv jjièv ch. 6, note 101.

8exàrY)v xaxaQvstv éxàcTTOU ëtou?, èx Se (2} Xénoph. Hellen. VI, 6, 2.

ToO TreptTTou xèv vaôv èTrtixevàUiv • (3) Xéi.oph, Anab. V, 3, 9. Ifapeîxc

càv Ô€ Ti; {xt") Tcotrj Tavta, x^ ôeÔ> (xeX:^- ô*V) 6eoç xot; <ntYivov<itv à>çixa, àpTOUç^

CEI. Relativement à une ancienne co- otvov,. xpayi^f^aTa, etc.

saient les fils de Xénophon, et à laquelle tous les voisins prenaient part s'ils le voulaient. Xénophon lui-même jouissait du produit du domaine, sauf cette dîme et sous réserve de l'obligation d^entre tenir en bon état la sainte demeure. Il avait un goût prononcé pour la chasse et l'équitation, et il fut un des premiers auteurs, à notre connaissance, qui aient jamais fait de. ces occupations, ainsi que du soin des chevaux et des chiens, le sujet d'une étude et d'une descrip-. tion rationnelles.

Tel fut l'usage auquel Xénophon appliqua la dime que l'armée à Kérasonte avait votée à Artemis l'Ephésienne ; l'autre dîme, votée en même temps en l'honneur d'Apollon, il la dédia à Delphes dans le trésor des Athéniens, et il inscrivit sur l'offrande son propre nom et celui de Proxenos. Sa résidence n'étant qu'à la distance de vingt stades (= 3 kil. 700 met.) du grand temple d'Olympia, il put jouir de la société de toute sorte de Grecs, — et obtenir d'abondantes informations au sujet de la politique grecque, surtout de personnes favorables à la Laconie, et avec le point de vue lacédsemonien qui prédominait dans son esprit; tandis qu'il avait du loisir pour composer ses divers ouvrages. L'intéressante description qu'il fait lui-même de sa résidence à Skillonte implique un étatde choses non actuel et durable (1), mais passé et évanoui; d'autres témoignages aussi, quoique confus et contradictoires, semblent prouver que l'établissement lacédsemonien à Skillonte ne dura pas plus longtemps que la puissance de Laçédaemone fut en état de le soutenir. Pendant les malheurs qui accablèrent cette cité après la bataille de Leuktra (371 av. J.-C), Xénophon, avec sa famille et ses compagnons de colonie, fut chassé par les Eleiens, et on dit qu'il trouva un asile à Corinthe. Mais comme Athènes ne tarda pas à être non-seulement en paix, mais en intime alliance avec Sparte, — la sentence de bannissement contre Xénophon fut révoquée; de sorte que la dernière partie de sa vie se passa de nouveau dans la jouissance de son droit de

(1) Xénoph. Anab. V, 3, 9.

naissance comme citoyen athénien et chevalier (1). Deux de ses fils, Gryllos et Diodoros, combattirent parmi les ca?a- ' liers athéniens au combat de cavalerie qui précéda la bataille de Mantineia, où le premier fut tué après avoir montré une bravoure signalée; tandis que son petit-fils Xénophon -devint dans la génération suivante le sujet d'un plaidoyer devant le Dikasterion Athénien, composé par l'orateur Dinar que (2).

En accompagnant ce chef éminent et accompli jusqu'à la fin de cette pénible retraite des Grecs qu'il avait conduite avec tant d'honneur, j'ai jugé nécessaire d'anticiper un peu * sur l'avenir, afin de jeter un coup d'œil sur sa destinée subséquente. C'est à son exil (à ce point de vue non moins utile que celui de Thucydide) que nous devons probablement beaucoup de ces compositions d'où nous avons tiré une si grande partie de ce que nous savons des affaires grecques. Mais

(1) Diogen. Laërt. Il, 53, 54. 59.

Pausanias (V, 6, 4) atteste que SkU- I<*te fut reconquise par les Eïeiens, mais il ajoute (sur raùtorité des è^r]- Yr,Tal ou guides éleiens^ qu'ils permirent à Xénophon, après un examen

judiciaire devant le sénat olympique, de continuer à y vivre en paix. Je «rois ce dernier paint inexaet.

. Les derniers ouvrages de Xénophon <De Veôtigalibus, De Officio Magistri Equitum, etc.) sembknt impliquer évidemment qu'il avait été réintégré -dans le droit de cité, et qu'il en était venu ^ prendre de nouveau connaissance de la politique à Athènes.

(2) Diogeo. Laërt. ut sup. Dionys, Halic. De Dinarcho, p. 664, éd.

Rciske. Denys mentionne ce discours «ous le titre de 'A«©<rT«fftou wrcoXo^t* AlffxuXou îrpoç Sevoçôivra. Et Diogène y fait également allusion — c5; q>yj(ii Ae^vapxo; êv tw tzçjOq £evo!f«i)vta àîrtxr- Tactou.

Schneider, dans son Epimetrum fad •casum Anabaseos, p. 573), relatif à l'exil de Xénophon, raisonne comme si

la personne contre laquelle était dirigé le discours de Dinarque était Xénophon lui-même, le général de Cyrus et l'auteur. Mais cela, je pense, est chronologiquement presque impossible; car Dinarque n'était pas né avant 361 av. J.-C, et il composa son premier discours en 336 av. J.-C.

Cependant Dioarque, dans son discours contre Xénophon, mentionnait sans doute plusieurs faits relatifs aa Xénophon de Cyrus, ce qui implique que ce dernier était parent d€ la personne contre laquelle le discours était dirigé. Je me permets de la présenter eomme petit-iils, sur cette preuve, combiiiée avec Tidentité de nom et la convenance en fait de temps. Elle pouvait bien être fîJs de Gryllos^ qui fiit tué eu combattant à la bataili« de Mantineia, en 362 av. J.*C.

Il est tout naturel qu'un orateur, <com posant un discours contre Xéiiophon le petit fils, touchât L's actes et le caractère de Xénophon le graodpère. V. pour une analogie le discours d'Isokrate, De Bigia, eutxe. ««très.

SUITE DE lA RETRAITE VfHB mX MILLE

pour 1« monde coBtemporain, la retraite que Xé&opbûn conduisit si faeui*euse£nent fourait une le^on bien plus propre à faire impression qu'aucune de sas compositions littéraires. Elle apprit de la manière la plus frappante l'impuis^nce de Farmée de terre des Pe.rses, manifestée non moins dans les généraux que dans les soldats. Elle prouva que les chefs persans étaient impropres à toute opération systématique, même avec les avantages les plus grands possibles, contre un ' petit nombre de guerriers disciplinés, résolument déterminés à la résistance ; qu'ils étaient trop stupides et trop insouciants pour s'opposer au passage des fleuves, ou pour détruire les routes, ou pour intercepter les provisions. Elle confirma surabondamment le langage méprisant que leur apr pliqua Cyrus lui-même avant la bataille de Kuna&a, quand il déclara qu'il enviait aux Grecs leur liberté, et qu'il rougissait de l'indignité de ses compatriotes (1). En £ace d'une faiblesse et d'une désorganisation poussées si loin, rien n'empêcha* le succès des Grecs avec Cyrus^ si ce n'est son parroxysme d'antipathie fraternelle ((2). Et nous verrons ciaprès les chefs militaires et politiques de la Grèce « •*— j^ésilas, Jastfn de Pher» (3) et autres jusqu'à Philippe et Alexandre (4), fermement convaincus qu'avec une armée grecque assez nombreuse et bi^i équipée , combinée avec l'absence d'ennemis grecs, ils pourraient réussir à renverser ou à démembrer l'empire persan. Cette conviction, si importante dans l'histoire subséquente de la Grèce, date de la retraite des Dix Mille. Nous trouverons, il est vrai, la Perse

(1) Xénoph. Anab. I, 7, 4. Cf. Plutarque, Artaxer. c. 20; et Isokrate, Panegyr. Or. IV, s. 168, 169, seq.

Le dernier chapitre de la Cyropaedie de Xénophon (VIII, 8, 20, 21-26) exprime éner^âquemcnt la même convictioD de la faiblesse et de la désorganisation militaires de l'empire , persan, non défendable sans Taide des Grecs.

(2) Isokrate, Orat.* V (Philipp.), s. 104-106. "HSy) ô'àyxpaTeiç ôoxovvtoç

eivai (». e, les Grecs sous Klearchos) 8tâ Tyjv Kupov wpoTrlxeiav àtvxïjdûci, etc.

(3) Isokrate, Orat. V (PLilipp.), s.

141; Xénoph. Hellen. VI, 1, 12.

(4) Voir combien Alexandre le Grand insistait sur les aventures des Dix Mille, dans le discours qu*ii prononça pour encourager ses soldats avant la bataille d'Issus (Arrien, Exp. Alex. , II, 7, 8).

HISTOIRB DE LA ORÈCB

exerçant une influence importante pendant deux générations avenir — et à la paix d*Ântalkidas une influence plus forte que jamais sur les destinées de la Grèce. Mais on verra que c'est le résultat de la trahison de Sparte , le chef du monde hellé* nique, qui abandonne les Grecs asiatiques, et même s'arme du nom et des forces de la Perse dans des vues d'agrandis^ sèment et de domination pour elle-même. La Perse est forte parce qu'elle est mise à même d'employer une force hellénique contre la cause hellénique ; parce qu'elle prête de l'argent ou une flotte à un côté des partis intérieurs grecs, et qu'elle finit par être ainsi fortifiée artificiellement contre les deux. Mais FÂnabasis de Xénophon trahit sa faiblesse réelle contre une. attaque vigoureuse quelconque ; tandis qu'en même temps elle 'montre par des exemples la discipline, la patience, le pouvoir d'agir par soi-même et de se plier aux circonstances, la disposition à subir l'influence de la parole et de la discussion, la combinaison de l'obéissance réfléchie du citoyen avec la régularité mécanique du soldat, — qualités qui donnent au caractère hellénique sa distinction immortelle. L'importance de cette expédition et de cette retraite, comme jetant du jour sur les qualités et la supériorité helléniques, justifiera l'espace considérable qui leur a été consacré dans cette Histoire.

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