CAVALERIE
Grosse cavalerie macédonienne, sons Philota?, HIs de Parmeniôn, 1,500
Tliessalienne (également grosse cavalerie;, sous Kailus J,âUO
Divers Grecs, sous ErigTos 600
Thraoes et PsBoniens (cavalerie légère), sous Ksasaadre. ........ 9 oo
TOTAI. m LA «ULVALBBIB 4,500
Telle semble être rénum(5tation la plus croyable de la première armée d'invasion d'Alexandre. Il y eut toutefois d^autres rapports, dont le plus élevé portait le chiffre à quarante-trois mille hommes d'infanterie, avec quatre mille chevaux (1). Outre ces troupes, il a dû y avoir aussi un train puissant de machines à projectiles et d*engins, pour
(1) Diodore. XVII, 17. Plntnrqne (Alexand. 15) dit que les chitTres les pins élevés qu'il avait 1ns étaient : — 43,000 hommes d'infanterie avec 5,000 de cavalerie ; les chiffres les plus bas, 30,000 hummeâ d'infanterie avec 4,000 de cavalerie (en admettant que la oorrection de Sintenis, TeTpaxiT'/O.toy; au lien de KVixcLXioyJihQ^i, soit bien fondée, comme elle l'est probablement, — of. Plutarque, Fort, Alex. M. I, p. 327).
Selon Flatarque (Fort. Alex. M.
I, p. 827), Ptoléméa «t Aristobnie portaient tous deux le nombre de Tinfan*
terio à 3,000; mais suivant Ptoh'raée, La cavalerie était de 5,000 hommes;
selon Ai-istobule, de 4,000 seulement.
Kéanmoius, Arrien, — qui déclare enivre surtout Ptolémée et Aristobnie toutes les fois qu'ils s'accordent, — affirme que le chifl're de l'infanterie « n'était pas beaucoup au-dessus de 30,00<); et que la cavalerie dépassait 5,000 . (Exp. Al. I, H, 4). Anaximùne avançait 43,000 hommes d'infanterie, avec 5,500 de cavalerie. Eallisthi'-ne (ap. Polybinm, XII, 19) donnait 40,000 fantassins avec 4,500 chevaux.
Justin (XI, 6) donne 32,000 hommes d%îfimterio, aveo 4,500 de cavalerie.
Ce que je dis dans le texte suit Diodore, qui se distingue des autres
ALEXANDRE EN ASIE 85
batailles et sièges, que nom verrons bientôt en opération. Quant à ]*argent, la. caisse militûre d'Alexandre, épuisée en partie par des dons accordés en profusion à ses officiers macédoniens (1), était aussi pauvrement garnie que celle de Napoléon Buonaparte quand il entra pour la première fois en Italie , pour ouvrir sa brillante campagne de 1796. Suivant Âristobule, il avait avec lui soixante-dix talents ; suivant une autre autorité, il n'avait de ressources pour nourrir son armée que pendant trente jours. Et il n*avait même pu réunir ses auxiliaires ni compléter l'équipement de son armée sans faire une dette de huit -cents talents, en plus de celle de cinq cents contractée par son père Philippe (2). Bien que Plutarque (3) s'étonne de la faiblesse de l'armée avec laquelle Alexandre méditait Texécution de si grands projets, cependant le fait est qu'en infanterie il était beaucoup au-dessus de toutes les forces que les Perses avaient à lui opposer (4), sans parler de la discipline et de l'organisation comparatives, qui surpassaient même celles des Grecs mercenaires, formant la seule bonne infanterie au service de la Perse; tandis que sa cavalerie, bien qu'inférieure en nombre, était supérieure en qualité et pour le choc d'un comljat corps à corps.
La plupart des officiers qui exerçaient un commandement important dans Tarmée d'Alexandre étaient des Macédoniens indigènes. Son ami personnel, intime, Hephaîstiûn, aussi bien que ses gardes du corps Leonnatos et Lysimachos, (' [aient natifs de Pella; Ptolemaîos, fils de Lagos, et Pithôn étaient Eordiens de la haute Macédoine ; Krateros et Perdikkas, du district de la haute Macédoine, appelé Orestis (5) ; Antipater, avec son fils Kassaudre, Kieitos, ûls
«n ce quMl présente non-seulement le total, mais les articles constitutifs en outre. Par rapport au total de l'infanterie, il 8*aeeordo avec Ptolémée et Afietobttle; quant n la cavalerie, son usertion tient le milieu entre ces deux auteurs.
(l) PInt«vqne,Alexanâ. 15.
^ Arrien, VII, 9, 10, — diteonn
qu'il prête à Alcxatulre lai-inSme, — et Q.-rurcp, X, 2, 24.
Onéaikhte disait qu'Alexandre avait à ce moment une dette de dOO talents
(Plut. Alex. 15).
(3) Piuturqué, Fort. AleX. U, I, p. 327 ; Justin, XI, 6.
(4) Arrien, 1,13, 4.
(5) Arrien, VX, 28, 6} Arrien, In
de Drôpidès, Parmeniôn, avec ses deux fils Phildtas et Nikanor, Seleukos, Kœnos» Âmyntas, Philip pe (ces deux der* niers noms étaient portés par plus d*une personne), Ântigonos, Neoptolemos (1), Meleagros, Peukestês, etc., semblent tous avoir été des Macédoniens indigènes. Tous ou la plupart d'entre eux avaient été exercés à la guerre sous Philippe, dans le service duquel Parmenidn et Ântipater, en particulier, avaient occupé un rang élevé. '
Des nombreux Grecs qui servaient sous Alexandre, nous •en voyons peu qui eussent un poste important. Medios, Thessalien de Larissa, était au nombre de ses compagnons familiers ; mais le plus capable et le plus distingué de tous était Eumenès, natif de Kardia, dans la Ghersonèse de Thrace. Eumenès, combinant une excellente éducation grecque avec de l'activité corporelle et un esprit entreprenant, avait attiré, étant jeune homme, l'attention de Philippe et avait été nommé son secrétaire. Après avoir rempli ces fonctions pendant sept ans, jusqu'à la mort de Philippe, il fut maintenu par Alexandre dans le poste de premier secrétaire pendant toute la vie de ce roi (2). Il dirigeait la plus grande partie de la correspondance d'Alexandre et le journal de ses actes, qui était tenu sous le nom d'Éphémérides royales. Mais, bien que ses devoirs spéciaux eussent ainsi un •caractère civil, il n'était pas moins éminent comme officier sur le terrain. Chargé à l'occasion d'un commandement militaire élevé, il reçut d'Alexandre des récompenses et des marques d'estime signalées. Malgré ces grandes qualités — ou peut être à cause d'elles, — il était l'objet d'une jalousie et d'une aversion marquées de la part des Macédoniens, depuis Hephi3esti(3n , l'ami, et Neoptolemos, le premier 4cuyer d'Alexandre, jusqu'aux principaux soldats de la pha-
•liea, 28; Jnstin, XV, 3-4. Porphyr» Alexandre laMntme, à UganiiBakl^*'
(Fingni. ap. Syncellum, Frag. Histor. (Ârrien, II,' 27, 9). Qraec. vol. ITT, p. 695-698) parle de (2) Plutarqne, Enmon?s, o, 1; Cor
Ljrsimacbos comme étant on Thessa- Délias Népos, Eumen. o. 1. limi da EranOn; auua oe ddtêtee une (3) AxrÎMi, VU, 13, 1; PlntMqiit,
erreur : cf. Justin, XV, 3. Enm. 9t ^ ^ (^)Neoptol«moa ^partenait, oonu&a
ALEXANDRE EN ASIB 87.
* lange. Neoptolemos méprisait E amenés comme un calUgraphe peu belliqueux. L'orgueil plein de mépris avec lequel les Macédoniens en étaient venus alors à regarder les Grecs est un trait caractéristique remarquable de larméa ■ victorieuse d'Alexandre, aussi bien qu'un nouveau trait dans l'histoire ; il répondait à Vancien sentiment hellénique auquel^ Démosthène, peu d'années auparavant, s'était livré à l'égard des Macédoniens (1).
Bien qu*on eût lûssé Alexandre débarquer en Asie sans opposition, une armée était déjà réunie sous les satrapes persans à quelques journées de marche d'Abydos. Depuis que rÉgypte et la Phéuicie avaient été reconquises, environ £uit ou neuf années auparavant, par le roi de Perse Ochus, la puissance de cet empire avait été rétablie à un point égal à oe qu'elle était à toute époque antérieure depuis Técheo de Xerxès en Grèce. Les succès persans en Égypte avaient été obtenus principalement grâce aux armes des Grecs mercenaires, sous la conduite et par Thabileté du général rhodien Mentor, qui, secondé par Tinfluence prépondérante de Téanuque Bagôas, ministre de confiance d*Ochus, reçut nonseulement d*amples présents, mais encore le titre de commandant militaire sur THellespont et le bord de la mer Asiatique (2). Il obtint le rappel de son frère Memndn, qui, avec son beau-frère Artabazos, avait été obligé de quitter l'Asie à la suite d'une révolte malheureuse contre les Perses» et avait trouvé asile chez Philippe (3). De plus, il réduisit, par force ou par fraude , divers chefs grecs et asiatiques sur la côte d'Asie , entre autres, le remarquable Hermeias, ami d'Aristote et maître du poste fortifié d'Atarneus (4).
(1) Démosth. PhiHpp. III, p. 119, raspi&es) contre leur chef distingaé
relativement à Philippe : — O j (jlôvov Eumenês, l'appelant X£^^ovi)9tnK £Xa*
«vx "EXXiivoc $VT0<, oùôè npooiQxovTo; bçoi (Plutarq^ue, £um. ISj. «68àv tok'EXXqotv, iàX* o08à ^(xpédpou (8) Y. par rapport à ees ineidaiitl,'
ivta&te^86iv iMt3^ tiicsîv, àX).' bU- tome XYII, c. 2. épou MaxeSôvoç, oOsv o06' àvSpâ- (3) Diodore, XVI, 32; Q.-Curoe, VI,
icoâov <ncouôaiov oùôèv icpÔTspov 4,2â, YI, 5,2. Q.-Curcemeuùunneéga-
«pCoatei. lemeot Haaapto, aotee exilé pemm q«d
Cf. ces mots avec les exclamations avait fui de chez Ochits chez Philippe. ^e« soldata macédoniens fippelé» Argy- {4) Sur la force de la fortareiee d'A«
Ces succès de Mentor semblent avoir été remportés ytra 343 avant J.-C. Lui et son frère MemnOn après lui soutinrent avec viirueur l'autorité du roi persan dans les régions voisines de l'Hellespont. Ce fut probablement par eux que des troupes furent envoyées de l'autre côté du détroit, tant pour délivrer la ville de Perinthos assiégée par Philippe qne pour agir contre ce prince dans d'autres parties de la Thrace (1) ; qa*an chef asiatique, qui intriguait pour faciliter l'invasion projetée de Philippe en Asie, fut arrêté et envoyé prisonnier à la cour de Perse, et que des ambassadeurs d'Athènes, qui sollicitaient du secours contre Philippe, furent dirigés sur le même endroit (2).
Ochns, bien qu'il réussit à rendre à la domination persane toute son étendue, fut un tyran sanguinaire , qui versa à flots le sang de sa famille et de ses courtisans. Vers l'an 338 avant J.-C., il mourut empoisonné par l'eunuque Bagôas, qui plaça sur le trône Arsès, un des fils du roi, en tuant tous les autres. Toutefois, après deux ans, Bagôas eut de la défiance d' Arsès et le mit aussi à mort avec tous ses enfants ; il ne laissa en vie aucun descendant direct de la famille royale. Alors il éleva au trône un de ses amis nommé Darius Codoman (descendant d'un des frères d'Artaxencès Mnemôn), qui avait acquis de la gloire dans une guerre récente contre les Kadusiensi en tuant en combat singulier un champion formidable de l'armée ennemie. Toutefois, Bagôas tenta bientôt d'empoisonner aussi Darius; mais ce dernier, découvrant le pîége, le força à boire lui-môme le breuvage mortel (3). Malgré ces meurtres et ce changement dans la ligne de succession, qu'Alexandre reprocha plus tard à Darius (4), l'autorité de celui-ci semble avoir été
tarneus, Y. Xénophon, Hellen. IIJ, 2, 11; Diodore, XIII, 65. Elle txaÀt été occupée AQ mépris des Perses mémo
avant l'époque d'Hermeias. Cf. aussi Isokrate, Ur. IV (Paneg}'r.), s. 107.
(1) Lettre d'Alexitadre adressée à Darius nprï-s la bataille d'Issus, up.
Att. Il, 14, 7. Il y est fait allusion à dfftutres troupes envoyées eu Tliracu
par les Perses (outre celles expédiées au secours do Perinthos).
(2) Démostli. Philipp. IV, p. 139.
140; Epist. PliUippi ad Demosth.
p. IfiO.
{3) Diodor», XVITf 5; Justin, X, 3:
Q.-Curce. X, 5, 22.
(4) Arrien, II, 14, 10.
ALEXANDRE I5N ASIE
reconnae, sans opposition considérable, dans tout Tempire persan.
Succédant an trône dans la première partie de 336 avant J.-C.> alors qne Philippe organisait Texpédition projetée en Perse, et que la première division macédonienne, sous Parmeniôn et Attalos, faisait déjà la guerre en Âsie> — Darius prépara des mesures de défense à Fintérieur et essaya d*encoiirager des mouvements antimaeédoniens en Grèce (1). Lors de Tassassinat de Philippe par Pausanias, le roi de Perse déclara publiquement (fausseiment sans do'ate) qu*il avait été rinstigatenr du meurtre, et il fit allusion en termes méprisants au jeune Alexandre (2). Croyant le danger passé du côté de la Macédoine, il se rel&cha imprudemment de ses efforts et arrêta ses subsides pendant les premiers mois du règne d*Alexandre, quand ce dernier aurait pu être sérieusement embarrassé en Grèce et en Europe par remploi efficace des vaisseaux et de Targent de la Perse. Mais les succès récents d*Atexandre en Thrace, en lUyria et en Bœôtia convainquirent Darius que le danger n'était point passé, de sorte qu'il reprit ses préparatifs de défense. On donna Tordre d'équiper la flotte phénicienne ; les satrapes en Phrygia et en Lydia réunirent une armée considérable, composée surtout de mercenaires grecs, tandis qu'on fournit à Memnôn, sur le bord de la mer, le moyen de prendre cinq mille de. ces mercenaires sous son commandement séparé (8).
Nous ne pouvons retracer avec aucune exactitude le cours de ces événements, pendant les dix-neuf mois qui s'écoulèrent entre l'avènement d'Alexandre et son débarquement en Asie (d'août 33(> av. J.-C. à mars ou avril 334 av. J.-C). Nous apprenons en général que ]\Iemn(3n fut actif et même agressif sur la côte nord-est de la mer yEgée. S'avançant au nord de son propre territoire (la région d'Assosou d'Atarneus, bordant le golfe d'Adramy ttion) (4), au delà de la chaîne du mont Ida, il
(1) Dîodora, XVII, 7.
(2) Arrien, II, 14,11.
(S) Diodoro,XVU, 7.
(4) DIodore, XVII, 7; cf. Arrien, I, 17, 9. *£id xk» X^^P^ ^ Mé[xvovo; im|A4'<v, — ce qui MUS doute si^ifie
HI8T0IRB DB LA OBlBCB
arriva soudainement près de la ville de Kyzikos, sur la Propontis. Toutefois, il échoua, quoique de peu seulement, dans la tentative qu'il fit pour la surprendre, et fut forcé de se contenter d'un riche butin, qu'il enleva au district environnant (1). Les généraux macédoniens Parmeniôn et Kallas s'étaient rendus en Asie avec des corps de troupes. Parmeniôn, agissant en /Eolis, ju-it Gryniou ; mais il fut forcé par Memnôn de lever le siège de Pi<;^nê; tandis que Kallàs, dans la Troade, fut attaqué, dé£ait 6t obligé de se retirer à Rhœteiôn (2).
Nous voyons ainsi que, pendant l'hiver qui précéda le débarquement d'Alexandre, les Perses avaient des forces considérables, et que Memnôn était à la fois actif et heareux même contre les généraux macédoniens, sur la région, nord-est de la mer ^Egée. Cette oirconstance peut nous aider À expliquer cette fatale imprudence par laquelle les Perses permirent à Alexandre de transporter sans opposition sa grande armée en Asie, dans le printemps de 334 avant J.-C. Ils possédaient d'amples moyens de garder l'Hellespont, s'ils avaient voulu amener leur flotte, qui, comprenant les forces des villes phéniciennes, était décidément supérieure à tout armement naval dont disposait Alexandre. La flotte persane vint réellement dans la mer /Egée quelques semaines plus tard. Or les desseins, les préparatifs et même le temps projeté de la marche d'Alexandre ont dù être bien connus non-seulement de Memnôn, maïs encore des satrapes de l'Asie Mineure, qui avaient rassemblé des troupes pour s'opposer à lui. Ces satrapes, par malheur, se croyaient en état de lui tenir tête en rase campagne, et méprisaient l'opinion prononcée que Memnôn avait du contraire; et môme ils repoussaient son sage avis par des imputations méfiantes et calomnieuses.
Au moment où Alexandre débarqua, une puissante armée
cette région conquise par Msntor snr
Herrneias d'Atameus.
• U) Diodore, XVII. 7; Polyon, V, U,6.
(2) Diodore, XVII, 7. On nous parla aussi fropérations militaire^! près de JViaguesia, entre l'urmemOu et .MemiiOn(p€ljr«n, y, 34^4).
ALEXANDBB BN ASIE
persane étsàt déjà rassemblée près de Zeleia, d<ms la Phrjgia bell'espontine, sous le commandement d'Arsitâs » le satrape
phrygien, appuyé par plusieurs autres Perses de distinction, Spithridatôs (satrape de Ljdia et d'Iônia), Pharnakès, Âtizyès, Mithridatôs, Rheomithrès, Niphatès, Pqtinès, etc. Quarante de ces hommes étaient de haut rang (appelés parents de Darius) et distingués par leur valeur personnelle.. Le plus grand nombre de Tannée consistait en cavalerie, comprenant des Mèdes, des Baktriens, des Hyr^ kaniens, des Kappadokiens, des Paphlagoniens, etc. (1). En cavalerie, ils surpassaient beaucoup Alexandre; mais leur infanterie était fort inférieure en nombre (2), composée toutefois, en proportion considérable, de mercenaires grecs. Le total persan est donné par Arrien comme étant de 20,000 hommes de cavalerie et de 20,000 fantassins mercenaires environ ; par Diodore, comme étant de 10,000 hommes de cavalerie et de 100,000 d'infanterie ; il est même porté par Justin à 600,000. Les chiffres d'Arrien sont les plus cro}'a])les; dans ceux de Diodore, le total de l'infanterie est certainement beaucoup au-dessus de la vérité, — celui de la cavalerie probablement au-dessous.
Memnôn, qui était présent avec ses fils et avec sa propre division, dissuada fortement les chefs persans de liasarder une bataille. Leur rappelant que les Macédoniens étaient non-seulement supérieurs de beaucoup en infanterie, mais encore encouragés par l'habile direction d'Aloxaudre, — il insista sur la nécessité d'employer leur nombreuse cavalerie à détruire les fourrages et les provisions, et, s'il était nécessaire, les villes elles-mêmes, afin de rendre impraticable tout progrès considérable de l'armée d'invasion. Tout en restant strictement sur la défensive en Asie, il recommandait de porter la guerre offensive en Macédoine; d'amener la flotte, d'embarquer une puissiinte armée de terre et de faire d'énergiques efforts, non-seulement pour attaquer les
(1) Diodora, XVU, 18, 19; Airim, (9) Arrien, 1, 19, 16; 1, 13, 4. I, 13, 14} 1, 16, ft.
points vulnérables d'Alexandre dans son royaume, mais encore pour encourager des hostilités actives contre lai de la part des Grecs et de ses autres voisins (1).
Si ce plan eût été énergiquemenit exécuté, au moyen des armes et de l'argent des Perses, nous ne pouvons guère douter qu*Ântipater en Macédoine ne se fût trouvé bient^Tt pressé par des dangers et des embarras sérieux,^ et qu'Alexandre n*eût été forcé de- revenir et de prot^er son propre empire, et peut-être empêché par la flotte persane de ramener toute son armée. En tout cas, ses plans d*inva« sion en Asie auraient été suspendus pour le moment. Mais il fut tiré de ce dilemme par Tignorance , Torgneil et les intérêts pécuniaires des chefs persans. Incapables d*appré-r cier la supériorité militaire d'Alexandre et ayant en même temps conscience de leur propre valeur personnelle, ils repoussèrent la proposition de retraite comme déshonorante, insinuant que Memnôn désirait prolonger la guerre, afin d'exalter sa propre importance aux yeux de Darius. Ce sentiment de dignité militaire fut encore fortifié par ce fait, que Iqs chefis militaires persans, qui tiraient du sol tous leurs revenus, anndent été appauvris en détruisant les produits de la terre. Arsitês, dans le territoire duquel se trou-
(1) Cf. la politique xeoonmunidée
pur Momnoii, telle qu'elle est présentée dans Arricn (I, 12, Id} et dans Diodore (XVII, IB). Ia supériorité de Dtodore est ici incontestable. II annonce dist'mctejnent le côté défensif et le côté olTensif de la politique dft Memndn, qui, pris ensemble, fonnentnnplaad^opcrations non moin* efficace que prudent. Mais Arricn omet toute mention de la politique offensive, et mentionne senlement la défensive, ^ la retraite et la destruction du pays; politique qui, si elle eût été adoptée seulo, n'aurait pu guère servir à un succès en afikmant Alexandr et qui pouvait li bon droit être mise en (piestion par les généraux persans. De plus, nous no nous forme-
rions qu'une pauvre idée du talent de
Memnôn, si dans cette circonstance il eût négligé do profiter de l'irrésistible flotte persane.
Je signale d'autant plus le point de supériorité de l^iodoro, que des critiques modernes ont manifesté une tendance k accorder k Arrien une confiance trop exclusive, et k discréditer presque toutes les allégations relalivesù Alexandre àTexception de celles qu'Arrienou oertifie ou appuie. Arrien est un bistorien de beaucoup de valeur; ilale mérite de nous donner un récit clair et précis sans rhétorique, et qui contraste favorablement avec Diodore et avec Q.- Curco ; mal^ il no doit pas T-tre exaltA comme le seul tt'iiioiu digue de foi.
ALEXANDRE BN ASIE
vait l'armée et qui devait le premier souffrir de l'exécution du plan, déclara avec hauteur qu il ne permettrait pas qu*on y brûlât une seule maison (1). Occupant la même satrapie que Pharnabazos avait possédée soixante ans auparavant, il sentait qu'il serait réduit à la même gène que Pharnabazos pressé par Agésilas, — « de ne pouvoir se procurer un dîner dans son propre pays (2) ». La proposition de Memnôn fut rejetée, et il fut résolu qu*on attendrait Farrivée d'Âlexandre sur les rives du Granikos.
Ce cours d'eau peu important, célébré dans Tlliade et immortalisé pour être lié au nom d* Alexandre, sort d*une des hauteurs* du mont Ida près de Skèpsis (3), et il coule vers le nord pour se jeter dans la Propontis, qu'il atteint à un point un peu à Test de la ville grecque de Parion. Il n*a pas une grande profondeur ; près du point où les Perses étaient campés, il semble avoir été guéable en bien des endroits ; mais sa rive droite était quelque peu élevée et escarpée, offrant ainsi un obstacle à nne attaque d'un ennemi. Les Perses, s'avançantde Zeleia, prirent position près du côté occidental in Granikos, où les dernières pentes du mont Ida descendent jusque dans la plaine d'Adrasteia, cité grecque située entre Priapos et Parion (4).
Cependant Alexandre, se dirigea vers cette position, en partant d'Arisbô (où il avait passé son armée en revue) ; — le premier jour il marcha jusqu'à Perkôté, le second jusqu'au fleuve du Praktios, le troisième jusqu'à Hermôtos ; en route il reçut la reddition spontanée de la ville de Priapos. Sachant que Tennemi n'était pas à une grande distance, il lança en avant un corps d'éclaireurs sous Amyntas, composé de quatre escadrons de cavalerie légère et d'un de la grosse cavalerie macédonienne (celle des Compagnons), D'Hermôtos (le quatrième jour depuis Arisbè), il marcha droit au Grani-
(1) Arrien, T, 12, 18.
(2) Xénoph. Ilellen. IV, 1, 33.
(3) Strabon, XIII, p. 602. Le Skamandroi, l'.£iopo« et 1« Gnmikoi, sortent tous de la mfime montagno, appelée Kotylos. Ceet ce que nous
apprend Demetrius, natif de Skêpsis.
(4) Diodore, XVII, 18, 19. 01
vot, eto. « Prima eonitreMio in eampit
Adrnstiis fuit. » .Tiistln , XI, 6; cf. Stiabont XIII, p. 5»7, ô88.
HIBTOIBS DB LA OSfeCS
kos, en ordre régulier, avec la masse de sa phalange en doubles files, sa cavalerie sur les deux ailes et le bagage à l'arrière. En approchant du fleuve , il fit ses dispositions pour une attaque innucdiate, bien que Parmeniôn conseillât d'attendre jusqu'au lendemain matin. Sachant bien, comme Meninôn, que les chances d'une bataille rangée étaient toutes contraires aux Perses, il résolut de ne pas leur laisser l'occasion de décamper pendant la nuit.
Dans Tordre de bataille d'Alexandre, la phalange ou infanterie pesamment armée foi-maiL le corps central. Les six taxei> ou divisions donL elle se (U)inposait étaient commandées ^on comptant de droite à gauche) par Perdikkas. Kœnos, Aniyntas fils d'Andi'omenès , Philippe, Meleagros et Krateros (1). Immédiatement à la droite de la phalange étalent les hypaspista?, ou infanterie légère, sous Nikanor, fils de Parin(;niôn, — ensuite la cavalerie légère ou lanciers, les Piuoniens, et l'escadron apolloniate de la cavalerie des Compagnons commandé par l'ilarque Sokratês, tous sous Amyutas, hls d'Arrhibieos, — en dernier lieu tout le corps de la cavalerie des Compagnons, les archers et les akontistai agrianiens, tous sous Phllôtas (fils de Parmeniôn), dont la division formait l'extrême droite (2). Le flanc gauche de la phalange était également protégé par trois divisions distinctes de cavalerie ou de troupes légères, — d'abord par les Thraces, sous Agathôn, — ensuite par la cavalerie des alliés, sous Philippe, ûls de Menelaos, — eu dernier lieu.
(1) Arrien, 1, 14, 3. Le texte d'Arrien n'est pas clair. Le nom de Krateros Rc. rencontro deux fois. Diverses explications sont proposées. Les mots £<rce èiîi tô [lécrov Trj; ÇujiTCâaijç TÔSeu); semblent prouver qn'il y vnit trois raiEi; de la phalange (Krateros, Meleagros et Pliilippe) comprises daus Ift moitié de gnuche de l'anal, — et trois autres (Perdikkas, Kœnos et Amyntas; dans la moitié de droite; taudis que les mots ènl ôè, f, KpaTspou ToO jlkXcCA<v6poii paraînent ioeéréa à tort. Il 11*7 a pa» de Ixmne niaon pour
admettre deux ofBciers distingués , nommés ehacnn Krateros. Le nom de
Philippe et de sa TâÇi; est répété deux fois : une fois en comptant à partir de la droite des to^îi;, — une fois encore à partir de la gauclie.
(2) Plutarque dit qu'Alexandre entra dans le fleuve avec treize escadrons (t) ai) de cavalerie. Ce total' oomprend-il tonte la cavalerie présente alors à la bataille, ou seulement celle des Compagnons, — c'est ce que nous ne pouvons détenniner (Plutarque, Alex.
ALEXANDRE BN ASIB 95
parla cavalerie thessalienne, sous Kallas, dont la division format Textrême gauche. Alexandre lui-môme prit le commandement de la droite, donnant celle do la gauche à Par» meiiiôn; la droite et la gauche signifient les deux moitiés de Tarmée, chacune d'elles comprenant trois taxeis ou divisions de la phalange avec la cavalerie sur son ijanc, — car il n'y avait pas de centre reconnu sous un commandement distinct. De l'autre côté du Granikos, la cavalerie persane bordait la rive. Les Mêdes et les Baktriens étaient à leur droite, sons Rheomithrôs, — les Paphlagoniens et les Hyrkanlens au centre, sons Arsitôs et Spithridatès, — à la ganche étaient Memnôn et Arsamenès, avec leurs divisions (1). L'infanterie persane, tant asiatique que grecque, était tenue en arrière en réserve ; car' on comptait sur la cavalerie seule pour disputer le passage du fleuve.
C'est dans cet ordre que les deux parties restèrent pendant quelque temps, s^observant Tune Tautre dans un silence plein d'anxiété (2). Vu qu*il n'y avait ni feu ni fumée comme dans les armées modernes, tous les détails de chaque côté étaient clairement visibles pour Fautre; de sorte que les Perses reconnurent facilement Alexandre lui-même à Taile •droite macédonienne à Téclat de son armure et de son costume militaire, aussi bien qu*à la tenue respectueuse de ceux qui rentouraient En conséquence, leurs premiers chefs affluèrent  leur propre gauche, qu'ils renforcèrent de la principale force de l«ir cavalerie, afin de s'opposer à loi personnellement. Bientôt Alexandre adressa quelques mots d'encouragement à ses troupes, et donna l'ordre d'avancer. Il voulut que la première attaque fût faite par l'escadron de ' la cavalerie des Compagnons dont c'était le tour ce jour-là de prendre la tête — (l'escadron d'Apollonia, dont Sokratês était capitaine, — commandé en ce jour par Ptolemseos, fils de Philippe), appuyé par la cavalerie légère ou liuiciers, par les archers paeoniens (infanterie), et par une division d'in-
(1) IModore, AVll, 19. toO icot«{eoQ ifcoTOnc, {hc6 toO t&
(8) Arrien, I, 14, 8. Xpôvov jxlv Zr^ (téXXov ôxvetv ^(s^fyis ijy^ * *«l •«rt
96 BISTOIBB DB LA OBfEOB
fanterie réîruUèrement armée, vraisemblableiiient des hypaspistœ (1). Il entra alors lui-même dans le fleuve, à la tête de la moitié de droite de l'armée, cavalerie et infanterie, qui s'avança au son des trompettes et avec les cris de guerre habituels. Comme les creux que l'eau présentait à roccasion empêchaient une marche directe avec une seule ligne uniforme, les Macédoniens allaient de biais conformément aux espaces guéables, en maintenant leur front étendu de manière à approcher de la ligne opposée autant que possible en ligne, et non en colonnes séparées avec les flancs exposés à la cavalerie persane (2). Non-seulement la droite sous Alexandre, mais encore la gauche sous Parmeniôn avança et franchit le fleuve d'un mouvement semblable et avec les mêmes précautions.
Le premier détachement sous Ptolemaeos et Amj ntas, en arrivant à la rive opposée, rencontra une vigoureuse résistance, concentrée comme elle l'était là sur un seul point. Il trouva Memnôn et ses fils avec les meilleurs des cavaliers persans immédiatement devant lui ; quelques-uns sur le haut de la rive d'où ils lançaient en bas leurs javelines, — d'autres en bas sur le bord de l'eau prêts à en venir à un combat corps à corps. Les Macédoniens firent tous leurs efforts pour arriver à terre et se faire jour de vive force à traders les cavaliers persans, mais en vain. Ayant à la fois un terrain plus bas et un pied mal assuré, ils ne purent produire aucun effet; mais ils furent rejetés eu arrière avec quelques pertes, et se retirèrent sur le corps principal
(1) Arrien, I, 14, 9. Toù; rpo8p6fi«uc tmctoc veut dire les mêmes cavaliers que ceux qui sont appelés (dans I, 14, 2) aa^taaoçôpou; Inicéo^, sous Amyntas, fîls d'Arrhibseos.
^) Arrieu, I, 11, 10. AÙTèç (Alexandre) dcYwv to SeÇ'.ov xspa;...
èfAêaîvei è; tôv Ttôpovi Xo^iàv àel napa- Ts(vii»v t^v tAIiv il leeepCtXM td ^cOpMCt tva tri |jLy) ixCai'vovTi aÙTc3 oî lispaai xatà xépa; 7rpo<J7tiT:Totev, ôXXà y.td aù- TÔ;, d>; àvujTÔv, Tri çi^-a^ti TcpocjiiÇç
Apparemment, ce passage Xo^r,^ àA n«paTttv(«v r^v râ^iv, iq napeîXxe t&
pîO[ji4 doit ôtre expli(it:(> par la phrase qui suit, et qui décrit ie dessein à accomplir.
Je ne puis «roim q^a» ces mots impliquent un mouvement en n-heiotit comme le prétendent Kiistowet Koecbly (Geschidite des Griechischen Krief^wesens, p. 271), — ni un passai;e dn fleuve contre le courant pour en briser la force, comme d'autres le croient.
ALBZANDBB EN ASUS 97
qu'Alexandre amenait alors à travers le fleuve. Quand il approcha du rivage, la m6me lutte se renouvela autour de sa personne avec un redoublement d'ardeur des deux côtés. Il
était lui-même parmi les premiers, et son exemple animait tous ceux qui étaient auprès de lui. Les cavaliers des deux côtés se serrèrent les uns contre les autres, et ce fut une lutte de force physique, et de pression d'hommes et de chevaux; mais les Macédoniens avaient un grand avantage en ce qu'ils étaient accoutumés à l'usage de la forte javeline propre au combat corps à corps , tandis que l'arme des Perses était la javeline qu'on lançait. A la fin, la résistance fut surmontées et Alexandre, avec ceux qui l'entouraient, refoulant graduellement les défenseurs, finit par gravir la haute rive jusqu'au terrain uni. Sur d'autres points, la résistance ne fut pas aussi vigoureuse. La gauche et le centre des Macédoniens, franchissant le fleuve en même temps à tous les endroits praticables le long de toute la ligne, triomphèrent des Perses postés sur la pente, et gagnèrent le terrain uni avec une facilité relative (1). Dans le fait, il n'était possible à aucune cavalerie de rester sur le bord pour s'opposer à la phalange avec sa rangée de longues piques partout où celle-ci pouvait parvenir au bord en un front quelque peu continu. Le passage aisé des Macédoniens à d'autres points servit à forcer ceux des Perses, qui luttaient avec Alexandre lui-même sur la pente, à se retirer sur le terrain uni au* dessus.
Ici encore, comme au bord de l'eau, Alexandre fut le premier à lutter en personne. Sa pique ayant été brisée, il se
(1) Arrien, I, 15, 5. Kat TCEpl aÙTÔv (Alexandre lui-même) ^viveiarr^xei (Jiâx>l xapTepà, xoi iv toôtip <XXeu îm* iÔdiMç
Ces mots méritent attention, parce 4}u*fls montrent combien la desêriptioa
de la liataille donnée par Arrien avait été incomplète auparavant. Insistant presque exclusiTement sur la présence et les fl^otts penonneli d' Alastndre,
T. XYUI
il avait dit peu de chose ra?rae de la moitié de droite de Tarmée, et rien dn font de la moitié de gauche eoat Fui»
meniôn. Nous découvrons par ces mots que foutet les TO^et; de la phalange (non-seulement les trois de la moitié d'AlexanAre, mais aussî les ttoîs de la moitié (le Parmeuiôn) passèrent le tieuve presque en même temps , et ne rencontrèrent pour la plupart que peu ou poiat de réîistaiice.
tourna vers un soldat près de lui, — Aretis, Isa dee gardas à cheval qui Taidaiest ea général à 66 mettre en selle* — - et lui en demanda une antre. Mais cet homme, qui avait aussi liriaé sa piqne, en montra le fragment à Alexandre, le priant de s^adrewer à un autre ; alors le Corinthien Demarates, qui faisait partie de la cavalerie des Oompagaons teat prÀs de là, lui donna son arme à la place. Ainsi armé de npaYeaii, Alexandre lança son cheval en avant contre M ithridatès (gendre de Darios) qui amenait une colonne de cavalerie pour Tattaqner, mais qui lui-même était considérablement en ayant de sa colonne. Alexandre lança sa pique dans le irisage de Mithridatès, et le renversa sur le sol ; il se tourna ensnite vers nn autre des chefs persans, Rhœsakês, qui le frappa à la tète d*un coup de cimeterre» fit sauter une « portion de son casque, mais ne pénétra pas au delà. Alexandre se vengea de ce coup en perçant BhcssakÂs, avec sa pique, de part en part (1). Cependant un troisième chef persan, SpiÛiridatès, était à ce moment derrière Alexandre ot tcmt près de lui, la main et le cimeterre levés pour Tahattre. A cet instant critique, Kleitos, fils de Dropidès, — Tun des anciens ofôders de Philippe, haut plaoé dans le service macédonien, frappa de tcmte sa force le bras levé de Spithridatès et le sépara du corps, sauvant ainsi la vie à Alexandre. D^autres Persans de marque, parents de Spithri- 'datès, se précipitèrent «ft désespérés sur Alexandre, qui re- •çut beaucoup de coups sur son armure et courut un grand ■danger. Hais les Compagnons qui étaient à ses o6tés redoublèrent d*eirorts, tant pour défendre sa personne que pour seconder sa hardiesse aventureuse. Ce fut sur ce point que la cavalerie persane fut rompue pour la première fois. A la .gaadie de U ligne macédonienne, la cavalerie tbessalienne combattit aussi avec vigueur et succès (2}, et les fantassins 4Uinés à la légère, généralement mêlés à la cavalerie d'Alexandre, fti^nt beaucoup de mal à Tennemi. La déroute
(]) Àrriea, I, 15, 6-12; Diodore, di fièrent dans losdéteilt. Je tnifAncitS. XYI, 20; riuu Alex. 16. Ces auteurs {2) Diodore, XYII, 21.
ALBXANDBB BN A8IB 99
de la cavalerie persane, une fois commencée, ne tarda pas à devenir générale. Elle s'enfuit dans toutes les directions, poursuivie par les Macédoniens.
Mais Alexandre et ses officiers arrêtèrent cette ardeur de poursuite, en rappelant leur cavalerie pour achever la victoire. L'infanterie persane, Asiatiques aussi bien que Grecs, était restée sans mouvement ni ordres, considérant la bataille de cavalerie qui venait de se terminer d'une manière si désastreuse. C'est sur elle qu'Alexandre tourna immédiatement son attention (1). Il fit avancer sa phalansre et les hypaspisixfi })Our l'attaquer de front, tandis que sa cavalerie attaqua de tous côtés ses flancs et ses derrières que rien ne protégeait : il chargea lui-môme avec sa cavalerie et eut un cheval tué sous lui. Son infanterie seule était plus nombreuse f|ue l'infanterie ennemie ; de sorte que contre une pareille inégalité le résultat ne pouvait guère être douteux. La plus grande partie de ces mercenaires, après une vaillante résistance, fut taillée en pièces sur place. On nous dit qu'il n'en échappa aucun, à l'exception de deux mille qui furent faitl^ prisonniers et de quelques-uns (|ui restèrent cachés sor le champ de bataille au milieu des cadavres (2).
Dans cette défaite complète et signalée, les pertes de la cavalerie persane ne furent pas très -sérieuses, à ne considérer que le nombre, — car il n'y eut que mille hommes tués. Mais le massacre des principaux Persans, qui s'étaient exposés avec une extrême bravoure dans le conflit personnel contre Alexandre, fut terrible. Non-seulement Mithridatès, Rhœsakês et Spithridatâs, dont les noms ont été mentionnés déjà, farent tués, — mais encore Pharnakès, beau-frère de Darius; Mithrobarzanês, satrape de Ki^padokia; Atizyôs, Niphatès, PeUnès et antres : tout
(1) Ârrien, I, 16, 1. PhittMin* dit 21. Diodora dit <ine du côté des Pertes
qne rinfimtarie, en ycyaat la cavalerie il y eut plus de io,000 fentetiiiM taës,
en déroute, demanda à capituler en fai- svec 2,000 cavaliers, et qu'il y eut.
sant des coïkditioiis à Alexandre; mais ]^s de 20,000 iioiumes ùiitA prison-
oelft M ienblt gnàra ptohible. timat»
(S) Acrien, 1, 16, 4 ; Diodore, XVII,
100 mSlOIBfi DE LA. ORàGB
Perses de rang et de conséquence. Ârsytès, le satrape de Phrygia» dont la témérité aTait surtout causé le rejet de ravis de Memnôn, se sauva du champ de bataille; mais il périt peu après de sa propre main, accablé de douleur et d'humiliation (1). L*infanterie persane ou gréco-persane, bien que probablement il s*en soit échappé plus individuellement que ne Timplique l*exposé d*Arrien, fut un corps irréparablement ruiné. Il ne resta pas d*armée en campagne, et il ne put dans la suite en être réuni dans TAsie Mineure.
Les pertes du côté d*Âlexandre furent, ditron, très-peu considérables. Vingt-cinq hommes de la cavalerie des Compagnons, appartenant à la division sous Ptolemœos et Âmyntas, furent tués dans la première tentative malheureuse faite pour passer le fleuve. De Tautre cavalerie , il y eut soixante hommes tués eù tout ; de Tinfenterie, trente. Voilà ce qu*on nous donne comme la perte entière du côté d'Alexandre (2). C'est seulement le nombre des tués. Celui des blessés n'est pas donné ; mais en admettant qu*il soit dix fois le nombre des tués, le total des deux réunis sera mille deux cent soixante-cinq (3). Si cela est exact, la résistance (le la cavalerie persane, excepté près du point où Alexandre lui-même et les chefs persans en vinrent aux prises, ne peut avoir été sérieuse ni prolongée longtemps. Mais si nous ajoutons encore la lutte avec l'infanterie, la faiblesse du total assigné pour les Macédoniens tués et blessés paraîtra plus surprenante encore. Le total de rinfanterie persane est porté à près de vingt mille hommes, pour la plupart mercenaires grecs. Il iTy en eut que deux îuille faits prisonniers; presque tout le reste (suivant Arrien) fut tué. Or, les Grecs mercenaires étaient bien armés, et il n'est pas probable qu'ils se soient laissé tuer impunément; en outre, Plutarque
(1) Arrien, I, 16, 6, 6.
(2) Arrien,!, 1«, 7,8.
(8} Arrien, en décrivant une atitrtt batâilte, croit que la proportion de
douze à un, entre les blessés et les tués, est au^^OMus de ce qu'on pouvait
attcn Irc (V, 2i, 8). Riistow et Koechly (p. 273) disent que dans le^ liaîailles modernes, la proportion ordinaire des blostéB aux tués va depuis 8 : 1 jusqu'à 10:1.
ALEXANDRE EN ASIE
affirme expressément qu'ils résistèrent avec nne yaleur désespérée, et que la plus grande partie des pertes macédoniennes farent subies dans le conflit contre eux. Il n*est donc pas aisé de comprendre comment on peut faire rentrer le nombre total des tués dans celui qu*affirme Àrrien (1).
Âprès la victoire, Alexandre manifesta la plus grande sollicitude pour ses soldats blessés, qu*il visita et consola en personne. Il fit faire en airain, par Lysippos, les statues des vingt-cinq Compagnons tués, statues qui, par son ordre, furent dressées à Dion en Macédoine , où elles étaient encore debout du temps d' Arrien. Il accorda aussi aux parents survivants de tous ceux qui périrent une exemption de taxes et de service personnel. Les corps des hommes tués furent honorablement ensevelis, ceux de l'ennemi aussi bien que de ses propres soldats. Les deux mille Grecs qui étaient devenus ses prisonniers furent chargés de chaînes, et transportés en Macédoine pour y travailler comme esclaves, traitement auquel Alexandre les condamna, sur le motif qu'ils avaient pris les armes en faveur de l'étranger contre la Grèce, en contravention au vote général rendu par le congrès à Corinihe. En même temps, il envoya à Athènes trois cents armures choisies parmi le butin, pour être consacrées à Athônô dans l'Akropolis, avec cette inscription : — M Alexandre, fils de Philippe, et les Grecs, à l'exception des Lacédïemonicns {éonsacrent ces offrandes) des dépouilles des étrangers qui habitent l'Asie (2). « Bien que le vote auquel Alexandre faisait appel ne représentât aucune aspiration grecque réelle, et accordât seulement une sanction qui ne pouvait être refusée sans danger, cependant ce fut pour lui une satisfaction de revêtir son propre désir d'agrandissement personnel du nom d'un dessein panhellénique supposé , ce qui était en même temps utile eu forti-
(1) Arrien, I, 16, 8; Plutarque, étaient des fontaesins. Cela oolneide
Alexandre, 16. Âristobnle (ap. Plu- avec l'aiaertion d*Àrrien au sujet des
tarque, l. c.) disait qu'il y avait ou vingt-cinq oompagnon» de cavalerie
parmi les compagnons J'Alexaudre tués.
(tûv icepl liv ^XÉÇavcpov) tranto- (2) Arrim, I, 16, 10, 11. quatre perionnes tuées , dont nenf
fiant son empire sur les Grecs , qui étaient les seules personnes capables, soit comme officiers , soit comme soldats, de soutenir la domination persane contre lui. Ses conquêtes forent l'anéantissement da pur hellénisme, bien qu'elles en répandissent un vernis extérieur, et, en particulier, la langue grecque, sur une grande partie du inonde oriental. Les véritables intérêts grecs étaient plutôt du c6té de Darius que de celui d'Alexandre.
La bataille du Granikos, livrée par Arsitès et les autres satrapes, contrairement à Tavis de Memnôn, fat en outre si peu habilement soutenue par eux, que la vaillance de leur infanterie, le corps le plus formidable de Grecs qui eût jamais été au senrice de la Perse , fut rendue presque inu* tile. Ce fut, à proprement parler, la cavalerie persane qui combattit dans la bataille (1); Tinfanterie resta, pour être entourée et détruite ensuite.
Aucune victoire ne pouvait être ni plus décisive ni plus terrifiante que celle d'Alexandre. Il ne restait pas de forces en campagne à lui opposer. L'impression produite par une si grande catastrophe publique était augmentée par deux circonstances accessoires : d'abord , par le nombre des seigneurs persans qui périrent, réalisant presque les plaintes d*Ato8sa, de Xerxès et du Chœur dans les Persss d'iEschyle (2), après la bataille de Salamis; — ensuite, par la vaillance chevaleresque et heureuse d'Alexandre lui-même, qui» rivalisant avec l'Achille homérique, non-seulement se précipita le premier dans la « i^lée » , mais tua deux de ces seigneurs de sa propre main. De pareils exploits , frappants même quand nous en lisons aujourd'hui le récit, ont dù, au moment où ils s'accomplirent, agir très-puissamment sur l'imagination des contemporains.
Plusieurs des montagnards mysiens du voisinage, bien que sigets mutins à l'égard de la Perse, descendirent de
(1) Armh «pptU* MrituillanMBl; «ttiqvM Tlwrgflm» t pnolMUoiMiii le
la bataille du Granikos une (inroiJtagciai comicencdment dt mi (PlBUurqM,
(1,17, 10, 0t ailleurs). Camille, 19).
La bataille fkt livrée dans le moit (2) iEiohyle, Pen. S50 Mf .
▲LBXANDRË EN ASIE
leurs montagnes po«r se socmettre à lui, et il leur fat per^ mû d*occaper leurs terres en payant le même tribut qu*auparavant. Les habitants de Zeleia, cité grecque voisine, dont les troupes aruttiit servi avec kw Perses, se rendirent et obtinrent leur pardon, Alexandre admettant Texcuse qu'ils alléguaient de n'avoir servi que par contrainte. U envoya ensuite Parmeniôu attaquer Daskylion, la forteresseet la principale résidence du satn^ de Phrygia. Cette ^ace elle-même fut évacuée par la garnison, et livrée sans doute avec un trésor considérable qu'elle renfermait. Toute la satrapie de Phrygia tomba ainsi au pouvoir d'Alexandre,, et Eallas fkt ckaii^é de l'administrer au nom du roi, en» levant le même tribut que celui qui avait été payé auparavant (1). U se dirigea lui-même» avec ses principales forces» dans la direction du sud, vers Sardes, — la capitale de la Lydia et le poste le plus important des Perses en Asie Mineure. La citadelle de Sardes , — située sur un rocher élevé et escarpé s'avançant du mont Tmolos , fortifiée par une triple muraille avec une garnison suffisante , — était regardée comme imprenable, et, en tout cas, elle n'aurait guère pu être prise que par un long blocus (2), qui aurait donné du temps pour rarriv(';e de la flotte et les opérations de Memnôn. Cependant , la terreur qui accompagiiait alors le vainqueur macédonien était telle, que quand il arriva à liuit milles (près de 13 kiloin.) de Sardes, il rencontra nonseulement une députation des principaux citoyens, mais encore le gouverneur persan de la citadelle, Mithrinês. La ville, la citadelle, la garnison et le trésor lui furent livrés sans coup férir. Heureusement pour Alexandre , il n'y eut en Asie aucun gouverneur persan qui déployât le courage et la fidélité qu'avaient montrés Maskamè.s et r)0gès, après que Xerxês avait été chassé de Grèce (3). Alexandre traita
(1) Arrien, I, 17, 1, 2. Antioclins III (216 av. J.-C), et ne
(2) Au sujet des fortifications et de iinit par être (n-ise qu'à cause de l'ex« Ift position presque imprembles de tiime négligence àt» dtf— i W f Sardes, Y. Polybe, YII, 15-18; HArod* même alors la citadelle tint enoore.
I, 84. £Ue tint pxès de deux ans otatN (») Héiodate, VU, 106, 109.
104 HISTOIBS DB LA' OBÂCE
Mithrinês avec courtoisie et honneur; il accorda la liberté aux habitants de Sardes et aux autres Lydiens, en général, avec l'usage de leurs propres lois lydiennes. Sardes livrée par Mithrinês fut une bonne fortune signalée pour Alexandre. En montant à la citadelle, il en contempla avec étonnemenl la force prodigieuse ; il se félicita d*une acquisition si aisée et donna Tordre d'y construire un temple de Zeus Olymt pien , sur l'emplacement où avait été situé l'ancien palais des rois de Lydia. Il nomma Pausanias gouverneur de la citadelle, avec une garnison de Péloponésiens d'Argos; Asander, satrape de la contrée, et Nikias, percepteur da tribut (I). La liberté accordée aux Lydiens , quelle qu*en fût la somme , ne les exonéra pas de payer le tribut habituel.
De Sardes, il ordonna à Kallas, le nouveau satrape de la Phrygia hellespontine, — et à Alexandre, fils d'Aeropos, qui avait été promu à la place de Kallas an commandement de la cavalerie thessalienne , — d'attaquer Atarneus et le district appartenant à Memnôn, sur la côte asiatique, eu face de Lesbos. Dans Fintervalle, il dirigea lui-même sa marche vers Ephesos, où il arriva le quatrième jour. Tant à Ephesos qu'à Milôtos, — les deux principales forteresses des Perses sur la côte, comme Sardes l'était à l'intérieur, — la catastrophe soudaine subie sur les bords du Granikos avait répandu une terreur inexprimable. Hegesistratos, gouverneur de la garnison persane (mercenaires grecs) à Milètos, envoya une lettre à Alexandre pour lui offrir de rendre la ville à son approche, tandis que la garnison à Ephesos, avec Texilé macédonien Amyntas, s*embarqua sur deux trirèmes qui étaient dans le port et s*enfuit. Il parait qu*il y avait eu récemment une révolution politique dans la ville, dirigée par Syrphax et autres chefs, qui avaient établi un gouvernement oligarchique. Ces hommes, bannissant leurs adversaires politiques, avaient commis des déprédations dans le temple d'Artemis, renversé la statue de Philippe de Macé-
(1) Arrien, I, 17, 5-9; Diodore, XVII, 21.
ALEXANDRE EN ASIE
■doine, qui }' était consacrée, et détruit le sépulcre de Heropythos le libérateur , élevé dans l'agora (1). Quelques membres du parti, bien qu'abandonnés par leur garnison, essayaient encore de demander du secours à Memnôn, qui cependant se trouvait à quelque distance. Alexandre entra dans la ville sans rencontrer de résistance, rappela les exilés, établit une constitution démocratique, et ordonna que le tribut payé jusqu'alors aux Perses le fût désormais à Artemis éphésienne. Syrphax et sa famille cherchèrent un refuge dans le temple, d*où ils furent tirés par le peuple et lapidés* Un plus grand nombre des membres du même parti auraient été mis à mort si la yengeance populaire n*eût été arrêtée par Alexandre , qui déploya une modération honorable et prudente (2).
Ainsi maître d*Ephesos, Alexandre se trouva en communication avec sa flotte, sous le commandement de Nikanor, et il reçut des propositions de reddition des deux cités voisines dans Tintérieur des terres, Magnesia et Tralleis. Pour occuper ces cités, il envoya Parmeniôn avec cinq mille fantassins (la moitié Macédoniens) et deux cents hommes de la cavalerie des Compagnons , tandis (fu*il expédia en même temps Antimachos, avec des forces égales, dans la direction du nord, pour délivrer les diverses cités des Grecs œoliens et ioniens. Cet officier reçut pour instructions de renverser dans chacune d'elles l'oligarchie régnante, qui agissait avec une garnison mercenaire comme instrument de la suprématie persane, — de remettre le gouvernement entre les mains des citoyens — et d'abolir tout payement de tribut. Luimême, — après avoir pris part à une fête solennelle et à une procession dirigée vers le temple d'Artemis épliésienne, avec toute son armée en ordre de bataille , — s'avança au
(1) Anina, I, 17, 12. Bdativem«nt
h CCS mouvements k Ephesos , qui avaient précédé l'expédition d'Alexaadro, nous n'avons pas d'informations; on ne nous dit pas non pins oo qu'était Heropythos, ni dan? quelles circonstances il avait délivré bosos.
n «ftt été intéressant de oonnaltre cet
faits, en ce qu'ils jetteraient du jour sur la condition des Grecs asia»
tiques antérieurement à l'invasion d'Aleizandn.
(8) Arrien, 1, 17, 10.13.
HUrrOIRB DB LA GVftCB
sud vers Milêtos , sa flotte sous Nikanor s'y rendant par mer (1). Il s'attendait probablement à entrer dans Milêtos et à y trouver aussi \)on de résistance que dans Ephesos. Mais ses espéram:es furent trompées : Hegesistratos , commandant de la ^-"arnison dans cette ville, bien que, sous l'impression immédiate de terreur causée par la défaite subie au Granitos, il eût écrit pour olîrir de se soumettre, avait à ce moment chanixé de ton et avait résolu de tenir bon. La formidable flotte persane (2), forte de quatre cents vaisseaux de guerre phéniciens et cypriens avec dea marins bien exercés, approchait.
Cette armée navale qui, quelques semaines plus tôt, aurait empêché Alexandre de passer en Asie, offrait actuelle^ ment le seul espoir d arrêter ses conquêtes rapides et faciles. Quelles mesures los officiers persans avaient-ils prises depuis la défaite du Granikos, nous Tignorons. Beaucoup d'entre eux avaient fui à Milêtos, en même temps que Memnôn (3), et ils étaient probablement disposés, dans les circonstances désespérées actuelles, à accepter le commandement de MemiiAn, comme leur seul espoir do salut, bien qu'ils eussent méprisé son conseil le jour de la bataille. Les villes de la principauté d'Atarneus , soumises à Memnôn, essajèrent-elles de résister aux Macédoniens, nous ne le savons pas. Toutefois, ses intérêts étaient si étroitement identifiés avec ceux de la Perse, qu'il avait envoyé sa £amme et ses enfants comme otages, afin d'amener Darius à lui confier la direction suprême de la guerre. Bientôt ce prince envoja des ordres à cet e£fet (4), mais la flotte, à son arrivée, ne semble pas avoir été sous le commandement de Memnôn , qoi cependant était probablement i\ bord.
Elle vint trop tard pour aider à défendre Milêtos. Trois jours avant son arrivée, Nikanor, l'amiral macédonien, avec sa flotte de cent soixante vaisseaux , avait occupé l'Ile de Ladô, qui commandait le port de cette cité. Alexandre
(1) Amen, I, 18, 5, 6. (3) Diodow, XVII, 22.
(2) AnrMa, 1, 18, 10-13. (4) Diodmt, XYJI, 2S.
ALEXANDRE £N ASIE 107
trouva la portion extérieuro de Mildtos évaeaée, et il 8*en empara sans rencontrer de résiitance. Il était en train de faire des préparati& pour assiéger la cité intérieure , et il avait déjà transporté quatre mille hommes de troupes dans rile de Ladè, quand la puissante flotte persane arriva en vue, mais se trouva exclue de Milètos, et obligée de s*amarrer sons le promontcnre voisin de Mykale. Ne voulant pas renoncer sans une bataille à Tem^e de la mer, Parmenidn conseilla à Alexandre de combattre cette flotte, s'ofirant à partager le danger à bord. Mais Alexandre déttpprouva sa proposition, affirmant que sa flotte était inférieure non moins en habileté qu*en nombre ; que la parfaite éducation militaire des Macédoniens ne servirait de rien à bord, et qu'une défaite navale serait le signal d'une insurrection en Grèce. Outre ces raisons de prudence, objet du débat, Alexandre et Parmeniôn différaient encore au sujet de ce que les dieux promettaient dans la circonstance. Sur le bord de la mer, près de la poupe des vaisseaux macédoniens, Parmeniôn avait vu un aiirle, ce qui lui avait inspiré le ferme espoir que les vaisseaux seraient victorieux. Mais Alexandre soutint que cette interprétation était inexacte. Bien que l'aigle lui promît sans doute une victoire, cependant il avait été vu à terre, — et par conséquent ses victoires seraient sur terre : — aussi , le résultat annoncé était-il qu'il triompherait de la flotte persane au moyon d'opérations sur terre (1). Cette partie du débat, entre deux, militaires pratiques de talent, n'est pas ce qu'il y a de moins intéressant, en ce qu'elle explique, non-seulement les susceptibilités relitrieuses de l'époque, mais encore la flexibilité de ce procédé (l'interprétation , qui se prêtait également bien à des conséquences totalement o|iposées. La différence entre un prophète sagace et un prophète lourd d'esprit , adaptant des présages ambigus à des conclusions avantageuses ou funestes, avait une importance très-considérable dans l'antiquité.
(1) Anien, 1, 18, 945; 1, 20, S.
Alexandre se prépara alors à attaquer vigoureusement Milètos, en repoussant avec dédain une offre que lui fit un citoyen milésien nommé Glaukippos, — à savoir que la cité fût neutre et ouverte à Lui aussi bien qii*aux Perses. Sa flotte, sous Nikanor, occupa le port, bloqua son entrée étroite contre les Perses, et fît des démonstrations menaçantes du bord de Teau, tandis que lui-même amena contre les murs ses engins à battre en brèche, les ébranla ou les renversa en plusieurs endroits, et ensuite prit la cité d*assaut. Les Milésiens, avec la garnison mercenaire grecque, se défendirent vaillamment, mais Timpétuosité de l'attaque triompha de leur résistance. Un nombre considérable d'entre eux furent tués , et il n*y eut pas pour eux d'autre mojen de s'échapper que de sauter dans de petits bateaux ou de flotter sur le creux d'un bouclier. La plupart même de ces fugitifs furent tués par les marins des trirèmes macédoniennes, mais une division de trois cents mercenaires grecs gagna un rocher isolé près de l'entrée du port, et s'y disposa à vendre chèrement sa vie. Alexandre, aussitôt que ses soldats furent complètement maîtres de la cité, alla lui-même, monté sur un vaisseau, pour attaquer les mercenaires sur le roc, prenant avec lui des échelles afin d*y effectuer un débarquement. Mais quand il vit qu'ils étaient résolus à faire une défense désespérée, il préféra leur accorder une capitulation, et il les reçut à son propre service^ (1). Aux citoyens milésiens qui survivaient il accorda la condition de cité libre, tandis qu'il fit vendre comme esclaves tous les autres prisonniers.
La puissante flotte persane du promontoire voisin de Mykale fut forcée de voir, sans pouvoir l'empêcher, la prise de Milêtos, et bientôt elle fut conduite à Hdikarnassos. En même temps, Alexandre en arriva à prendre la résolution de licencier sa propre flotte qui, tout en lui coûtant plus qu'il ne pouvait y dépenser à ce moment, n'était néanmoins pas en état de lutter avec l'ennemi en pleine mer. Il comp-
(i; Arrien,!, 19; Diodore, XVII, 32.
ALEXANDRE EN ASIE
tait, en concentrant tons ses efforts dans des opérations sur terre, en particulier contre les cités de la côte, exclure la flotte persane de tout empire efficace sur TAsie Mineure, et s*assurer cette contrée. Kn conséquence , il congédia tous les Yaisseaux , ne conservant qu*une escadre de force médiocre pour les besoins du transport (1).
Probablement avant ce temps, toute la côte asiatique au nord de Milètos, — comprenant les cités ioniennes et œolionnes, et la principauté de Memnôn, — ou avait accepté volontairement la domination d'Alexandre» ou avait été réduite par ses détachements. En conséquence, il dirigea alors sa marche au sud de Milètos, vers la Earia, et surtout vers Halikamassos, la principale cité de ce ter«ritoire. En entrant en Karia, il rencontra Ada, membre de la famille princière karienne, qui lui offiit sa ville d*Alinda et ses autres possessions en Tad optant comme fils, et en lui demandant sa protection. Il n'y avait pas beaucoup d'années, sous Mausôlos et Artemisia, que les puissants princes de cette famille avaient été formidables à toutes les lies grecques. C'était l'usage en Karia que les frères et les sœurs de la famille régnante se mariassent entre eux : Mausôlos et son épouse Ârtemisia eurent pour successeurs Idrieus et son éponse Ada, tous les quatre étant frères et sœurs, fils et filles d'Hekatomnos. A la mort d'Idrieus, sa veuve Ada fut chassée d'IIalikarnassos et des autres parties de la Karia par son frère survivant Pixodaros, bien qu'elle conservât encore quelques villes fortes, qui furent une addition heureuse aux conquêtes d'Alexandre. IMxodaros, au contraire, qui avait donné sa fille en mariage à un grand de Perse nommé Onmtobatès, épousa avec chaleur la cause persane,
(1) Arrien, 1, 20, 1-4; Diodore, XVII, 22. En môme temps, l'assertion de Uiodore ue peut guère être •XMte (XVII, 24). à nvoir qa*A- Icxandrc envoya lesinachiiies à battre eo brèche de Miietos à lUikanuwoa
par mer. Elles auraient été seulement exposées par là à être prises par la flotte persane.
Nom verront qtt'Alezandre réorganisa la Aotte entière Paiinée sttivaate.
mSTOIRB DK LA ORfeCB
et fit d'Ualikarnâssos un point capital de résistance contre renvahisseiir (1).
Mais il n était pas le seul à défendre cette cité. La flotte s'y était retirée en venant de Milêtog ; Memnôn, actuellement investi par Darius du commandement suprême sur la côte asiatique et sur la mer yEgée, s'y trouvait en personne. Il y avait là non-seulement Orotonbatês avec beaucoup d'autres Asiatiques, mais encore une garnison considérable de Grecs mercenaires, commandés par Ephialtês, exilé athénien plein de bra voure. La cité, forte tant par la nature que par l'art, entourée d'un fossé large de treize mètres et demi, et profond d un peu plus de six mètres et demi (2), avait encore été fortifiée davantage sous la surveillance prolongée de Memnôn (3) ; en dernier lieu, il y avait deux citadelles, un port fortifié arec son entrée faisant face au sud» d'abondants magasins d'armes et une bonne provision d'en» gins de défense. Le siège d'HalikamaseoB était l'entreprise la plus difficile qu'Alexandre eût encore tentée. Au lieu de l'attaqua par terre et par mer à la fois comme Milètos, il fit ses approches seulement par terre, tandis que les défensenre étaient puissamment aidés du côté de la mer par les vaisseaux persans avec leurs nombreux équipages.
Ses premiers efforts, dirigé» contre la porte au nord ou au nord-est de la cité, qui conduisait vers Mylasa, furent interrompus par des sorties fréquentes et par des déchaiges des engins i^acés wmt les mars. Après quelques jours dépensés ainsi sans beaucoup de résultai, Alexandre passa avec une section considérable de son armée au cM occidental de la ville» vers la partie avancée de la langae de terre en saillie, sur laquelle étaient situées Halikarnassos et Mindos (la dernière ville plus loin à l'est). Tout en faisant des démonstrations de ce côté d'Halikarnassos, il tenta en ' même temps une attaque de nuit sur Mindos, mais il fut obligé de se retirer après quelques heures d^efforts inutiles. Il se
(1) Arricn, I, 23, 11, 12; Diodtie, (3) Anrien, 1, 20, 5. îûfiiravTa TOtSta XVIi, 24; StraboD, XIY, p. 667. Mé(i,vci>v xi autb^ icapà>v ycoUoO «a-
Arriea, I, 20, 13. çtmnénÊt, «4e.
ALEXANDRE KN ASIK 111 t
Irorna alors an siège d'Halikarnassos. Ses soldats, protégés contre les traits par des appentis mobiles {appelés tortues), comblèrent insensiblement le fossé large et profond qui entourait la Tille, de manière à pratiquer une route unie pour que ses engins (tours de bois ronlantes) arrivassent tont près des murailles. Les engins y ayant été amenés, rcsnm de démolition se poursuivit avec succès, nonobstant de "rigoureuses sorties faites par la garnison, reponssées, bien que non sans pertes et difficultés, par les Macédoniens. Bientôt les coups de macbines i battre en brèche eurent renversé deux tours dn nrar de la cité, a;Yec denx largeurs intermédiaires de mnrs, et nn trioisième mnr commençait à menacer mine. Les assiégés étaient employés à élever nn mur intérieur de briques pour convrirrespace ouvert, et une immense tonr de bois de qnarante-cinq mètres de Itantear dans le dessein de lancer des projectiles (1). Il parait qu'Alexandre attendait la démolition complète de la troisième tour avant de juger la brèche assez large pour qu il pût donner Tassant ; mais il en fut donné un prématurément par deux soldats téméraires de la division de Perdikkas (2). Ces hommes, échauffés par le vin, s^élancèrent seuls pour attaquer le poste de Mjlasa, et tuèrent les plus avancés des défenseurs qui Tinrent pour s'opposer à eux, jusqu'à ce qu'enfin des renforts arrivant successivement des deux cùtés, nn combat général s'engageât à une faible distance du mur. A la fin, les Macédoniens furent victorieux, et refoulèrent les assiégés flans la cité. La confusion fut telle que la cité aurait pu être emportée, si Ton avait pris à l'avance les niesures nécessaires. La troisième tour fut bientôt renversée ; néanmoins, avant que cela pût se faire, les assiégés avaient déjà achevé leur demi-lune, contre laquelle conséquemment Alexandre fît pousser le lendemain ses engins. Toutefois, dans cette position avancée, étant pour ainsi dire
(1) Cf. Ârrien, 1, 21, 7, S; DiodAre, XVll, 25, 88.
(2) Arrien (I„ 21;, 5) et Diodore • (JLVil» 2a> BMBtiMiiwl ton» étn
e«tte aaém éixxx soldat» de Fer*
se fit de vnt^ «• foi at fMt goèn
Hn vnù.
HI8T0IRB DE lA OBÈCB
en dedans du cercle du mur de la cité, les Macédoniens étaient exposés à des décharges non-seulement des enginsqu'ils avaient en face, mais des tours encore debout de chaque côté d'eux. De plus, à la nuit, une nouvelle sortie fut faite avec tant d'impétuosité qu'une partie de l'ouvrage d'osier destiné à couvrir les machines, et même le boisage de Tune d'elles, furent brûlés. Ce ne fut pas sans difficulté que PhilOtas et Hellanikos, les officiers de garde, sauvèrent les autres, et les assiégés ne finirent par être refoulés que quand Alexandre parut lui-même avec des renforts (1). Bien que ses troupes eussent été victorieuses dans ces combats successifs, cependant il ne pouvait enlever ses morts qui étaient tout près des murs sans solliciter une trêve afin de les ensevelir. Une pareille requête était habituellement regardée comme un aveu de défaite; néanmoins Alexandre sollicita la trêve, qui fut accordée par Memndn, malgré l'opinion contraire d'Ephialtês (2).
Après quehiues jours d'intervalle, consacrés à ensévelir les morts et à réparer les machines, Alexandre renouvela une attaque contre la demi-lune, sous sa surveillance personnelle. Parmi les chefs à l'intérieur, la conviction que la place ne pourrait tenir longtemps gagnait du terrain. Ephialtès, en particulier, déterminé à ne pas survivre à la prise, et voyant que la seule chance de salut consistait à détruire les engins de siège, obtint de Memnôn la permission de se mettre à la tète d*une dernière sortie désespérée (3). Il prit immédiatement près de lui deux mille
a) Arricn, I, 21, 7-lS.
(2) Diodore, XVII, 25.
(3} La dernière lutte désespérée des assiégés est ce qui est décrit daus I, 22 d'Arrien et dans XVII, 26, 27 d« Diodore, bifii que les deux descriptions soient très-difiérentes. Arrien ue nomme pas Ephialtês à HalikamasBos.
n suit les auteurs macédoniens Ptolémée et Aristobule, (|ui probablement ne s'occupaient que de Memuûo et des iPersM, oomme étant lenra ennemis
réel*, eonaidinuit les Grecs en général
comme une portion de l'armée do leur.^ adversaires. D'autre part, Diodore et Q.-Curce paraissent avoir suivi, en grande partie, des auteurs grecs, anx yenx desquels des oxilt-s atli-'iiiens émiucntà, comme Ephiaitês et Charidémos, comptaient pour beaucoup pins.
Le fait mentionné itt par Diodore, à savoir qu'Kphialtês repoussa la jeune garde macédonienne, et que la bataille ne Alt rétaUie que par les efforts ex*
ALEXANDRE EN ASIE
hommes de troupes d'élite, une moitié pour attaquer i^ennemi, Tautre avec des torches pour brûler les engins. Au point du jour, toutes les portes étant soudainement et simultanément ouvertes, les soldats, opérant la sortie, se précipitèrent hors de chacune d'elles contre les assiégeants^ les machines de l'intérieur les appuyant par des déchargea multipliées de traits. Ëphialtôs, avec sa division, marchant droit contre les Macédoniens de garde an point principal d'attaque, les assaillit impétueusement, tandis que ses soldats qui portaient les torches essayaient de mettre le feu aux engins. Distingué Id-mème nou moins par sa force personnelle que par .sa Taleur, il occupait le premier rang, et il était si hien secondé par le courage et le bon ordre de ses soldats chargeant en coloime profonde que pendant un moment il eut Tayantage. On réussit à incendier quelques machines, et la garde avancée des troupes macédoniennes, consistant en jeunes soldats, lâcha pied et s*enfuit. Elle fut ralliée en partie par les efforts d*ÀIezandre, mais plus encore par les vieux soldats macédoniens, qui avaient fait ensemble toutes les campagnes de Philippe, et qui, étant exempts des veilles de nuit, étaient campés plus en arrière. Ces vétérans, parmi lesquels le plus remarquable était un soldat nommé Atharrias, faisant honte à leurs camarades de leur lâcheté (1), prirent leur ordre de phalange accoutumé, et dans cet état résistèrent à la charge de l'ennemi victorieux et le repoussèrent. Ephialtès, au premier rang dés combattants, fut tué, les autres furent refoulés dans
traordinaires de la vieille garde, — a bMa/>oup d'intérêt, Qtjenevoispude raison pour n'y pas croire, quoique Arrien n'en purlo, j)as. Q.-Curce (V, 2; VIII, 1) y tmt aiiuaion dans une occasion subséquente, en nommant AÛMt* rias; la partie rie son ouvr:if:p dans laquelle il aurait dû être raconté est perdue. £n cette occasion, comme dans d'autres, Arrien glisse sur les revers, les obstacles et les pertes partiels de la carrière d'AlcxandrOt Ses autorités
T. XVUI
faisaient probablement de même avant lui.
(1) Diodore, XVI, 27; Q.-Curoe, V, 1; VIII, 2. ...01 yàp TcptaSûzaxoi Twv Max£o6vuv, oià {ùv xigv i^Xtxî«v ftice>8>V|tlvoi TÛV «tvBuvMV, 0WS9Tpa-
Teujxévot 81 4>iX{irjtC{>... toïç |iàv ^yy^*
T/jv àvavôpîav, aùxoi oï ouvadpoioOévxtft ^1 ffwaoïcCffttvtec, inUavi^gwt Toi»;
ia cite, et les machines incendiées furent sauvées avec quelque dommage. Pendant le môme temps, un conflit opiniâtre s'était engagé à la porte appelée Try pilon, par laquelle les assiégés avaient fait «ne autre sortie, sur un pont étroit jeté en travm du fossé. Là les Macédoniens étaient sous le commandement de- Ptolemœos (non le fils de Lagos), Ton des gardes da corps du roi. Ce général, avec deux ou trois autres officiers distingués, périt dans la Itrtte acharnée qui s'ensuivit; mais les soldats qui avaient effectué la sortie forent enfin repoussés et rejetés dans la ville (1). Les assiégés» en essayant d^ rentrer dans les murs, firent des pertes sérieuses, étant vigoureusement poursuivis par les Macédoniens.
Par ce dernier et malheureux e£ft>rt» la force défensive d*Halikamassos fut détruite. Memnôn et Orontobatés, convaincus qu'il n'était plus possible de défendre la ville, profitèrent delà nuit pour nUettre le feu à leurs engins à pro|ectiles et à leurs tours de bois, aussi bien qu'à leurs magasins d'armes, ainsi qu'aux maisons voisines du mur extérieur, tandis qu'ils emmenaient les troupes, les provisions et les habitants, en partie à la citadelle appelée Salmakis, — en partie à l'Ilot voisin nommé Ârkonn'esos, en partie à l'Ile de Kos (3). Cependant, tout en évacuant ainsi la ville, ils maintinrent encore de bonnes garnisons bien approvisionnées dans les doox citadelles qui en dépendaient. L'incendie, stimulé par un vent violent, se répandit au loin, n fut seulement éteint par ordre d'Alexandre quand il entra dans la ville et mit à mort tous ceux qu'il trouva avec des brandons. Il ordonna que les Halikamassiens trouvés dans les maisons fassent épargnés, omis que la cifté elle-nènM f6t démoU». H assigna toute la Karia à Âda, comme principauté, sans doute sous condition d'un tribut. Comme les citadelles occupées par l'ennemi étaient assez fortes pour demander un long siège, il ne jugea pas nécessaire de rester
(1) Arrien, I, 22, 6. (2) Arrien, I, 23, 3, 4; Diodore,
XVn, 27,
ALEXANDBB BN ASIE 115
en persoaaedans le dessein de les réduire; mais, les entourant d*un mur de blocus, il laissa Ptolenudos et trois mille hommes pour le garder (1).
Après avoir achevé le siège d'Halikarnassos, Alexandre renvoya' son artillerie à Tralles, et ordonna à Parmeniôn, avec une partie considérable de la cavalerie, l'infanterie alliée et ies*chariots des bagages, de se rendre à Sardes.
Il employa les mois de Thiver soivant (334-333 av. J««C.) à la conquête de la Lykia,' de la Pamphjlia et de la Pisidia. Tonte cette côte méridionale de VAie Mineure est montagneuse, la chaîne dn mont Tknrtis descendant presq^ue jusqu'à la mer, de manière à laisser peu ou point de largeur intermédiaire de plaine. Malgré une situation d'une aussi grande force, la terreur inspirée par les armée d'Alexandre était telle, que toutes les villes IjkienDss, — Hyparna, Telmissos, Pinara, Xanthos, Patara et trente antres, — se soumirent à lui sans coup férir (2). Une seule parmi elles, appelée Marmareis, résista jusqu'à la dernière extrémité (3). En atteignant le territoire nommé Milyas, la frontière phrygienne de la Lykia, Alexandre reçut la reddition de la cité maritime grecque Phasèlis. Il aida les Phasèlites à détruire nn fort dans la montagne, élevé et muni d'une garnison contre eux par les montagnards pisidiens du voisinage, et il rendit un hommage public à la sépulture de leur concitoyen décéiU, le rhéteur Theodektês (4).
Après cette courte halte à Phasèlis, Alexandre dirigea sa course vers Pergê en Pamphylia. La route ordinaire par la montagne, par laquelle il envoya la plus grande partie de son armée, était si difficile qu'il fallut la faire niveler en quelques endroits par des troupes légères thraces envoyées en avant dans ce dessein. Mais le roi lui-même, avec ua détachement d'élite, prit une route plus difficile encore, appelée Kllmax (échelle), au pied des montagnes, le long du bord de la mer. Quand le vent soufflait du sud, cette
a) Arrien, I, 23, 3, 4; Diod., (3) Diodore, XYII, 21. XVn, 27. (4) UrrMB, 1* Si, il» Flntaifoe,
(2) Am«n,I, 24, 6-9. ÂJmmêL 17.
HIBTOIBB DE LA ORÈCS *
route était couverte par une eau si profonde qu'elle devenait impraticable; avant qu'il parvint à cet endroit, le vent avait soufflé violenunent du sud pendant quelque temps, — mais quand il en approcha, la providence spéciale des dieux (c*est ainsi que lui et ses amis le crurent) fit tourner le vent au nord, de sorte que la mer se re* tira et lûssa un passage dont il put profiter, bien que ses soldats eussent de Teau jusqu'à la ceinture (1). De Pergè il marcha sur Sidè, et il reçut en route des députés d'Âspendos, qui ofirirent de livrer leur cité, mais le supplièrent de ne pas y mettre de garnison, ce qu'ils obtinrent en promettant cinquante talents en espèces, en même temps que les chevaux qu'ils menaient comme tribut au roi de Perse. Après avoir laissé une garnison à Sidè, il avança droit vers une place forte appelée Syllion, défendue par des indigènes braves avec un corps de mercenaires qui les soutenait. Ces hommes tinrent bon, et même repoussèrent un premier assaut qu'Alexandre ne s'arrêta pas pour répéter, étant « informé que les Aspendiens avaient refusé d'exécuter les conditions imposées, et avsdent mis leur cité en état de défense. Revenant rapidement, il les força à se soumettre, et il retourna ensuite à Pergè, d'où il dirigea sa course vers la grande Phrjgia (2), à travers les montagnes difficiles et la population presque indomptable de la Pisidia.
Après être resté dans les montagnes pisidiennes assez longtemps pour réduire plusieurs villes ou forts, Alexandre s'avança au nord en Phrygia, passant par le lac salé appelé Askanios, jusqu'à la forteresse escarpée et imprenable de Kelaenae, qui renfermait une garnison de mille Kariens et de cent Grecs mercenaires. Ces hommes, n'ayant aucun secours à espérer des Perses, offrirent de rendre la forte-
(1) Arrien, I, 2fi, 4. Oùx iveu toû deîou, ô>; aÙTÔc ts xal ol ' aÙTÔv ê^rroOvTo, €te. Stmbon, XIT, p. 666;
Q.-Cnrce, V, 3, 22.
On doit prendre les mots de Plntarque (Alexand. 17) comme signitiaut
qu'Alexandre ne se vanta pas atitaiit de cette faveur spéciale des Dieux que qnelques-nns de ses panégyristes I»
firent pour lui.
(2) Arrien, I, 27, 1-8.
ALEXANDRE EN ASIE 117
resse, si un pareil secours n'arrivait pas avant soixante jours (1). Alexandre accepta la proposition, resta dix joars
à Kelœnse, et laissa Antigonos (plus tard le plus puissant parmi ses successeurs) comme satrape de Phrygia avec quinze cents hommes. Il se dirigea ensuite au nord, vers Gordion, sur le fleuve Sangarios, où Parmeniôn avait ordre de le rejoindre, et où se terminait sa campagne d'hiver {2).
il) Q.'Curoo, lU, 1, 8. (2) Aniw, I, 89, 1-5.
APPENDICE
SUB Xa JUOVOUBDB DE 1^ 8iJUS8A OU FXQUS U壃DOSaaa
Les renseignements donnés ici au sujet de la longueur de la sarissa portée par le phalangite, sont empruntés de Polybe, dont la description est en tout point elaire et oonséqnente «vee âle-nteM. « La unitn (âHAl) est Imtfiie de loâ»
coudées, suivant la théorie originelle; et de quatorze coudées, telle qu'elle est adaptée à la pratique actuelle ». — To 8è twv aaptircûv |irfe66; èori, xaxà |ièv r^v &PX^^ {>it69e<nv, éxxa(Sexa inixûv, xarà 8à tiP|v àpiiOT^iv tt|v fcpdc n^v tBMni, SotaTetrorxpwv. Toûtmw ttvQiK xitroa^aq àçatpeï tÏ (Ute^ tmw ^fOTv ftié^ OTirpLa, xat TO •f.n.-or.vi T-i^v.wjxa -niç 7tj;oêo)r,; (XVIII, 12).
On peut probablement comprendre que la différence indiquée ici par Polybe entre û longnenr en théorie «t oe&e «a pratique signifie que les phalangites, dans les exercice, se aerTaient de piques pins longues; et en service, da plu petites; précisément comme les eoldats romains étaient habitués dans leurs exercioes il faire usage d'armes j^us lourdes que celles qu'ils employaient contre l'ea» iMsini.
Parmi les (•rri\ains modernes sur la TMstîqtte, Léon (Tact. VI, 39) et CoMtantin Porpliyrogénùte répètent la double mesure de la sarissa telle que la donne Polybe. Arrien (Tact. c. 12) et Polyen (II, 29, 2) portent sa longueur à seize ooadéM, — • ^ien (Taot. o. 14) donne qutoiM ooodéos. Tons eea mtenn nimnt Pol ybe, ou quelque nvtoe autoril4 s^ooofdant ame lui. Aucun d'en ne la oontredit, bien qu'aucun n'expose le cas aussi clairement qu'il le fait.
MM. Biistow et Koechly (Gescb. des Griech. Kriegswesens, p. 238), auteurs du meiHonr ouvrage que je ooanassaetelathmneittaax afibires militaiiat daaa l'antiquité, rejettent l'autorité de Polybe telle qu'alla est ici. Ils soutiennent que le passapre doit être corrompxi, et que Polybe a dû vouloir dire que la sarissa avait seize ficds (anglais) de longueur, — nou seize coudées. Je ne puis souscrire à leur opinion, et je no omis pas que la exttiqna qii% Ibnt de Polybe soit joato.
D'abord, ils raisonnent comme si Polybe avait dit que la sarissa du service réel avait sfire coudées de long'. Calculant le poids d'une telle arme par l'épaisseur nécessaire pour le manciie, ils déclarent qu'elle ne serait pas maniable. Mats Polybe donne la lengaanr véelle oomme n*étanl que da fMtors» oondéos : différence très-considérable. Si nous acceptons l'hypothèse de ces auteurs, k savoir qu'une corruption du texte nous a fait lire des coyiditt, là où nous aurions dû lire des pisdx, — il s'ensuivra qne la longueur de la sarissa, telle que la donne Poly^ datati ttia da «notofwpiadt, m da «itee pMs. Or oaMa loagnenr n*eii
pas sof fisaute pcmr jwtifier diven pwiagM dma l«iqii«lt il «st parlé de la pro-
digieuse lonp^enr.
Ensuite, ils imputent à Polybe une contradiction quand il dit que le soldat Tomain ooonpait xm espace de trois pieds, égal à oeUd q«*un soldat maoédonieii
occupait, — et cependant que dans le combat, il avait deux soldats mac(5flonieiis et dix piques, opposés à lui (XVIII, 13). Mais il n'y a ici aucune contradiction : car Polybe dit expressément que le Romain, bien qu'il occupât trois pieds quand la Kgion était rangée en ordre, avait besoin, qvamà Û eombattût, d'une expansion des rantrs et d'un intervalle plus grand jusqu'à la mesure de trois pieds derrière lui ot de chaque côté de lui (^âXaafiia xal SiàerTaaiv à).).in)fa)v êj^eiv SeiQ9ei Toùç âvSpa; è).âxicnov Tpeî; iré5aç xax' in\<rx&vriV infl.i 7tapa(TTàTr,v) un d'aToir libre jen pour son épée et son bouclier. Il est donc parfaitemeut vrai que chaque soldat romain, quand il s'avançait réellement pour attaquer la phalange, occupait autant de terrain que deux phalangites, et avait affaire à dix piques.
De plus, il est impossible de supposer que Polybe, en parlant de eoudén, Tonlût réellement dire pM»; ra que (c. 12) il parle de trois pied* comme étant l'intervalle entre chaque rang dans la file, et que ces' trois pieds sont évidemment présentés comme égaux à deux coudées. Son calcul ne sera pas juste, si à la place de coimMSm l*on Sttbstitae pt9d§.
Noos devons donc prendre l'assertion de Polybe telle que nous la trouvons; à savoir que la pique du phalangite avait quatorze coudées ou vingt et un pieds (anglais) de longueur. Or Polybe avait tous les moyens possibles pour être bien mnteigtté snr ee pdnt. Il avait pins de trente ans à l'époqne de la denilèfo guerre des Romains contre le roi tiificédonicn Perseus, guerre dans laquelle il servit lui-même. 11 connaissait intimement Scipion, fils de Paul Emile, qui gagna 1» bataille de Pydna. En dernier lieu, il avait donné une grande attention à la tactique, et avait m@me écrit un ouvrage exprès sur ce sujet.
On pourrait croire h la vérité que l'assertion de Polybe, bien que vraie pour son temps, ne l'était pas pour celui de Philippe et d'Alexandre. Mais il n'y a rien à l'appui d'un pareil soupçon, — qui de plus est expressément désavoué par Bttstow et Koechly.
Sans doute vingt et un pieds est une prodigieuse longueur, maniable seulement par des hommes spécialement exercés, et incommode pour toute évolution . Mds oe sont précisément les tenues avec lesquels on parle tonjonrs de la pique du phalangite. C'est ainsi que Tite-Live dit, XXXI, S9 : ■ Erant pleraque silvestria circn, incommoda plialangi maximè Macedonnm ; quïc, nisi uhi pra longis • haslis velut vallum ante clypeos objecit (quod ut iiat, libero campo opus est) nullins admodnm nsûs est. » Cf. «More Tite-Live, XIIV, 40, 41, où» entre autres choses qui font comprendre l'immense longueur de la pique, nous trouvons : < Si carptim aggredicndo, circumagere immobilem longitûdinê tt granUatê hcutam cogas, confusa strue iroplicatur ; ■ et XXXIII, 8, 9.
Xéncpfaon nous dit que Iss Dix Mille Ghreos dans leur retraite eurent k se frayer un chemin de vive force à travers le territoire des Clialybes, qui portaient une pique longue de quinze coudées avec une courte épée : il ne mentionne pas de bouclier; mais ils avaient des jambières et des casques (Aiiab.IV, 7, 15). (76St une longueur plus grande que celle que Polybe assigne à la piqne du phalangite macédonicrf. Les Mosynd'ki dt'fen'lirent leur citadelle • avec des piques si longues et si grosses qu'un homme pouvait difficilement les porter » (Ânabas. Y. 4, 2^, Dans Hliade, qmmd les Troyens pressaient finrt les vaisseaux grecs, et clierohaient à y mettre le feu, Ajax est représenté comme se plaçant sur la poupe, et tenant les assaillants à distance au moyen d'une pique propre à percer de vingt*deux coudées ou trente-trois pieds de longueur (^uotov vauiuix^^
APPENDICE
Tr«).â{iyi(riv, — Sua)xai6t)i09{in]/u, Ilimle, XV, 678). T>a lance ci'ITektôr a dix OU onze coudées de longueur, — elle fest destintie à ôtrc laucue (Iliade, VI, 319; VIII, 494), — la leçou n'est pas fixée, soit iy^ifi^ ix' ivicKâTCTix^i ^TXo« ^/.t^
L'infanterie suisse et les lansquenets allemands, au seizième siècle, étaient k bien des égards une reproduction da la phalange macédonienne : rangs serrés, files profondes, longues piques, et les trois ou quatre premiers rangs composés des hommes les pliii tSttâ et les plus braves du xé^ment, • — aolt officiers, soit soldats d'élite recevant une double paye. La longueur et la rangée impénétrable de leurs piques leur permettaient de résister à la charge de la grosse cavalerie ou gens d*annM : on ne pouvait leur résister d« firont, à moins qne l'enn«mi ne pftt troawr la moyen de pénétrer entre les piques, ce qui se faisait quelquefois, bien que rarement. Leur grande confiaiice était dans la longueur de la pique. — Machiavel dit d'eux (Ritrutti deli' Alamagna, Opère, t. IV, p. 159; et Dell' Arte déllA Gnerra, p . 232-236) : < Dioono tanme tiQe oïdine, ebe non é poinlnlA entmnr ti» loro, né accostaneK, quanto é la pieea Inngft. Sono ottim» genki in campagna, à far giornata : ma per espugnare terre non vagliono, e poco nel difenderlo; ed uuiversalmeuto, done non possano tenere l'ordine loro délia minon ^v^umo. •
^ ij ... L.y