LIVRE V, €0APITR£ VI. Soy
libre; maiff la nation n^en était pas moins régie par ses propres lois et administrée par des magistrats sortis de. son sein: les officiers anglais, dans toutes leurs proclamations, soit en prenant possession des îles qni se livraient à eux avec confiance, soit dans la suite, répétaient toujours, fidèles aux instructions secrètes qui leur avaient été données, « que la Grande^ ï> Bretagne n^avait en vue dans cette expédition que » Texpulsion des Français et la délivrance d'un peuple A opprimé.» Renouvelant ainsi un acte de trahison, dont heureusement rhistoire ne fournit que peud'exempics , TAngleterre fit dans l'Adriatique ce qu'elle avait lait dans les Indes : elle foula aux pieds toutes les lois de rhbnneur ; et abusant de la crédulité d'un peuple faible et confiant, elle sut cacher $es projets criminels sous le voile spécieux de l'amitié.
Cependant la garnison française de Corfou , sous les ordres du général Donzêlot, bravait les vains «f* forts de l'ennemi à la faveur des remparts qui la pro^ tégeaient. Elle sut résister, jusqu'à la fin de la guerrCi aux attaques combinées des troupes anglaises et dt toute une population soulevée par l'appât irrésistible d'une indépendance prochaine. Le- siège eut été bien
3o8 HISTOIRE DES ILES lOKIENNES; plus long sans doute , et rintrepîdité des Français eâf peut-^être triomphé, si les grands événemens survenus en Europe n^avaient mis un terme à tant de courage et de persévérance. Dès que l'avis of&ciel de la cstpir tulation de Paris et de la chute de Napoléon parvlot à Corfou , le général , cédant k Turgence des circonsptances , se vit enfin obligé d'abandonner une place Mai 1814. qu'il avait si vaillamment défendue. Les Anglais en prirent possession au nom des puissances belllgé* rantes, et le commandant français, en quittant Tile de Corfou qui avait été le théâtre de son dévouement et de ses talens militaires , fit aux Ioniens des adieux touchans, dont toutes les expressions doivent retentir aujourd'hui au fond des cœurs de ces malheureux insulaires. Les leçons tardives de l'expérience leur ont appris à connaître leurs véritables ennemis. Ils savent maintenant à quel prix l'Angleterre vend aux nations
ses fimestes services.
A peine l'embarquement des troupes françaises était-il effectué , que le sénat ionien , composé de représentans élus dans chaque île , s'assembla à Gorfou. Ce corps suprême , formé des mêmes personnages qui avaient été chobis par le peuple sous le protectorat