‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'AnglaisChapitre 8 sur 19 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LA QBÈCE SOÙS l'emPIRE LÀCÉD^MOKIEN.

Sait6 des affaire? grecques en général; reprise. — Empire Spartiate ; comment et quand il commença. •— Oppre8si(»i et souffrances d'Athènes sous les Trente. — Changement dans le sentiment grec à l'égard d'Athènes ^ les Trente sont renversés, et la démocratie est rétablie. — Les chevaliers ou cavaliers, les plus riches propriétaires à Athènes, étaient les grands soutiens de la tyrannie des Trente. — L'État d'Athènes sous les Trente est uu échantillon de ce qui se passait dans un nombre considérable d'autres villes grecques, au commencement de l'empire Spartiate. — Grand pouvoir de Lysandros ; il établit dans la plupart des cités des dékarchies, avec un harmoste Spartiate. — Intimidation exercée partout par Lysandros en faveur de ses propres partisans. — Action oppressive de ces dékarchies. — En quelques points, elles étaient probablement pires que les Trente à Athènes. — > Mauvaise conduite des barmostes Spartiates, — dure aussi bien que corrompue; aucune justice à obtenir contre eux à Sparte. — Contraste de l'empire réel de Sparte avec les promesses de liberté qu'elle avait faites antérieurement. — Nombreuses promesses d'autonomie générale faites par Sparte, — par le général Spartiate Brasidas en particulier. — Changement graduel dans le langage et les plans de Sparte vers la fin de la guerre du Péioponèse . — Langage de Brasidas opposé aux actes de Lysandros. — La victoire si soudaine et si complète remportée par Lysandros à ^Ëgospotami le laissa presque tout-puissant*. — Les dékarchies furent partiellement modifiées par la jalousie à Sparte contre Lysandros. Les harmostes durèrent beaucoup plus longtemps. — Les Trente à Athènes furent renversés par les Athéniens eux-mêmes, et non par une intervention réformatrice de Sparte. — L'empire de Sparte bien pire et plus oppressif que celui d'Athènes. *- Athènes souveraine privait ses alliés sujets de leur autonomie, mais elle n'était coupable que de peu ou de point d'oppression. — Sparte souveraine fait cela et bien pis ; ses Harmostes et ses Décemvirs soulèvent plus de plaintes que le fait de son empire. — Cela est d'autant plus à regretter que Sparte avait alors une admirable occasion pour organiser une confédération bonne et durable d'une extrémité à Faatre de la Grèce. -— 11 eût été possible à Sparte de réorganiser la confédération de Dêlos, qui aurait pu alors bien fonctionner. — Arrogance insupportable de Lysandros ; plaintes amères portées contre lui aussi bien que contre les dékarchies. — Lysandros offense Pbarnabazos, qui obtient son rappel; son dégoût et son expatriation temporaire. — Reddition des Grecs asiatiques à la Perse, suivant le traité conclu avec Sparte. — Leur condition est affectée par la position et les plans ambitieux de Cyrus, dont ils recherchent la protection contre Tissaphernês. — Après la

mort de Cyrus, Tissapliernês retourne comme vainqueur et satrape vers la côte de l'Asie Mineure. — Alarme des Grecs asiatiques, qui envoient deoiander l'aide de Sparte; les Spartiates expédient Thimbrôn avec une armée en Asie; son insuccès et son rappel ; il est remplacé par Derkyllidas. — Conduite des soldats de Cyrus, — enclins au pillage. — Derkyllidas fait une trêve avec Tissapliernês et attaque Pliarnabazos dans la Troade et l'^olis. — Distribution de l'empire persan : relation de roi, de satrape et do sous-satrape. — Mania, veuve de Zenis, tient la aous-satrapie d'^Ëolis sous Pharnabazos: son payement régulier et son vigoureux gouvernement. — Forces militaires, conquêtes personnelles et trésors considérables de Mania. — Assassinat de Mania et de son fils par son gendre Meidias, qui sollicite la satrapie de Pharnabazos et est refusé avec indignation. •— Invasion et conquête d« l'^Ëolis par Derkyllidas, qui se rend maître de la personne de Meidias. — Derkyllidas acquiert et délivre Skêpsis et Gergis; il dépose Meidias, et s'empare des trésors de Mania.

— Derkyllidas conclut une trêve avec Pharnabazos et prend ses quartiers d'hiver en Bitbynia. — Commandement de Derkyllidas; satisfaction de Sparte au sujet de l'amélioration dans la conduite des soldats de Cyrus. — Derkyllidas passe en Europe, .et emploie ses troupes à fortifier la Chersonèse contre les Thraces. — Il s'empare d'Atarneus et y met une garnison. — II fait la guerre à Tissaphernês et à Pharnabazos sur le Maeandros. — Timidité de Tissaphernês; il conclut une trêve avec Derkyllidas. — Derkyllidas est remplacé par Agésilas.

— L'éloignement pour Sparte avait grandi parmi ses alliés dans la Grèce centrale. — Grande énergie communiquée à l'action Spartiate par Lysandros immédiatement après la victoire d' JEgospotami ; énergie très-extraordinaire pour Sparte. — Les Spartiates avaient gardé pour eux tous les avantages de la victoire, sans rien accordera leurs alliés. — Grand pouvoir des Spartiates; ils se vengent de ceux qui leur ont déplu ; ils envahissent l'Elis. — Le roi Spartiate Agis envahit le territoire éleien ; il se retire immédiatement par suite d'un tremblement de terre. — Seconde invasion de l'Elis par Agis; il traverse la Triphylia et Olympia; marche victorieuse avec beaucoup de butin. — Insurrection du parti oligarchique à Elis; il est renversé. — Les Eleiens sont obligés de se soumettre à de dures conditions de paix. — Sparte refuse de rendre aux Pisans la présidence olympique. — Position triomphante de Sparte; elle chasse les Messêniens du Péloponèse et de son voisinage.

Les trois chapitres précédents ont été consacrés exclusivement au récit de rExpéditioa et de la Hetraite immortalisées par Xénophon, occupant les deux années intermédiaires entre avril 401 et juin 399 avant J.-C. environ. Cet événement, rempli comme il Test d'intérêt et gros de canséquences importantes, est à part de la suite générale des ^affaires grecques , — suite que je reprends actuellement.

On se rappellera qu'aussitôt que Xénophon et ses dix mille guerriers grecs descendirent des montagnes raboteuses situées entre l'Arménie et le Pont-Euxin, pour atteindre l'abri hospitalier de Trapézonte , et qu'ils commencèrent à former leurs plans pour retourner dans la Grèce centrale,

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— ils se troavèrent dans Tempire lacédaemonien, incapables de faire un pas en avant sans consnlter la volonté lacédaemonienne, et obligés, qaand ils parvinrent au Bosphore» d'endurer sans obtenir de réparation le traitement dur et perfide des officiers Spartiates Anaxibios et Aristarchos.

L'origine première de cet empire a déjà été exposée. Il commença à la victoire décisive d'^Egospotami dajis THellespont (septenabre ou octobre 405 avant J.-C.)/ où le Lacédaemonien Lysandros, sans perdre un seul homme, s'empara de la flotte athénienne entière et d'une partie considérable de ses équipais, — à l'exception de huit ou de neuf trirèmes, avec lesquelles l'amiral athénien Konôn parvint k s'enfuir chez É vagoras à Ky pros. Toute la puissance d'Athènes fut ainsi anéantie. 11 ne resta, rien dont les Lacédsemoniens eussent à se rendre maîtres, si ce n'est la cité elle-même et Peirseeus, achèvement qui devait certainement se réaliser, -et qui en effet se réalisa en avril 404 avant J.-C, quand Lysandros entra dans Athènes en triomphe, démantela Peiraeeus et démolit *une partie considérable des Longs Murs. A l'exception d'Athènes elle-même, — dont les citoyens diflFérèrent le moment de la sujétion par une lutte héroïque, bien qu'inutile, contre les horreurs de la famine, — ^ et à l'exceptioii de Samos, — aucune autre cité grecque ne fit de résistance à Lysandros après la bataille d'^Egospotami, qui, de fait, non-seulement enleva à Athènes toutes ses forces navales, mais les fit passer toutes entre les mains de ce général^ et le mit comme amiral à la tète de la flotte grecque la plus considérable qui eût jamais été vue réunie depuis la bataille de Salamis.

J'ai raconté, dans le second chapitre du douzième volume de cette Histoire, les seize mois d'amères souffrances subies par Athènes immédiatement après sa reddition. La perte de sa flotte et de sa puissance fut aggravée par une oppr€w»ion intérieure poussée à rextrème. Son parti oligarchique et ses exilés, revenant après avoir servi du côté de l'ennemi contre elle, arrachèrent à l'assemblée publique , sous la dictée de Lysandros, qui y assistait en personne, la nomination d'un conseil tottt'pnissant de Trente^ dans le dessein ostensible

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de former une nouvelle constitution. Ces trente maîtres, — parmi lesquels Kritias fut le plus violent , et Theramenês (vraisemblablement) le plus modéré ou du moins le plus tôt rassasié, — commirent des cruautés et des spoliations sur la plus largeéchelle, protégés qulls étaient par un harmoste lacédœmonien et par une garnison établie dans rÂkropolis. Outre la quantité des citoyens mis à mort, tant d'autres furent envoyés en exil avec la perte de leurs propriétés, que Thêbes et les villes voisines finirent par en être remplies. Après environ huit mois d'une tyrajinie exercée sans rencontrer d'opposition , les Trente se trouvèrent pour la première fois attaqués par Thrasyboulos, à la tête d'un petit parti de ces exilés venant de Bœôtia. Sa vaillance et sa bonne conduite, — combinées avec les énorraités des Trente, qui devinrent continuellement plus atroces, et dont même de nombreux citoyens oligarchiques , aussi bien que Theramenês lui-même, furent successivement les victimes, — lui permirent de se fortifier bientôt, de s'emparer de Peirseeus et de faire une guerre ci'vile qui finit par renverser les tyrans.

Ces derniers furent obligés d'invoquer l'aide d'une nouvelle armée lacédaemonienne. Et si cette armée fût restée encore à la disposition de Lysandros, toute résistance de la part d'Athènes eût été inutile. Mais, heureusement pour les Athéniens, les quelques derniers mois avaient opéré un changement considérable dans les dispositions tant des alliés de Sparte que de beaucoup de ses principaux personnages. Les alliés, surtout Thêbes et Corinthe, non-seulement sentirent diminuer leur haine et leur crainte d'Athènes, maintenant qu'elle avait perdu sa puissance, -^ mais même ils compatirent aux maux des exilés et finirent par se dégoûter des empiétements arbitraires de Sparte, tandis que le roi Spartiate Pausanias, avec quelques-uns des éphores, était également jaloux de la conduite inique et oppressive de Lysandros. Au lieu de conduire l'armée lacédaemonienne pour soutenir à tout prix l'oligarchie créée par Lysandros, Pausanias parut plutôt comme un médiateur équitable prêt à terminer la guerre civile. Il refusa de concourir à aucune

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(mesure destinée à arrêter la tendance naturelle vers une résurrection de la démocratie. Ce fut ainsi qu'Athènes, délivrée de ce « régime »» sanguinaire et ràpace, qui est devenu ■historique sous le nom des Trente Tyrans, put reparaître •comme membre humble et dépendant de Talliance Spartiate, — n'ayant rien que le souvenir de son ancienne puissance, mais avec sa démocratie exerçant de nouveau une action •énergique et tutélaire comme gouvernement intérieur. La conduite juste et modérée de ses citoyens démocratiques et l'absence d'antipathies réactionnaires, après des traitements si cruels, — sont au nombre des traits les plus honorables de son histoire.

Le lecteur trouvera dans des chapitres précédents ce que je ne puis indiquer que rapidement ici, les détails de ce système d'efiFusion de sang, de spoliation, de suppression de la parole libre et même de l'enseignement intellectuel, d'efforts pour impliquer des citoyens innocents comme agents dans un assassinat juridique, etc., — système qui souilla l'année d'Anarchie (comme on l'appelait dans les annales athéniennes) (1) qui suivit immédiatement la reddition de la cité. Ces détails reposent sur des preuves parfaitement satisfaisantes ; car ils nous sont fournis surtout par Xénophon, dont les sympathies sont décidément oligarchiques. C'est de lui aussi que nous obtenons un autre fait non moins fécond en instruction ; c'est que les Chevaliers ou Cavaliers, le corps des plus riches propriétaires, à Athènes, fut le principal appui des Trente, du premier moment jusqu'au dernier, nonobstant toutes les énormités de leur carrière.

Nous apprenons par ces détails sombres, mais bien attestés, à apprécier les auspices sous lesquels fut inaugurée cette période de l'histoire appelée l'empire lacédaemonien. Ces phénomènes né furent nullement confinés dans l'intérieur des murs d'Athènes. Au contraire, l'année de l'Anarchie (pour employer ce terme dans le sens que lui donnaient les Athéniens), résultant de la même combinaison de causes et

(1) Xénoph. HeUen. II, 3, 1.

d'agents, fut commune à une partie très-considérable des cités, d'une extrémité à l'autre de la Grèce. L'amiral lacédsemonien Lysandros, dans sa première année de commandement naval, avait organisé dans la plupart des villes alliées des combinaisons factieuses de quel(|ues-uns des principaux citoyens, correspondant avec lui-même en personne. Grâce à leurs efforts dans leurs cités respectives, il fut en état de poursuivre la guerre avec vigueur, et il les récompensa en partie en secondant de tout son pouvoir leurs injustices dans leurs villes respectives,. en partie en promettant d'augmenter encore leur force aussitôt que la victoire serait assurée (1). Cette politique, tout en servant comme stimulant contre l'ennemi commun, contribua encore plus directement à agrandir Lysandros lui-même, en créant pour lui un ascendant particulier et en lui imposant des obligations personnelles à l'égard d'adhérents, à part ce qu'exigeaient les intérêts de Sparte.

La victoire d'./Egospotami, complète et décisive au delà de tout ce à quoi pouvait s'attendre ami ou ennemi, lui per* mit de s'acquitter de ces obligations et au delà. Toute la Grèce se soumit aussitôt aux Lacédaemoniens (2), à l'exception d'Athènes et de Samos, — et ces deux États ne tinrent que quelques mois. Alors le premier soin du commandant victorieux fut de rémunérer ses adhérents et de donner une sécurité durable à la domination Spartiate aussi bien qu^à la sienne. Dans le plus grand nombre des villes, il établit nne oligarchie de Dix citoyens ou dékarchies (3), composée de ses partisans, tandis qu'en même temps il établit dans chacune d'elles un harmoste ou gouverneur lacédsemonien, avec une garnison, pour soutenir la nouvelle oligarchie. La dékarchie de Dix partisans de Lysandros, avec l'harmoste lacéd^emo-

(1) Plutarque, Lysand. c. 5. vu que le mot Dékadarchies est aussi (2> Xénoph. Hellen. II, 2,6. employé par Xénophon àans nu sens (3) Ces conseils de Dix, organisés autre et très-ditférent, — comme sipar Lysandros, sont appelés parfois gnifiant un officier qui commande une

Dékarchies, — ^parfois Dékadarchies , Je Dékade, me sers du premier mot de préférence,

LA GRÈCE SOUS L'êMPIRE LACÉD^EMONIEN

nien pomr les appuyer, deyint le plan général de gouverneloeikt hellénique d'un bout à l'autre de la mer JEgée, depuis rEubcea jusqtr'aux villes de la côte de Thrace, et depuis Milôtos jusqu'à Byzantion. Lysandros se rendit en personne avec sa flotte victorieuse à Byzantion et à Chalkêdon, aux cités de Lesbos , à Thasos , et dans d'autres endroits, tandis qu'il envoya en Thrace Eteonikos, qu'il chargea de refondre aini^i partout les gouvernements. Non-seulement les villes qui jusqu^alors avaient été du côté des Athéniens, mais encore celles qui avaieût agi comme alliées de Sparte, forent soumises à la même révolution intérieure et à la même contrainte étrangère (1). Partout la nouvelle dékarchie créée par Lysandros se substitua aux gouvernements antérieurs, oligarchiques ou démocratiques.

A Thasos, aussi bien que dans d'autres lieux, cette révolution ne s'accomplit pas sans beaucoup de sang versé et sans stratagème perfide, et Lysandros lui-même ne se fit pa§ scrupule d'imposer, personnellement et par sa présence^ l'exécution et l'expulsion des citoyens suspects (2). Toutefois, dans bien des endroits, un simple terrorisme suffît probablement. Le» nouveaux Dix chefs créés par Lysandros intimidèrent la résistance et parvinrent à faire reconnaître leur usurpation, par la menace d'appeler l'amiral victorieux avec sa flotte de deux cents voiles et par la simple arrivée de l'harmoste lâcéd»monien! Non-seulement chaque ville

(1) Plutarque, Lysand. c. 13.

KaraXtitov ôè tovç 5-fi\Loyj^ xal ta;

dé»aç TCoXfTeia;, ëva {lèv àppioori^v éxtt<mp Aflixs8ûtt|jLoviov xocréXnre, ôéxot §à àçyicfvzoi^ èx xwv vît' aOrou axkyxtx^^ XTijJLevtuv xaxà icôXtv êtaipeiwv. Kaî xaOTa TcpàxTwv ôpiottoç èv tê raîç Tco^etiiaiç xal Taiç o-u{j.(j>dxotc Ye"lfevri(iévaiç «oXecri, iraoénXei (7XoXaiù>4 xpéicov xtva xaTatixeuaÇottsvoç éauTcd Ti^v Tï)ç *EXXàôoç fnfe|J.ovîav.

Cf. Xénoph. Hellen. II, 2, 2-5; Diodore, XIII, 3, 10, 13.

(2) Plutarque, Lysand. c. 13. IIoX-

ouvexêàXXcov toùç tcov <piXci>v ixÔpoùç, oOx émeixsç èStÔou xot; "EXXrifft ôeÏYfJia xi)c Aaxeôatuovioofv à^x^^t ®^^*

Ib. c. 14. ILal xwv (lèv dtXXu>v ieoXccov ô(j.zXû); àiraTwv xaxéXus xàç TtoXixeîaç xai xa6t<Txyi 8exa8apyja<; • icoXXtov (xàv èv éxaffn;) <rçaxTO{xéva)V, ttoXXûv ôè çevyovTtov, etc.

Au sujet du massacre à Thasos, V. Conoélius Népos, Lysand. c. 2; Polyen, I, 45, 4. Cf. Plutarque, Lj'sand. c. 19 ; et V, tome XII, ch, 1 do cette Histoire,

fut obligée de fournir une citadelle fortifiée et l'entretien à ce gouverneur et à sa garnison, mais un projet de tribut, montant à mille talents par an, fut imposé pour Tavenir et assis proportionnellement sur chaque cité par Lysandros (1). Dans quel esprit ces nouvelles dékarchies gouvernaientelles, composées comme elles Tétaient des partisans oligarchiques choisis se distinguant par leur audace et leur ambition (2), — qui à tout le désir peu scrupuleux de puissance qui caractérisait Lysandros lui-même ajoutaient une soif de gain personnel, dont il était exempt, et étaient alors disposés à se rembourser des services qu'ils lui avaient déjà rendus, — c'est ce que l'analogie générale de l'histoire grecque suffirait à nous apprendre, bien que nous soyons sans détails spéciaux. Mais , quant à ce point, nous n'avons pas seulement l'analogie générale pour nous guider, nous avons de plus le cas parallèle des Trente à Athènes, dont le gouvernement est bien connu dans ses particularités et auquel il a déjà été fait allusion. Ces Trente, à l'exception de la différence du nombre, furent à tous égards une dékarchie semblable à celles de Lysandros, produite par la même force créatrice, placée dans les mêmes circonstances et animée par le même esprit et par les mêmes intérêts. Chaque ville sujette dut avoir son Kritias et son Theramenês, et son' corps de citoyens opulents semblables aux Chevaliers ou Cavaliers à Athènes pour soutenir leur action oppressive, sous le patronage lacédaBmonien et sous la protection de l'harmoste lacédaemonien. De plus, Kritias, avec tous ses vices, devait être meilleur plutôt que pire, en tant que comparé avec son pendant oligarchique dans toute autre cité moins civilisée. C'était un homme adonné aux lettres et à la philosophie, accoutumé à la conversation de Sokratès et à la discussion de questions morales et sociales. Nous pouvons

(1) Diodore, XIV, 10. Cf. Isokrate, (2) Plutarque, Lysand. c. 13. ToO

Or. IV (Panegyr.j, s. 161 ; Xénoph. Auaàvîpou twv ôXtywv toi; 0pa<ïVTà- Hellen. IV, 8, 1. Totç xal çtXoveixotàToiç tàç iréXet; if'

XetpCCovTo;.

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en dire autant des Chevaliers ou Cavaliers à Athènes. Indubitablement ils avaient été mieux élevés et exposés à des influences plus propres à les améliorer et à les rendre libéraux, que la classe correspondante ailleurs. Si donc ces Chevaliers à Athènes ne rougissaient pas de servir de complices aux Trente dans toutes leurs énormités, nous pouvons présumer sans crainte que les autres villes fournissaient un corps d'hommes opulents encore moins scrupuleux et un chef sanguinaire, rapace et plein d'antipathies au moins autant que Kritias. Il en fut ailleurs comme h Athènes : les dékarques commençaient par mettre à mort les adversaires politiques notoires, sous le nom «* (J'hommes méchants (1) » ; ensuite ils continuaient à agir de la même manière à l'égard d'hommes connus par leur probité et leur courage et capables de se mettre à la tète d'une résistance faite à l'oppression (2). Leur carrière de sang continuait, — en dépit des remontrances de personnes plus modérées de leur propre corps, telles que Theramenès, — jusqu'à ce qu'ils combinassent quelque stratagème pour désarmer les citoyens, ce qui leur permettait de satisfaire à la fois leurs antipathies et leur rapacité, en faisant des victimes plus nombreuses encore , — beaucoup de ces victimes étant des hommes riches, choisis en vue de pure spoliation (3). Ils se défaisaient ensuite par la force de tout conseiller importun de leur propre corps, comme Theramenès, probablement avec beaucoup moins de cérémonie qu'on n'en mit pour accomplir ce crime à Athènes, où nous pouvons reconnaître l'effet de ces formes et de ces habitudes judiciaires auxquelles le public athénien avait été accoutumé, — rejetées, il est vrai, non toutefois encore oubliées. Il ne restait guère

(1) Xénoph. Hellen. II, 3, 13. ire'iwcovTo; aÙTOiç, oûç èêou>ovTO, ^\jv£- ... Iiret^av AOffavSpov çpoupoùç Xàfxêavov oùxért toùç irovripovç xal

iiçt«Tt ^uptTcpaÇai l/ôeiv, Iwç 5t) toi>ç ôXiyou àÇiouç, àXX* i^Snj oOç évô|xiÇov

«ovYipoùc èxTcoôwv uoiY)aà{JLevot xa- -îîXKjTa (iiv Trapa»6ou|iivouç àvéxs^Oai,

TaoTTÎcraivTO ti^v TroXtTSÎav, etc. ôvriirpàxTeiv 6é ti èicixeipovvtotç TC>.ei<i-

(2) Xénoph. Hellen. II, 3, 14. TtSv tou; toùç ÇuvsOéXovtotç Xafxêàveiv. Se 9poupcov TO'JTOO (l'harmoste) ^[i- (3) Xénoph. Hellen. II, 3, 21.

plus de nouvelle énormité à commettre, outre les exécutions multipliées, si ce n'est de bannir de la ville tout le monde, excepté leurs partisans immédiats et de récompenser ces derniers avec des domaines de choix confisqués sur les victimes (1). S'il était appelé à justifier une telle tyrannie, le chef d'une dékarchie avait assez d'imagination pour •employer l'argument de KLritias, — à savoir que tous les changements sont inévitablement mortels, et que rien moins que des mesures aussi rigoureuses suffiraient pour maintenir sa cité dans une dépendance convenable de Sparte (2).^

Naturellement je n'ai pas la pensée d'affirmer que, dans «toute autre cité, on vit précisément les mêmes phénomènes •que ceux qui se présentèrent à Athènes. Mais nous sommes néanmoins parfaitement autorisés à regarder Thistoire des Trente Athéniens comme un bon échantillon, d'après lequel nous pouvons nous former une idée de ces dékarchies créées par Lysandros, qui couvrirent alors le monde grec. Sans doute chacune d'elles avait sa propre marche particulière; quelques-unes étaient moins tyranniques; mais peut-être quelques autres Tétaient-elles même plus, eu égard à la grandeur de la cité. Et en effet Isokrate, qui parle de ces dékarchies avec une horreur pleine • d'indignation, toat en dénonçant les traits qu'elles avaient en commun avec la triakontarchie à Athènes, — meurtres extrajudiciaires, spoliatÎMis et bannissements, — signale une énormité de plus, que nous ne trouvons pas dans cette dernière, — ■ de violents outrages exercés sur des enfants et des femmes (3).

(1) Xénopîi. H«llen. H, 4, 1.

(2) Xénoph.Hellen. II, 3, 24-32. Kai zlat [Ltv ÔTQTTOU -Tràorai {AEtaêéXai ttoXi- TÊitûv ÔavaTTQçopoi, etc.

(3) Isokrate, Orat. IV (Panegyr.), ■Sv 127-132 (c 32).

Il a paslé avec quelqtte longueuT, et

M» ternue* de dchionciation én«rgk|ue,

<iOiitre les éiior mités de cm. Dékkr-

-ch'es n termme en disant : — «l^uyàç

'<6è icai ordosiç xat vô(X(i>v av^^utreiç xat

'SToXiTEiôv {Ji£Ta6o)*àç, Ivi ôè watSwv

uêpetç xal yuvftixwv atorj^iWaç xai XP^{J''*'^««>^ àpTrayàç, Ti; àv ôuvaiTO ôie^eXOsiv; ttXyiv to«toOtov eltteiv îytû xa6' aTràvTtov, ôtt rà jièv t<p* i^fxwv ôetvà faSîo); àv tiç évt <î/r,ç{(7(xaTi ôié- >jo-e, Tàç 6è (Tçayàç nai ta; àvojJttaçxà; inl TOtkcov 7&vo(Aiv2e; ouS&U «v làocLS- Oat 8uvaiTo.

V. aussi, dn même auteur, Isokrate, Orat. V (Pliilipp.), s. 110 ; Orat. VIII (De Pace , s. 119-124; Orat. XH (Pasath.), s. 58, 60, 106. %

LA GRÈCE SOTJS t'EMPTRE LACÉDJEMONIEN

Rien de cette sorte n^est attribué à Kritias (1) et à ses compagnons, et c'est une preuve considérable de la force restricîtiTe des mœurs athéniennes que des hommes qui faisaient tant de mal pour satisfaire d'autres entraînements violents, se soient arrêtés là tout court. Les déoemvirs nommés par Lysandros, comme le décemvir Appius Claudius à Rome, se trouvaient armés du pouvoir de rassasier leurs convoitises ^nssi bien que leurs antipathies , et n'étaient pas plus dans le cas de mettre des bornes aux premières qu'aux dernières. Lysandros, dans toute l'insolence présomptueuse de la victoire, en récompensant ses partisans les plus' dévoués par une élévation qui comprenait toute sorte de licence et de tyrannie, souilla les cités dépendantes de meurtres sans nombre, accomplis sur des motifs privés aussi bien que publics (2). Aucun Grec individuellement n'avait jamais possédé auparavant un pouvoir aussi prodigieux d'enrichir des amis ou de se défaire d'ennemis, dans cette réorganisation universelle de la Grèce (3), et il n'y eut jamais de pouvoir dont on ait abusé d'une manière plus déplorable.

Ce fut ainsi que l'empire lacédsemonien fit peser sur cha- ■cune des cités sujettes une double oppression (4), les décemvirs indigènes et l'harmoste étranger se soutenant mutuellement et accablant ensemble les citoyens d'une pression aggravée à laquelle il n'était gTière possible de se soustraire. Les Trente à Athènes courtisaient le plus possible l'harmoste Kallibios (5), et ils mirent à mort des Athéniens individuel-

(1) Nous pouvons conclure que si Xénophon avait appris quelque chose de la sorte relativem nt à Kritias, il n'aurait guère hésité à le mentionner; quand nous lisons ce qu'il dit (Meinorab. I, 2, 29). Cf un curieux passage an sujet He Kritias dans Dion Chrytfostume^ Or. XXI, p. 270.

(2) Plotarque, Lysand. c. 19. "^Hv.ôè xal TcJ&v àX/u)v èv taiç TroXem Ôtqjiotixôr/ çovo; oOx àptft(x.TfjTO(;, are ôyj jii^ xaT* lôîa; (jlovov atTÎa; avToy xtsivovto;, à).).à 7ro>.)>aîç [liv ïy^pctiz^ TTOÀXai; 6è

7r>eove|{ai;, tûv éiwwjTayoÔt çtXwv y^ccpiCo[jt,£voy xà Toiaùxa xal ffuvspYOÙv- To;; et Pausanias, VII, 10, 1; IX, 32, 6.

(3) Plutarque, Agésîlas, c. 7.

(4) V. le discours des envoy<^s th€bains à Athènes, environ huit ans avant la redlition d'Athènes (Xénoph.

HeUen. III, 5, 13).

OCiSè yàp 9UYeîv iÇvjv (Plutar-

que, Lysand. c. 19).

(5) Xénoph. Hellen. II, 3, 13. Tov pièv KaXXiêioV £0£pà7tei»ov Tzâ(rrj ôspa-

lement qui lui étaient désagréables, afin d'acheter sa coopération dans leurs propres violences. Le peu de détails que nous possédons relativement à ces harmostes (qui continuèrent d'exister dans toutes les villes insulaires et maritimes pendant dix années environ , jusqu à la bataille de Knidos, ou aussi longtemps que dura l'empire maritime de Sparte, — mais beaucoup plus longtemps dans diverses dépendances continentales, c'est-à-dire jusqu'à la défaite de Leuktra, en 371 av. J.-C.) sont tous en général déshonorants. Nous avons vu dans le dernier chapitre la description que fait même Xénophon, le partisan de Lacédsemone, de la manière dure et perfide dont ils agirent à l'égard des soldats de Cyrus lors de leur retour, combinée avec leur soumission corrompue à l'égard de Pharnabazos. Il nous apprend qu'il dépendait de la volonté d'un harmoste lacédsemonien que ces soldats fussent déclarés ennemis et exclus pour toujours de leurs villes natales, et Kleandros, l'harmoste de Byzantion, qui commença par les menacer de ce traitement, ne fut amené à retirer sa menace que par la soumission la plus illimitée, combinée avec une conduite très-délicate. Nous avons raconté quelques pages plus haut les procédés cruels d'Anaxibios et d'Aristarchos, qui allèrent jusqu'à vendre quatre cents de ces soldats comme esclaves. Rien ne peut être plus arbitraire ni plus criminel que leur manière d'agir. S'ils pouvaient se conduire ainsi à l'égard d'un corps de soldats grecs chargés d'une gloire acquise, puissants soit comme amis, soit comme ennemis, et ayant des généraux capables

Treia, w; iràvxa èiraivoiTi, & Tupàx- Totev, etc. (Plutarque, Lysand. c. 15).

Les Trente semblent avoir dépassé 'Lysandros lui-même. Un jeune Athénien de marque, distingué comme vainqueur dans le pankration, Autolykos, — ayant été insulté par Kallibios, s'en vengea, lui donna' un croc en jambe, et le jeta par terre. Lysandros, auquel on eu appela, justifia Autolykos, et blAma Kallibios, lui disant

quUl ne connaissait pas la manière de gouverner des hommes libres. Toutefois, dans la suite, les Trente mirent Autolykos à mort, comme moyen de faire leur cour à Kallibios (Plutarque, Lysand. c. 15). Pausanias mentionne Eteonikos (non Kallibios) comme étant la personne qui frappa Autolykos, mais il attribue la même décision à Lysandros (IX, 32, 3}.

LA GRÈCE SOUS l'eMPIRB LACÉD^MONIEN 220

de poursuivre leurs intérêts collectifs et de faire écouter leurs plaintes, — de quelle protection un simple citoyen d'une cité sujette quelconque, de Byzantion ou de Perinthos, pouvait-il s'attendre à jouir contre leur oppression?

L'histoire d'Aristodêmos, l'harmoste d'Oreus, en Eubœa, prouve qu'on ne pouvait obtenir de justice des éphores à Sparte contre aucane de leurs* énormités. Cet harmoste, entre beaucoup d'autres actes de violence brutale , saisit dans la palestre un beau jeune homme, fils d'un citoyen libre-d'Oreus, — l'enleva, — et après avoir essayé vainement de triompher de sa résistance , le mit à mort. Le père du jeune homme alla à Sparte, fit connaître ces atrocités, et en appela aux éphores et au sénat pour obtenir réparation. Mais on fit la sourde oreille* à ses plaintes, et dans le désespoir de son cœur il se tua. Dans le fait, nous savons que ces autorités Spartiates n'accordaient pas de réparation, non-seulement contre les harmostes, mais même contre de simples citoyens Spartiates qui s'étaient rendus coupables d'un grand crime hors de leur pays. Un Bœôtien, près de Leuktra, nommé Skedasos, se plaignit que deux Spartiates, revenant de Delphes, après avoir reçu un accueil hospitalier dans sa maison, avaient d'abord violé et tué ensuite ses deux filles ; mais, même pour un outrage aussi abominable, il ne put obtenir de redressement (1). Sans doute, quand un paissant allié étranger, comme le satrape persan Pharnabazos (2), se plaignait aux éphores de la conduite d'un harmoste ou d'un amiral lacédsemonien, ses représentations étaient écoutées, et nous apprenons que les éphores furent ainsi amenés, non** seulement à rappeler Lysandros de THellespont, mais à mettre à mort un autre officier. Thorax, pour s'être approprié de l'argent d'une manière illégale. Mais, pour un simple citoyen, dans une cité sujette quelconque, l'autorité suprême

(1) Plutarqne , Amator. Narrât. jeunes fiUes outragées ainsi se tuèrent.

p> 773; Plutarque, Pélopidas, c. 20. Cf. une autre histoire dans Xônoph.

Dans Diodore (XV, 54) et dans Pau- Hellen. V, 4, 56, 57.

sanias (iX, 13, 2), il e«t dit que les (2) Plutarque, Lysand. o. 19.

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