CORFOU, CHAPITRE V
maux des Insulaires étaient infinis ; et il ne leur restait pas même Ténergie du désespoir, quand les Français arrivèrent dans ces îles, au mois de juin 1797.
Le général Gentile, qui les commandait, y proclama les premiei^ principes de liberté et de bonheur. Il affranchit le peuple de la tyrannie des nobles , les lies de Paxo et dlthaque de la domination des autres, et forma, de toutes les îles et des arrondissemens continentaux qui en dépendaient, trois. départemens:
Celui de Corçyrey qui comprenait Corfou , Paxo et Parga ;
Celidd* Ithaque, réunissant Sainte-Maure, Preveza, Yonizza, Ithaque et Céphalonie;
Celui de la mer Egée, comprenant Zante et Cerigo. .
Des municipalités et des magistrats pour la police furent créés dans chacune de ces îles ; elles reçurent enfin à peu près Forganisation qu^avàit à cette époque la république française. Ces institutions et ces améliorations obtinrent Tassentiment général des Insulaires ; elles leur inspirèrent surtout pour leurs libérateurs dessentimens de reconnaissance et d^attachement qu'ils auraient dû toujours conserver depuis.
Les Iles Ioniennes étant tombées au pouvoir de
Farmëe turconrasse^ aa mois de mars 17999 Famiral russe Uschacoff y abolît le mode de gouvernement institue par les Français, et leur donna une constitution par laquelle il rétablissait les anciens conseils de nobles, mais en y admettant ceux des Insulaires que leur fortune et leur éducation rendraient susceptibles d^obtenir ta noblesse.
Il fit élire, par les îles, des dépntations chargées de soumettre à Tapprobation des cours de Saint-Pétersbourg et de Constantînople cette constitution.
Ces deux cours adoptèrent, le 21 mars 1800, une convention qui réglait Fétat politique de la république septinsulaire. *
Mais pendant la durée des négociations à ce sujet, les députés ioniens, au lien de soumettre à Tapprobation de la Porte la constitution qui leur avait été donnée par Tamiral Uschacoff, firent entre eux on pacte qu'ils osèrent présenter comme le vœu de la Bârtiou, et qui fut déclaré , sous Tautorisation du Reîs- Efiendi, constUution de réîai, et mis en vigueur surle-champ.
'Bientôt des réclamations s^élevèrent dé toutes parts contre les principes de cette coustilution, qui assurait
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aux anciens nobles et leurs privilèges et leur despotisme héréditaire. Des divisions éclatèrent entre \eà îles, puis parmi les citoyens; enfin un soulèvement général les plongea dans une en tière anarchie. Leucade, Ithaque y Céphalonie se détachèrent de la confédération 9 et adoptèrent chacune un- mode particulier de se gouverner. Zante, enracinée dans la révolte , et qur avait y dès le mois de sej^tembre 1799, changé les gouvernans que lui donnait la constitution russe; qu» résistait depuis aux ordres et aux menaces du sénat; qui avait même repoussé , paf la force , l'attaque d'un détachement septinsulaire^ envoyé *de Girfoa pour occuper sa forteresse ; Zante porta aussi plus loin que les autres îles T esprit de rébellion, et arbora t» pavillon anglais, le 7 février 1801.
Le sénat de Corfou fut contraint de recourir à une assemblée des députés du peuple. Ceux-ci, réimiâ au corps délibérant , réformèrent la constitution by^ntine, et en adoptèrent une autre, au mois de novembre 1801. Elle fut mise aussitôt à exécution, et Fautorité législative établie sous le nom d* Oûaranda.
Mais les nobles n'avaient point renoncé aux honneurs et aux avantages qu'on leur avait ravis. Us ne
voyaient la patrie que dans ces avantages , et pour les recouvrer, ils songèrent à faire intervenir les e'trangers dans lears affaires; et quels étrangers? Us s^adressèrent aux Turcs, leurs dignes aliies, et à force d^îotrignes à Constantinople, ils obtinrent duCaïmacanun ordre qui annullait la constitution deVOnoranda, et rétablissait la Byzantine.
Les Turcs ni les Russes ne pouvaient alors fournir aux nobles les forces nécessaires pour mettre à exécution ce décret ; ils s^adressèrent aux Anglais , toujours prêts à 3ttent«r aux libertés des pays qui ne sont pas le leur, et qu^on trouve toujours pour quelque chose dans les violences commises confiée le& peuples. Les -Anglais fournirent donc deux frégates, avec lesquelles iU rentrèrent à Corfou. L^Onoranda résista d'abord ; elle avait pour elle la masse des habiians ; mais, moitié par force, moitié par composition, elle se laissa dissoudre, et la constitution fut proclamée et remise en vjgueur le 20 février i8oa.
Cependant ni la présence des Anglais, ni Tapprodie des Russes ne purent comprimer cette fois Thorreur du peuple pour cette constitution : il se leva en masse, désola les campagnes, se porta vers la ville,