‹ Histoire de la Grèce. Description des îles Ioniennes, Corfou, Paxo, Leucade, Ithaque, Céphalonie, Zanto, Cérigo et Naxos; depuis les temps fabuleux et héroiques jusqu'à ce jourChapitre 152 sur 197 · LIVRE V, CHAPITRE TI. SoQ · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE TI. SoQ

ties Russes, avant la dernière occupation des Fran* çais , nVprouva d'abord aucune entrave dans ses délibérations. Le premier acte authentique qui signala sa réunion, fut une espèce de mémoire adressé à F empereur de Russie , dans lequel on rappelait à ce sou-

verain ses anciennes promesses , « de rendre aux îles » leur indépendance, dont les hasards de la guerre les » avaientprîvées. » Peut^lre que cette pièce aurait été

présentée au congrès , et qu'on eut fait droit à de si )ustes réclamattons , srPAngFeterre, qui n'avait pltisbesoin de feindre , ne s'y fut soudain opposée. Le gé^ Béral Campbell arriva bientôt à Corfou avec le titre de commissaire des puissances alliées. Il déclara que te gouvernement britannique ne reconnaissait point l'existence d'un peuple ionien indépendant. Sa proclamation, conçue en dés termes bien difTérens de toutes celles que les Anglais avaient publiées Jusqu'à ce jour, fit sur les insulaires l'impression la plus ter-' rible. C'est alors que, comparant ce manifeste plein de hauteur et dicté par Tesprit du despotisme le plus absolu , avec les derniers adieux du général Donzelot^ Us' reconnurent ce qu'ils avaient perdu et ce qu'ils^ avaient à craindre. Cependant, comme les peuplés-

3lÔ HISTOIRE, DES ILES lOXiENNES,

aimeBt à s^abuser, on espérait encore que les grsmdes puissances alliées et surtout la Russie interviendraient dans cette afiàire. Mais le commissaire britannique ne laissa pas long-tems ces malheureux dans une pareille incertitude, bien moins pénible encore que la réalité. Toutes les lois nationales furent , pour ainsi dire , abrogées, et ce que les Français vainqueurs, possesseursdcs Iles Ioniennes à titre de conquêtes , n'avaient point biU un général anglais , établi provisoirement à Corfoa es qualité de protecteur, osa l'entreprendre. L'aulonU civile et militaire fut concentrée tout entière enlûsini; il ne connut de lois que sa volonté , et bientôt un renversement général des institutions et des statuts q» ^ient les seuls garans des droits nationaux , prépaie par le chef d'un pouvoir si inique , fut exécuté par ses ordres. L'université , l'académie , les presses d unprîmerie et tous les établissemens qui peuvent cod* courir au perfectionnement de l'esprit humain ch^ un peuple libre , furent abolis : les citojeDS &ren^ soumis à une police sévère , &ite par des aventunen étrangers, vil ramas de mercenaires, que Camp>di avait amenés de la Sicile. Les malheureux insulaires, revenus de la stupeur ou les avait plongés une coo-

IIVRE V, CHAPITRE VI. 3ll

duite si étrange, tombèrent dans nne sorte de dëses^ poir : ils étaient traités bien plus durement que s^ils eussent subi la loi d^un vainqueur, eux qui s'en étaient remis avec tant de confiance à la générosité de l^Angleterre. Jamais un joug si onéreux n^avait pesé «or leurs têtes» et le séjour des années turco^russes leur offirait peut-être des souvenirs moins pénibles que ne Tétaient les maux présens dont la Grande-Bretagne les accablait.

Il ne restait plus qu'une seule imprimerie à Corfou , et le chef anglais s'en était emparé. La terreur était à son comble. Des tribunaux Bifilaires provisoires, qui semblaient présager la formation de cours martiales , condamnaient les citoyens sur un simple soupçon, et les moindres murmures contre tant d'injustices et de perfidies étaient punis comme des crimes capitaux. Cet état de choses dura trop long-tems pour les mal*

heureux Ioniens ; le traité de Paris , signé le 5 no* vembre, assignait aux Iles Ioniennes un rang honorable parmi les états de l'Europe ; mais les diplomates qui accordèrent ainsi les intérêts politiques des grandes puissances si long-tems ennemies, coimnirent une faute impardonnable en laissant à l'Angleterre le soin

3c2 HISTOIRE DES ILES lONIEKNES^

d^assurer rindépcndancc des Ioniens , et de vclfler à leur bonheur. Il est vï-ai"*qae les ministres britanniques n'omirent rien de ce qui pouvait leur laisser le Ymt exercice d^une sorte de patronage sur ces îles : îk parvinrent à obtenir que k Grande-Bretagne m serait déclarée la protectrice. 11 ne leur en fattaît pas davantage. Ce.titre les autorisait à s'immiscer dans tout» les afiaires des insulaires ; il est impossible que les souverains eux-mêmes ne l'aient pas senti : l'exempie de la confédération germanique protégée naguère par Napoléon, devait leur donner la mesure du gew* de protection que VAiû|;lctcTrc accorderait aux De* Ioniennes.

Cet article important du traité de Paris ranima cependant le courage des Ioniens. Ils crurent qu'ils seraient bientôt débarrassés de leurs opprcsseors, et que l'heure de la liberté approcbâit ei^n. Mais 1 arrivée du général Maitland , avec le titre de lordff^ Cominissaire àt la Grande-Bretagne, anéantit à jai*^ tout espoir de retour à l'indépendance. Dej^ '^ avait employé toutes sortes d'intrigues po^ '^ illusoires les clauses du traité de Paris. LAng* terre , si vivement intéressée à se con^rvcr «s

IIVRE V, CHAPITRE VI. 3l3

Ioniennes^ s'était efforcée de rendre plausible Foccupation de ces contrées. Ses agens diplomatiques t^ présentaient les insulaires sous les couleurs tes plus odieuses. Jamais, selon eux, les iles de TAdria tique ne pourraient jouir dHine liberté sage, sans TinterveiK tion. d'une puissance protectrice, assez forte pour réprimer les' excès d'une populace effrénée , et pour arrêter l'anarchie qui serait hi conséquence infaillible d'un affranchissement sans restriction. On crut à la sincérité de ces observations astucieuses, ou plutôt on parut y croire : Maitland arriva sur ces entrefaites. Les insulaires, délivrés de la tyrannie du général Can^lbell, s'attendaient à voir la conduite de. ce chef blâmée par le go\ivememenl britannique; ils ne pouvaient même se persuader qu'elle eût été tracée par le ministère, tant elle était contradictoire avec les premières proclamations ! Cependant lé général Maitland déchira le voile qui couvrait encore à demi toutes ces honteuses machinations. L'un des premiers actes de son installation à Corfou , fut une proclamation dans laquelle il déclarait aux habitans ce que la Grande-^Fëv. 181^ » Bretagne approuvait tous les actes de son prédeces-- » seur , et l'investissait d'un pouvoir égal au sien« » £a

3[4 HISTOIKE DES ILES lOiriENNES,

observant avec attention la marche suivie par le nouveau commissaire , on ne peut s^empécfaer de remarquer une sorte de disparate entre ses premières déclarstiions et ^a conduite ultérieure. Lui, qui avait proclame la sanction donnée par le ministère anglais aux mesures arbitraires du général Campbell, ne craignît pas de révoquer bientôt après des assertions aussi authentiques : soit qu^l voulâf , par ce moyen , se concilier TafFection des insulaires , soit qu^il eût des moti& personnels pour en agir ainsi, il s'éloigna tout à coup du système adopté par Campbell : d'autres proclamations cassèrent ou annulèrent les dispositions les pl|is importantes de ce dernier. Ses vues administratives fiureQt incriminées , et les hommes dont il s^était servi ^ honteusement disgraciés. Le général Maitland abolit aussi le monopole des grains comme inutile et odieux, quoiqu'il eut été établi par son prédécesseur : il porta même les choses au point de nommer une commission ^ chargée de recevoir les plaintes de ceux qui avaient été en butte aux persécutions ou aux injustices de Gmdpbell : enfin plusieurs des sentences rendues par lui , fiurent rapportées. Et cependant , quoique Padministration fût assujettie à un système tout-à-fait op-

Page 1