CHAPITRE II
CAMPAGNES ASIATIQUES D^ALEXAMDRE
Pendant le règne d'Alexandre le Grand, U n'y a pour ainsi dire pat dliiitoire
grecque. — Dans quelle mesure les projeté aûatiqnes d'Alexandre appartenaient à l'histoire grecque. — Prétextes panhelléniques mis en avant par Alexandre; le sentiment réel des Grecs était contraire à son succès. — Ana* logîe entre les rapports d'Alexandre avee les Orecs, — > et eeox de Fenpereur Napoléon avec la confédération du Rhin. — La Grt-ce dépendance, mais dépendance importante, de la ilacédoine. — Qualités extraordinaires et talent militiiire d'Alexandre. — Changements dans la guerre grecque, qui avaient précédé l'organisation militaire de la Macédoine et y avaient contrihué. — Condition militaire macédonienne avant Philippe; cavalerie honne et solide; pauvre infanterie. — Philippe arme de nouveau l'in&nterie et la réorganise; longue pique on sarissa micé^ienne. — Phalange macédonienne; comment elle était armée et disposée. — Elle était destinée dans Turigine à lutter contre les hoplites «rrecs tels qu'ils étaient organisés par Epaminondas. — Régiments et divisions de la phalange; iulauterie pesamment armée. — Lifanterie l^ère de ligne; hypaspistae, ou gardes. — Troupes Itères eo général, — pour la plupart étrangères. — Cavalerie macédonienne; sa supériorité; comment elle était onrégimentéo. — Gardes du corps macédoniens d'élite; pages royaux. — Auxiliaires étrangers; hoplites grecs; cavalerie tliessalienne \ PswnienSf Dlyriens, Thraoes, etc. — Magasins, bnreaux de la guerre et dépôt & Pella. — Aptitudes des Macédoniens — purement militaires; l'orgueil militaire leur tenait lien «le sentiment national. Mesures prises par Alexandre avant son départ puur l'Asie; Antipater laissé comme vioe-roi à Pella. — Marehe d'Alexandre vers VHellespont; il passe en Asie. — Visite d'Alexandre à Ilion. — Analogie d'Alexandre avec les héros grecs. — Revue et total do l'armée macédonienne en Asie. — Principaux officiers macédouions. — Grecs au service d' Alexandre; Kumenês de Kardia.
Forces persanes ; Mentor et Memndn les Rhodiens. — Soceession de la couronne persane; Oclius, Darius Codoman. — Préparatifs que fait Darius pour se défendre. Opérations de Memnôn avant l'arrivée d'Alexandre. — Supé> riorité des Perses sur mer; leur imprudence en laissant Alexandre traverser l'Hellespont sans obstade. — Armée persane assemblée en Pbry^a, sous Arsitès et autres. — Memnôn consoillf d'éviter m; combat sur terre, et d'employer la Hotte pour une guerre olieusive eu Macédome et eu (irèce. — Arsitês
rejette le conseil de ^remnon et se détermine h combattre. — Les Perses prennent position sur le Granikos. — Alexandre arrive au Granikos et résout do forcer le passage sur-Ie-ohamp, malgré l'avis contraire de Parmeniôn. — Manière dont les deux armées étaient rangées. — Batuillu du Granikos. — Combat de cavalerie; danger personnel f|ne court Alexandre ; Kleitns lui sauve la vie.
— Victoire complète d'Alexandre; destruction de riafanterie grecque du côté des Perses. — Perte des Perses; nonkbre de lenrs hommes de marque tués. —
■ Faibles pertes des Macédoniens. — Bonté d'Alexandre pour ses soldats blenéSf et traitement sévère des prisonniers ji^recs. — Inliabileté des chefs persans; immense impression produite par la victoire d'Alexandre. — Terreur des Asiatiques; ils se soumettent à Alexandre; reddition de la forteresse de Sardes. — Il s'avance de Sardes vers la cdte; prise d'Ephesos. — Il trouve la première ri^sistance h Milêtos. — La flotte persane près d'arriver; MemnOn est nommé commandant en chef des Perses. — La flotte macédonienne occupe le port de MilStos et tient les Perses à distanoe; Alexuidre refose nn combat naval; son débat avec Parmeniôn. — Alexandre assiège MilPtos; { rijo de cette cité. — La ilotte persane se retire à Halikarnassos ; Alexandre licencie sa propre flotte. — Alexandre s'avance vers Halikarnassos; Ada, reine de Karia, le rejoint. — Forte gamiMm et bons préparatifs éè défense à Halikama^s.
— Siège d'Halikamassos: bravoure de la garnison, sous Ephialt^s l'Athénien.
— Sortie désespérée d'KpbkUtèi, •'d'abord heureuse, mais repoossée; loimAmo est ttié. — Memate «st ftné dCabandonner l^difamassos et do foire retirer la garnison par mer, ne gudant que la citadelle; Alexandre entre dans Halikarnassos. — Campagne d'hiver d'Alexandre le long de la côte méridionale de l'Asie Mineure. — Alexandre termine sa campagne d'hiver à Gordion; prise de Keliensi.
Un an et quelques mois avaient suffî à Alexandre pour montrer une première fois son énergie et son habileté militaire» destinées à accomplir des exploits plus grands encore , et pour anéantir les a^irations vers la liberté parmi les Orecs au sud, aussi bien que parmi les Tliraces au nord, de la Macédoine (335-334 av. J.-C). L*hiyer suivant fut employé à acherer ses préparatifs ; de sorte qu'au commencement du printemps de 334 ayant J.-C, son armée destinée à conquérir TAsie fat réunie entre Pella et Amphipolis , tandis que sa flotte était à portée de prêter appui.
Tout le reste de la yie d*Alexandre, depuis qu*il traversa l'Hellespont en mars o« en avril 334 avant J.-C., jusqu'à sa mort à Babylone en juin 323 avant J.-C, onze ans et deux ou trois mois, — se passa en Asie, au milieu d'opérations militaires incessantes et de conquêtes toujours multipliées. Il ne vécut pas pour revoir la Macédoine ; mais ses exploits furent accomplis sur une échelle si gigantesque , ses c<mquêtes dépassèrent tellement toute mesure, et sa soif
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d'agrandissement ultérieur fat cependant si insatiable , que la Vacédoine en arriva à être insignifiante dans la liste de ses possessions. A pins forte raison les cités grecques sontellea réduites à Tétat de dépendances él^ngnées d*nn empire oriental nouvellement né. Pendant toutes ces onze années, il y a presque une lacune dans Thistoire de la Grèce , à l'exception çà et là de quelques événements épars. C'est seulement à la mort d'Alexandre que les cités grecques se réveillent et reprennent du mouvement et de Tactivité.
Les conquêtes d'Alexandre en Asie n'appartiennent pas directement et littéralement à la tâche d'un historien de la Grèce. Elles furent accomplies par des armées dont le général, les principaux officiers, et la plus grande partie des soldats, étaient Macédoniens. Les Grecs qui servaient sous lui n'étaient que des auxiliaires, comme les Thraces et les Paîoniens. Bien que plus nombreux que tous les autres auxiliaires, ils ne constituaient pas, comme les Dix Mille Grecs dans l'armée du jeune Cyrus, la force sur laquelle il comptait surtout pour la victoire. Son premier secrétaire, Eumenès de Kardia, était Grec, et probablement la plupart des fonctions civiles et intellectuelles qui se rattachaient au service étaient remplies également par des Grecs. Un grand nombre de Grecs aussi servaient contre lui dans l'armée des Perses , et composaient à vrai dire une proportion plus considérable de la force réelle (en ne regardant pas simplement le nombre) dans l'armée de Darius que dans celle d'Alexandre. C'est ainsi que l'expédition devient indirectement mêlée au courant de l'histoire grecque par la puissante action auxiliaire de Grecs des deux côtés, — et plus encore par sa connexion avec des projets antérieurs, des rêves et des légendes qui précédèrent de beaucoup l'agrandissement de la Macédoine, — aussi bien qne par le caractère qu'Alexandre jugea convenable de prendre. Se venger de la Perse pour Tinvasion de la Grèce par Xerxês, et délivrer les Grecs asiatiques, tel avait été le plan du Spartiate Agésilas et de Jasdn de Pherae, avec des espérances fondées sur la mémorable expédition et le retour heureux des Dix Mille. Il avait été recommandé par le riié**
tear Isokrate , d'abord aux forces combinées de la Grèce, pendant que les cités grecques étaient encore libres, sous rhégémonie commune d*Athènes et de Sparte, — ensuite à Philippe de Macédoine comme chef de la Grèce réunie, quand ses armes victorieuses avaient arraché une reconnaissance d^hégémonie, en écartant et Athènes et Sparte. Il plaisait à Philippe, avec son ambition entreprenante, d^être nommé chef de la Grèce pour l'exécution de ce projet. De lui il passa à son fils plus ambitieux encore.
Bien qu'elle soit réellement un plan formé par Tambition macédonienne et pour l'agrandissement macédonien , Tex* pédition contre TAsie devient ainsi mêlée à la série des événwents grecs, sons le prétexte panhellénique de représidlle pour les insultes déjà bien anciennes de Xerxès. Je TappeUe un prétexte, parce qu'elle avait cessé d'être un sentiment hellénique réel, et qu'elle servait maintenant deux desseins différents : d*abord elle ennoblissait l'entreprise aux yeux d'Alexandre lui-même , dont l'esprit était très-accessible au sentiment religieux et légendaire, et qui s'identifiait volontiers avec Agamemnôn ou Achille, inmiortalisés comme exécuteurs de la vengeance de la Grèce pour une insulte asiatique; ensuite elle aidait à maintenir les Grecs tranquilles pendant son absence. Il savait lui-même que les sympathies réelles des Grecs étaient plutôt contraires que favorables à ses succès.
A part cet ensemble de sentiments éteints, rallumés avec faste pour les desseins d'Alexandre, la position des Grecs par rapport à ses campagnes en Asie était tout à fait la même que celle des contingents allemands, en particulier de ceux de la Confédération du Rhin, qui servaient dans la grande armée avec laquelle l'empereur Napoléon envahit la Russie en 1812. Us n'avaient aucun intérêt public dans la victoire de l'envahisseur, qui ne pouvait avoir d'autre fin que de les réduire à un abaissement plus grand. Il était vraisemblable qu'ils resteraient attachés à leur chef aussi longtemps que sa puissance resterait int)Bicte, mais pas plus longtemps. Cependant Napoléon crut avoir droit décompter sur eux comme s'ils avaient été des Français, et de dénon-
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cep les Allemands au service de la Russie comme des traîtres qui avaient manqué à la fidélité quMls lui devaient. Nous le voyons établir entre les Russes et les Allemands faits prisonniers la même distinction marquée, que faisait Alexandre entré des prisonniers asiatiques et grecs. Ces prisonniers grecs, le prince macédonien leur reprochait d'être coupables de trahison contre le statut proclamé de la Grèce collective, par lequel il avait été déclaré général et le roi de Perse ennemi public (1).
La Hellas, comme agrégat politique, a cessé actuellement d'exister, si ce n*est en ce qu'Alexandre emploie le nom pour ses propres desseins. Les membres constitutifs sont annexés comme dépendances, sans doute de valeur considérable, au royaume macédonien. Quatorze ans avant l'avénement d'Alexandre, Démosthène, en excitant les Athéniens à soutenir Olynthos contre Philippe, leur avait dit (2) :
•(1) Amen, I, 16, 10; I, 29, 9, an sujet des prisonniers greot fkite h la
bataille du Graniquo : — "Otou; Se aOT(ûv oïlxH^^'**'^^^^ £Xa6e, xoOxou; oi d^aac h icéSaK, et; MflweSovfov à«<-
7C€|x4'ev IpyâÇeoÔai, 8ti îcapà rà xoiv^ Sû^avra Toï; "E).).ri<7tv, "E)>r;ve; ôvte;, ivoîvTiK *£XXâôi ÛTiïf Tà>v ^apCif-wv i^jixwn. Et m, 3S, 15, an sujet des soldats grecs servant nvoc les Pene$ et faits prisonniers en Hyrkauia : — 'Aôixeïv yÀ^cûjx (dit Alexandre)
XdSt TTccpà Toî; pap6âpotC icocpà xk
Vers la fin d'octobre 1812, près de MoscotL, le général Wintzingeroilc, officier allemand an service de lu Iliissie, — avec son aide de camp russe indigène Narithkin, — devint prisonnier des Français. On l'ameua à Napoléon.
A la vue de ce «^cnénil allemand, toutes les douleurs cachées de Kapoléoa prîrantfttt. « Qui âtes-Toue? (•'éoriat-il). Un lumune lans patrie! Quand j'ai fait la guerre aux Autrichiens, je vous ai trouvé dans leurs rangs ! L'Ân-
triche est devenue mon alliée, et vont
avez demandé du service & la Ruâ!>ic.
Vous avez été l'un des plus ardents fauteurs de la guerre actuelle. Cependant TOUS êtes né dans les États de la confédération du Rhin : vous êtes mon sujet. Vous n'êtes point un ennemi ordinaire : vous C-tes un rebelle ; j*ai le droit de vous fiiire juger! Omidarmes tl'rUle, saisissez cet hommelà! » Alors, s'iidressant tv Taide de camp de Wintzingerode, Napoléon dit :
c Pour vous, oomte NarisUdn, je n'ai rien à vous reprocher ; vous êtes Russe, vous faites votre devoir. » (Ségnr, Histoire d« Napoléon çt de la Grande Armée pendant Tannée 1812, 2"^ vol. liv. IX, ch. 6, p. 153, 2» édit.)
Ces menaces contre Wintzingerode ne Airent pas réalisées, paroe qn*îl fîit délivré par les Cosaques pendant qu'on le dirigeait sur la France; mais lo langage de Napoléon exprime justement le mdme sentiment que oelui d*A- Icxiiiidre à l'égard des Grecs captifs.
(2) Démosth. Olynth. II, p. 14. "OXw;
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— « La puissance macédonienne, considérée comme un accessoire, n'est pas d'une médiocre valeur; mais par ellemême elle est faible et remplie d'embarras. En renversant la position des parties, ces mots représentent exactement ce que la Grèce elle-même était devenue, par rapport à la Macédoine et à la Perse, à l'époque de l'avènement d'Alexandre. Si les Perses eussent joué leur jeu avec une vigueur et une i)rudence passables, son succès aurait eu pour mesure le dei^ré auquel il pouvait s'approprier les forces grecques, et les enlever à son ennemi.
Les manifestations mémorables et illustres d'Alexandre, dans lesquelles nous entrons actuellement , appartiennent non au roi qui gouverne ou à l'homme politique , mais au général et au soldat. Dans ce rôle son apparition forme une sorte d'époque historique. Ce n'est pas seulement par les qualités militaires, — par la bravoure la plus hardie et même la plus aventureuse, — par une activité personnelle infatigable et par la force à endurer la peine et la fatigue, qu'il est supérieur, bien que ces qualités seules, quand ellesse trouvent dans un roi, agissent si puissamment sur ceux qu'il commande, qu'elles suffisent pour produire de grandes choses, même quand elles sont combinées avec un talent de général qui ne surpasse pas la moyenne de son époque. Mais sous ce dernier rapport, Alexandre était encore plus audessus du niveau de ses contemporains. Ses combinaisons stratégiques, l'emploi qu'il fit de différents genres de force concourant à une seule fin, ses plans à longue portée en vue de poursuivre ses campagnes , sa prévoyance constante et les ressources avec lesquelles il combattait de nouvelles difficultés, combinés avec la rapidité des mouvements même sur le terrain le plus difficile, — tout cela porté à une graDdeor prodigieuse, — est sans exemple dans Tliistoire ancienne. Par là Tart de la guerre systématique, et scien* tifique est porté à un degré de puissance tel que même ses
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successeurs élevés à non école ne purent le conserver dans son intégrité.
Toutefois nous devons nous rappeler qu'Alexandre trouva le système militaire macédonien construit par Pliilippe, et qu'il n'eut qu'à l'appliquer et à l'agrandir. Tel qu'il lui fut transmis, il comprenait le résultat accumulé et les fruits mûrs d'une série de perfectionnements successifs, appliqués par des tacticiens grecs aux arrangements helléni(iues primitifs. Pendant les soixante années qui précédèrent l'avénement d'Alexandre, l'art de la guerre avait été remarquablement progressif, — au détriment, hélas! de la liberté politique grecque. ^ Autour de nous (dit Démosthène s adressant au peuple d'Athènes en 342 avant J.-C), tout a été en progrès depuis quelques années, — aucune chose •n'est semblable à ce qu'elle était auparavant; mais nulle part le changement et le développement ne sont plus remarquables que dans les affaires de la guerre. Jadis, les Lacédaemoniens aussi bien que les autres Grecs ne faisaient rien de plus que d'envahir le territoire les uns des autres» pendant les quatre ou cinq mois d*été, avec leur armée indi* gène d'hoplites-citoyens : en hiver ils restaient chez eux. Mais aujourd'hui nous voyons Philippe constamment en action , l'hiver anssi bien que l'été , attaquant tous ceux qui l'entourent, non-seulement avec des hoplites macédoniens, mais avec de la cavalerie, de l'infanterie légère, des archers, des étrangers de toute sorte» et des machines àe siège (1). » •
Bans plusieurs des chapitres qui précèdent, j'ai insisté sur ce changement progressif opéré dans le caractère de Tétat militaire grec. A. Athènes et dans la plupart des autres parties de la Grèce, les citoyens étaient devenus opposés à un service à la guerre dur et actif. L'usage des armes avait passé principalement à des soldats de profession, qui, sans aucun des sentimmts propres au citoyen,
(1) DcmosUiènp.Pliilipp. III, p. 123, l'orateur, sans m'attachw rigOPrCMM" 124 : Cf. Olyoth. II, p. 22. Je donne meut à «es expression*, iei la substance de ce qiii e&t dit par
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servaient partout où une bonne solde leur était offerte , et qui se multiplièrent immensément, au détriment et au danger de la société grecque (1). Beaucoup de ces mercenaires étaient armés à la légère, — peltastes servant conjointement avec les hoplites (2). Iphikratês perfectionna beaucoup et arma de nouveau en partie les peltastes, qu'il employa conjointement avec les hoplites d'une manière si efficace qu'il étonna ses contemporains (3). Son innovation fut encore développée par le grand génie militaire d'Epaminondas, qui non-seulement fît concourir à un seul plan d'opérations l'infanterie, la cavalerie, les troupes légères et les troupes pesamment armées, mais encore changea complètement les principes reçus des manœuvres de bataille, en concentrant une force irrésistible d'attaque sur un seul point de la ligne de l'ennemi , et en tenant le reste de sa propre ligne plus sur la défensive. Outre ces améliorations importantes, réalisées par des généraux dans la pratique actuelle, d'intelligents officiers, tels que Xénophon, çonsignèrent les résultats de leur expérience militaire dans d'importants traités critiques qu'ils publièrent (4). Telles
(1) Isokmte, dans plusieurs de ses discours, signale raccroissemeut graduel de ces meroeoRires, — hommes çnns moyens rt'guliers do sabsîstanoe, ni résidence fixe, ni obligatiinit oi- Ttqties. Or. IV, Fanegyr. s. 195; Or. Y (PLilippe), s. 112.142t Or. VIII (De Pace), s. 31-56.
(2) Xénophon, Magist. Equit. IX, 4.
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tTTTréa; TcpoaéXotêov • xai h xatc à).)aiç
{iOOvTtt.
Cf. D(.'mosth. Philipp. I, p. 46; Xénoph. Hellen. IV, 4, 14 ; Isokrate, Orat. VII (Areopagit.), s. 93.
(^) Pour une explication de Fsrmement perfectionné des peltastes introduit par Iphikratês, voir tome XIV, ch. 8 dA cette HistoÎM. BdatiTament à CM peiftotioniMmeiitt, les remei-
gnements et de Piodoro (XV, 41) et de Cornélius Xépos sont obscurs.
MM. Rttstow et Koeehij (dans leur important ouvrage, Gescliichte des (irie- * chiscben Krii^gswesens, Aarau, 1852, ^ II, p. 164) ont interprété ces renseignements dans un sens auquel je ne puis souscrire. Ils pensent qu'Iphikrntés changea non»3eulement l'armement des pdtastes, mais encore celai des hoplltf^s, supposition que je ne voisjnstiHcc par rien.
(4) Outre les nombreuses remarques éparses dans TAnabasis, la Cyropœdie est pleine de discussion et de critique sur les phénomî'nes militaires. 11 est remarquable jusqu à quel point Xénophon avait présentes à l*esprit toutes les exigences do la guerre, et les diffé»
rentes manières d'y faire face. Voir comme exemple Cyropaîd. VI, 2 ; II, 1.
L'ottTmgtt sur les skges, par JEmêm
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furent les leçons que Philippe de Macédoine apprit et appliqua il l'asservissement de ces Grecs , en particulier des Thêbains , de qui elles étaient tirées. Dans sa jeunesse, comme otage à Thôbes, il avait proljablement conversé avec '■ Epaminondas, et il a dû certainement devenir familier avec les arrangements militaires thêbains. Il avait toute raison, non-seulement par ambition de conquête, mais même par besoin de se défendre, pour les mettre à profit, et il apporta à la tâche militaire un génie et des aptitudes de l'ordre le plus élevé. Dans les armes, les évolutions, les engins, l'art d'enrégimenter, les dispositions des bureaux de la guerre, il introduisit d'importantes nouveautés, et légua à ses successeurs le système militaire macédonien, qui, perfectionné par son fils, dura jusqu'au moment où, près de deux, siècles plus tard, Rome conquit le pays.
Les forces militaires de la Macédoine, dans les temps qui précédèrent Philippe, semblent avoir consisté, comme celles de la Thessalia, en une cayalerie bien armée et bien montée, formée des riches propriétaires du pays, — et en un nombreux assemblage de peltastes ou infanterie légère (un peu analogues aux penestse thessaliens) : ces peltastes formaient la population rurale , bergers ou cultivateurs , qui soignaient les moutons et le bétail, ou qui labouraient la terre dans les montagnes et les vallées spacieuses de la haute Macédoine. Les villes grecques près de la côte et les quelques villes macédoniennes de l'intérieur avaient des hoplites citoyens mieux armés ; mais le service à pied n*était pas en honneur parmi les indigènes, et Tinfanterie macédonienne, dans son caractère général, n'était guère plus qu'une foule tumultueuse. A Fépoque de Tavénement de Philippe, les fantassins n'avaient pour toute arme que des épées rouil-
(Foliorketica), est certainement antérieur aux perfectionnements militaires de Philippe de Maoédoine; il date pro- 1>aU4nnent da eommeneement de 8on
ri gne. V. la préface qu'y ont mise Riistow et Koechly, page 8, dans leur édition de Die Griechischen Kriegs-
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schrifsteller, Leipz. 1853. Dans cet oq vrage, il est fait allusion à phisieur autres, aujourd'hui perdus, écrits par le même «utenr : IbifmxciMcaTncil^ P!6).o;, noptonirik ^ISkoç, StparemdKVTixi^, etc.
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lées et des boucliers d*osier, et ils n^étaient nullement suffisants pour résister aux incursions de leurs voisins thraces et illyriens, devant lesquels ils étaient constamment forcés de cliercher un refuge aux montagnes (l), La condition de ces fantassins était celle de pauvres bergers » à moitié nus et couverts seulement de peaux de bœuf, et mangeant dans des écuelles de hois; elle ne différait guère de celle de la population de la haute Macédoine trois siècles auparavant^ quand elle fat visitée pour la première fois par Perdikkas, le premier père des rois macédoniens, et que réponse du prince indigène faisait le pain de ses propres mains (2). D'antre part , bien que l'infanterie macédonienne fût peu importante» la cavalerie du pays se montra excellente, tant dans la guerre du Péloponèse que dans celle que Sparte fit à Olynthos plus de vingt ans après (3). Ces cavaliers, comme les Thessaliens, chargeaient en ordre compacte, portant comme principale arme offensive, non des javelines à lancer, mais 1^ courte piqae destinée à percer dans un combat cor^ à corps.
C*est dans cet état défectueux que Philippe trouva Forganisation militaire. Sous ses auspices elle fut complètement refondue. La pauvre et robuste landvehr de la Macédoine, constamment sur la défensive contre des voisins pillards, forma une matière excellente à faire des soldats, et ne se
(1) V. le discours frappaut adressé par Alexandre aux soldsts maoédo* niens mécontents, peu de mois avant sa mort, à Opis OU à Sase (Arrien,