‹ Histoire de la GrèceChapitre 7 sur 21 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

nKX>llPB R TROIfliftiIB CAKVA01I8 I>*AmâllinUB TBK ASIB. BATAHLB D*I88a8. — 8IÊ0S DB TTB.

Alenndro tranche la ncBad gordien. — U r^oM de d^irrer iM pmomât» ftlkteiMit. — Pragrts 4e H«awta «t a« U iette fonne; ils Mqwimnt

Chios et une partie considérable de Lesboe ; ils assi^giMBl Miljlênd ; mort de Memnôn; prise de Mitylêné. — Espérances excitées en Grèce par la flotte persane, mais ruinées par la mort de àlemnôn. — La mort de Memnôn, malheur inéfmM» pour DwKu. — >Oknig«BMt 4afM !• pkm éê DtrîM emné ptr «et éféBABsnt; il se ^éeide à prendre IVifléiiilTe. sur terre; son immense armée do tant* — Libre langage et juj^ement sain de ( 'liaridômos; il est mis à mort par Darius. — Darius abandonnait les plans de Memnôn, juste au momeiit oè il wcnit la m«iMeara potitioB âéPennvtt ponrlM«»éeat«r «iree «fibC. — Darius rappelle Ifs mercenaires grecs de la flotte. — Critique d'Arrien an sujet du plan de Darius. — Marclie d'Alexandre de Gordien à travers la Papltlagonia et la Kappadokia. — Il arrive à la ligne du mont Taurus; difficultés in. IpMiigv. ConAvito d*AiMBiê»^ U ntmpe permn; MUatmiên franchit la Taurns sans trouver la moindre résistance; il entre dans Tarsos. — Dancrereuse maladie d'Alexandre ; sa confiance dans le médecin Philippe, qui le guérit. — Opérations d'Alexandre en Kilikia. — Alexandre sort de la Kililda «t M vtmA par Iwos b Mjriandraa. — > Hbuche de Dariw deViirtirienr jusqu'au versant oriental dn mont Amanns; nombre immense do son armée; luxe et richesse ^'flle déploie; le trésor et les bagages sont envoyés à Damaskos (Ihums). — Position de Darius dans la plaine à l'est du mont Amanes*, il onvre les défilés d« la montagne, poarkSMer Alexatidre la traverser et livrer une Viatnille rangée. — Impatience que cause H Darius le retard d'Alexandre en Kilikia; il franchit le mont Amanus ponr attaquer AlexanCbe dans les déflléi de la Eilik». — n arrive snr les derrières d'Alexandre et ^empare d'Issus. — Alexandre revient ds HSytianàxoê; eoa diseewrs II son armée. — ' Position de Farm/'c macédoniennp nu Fud du fleuve Pinaros. — Position de l'armée persane au nord du Pinaros. — l^taille d'Issus. — Alarme et fuite immédiftte de Daiins; défi^ dee Perses. — Poursuite Tigoureuse et teetiuC'tive exécutée par Alexandre ; prise de ht mère et de l'épouse de Darius. — Alexandre traite courtoisement les princesses pri5onni^res. — Complète dÏBpersion de l'armée persane; Darius repasse î'Euphrate; fuite de quelques ■lereenakes peno-greoa. <— Prodigieux effet produit par la vietrtre d'Iesne. — Elbla pfodnita enCMee par la iMÉdlle dlMoe; prcgeta utinwoédonisiifldétruito.

— Prise de Damaskos par les Macédoniens, avec le trésor et les prisonniers persans. — Capture et traitement de l'Athénien Ipliikratâs; changement dans la positicte nUttire des Greei «t dei Maeédimi«M. — Alecunàtt en Pliénicie; Arados, Byblos et Sidon lui ouvrent leurs portes. — Lettre de Dariua sollicitant la paix et la restitution des royales captives; réponse hautaine d'Alexandre. — Importance de la reddition volontaire des villes phéniciennes à Akxsndre. — Alexandre pantt d«vant l^r; les Tyrieni wnt diipoaés à te rendre, non toutefois sans un point réservé; il se décide à assi^r la oité. — Dispositions exorbitantes et conduite d'Alexandre. — Il s'apprête à assiéger Tyr; situation de la place. — Chances des Ty riens; leur résolution non déraiaonnalile. — Alezandra construit un «Aie «n travers du détioit entre 1^ «t le continent; 1p rfojet ost ruiné. — Les princes de Kypros se rendent h. Alexandre; il devient maître de la ilotte phénicienne et kypriote. — Il parait devant Tyr avec une nombreuse flotte, et bloque la ville du côté de la mer. Tjr Oit prise d'assaut ; résistance désespérée des citoyens. — Hommes 8ur\-ivants, au nombre de deux mille, pendus par ordre d'Alexandre; le reste des captifiB vendu. — Durée du siège pendant sept mois; sacrifice offert par àUxânà» à HéraUês. — Saeonde leMre de Darius à Alexandre, qui demande nne lounission sans conditions. — La flotte macédonienne l'emporte sur la flotte persane, et devient maîtresse de la mer JEgée avec les îles. — Marclie d'Alexandre vers l'Egypte; siège de Gaza. — Ses premiers assauts échouent; il est blessé; il élève nne immense levée ratonr da la ville. — GaM est prise d*assant, après un siège de deux mois. — Toute la garnison est tuée, à l'ex» «eption du gouverneur Bâtis, qui devient prisonnier, étant grièvement blessé. — * Colère d'Alexandre contre Bâtis, qu'il fait lier à un char et traîner autour de la ville. Alexandre entre en Egypte, et Poccupe sans rencontrer de résistance. — Il prend la résolution de fonder Alexandrie. — Sa visite an temple et à l'oracle d'Ammou; l'oracle le déclare fils de Zeus. — Arrangements faits par Alexandre à Memphis; prisouniers grecs amenés de la mer jEgée. — Ils*avanoevctslaPliénicie; message d'Athènes; fttes magnifiques: renforft envoyés par Antipater. — 11 se dirige sur l'Euphrate, — et le traverse sans opposition à Thapaakos, — Marche i\ travers le pays depuis l'Euphrate jusqu'au Tigre; Alexiuidre passe le Tigre à gué au-dessus de Ninive« sans trouver de résistance. — Éclipse de lune; Alexandre s'approche de l'armée de Darius en position. — Inaction de Darius depuis la bataille d'Issus. — La captivité de sa mère et de son épouse eut pour effet de le paralyser. -~ Bon traitement accordé aux captives par Alexandre; nécessaire pour oonserver l«ir valeur comme otages. — Immense armée réunie par Darius dans les plaines à l'est du Tigre, près d'ArbMes. — I! fixe l'endroit pSnr camper et attendre l'attaque d'Alexandre — dans une plaine unie près de Gaugamela.

— Son équipement et ses préparatifs; armes raeîllenres; norobreoz chars armés de faux; éléphants. — Position et ordre de bataille de Darius. — Mouvements préliminaires d'Alexandre; discussion avec Parmeniôn et les autres officiers; il fait une soigneuse reconnaissance en personne. — Dispositions d'Alexandre pour l'attaque; ordre de s«s troupes. — ^ Bataille d'Arbèles. — Lâcheté de Darius; il donne l'exemple de la fuite; défaite des Perses. — Combat à la droite persane entre Mazicos et Parmeniôn, — Fuite de l'armée persane; poursuite éuergique opérée par Alexandre. — Darius échappe en' personne; prise du camp persan et d'Arbèles. — Pertes dans la bataille; victoire complète; entière et irréparable dispersion de l'armée persane. — Causes de la défaite; lâcheté de Darius; inutilité de son immense quantité 4*bommes. — lUent d'Alexandre oomme général. — Reddition de Babjlone

Digitizeu Ly v^jQOgle

8BC0m>S BT TROISIÈME CAVPAGNB EN ASIE 125

et de Suse, les deux grandes capitales de la Perso; Alexandre entre dans Ba- 1>7]one; trésors imnittnses acquis dus les denz tîUm. > Alexandre agit

comme roi de Perse, et nomme des satrapes ; il marche vvn Sote; il refond les divisions de son armée. — Alexandre s'avance en Persis propre; il soumet los Uxii intraitables dans les montagnes intermédiaires. — Passage difficile appelé les Portes de Snae, sur la route de Persépolis; AriobaramOs le satrape reponan Alexandre, qui trouve moyen de tourner le défilé et de s'en ren^ maître. — Alexandre entre dans Persépolis. — Captifs grecs mutilés. — Kicbesses immenses et monuments nationaux de toute sorte accumulés dans Persépolis. — Alexandre s'approprie et enlire les trésors royaux, et ensuite il livre Persépolis à ses soldats pour être pillée et brûlée. — Alexandre fait reposer ses troupes, et s'occupe à conquérir le reste de la Persis. Darius fugitif en Médie.

Ce fut ver» février ou mars 333 avant J.-C. qu'Alexandre parvint à Gordion, où il parait s'être arrêté pendant quelque temps, pour donner aux troupes qui avaient été avec lui en Pisidia un repos «ans doute nécessaire. Pendant qu'il était à Gordien , il accomplit le mémorable exploit connn familièrement comme le nœud gordien tranché. On conserraît dans la citadelle un ancien chariot de grossière stractore, que la légende disait avoir appartenu jadis au paysan Gordios et à son fils Midas, ces primitifs rois rustiques de la Phrygia, désignés comme tels par les dieux, et choisis par le peuple. La corde (composée de fibres de Técorce d'un cornouiller) qui attachait le joug de ce chariot au timon était mêlée et entrelacée de manière à former un nœud si compliqué, que jamais personne n^avait pu le défaire. Un oracle avait annoncé que l'empire de TAsie était destiné à la personne qui le dénouerait. Quand Alexandre monta à la citadelle pour voir cette ancienne relique, la multitude qui l'entourait, Phrygiens aussi bien que Macédoniens, était remplie de l'espoir que le vainqueur du Granikos et d'Halikamassos triompherait des difficultés du nœud et acquerrait l'empiré promis. Mais Alexandre, en examinant le nceaàp fut aussi embarrassé que les autres l'avaient été avant lui, jusqu'à ce qu'enfin, dans un mouvement d'impatience, il tirât son épée et sépar&t la corde en deux. Tout le monde accepta cet acte comme la solution du problème qui rendait ainsi valable son titre à l'empire d'Asie, opinion que

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les dieux ratifièrent en envoyant la nuit suivante un orage mêlé flo tonnerre et d'éclairs (1).

A Gordion , Alexandre reçut la visite d'ambassadeurs d'Athônes, sollicitant la délivrance des Athéniens laits prisonniers au Granikos, qui travaillaient actuellement chargés de chaînes dans les mines de la Macédoine. Mais il refusa d'accéder à cette prière jusqu'à un moment plus convenable. Sacliant que les (tthcs ne lui étaient attachés que par la crainte, et que, s'il se présentait une occasion, une fraction considérable d'entre eux prendrait parti jtour les Perses, il ne juE^ea pas pmident de lâcher l'étreiate par laquelle il s'assui'ait de leur conduite (2).

A ce moment il ne sendjlait pas invraisemblalde qu'une pareille occasion se présentât. Memnôn, auquel une action etiicace avait été enlevée sur le continent depuis la perte d'IIalikarnassos. était occupé parmi les lies de la mer yEgée (pendant la moitié de 333 avant .I.-C), dans le dessein de porter la liuerre en Grèce et en Marédoine. Investi du plus ample commandement, il avait une immense tiotte phénicienne et un corj)s considéraJjle de mercenaires ii'vec^, avec so» neveu Pharnnbazos et le Perse Autophradatès. Après avoir actpiis l'importante île de Chios, grâce au concours de ses habitants, il débarqua ensuite à Lesbos, où quatre des cinq cités de l'île, soit par peur, soit par préférence, se déclarèrent en sa faveur; tandis que Mitylênê, la plus grande des cinq, déjà occupée par une garnison macédonienne, lui résista. Conséquemment Memnôn débarqua ses troupes et comiaença le blocus de la cité tant sur mer que sur terre, l'entourant d'un double mur palissadé d'une mer à l'autre. Aa milieu de cette opération il mourut de maladie; mais son neTeu Phamabazos, auquel il avait provisoirement remis le CK^mmaiidement, jusqa*à ce que la volonté de Darius fût connue, poursuivit ses mesures avec vigueur, et réduisit la ville à capituler. Il fut stipulé que la garnison introduite

(1) Anrien, U, 3; Q.-Curce, III, 2« (2) Arrien, J, 29, 8. IT; flntM<q«t^ Alo. 18; Jwtia, XI, 7.

SBCONDB « TROiaiÈKB CAMKàCRœ BN ASK 127

par Alexandre serait renvoyée ; que la colonne constatant une alliance avec lui serait démolie; que les Mitylénéens deviendraient alliés de Darius, aux conditions de l'ancienne convention appelée du nom d'Antalkidas, et que les citoyens bannis seraient rappelés et recouvreraient la moitié de leurs biens. Mais Pharnabazos, une fois admis, viola immédiatement la capitulation. Non-seulement il extorqua des contributions, mais il introduisit une garnison sous Lykomèdès, et établit comme despote un exilé de retour nommé Diogenês (1). Ce manque do foi était peu fait pour servir l'extension ultérieure de TinHuence persane en Grèce.

Si la flotte persane eût été aussi active un an plus tôt, Tarmée d'Alexandre n'aurait jamais pu débarquer en Asie. Néanmoins, les acquisitions de Chios et de Lesbos» bien qifettes ne fusaant faites q«.« plws tard, étaient extrêmement importantes en ce qu elles promettaient des progrès futurs. Plusieirs des lies Cyclades envoyèrent offrir leur adhésion à la cause pevsane ; la flotte était attendue en Ëabœa, et les Spartiates Gonunençaient à compter sur un secours poor nn mouvennent antimacédonien (2). Mais toutes ces espéranees furent détruites ptr la mort inopinée de Memnôn.

Ce ne fut pas seulement le talent supérieur de Memndn» mais encore sa réputatiesa établie tant auprès des Grecs que des Perses, qui firent que sa mort porta m coup fatal aux intérêts de Darius. Les Perses avaient arec e«x d^antres olficiers grecs, — faraTes et capables, ~ dont quelqnes-iuie probablement tt*éteteni pas impropres à exécuter tons les plans du gâiéral rlukdien. Maôa aocan d*eax. n*avait acqnii la même expérience dans V99t d^essmer le commandement parmi les Orientaix, aucui n'avait obtenu la e(mfianca de Sairies an même degré, an peint d*èire investi de la dir rectlon réelle des opérations, et soutenu contre les calomnies de la cour. Bien qu* Alexandre fût devenu actuellement maître de TAsde Mineure, cependant lea Perses avaient dTamplea moyens, s*ils s^ea servaient d'une façon efficace»

(1) ÂMém, Q, 1, 4rS.

(2) Diodon, XVII, 99.

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de défendre tout ce qui leur restait encore, et même de riiiquiéter sérieusement dans son royaume. Mais avec Memnôn s'évanouit la dernière chance d'employer ces moyens d'une manière sage et énergique. Toute l'importance de sa porte fut mieux appréciée par l'intelligent ennemi qu'il combattait que par le faible maitre qu'il servait. La mort de Memnôn, en affaiblissant la puissance des Perses sur mer, donna tout le temps de réorganiser la iiotte macédonienne (1), et d'employer l'armée de terre entière pour de nouvelles conquêtes dans l'intérieur de l'empire (2).

Si la mort de cet éminent Rliodien servit Alexandre par rapport à ses opérations, le changement de politique que cet événement engagea Darius à adopter le servit encore davantage. Le roi de Perse résolut de renoncer aux plans défensifs de Memnôn, et de prendre l'offensive contre les Macédoniens sur terre. Ses troupes, déjà convoquées des diverses parties de l'empire, étaient arrivées en partie et étaient en train de venir (3). Leur nombre devint de plus en plus grand, et il finit par former une armée vaste et immense, dont le total est porté par quelques auteurs à six cent mille hommes , — par d'autres à quatre cent mille hommes d'infanterie et à cent mille de cavalerie. Le spectacle de cette masse imposante et brillante, avec toute variété d'armes, de costumes et de langues, remplit de confiance l'àme de Darius, surtout en ce qu'il y avadt dans le nombre de vingt mille à trente mille mercenaires grecs. Les courtisans persans, fiers eux-mêmes et pleins d'assurance, stimulaient et exagéraient le même sentiment dans le roi, qui se trouva confirmé dans la conviction qu'il avait que ses ennemis ne pourraient jamais lui résister. De la Sogdiane, de la Bactriane et de l'Inde, les contingents

(1) Arrien, 11,2,6; Q.-Curce,in,8, 19; in, 4, B. « Nondmn

Konem vita excessisse cognovcrat (Alf xander"), — satis gnarus, cuncta in cxpeditu fure, si nihil ab eo movemtur. > (S) Diodon, XVI, SL

(3) Diodore, XVll, 30, 31. Diodore représente lé roi de Perse comme ayant commencé k expédier des lettres de convocation pour les troupes, après qu'il eut appris la mort de Meiuuôn ; ee qui ne peut être vrai. Cee lettres, ont dft être wfojé» anpMatnU

n'avaient pas encore eu le temps d'arriver; mais la plupart de ceux des peuples qui habitident entre le golfe Persique et la mer Caspienne étaient venus, — Perses, Mèdes, Âpméniens, Derbikes, Barkaniens, Hyrkaniens, Kardakes, etc. , qui tous , rassemblés dans les plaines de la Mesopotamia, furent comptés, dit-on, comme les troupes de Xerzès dans la plaine de Doriskos, au moyen d*une enceinte capable de contenir exactement dix mille hommes, et dans laquelle on fit passer tons les soldats successivement (1). Ni Darius luimôme, ni aucun de ceux qui Tentouraient, n'avaient jamais vu auparavant une manifestation aussi imposante de la force souveraine persane. Pour un œil oriental , incapable d'apprécier les conditions réelles de la prépondérance militaire,

accoutumé seulement au calcul grossier et visible du nombre et de la force physique, — le roi qui s'avançait à la tète d'une pareille armée paraissait comme un Dieu sur la terre, certain de tout fouler aux pieds devant lui, précisément comme les Grecs l'avaient cru de Xerxès (2), et à plus forte raison Xerxès l'avait cru de lui-même, un siècle «t demi auparavant. Comme tout cela aboutit à une erreur ruineuse, on se défie souvent comme d'une vaine rhétorique de la description de ce sentiment, faite par Quinte-Curce et par Diodore. Cependant il est en réalité l'illusion naturelle d'hommes ignorants, en tant qu'opposée à un jugement «xercé et scientifique.

Mais bien que telle fut la conviction des Orientaux , elle ne trouva pas d'écho dans le cœur d'un intelli^^ent Athénien. Parmi les Grecs qui étaient en ce moment auprès de Darius, se trouvait l'exilé athénien Charidèmos, qui, ayant encouru l'implacable inimitié d'Alexandre, avait été forcé

(1) Q.-Curce, III, 2.

(9) Hétodote, VII, «6, — et le colloque entre Xerxès et Demamtos, VIT, 103, 104, — où le langage qu'Hérodote prête à Xerxès est natarel et inttnxetif. D'antre pert, la ptoétration snpétieiire de Çynis le Jenne expiime

T.xvni

un suprême mépris pour l'inefficacité milit^re d*nne nraltitade asiatiqae,

— Xi^noph. Anabas. 1, 7, 4 : cf. le rude langage de l'Arkadien Antiochns^

— Xénoplu Hellen. VII, 1, 3b, et Cyxopnd. Vin, 8, 90.

de quitter Athènes après la prise de TJiébes par les Macédoniens, et s'était enfui chez les Perses avec Ëphialtês. Darius , fier de la toute-puissance apparente de son armée pendant la reyoe , et n'entendant qa*une seule Toix de concours dévoué de la part des courtisans qui rentooraient, demanda l'opinion de Charidêmos , dans la pleine confiance qu'il recevrait une réponse affirmatiye. Les espérances de Charidêmos étaient si intimement liées au snccès de Darius, qu'il ne voulut pas étouffer ses convictions, quelque peu agréables qu'elles fussent à connaître, à un moment où il y avait possibilité qu*elles lussent utiles. Il f>épliqua (avec la même franchise que Demaratos avait jadis montrée à Xerxês) que la vaste multitude qu'il avait actuellement sous les yeux n'était pas propre à lutter contre le nombre relativement petit des envahisseurs. Il conseilla à Darius de ne pas faire fond sur les Asiatiques, mais d'employer ses immenses trésors à soudoyer une plus grande armée de mercenaires grecs. U ofi&it ses services dévoués soit pour dder soit pour commander. Ses paroles furent pour Darius à la fois surprenantes et blessantes; mais elles provoquèrent ches les courtisans persans une colère intolérable. Enivrés comme ils Tétaient tous par le spectacle de leur immense rassemblement, ils re^irdaient que c'était joindre Tinsulte à l'absurdité que de déclarer les Asiatiques sans valeur en tant que comparés aux Macédoniens, et que de dire au rci que son empire pouvût être défendu seulement par des Grecs. Ils dénoncèrent' Charidêmos comme un traître qui voulait acquérir la confiance du roi , afin de le livrer à Alexandre. Darius , piqué lui-même de la réponse, et plus exaspéré encore par les clameurs de ses courtisans » saisit de ses propres mains la ceinture de Charidêmos, et le remit aux gardes pour qu'il fût exécuté. « Tu reconnaîtras trop tard (s'écria l'Athénien) la vérité de ce que j'ai dit. Celui qui doit me venger tombera bientôt sur toi (1). n Plein comme il l'était alors d'espérances certaines de

(1) Q.-Curce, m, 2, 10-20; Di»dore, XVII, 30.

SECONDE ET TSOIfilÈUB CAMPAGNE EN ASK 131

succès et de gloire, Darios résolut de prendre en personne le commandMent de son armée, et de s*avancer pour écraser Alexandre. Dès ce moment, son armée de terre devint la force réellement importante et agressive, avec laquelle il devait agir en personne. Ici nous signalons l'abandon distinct qu'il fait des plans de Memnôn, — point capital de sa fortune future. De plus, il les abandonnait au moment précis ou ils auraient pu être exécutés de la manière la plus sûre et la plus complète. Car à Tépoque de la batiiille du Granikos, quand le conseil de ^lemnûn fut primitivement donné, il n'était pas facile d'agir d'après sa partie défensive, puisque les Perses n'avaient de position ni très-forte ni dominante. Mais actuellement, dans le printemps de 333 avant J.-C, ils avaient une ligne de défense aussi bonne qu'il leur était possible de la (iésirer ; avantages, dans le fait, qui ne pouvaient guère être égalés ailleurs. En premier lieu, il y avait la ligne du mont Taurus, qui empêchait Alexandre d'entrer en Kilikia ; ligne de d/dense (comme on le verra bientôt^ presque inexpugnable. Pui.s, si Alexandre avait réussi à forcer cette ligne et k se rendre maître de la Kilikia, il serait encore resté la route étroite entre le mont Amanus et la mer, appelée Portes Amaniennes, et les Portes de Kilikia et d'Assyria, — et après cela, les défilés du mont Amanus lui-même, — qu'Alexandre devait inévitablement franchir tous, et que l'on pouvait garder, avec les précautions convenables, contre l'attaque la plus vigoureuse. Il ne pouvaitse présenter une occasion meilleure d'exécuter la partie défensive du plan de Memnôn ; et sans doute il aurait dû compter lui-màme que de pareils avantages ae seraient pas perdus.

L'important changement de politique, de la part du roi de Perse, se manifesta par Tordre qu'il dépêcha à la flotte après avoir régula nouvelle de la mort de Memnôn. Gonârxaant La nomination de Pharnabazos (faite provisoirement par Memnôn mourant) comme amiral, il dépêcha en même temps Thymôdès (fils de Mentor et noTeu de Memnôn) pour retirer de la flotte les mercenaires grecs qui servaient à bord, qu*il voulait incorporer dans la principale armée per-

HISTOIRB DE LA QRÈCB

sane (1). C'était nne preuve éyidente que le fort des opé- ■rations offensives allait dorénavant passer de la mer à la terre.

Il est d'autant plus important de signaler ce changement de politique de la part de Darius» au point critique où se nouait . le drame gréco-persan, — qu'Ârrien et les autres historiens le laissent de côté, et ne nous présentent que peu de chose, à l'exception des points secondaires du cas. Ainsi /par exemple, ils condamnent l'imprudence que commit Darius en venant combattre Alexandre dans l'espace étroit près d'Issus, au lieu de l'attendre dans les spacieuses plaines au delà du mont Amanus. Or, incontestablement, en admettant qu'une bataille générale tùt inévitable, cette démarche augmentait les chances en faveur des Macédoniens. Mais c'était une démarche qui ne devait amener aucune conséquence essentielle ; car l'armée persane sous Darius n'était guère moins impropre k une bataille rangée en rase campagne , comme on le vit plus tard à Arbèles. LMmprudence réelle, » mépris pour Tavis de Memnôn, — consistait à livrer bataille. Les montagnes et les défilés étaient la force réelle des Perses, endroits à occuper comme postes de défense contre l'envahisseur. Si Darius se trompa , ce ne fut pas tant en abandonnant la plaine ouverte de Sochi qu'en préférant dès le principe cette plaine avec une bataille rangée aux fortes ligues de défense que présentaient le Taurus et TAmanus.

Le récit d'Arrien, exact peut-être en ce qu'il affirme, est non-seulement bref et incomplet, mais même il néglige en diverses occasions de mettre en relief les points réellement importants et déterminants.

Tandis qu'il faisait halte à Gordion, Alexandre fut rejoint par ces Macédoniens nouvellement mariés qu'il avait envoyés dans leur pnys pour passer l'hiver, et qui revinrent alors avec des renforts au nombre de trois mille hommes d'infanterie et de trois cents de cavalerie, outre deux cents cava-

(1) Airien, H, 2, 1; U, 13, 3; Q^-Cuxce, III, 3, 1.

liers fhessaliens et cent cinquante eleiens (été, 333 ay. J.-C.) (1). Aussitôt que ses troupes eurent pris un repos suffisant, il marelia (proYjablement vers la seconde* moitié de mai) sur la Paphlagonia et la Kappadokia. Â Ânkyra, il rencontra une députation des Paphiagoniens qui se remettaient à sa discrétion, le priant seulement de ne pas conduire son armée dans leur pays. Acceptant ces conditions, il les plaça sous le gouYemement de Kallas, son satrape de la Phrygia hellespontine. S*avançant plus loin, il soumit toute la Kappadokia, même bien au delà de THaljs, et il j laissa Sabiktas comme satrape (2).

Après aTOîr étabU la sécurité sur ses derrières, Alexandre s*ayança au sud yers le mont Tanrus (333 av. J.'C). Il parvint à un poste appelé le camp de Cyrus, au pied septentrional de cette montagne, près du défilé des Tauri-pylae, ou Portes kilikiennes, qui forme la communication régulière entre la Kappadokia , sur le côté septentrional de cette grande chaîne, et la Kilikia, sur son côté méridional. La longue route ascendante et descendante était généralement étroite, sinueuse et raboteuse, parfois entre deux berges hautes et escarpées, et elle renfermait, près de son extrémité septentrionale, un endroit particulièrement obstrué et difficile. Depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, la grande route d'Asie Mineure pour aller en Kilikia et en Syria a pasïîé par ce défilé. Pendant l'empire romain , elle doit sans doute avoir été fort améliorée, de manière à rendre le commerce relativement plus facile. Cependant la description (juc des voyageurs modernes en font la représente comme aussi difficile qu'aucune route que jamais une armée ait traversée (3). Soixante-dix ans avant Alexandre, elle ayait été

(1) Arricn, I, 29, 6.

(2) Arrieu, 11, 4, 2; Q.-Curce, 111, 1, 28; Pltttarquft, Alex. 18.

(3) Relativement à ce défilé, Y. Um% XIII, ch. 1 de cette Histoire. Il y a aujourd'hai deux défilés snr le Taurus, d*£féUi rar le o8té septentrional de la nontagne : — Tao, le plus oriental,

descendant sur Adana en Kilikia ; — l'autre, le plus occidental, sur Tarse.

Dans la gaerre (1888) enin les Tares et Ibrahim-Pacha, le commandant turc laissa le défilé le plus occidental sans le défendre, de sorte qu'Ibrahim- Pacha le Dranphit sans opposition.

Les tnmpes tarqnet oeeapèrent le dé-

traversée par Gyrns le Jeune avec les dix mille Grecs, quand il s^avança vers la haute Asie pour attaqoer son frère Artaxerxès, et Xénophon (1), q«i la franchit alors, la déclare abscdoment impraticable pour une armée, à laqiAelle résisteraient des fisrces maltinesses du défilé. Cyms lui-même était si intimement eonraincn de ce fait, qa^il avait préparé nne flotte, dans le cas o4 il tromTorait le défilé occupé, afin de débarquer ses troupes par mer en Kilikia sur les derrières des défenseurs, et dans le fait il fut grandement étonné de découvrir que la négligence liabitiielle du goayemement persan Tavait laissé sans le garder. La partie la plus étroite, qui suffisait à peine pour contenir quatre hommes armés de front, était en outre -enfiermée par un rocher escarpé de chaque côté (2). Là, plus qu'ailleurs, était Tendroit oii la politiqae défensive de Memnôn aonait pu se pratiquer sûrement. Quant à Alexandre, inférieur comme il l'était par mer, la ressource employée par le jeune Cjmia ne lui était pas ouverte.

Cependant Arsamés, le satrape persan qui commandait à Tbtbm en Kilikia, n'ayant vraisemblablement reçu de son maître aucune instruction, ou pis que rien, se conduisit comme «*il ignorait l'existence de son entreprenant ennemi au nord du mont Taums (333 av. J.-C.). A la première approche d'Alexandre, le peu de soldats persans qui occupaient le défilé s'enfuirent sans coup férir, n'étant vraisem^ Mablement point préparés pour résister à un ennemi plus formidable que des voleurs de montagne. Alexandre devint ainsi maître de cette barrière presque iiMurmontnble sans perdre vn aeul homme (3). Le lendemain il fit sivancer tonte

nié le plus oriontal, mais elles se dôfendweBl mtl', d» wnie ^«e k passage ftit (forcé par les Égyptiens (Iliatove àe Mehemed- ALi ) pur CttildvèM «fc Earnwlt, p. 24S).

AlenadM ftanehit 1«T«m for I»

plus oriental dee deux défîléE.

(1) Xéuoph. AnAb. 1, fi, SI; Di». dore. XIV, 20.

(2) Q.-Curce, III, 1, 11.

(3) Q.-Curce, El, 4, 11. « 0»aCampùtiu ktooraa situa (Alex«aâM),Bim alias dicitur rra^n admiililM OSM Itcitatem soam, > etc.

V. Phrtxrqae, DanalriiB, 47, «à Agatiboklds (fik 4e I^rehnMiae) tient la lienn dtt T««r«8 eontre DeaMtrini Poliorkfttê«.

SECONDE . ET TBOISIÀMB CAMPAa^lE EN ASIE

son année par le défilé en KiHkia, et arrÎTant en qvelqiies heures à Tarsos, il troam la ville d^à éTaeoée par Arsamèe (1).

A Tarsos , Alexandre fit nue loagnie halte , plue k>agne qn*il n'en avait Tintentioii (été» 333 av. J.-O.). 8oit par suite le fatigues excessives, soit poor s*6tre baigné i^ant cband dans l'eau froide du Kydnos (Cydnos), il fut saisi d'une âéwe violfflrie, qui bientôt prit un caractère si dangereux qu'on désespéra de sa vie. Aa milieu de la douleur et de Talarme dont ce malheur remplit l'armée » aucun des médecins ne voulut se hasarder à administrer de remèdes, par crainte d'être rendu responsable de ce qui menaçait d'être nn résul* tat fatalî(2). Un seul parmi eux, im Aharnanien nommé Phi«lippe, connu depuis longtemps d^ Alexandre dont il avait la confiance, s'engagea à le guérir par un breuvage purgatif fort énergique. Alexandre lui ordonna de le préparer; mais avant que le temps de le prendre fût arrivé, il reçut une lettre conUdentielle de Parmeniôn, qui le priait de se défier (le Philippe que Darius avait gagné pour qu'il l'empoison- ]iàt. Après avoir lu la lettre, il la mit sous son chevet. Bientôt vint Philippe avec la médecine qu'Alexandre reçut et avala sans faire de remarque, en donnant en même temps à Philippe la lettre à lire, et observant l'expression de sa physionomie. L'air, les paroles, les gestes du médecin furent tels qu'ils le rassurèrent complètement. Philippe, repoussant la calomnie avec indignation, répéta flu il avait pleine confiance daus la médecine, et il s'engagea à subir les conséquences du résultat. D'abord elle agit avec tant de violence que l'état d'Alexandre parut empirer, et qu'il sembla même aux portes du tombeau; mais après un certain intervalle, ses

(1) Arrien, II, 4, 3-8 ; Q.-Carc«, ÎII, 4. Qointe-Curoe attribue à Arsamés llntention d'otécnker o» ^ «raii été recommandé par Meranôn av.uit la bataille du Granikos, — à savoir de désoler le ftkju pour arrêter Im piogrèt

Alexandx«. Mais Mb nt futt gièm •m U vérilidbto inttiprétatiop èè w

conduite. Le réoit d'Axnca t—bli plos raisonuaUlo.

(2) QMoi HtpbmtiDii mowmft

fièvre k Ekbatane, neuf ans après, .

Alexandre fit crucitier le médecin qui ravait soigné (Flutar^ue, Alax. 72; Asint Vâ, 14).

HISTOIBB DB LA QKÈCB

e£fet8 curatifs devinrent manifestes. La fièvre fat vaincue, et Alexandre déclaré -hors de danger, à la joie de tonte Tarmée (1). U suffit d*un temps raisonnable pour loi rendre sa santé et sa vigueur premières.

Sa première opération, après son rétablissement, fut d^envojer en avant Parmeniôn, à la tète des Grecs, des Thessaliens et des Thraces de son armée, en le chargeant de nettoyer la route et de s'assurer du défilé appelé les Portes de Kilikia et de Syria (2). Cette route étroite, bordée par la chaîne du mont Âmauus à Test et par la mer à Touest, avait jadis été barrée par un double mur transversal avec des portes pour le passage, marquant les limites primitives de la Kilikia et de la Syria. Les Portes, à environ six journées de marche au delà de Tarsos (3), se trouvèrent gardées, mais la garde s'enfuit après une faible résistance. Enmème temps, Alexandre lui-même, conduisant les troupes macédoniennes dans une direction sud-ouest en partant de Tarsos, employa quelque temps à réduire les villes d'Anchialos et de Soli, aussi bien que les montagnards kilikiens, et à les soumettre à ses lois. Ensuite, retournant à Tarsos, et recommençant sa marche en avant, il se dirigea avec l'infanterie et avec son escadron d'élite , d'abord "vers Magarsos près de l'embouchure du fleuve Pyramos, puis à Mallos; le corps général de la cavalerie, sous Philôtas, étant envoyé par une route plus directe à travers la plaine aleienne; Mallos, consacrée au prophète Amphilochos en qualité de héros protecteur, était, dit-on, une colonie d'Argos ; pour ces deux motifs, Alexandre était disposé à la traiter avec un

(1) Cette intéressante anecdote est racontée, avec plus ou moins de rhétorique et d'amplification, dans tons les historiens, — Arrien, II, 4; Diodora, XYII, 31 ; Plutarque, Alex. 19; Q.-Ciiree, BŒ, fi; Justin, XI, 8.

Pour remarquer la diffc^rence produite dans le caractère d'Alexandre par une série de •nceèt snihumftiiie pendant quatre ans, — il suffit de waof^xtx la générenee oonBance qu'il

déploya ici à l'égard de Philippe avee la oruélle condamiuition àTavanoo et la torture infligées à Fhilotas quatre

ans plus tard.

(2) Arrien, II, 5, l ; Diodore, XVII, 32; Q.-Curce, III, 7, 6.

(3) Cynisle Jeune fut cinq jours en route de Tarse ù Issus, et un jour de plue d^lMUS aux portes de Kilikia etde Syria — (Xénoph. Annl). î, t, 1; V. tome XIII, ch. 1 de cette Histoire).

respect particnlier. Il offrit nn sacrifice solennel à Àmphîlochos, exempta Mallos de tribut, et apaisa quelque discorde fâcheuse parmi les citoyens (1).

Ce fut à Mallos qu'il reçut pour la première fois une communication directe relativement à Darius et au gros de Tarmée persane, qui, disait-on, était campée à Sochi en Sjrria, sur le côté oriental du mont Amanus, à environ deux journées de marche du défilé dans la montagne appelée aujourd*hni Beylan (333 av. J.-C). Ce défilé, traversant la chaîne de TÀmanus, forme la continuation de la grande route d'Asie Mineure en Syria, après avoir d*abord franchi le Taurus, ensuite le point difficile de terrain spécifié ci-dessus (appelé les Portes de Kilikia et de Syria) entre le mont Amanus et la mer. Réunissant ses principaux officiers, Alexandre leur fit connaître la position de Darius, actuellement campé dans une plaine spacieuse avec des troupes prodigieusement supérieures en nombre, surtout en cavalerie. Bien que la localité fût ainsi plutôt favorable à l'ennemi, cependant les Macédoniens, pleins d'espérances et de courage , prièrent Alexandre de les conduire sur-le-champ contre lui. En conséquence, Alexandre, charmé de leur ardeur, commença à marcher en avant le lendemain matin. Il passa par Issus, où il laissa quelques malades et quelques blessf'is sous une garde peu nombreuse, — ensuite par les Portes de Kilikia et de Syria. A deux journées de marche de ces Portes, il parvint au port de mer de Myriandros, la première ville de Syria ou de Phénicie (2).

Là, après avoir été retenu une journée dans son camp par un terrible orage, il reçut une nouvelle qui changea entièrement ses plans. L'armée persane avait été emmenée de Sochi, et était actuellement en Kilikia, le suivant par derrière. Elle avait déjà pris possession d'Issus.

Darius était parti de l'intérieur avec son armée immense et mélangée, que Ton disait être de six cent mille hommes. Sa mère, son épouse, son harem, ses enfants, ses serviteurs

. a) Anien, H, 6, 11. (9) Arrien, H, 6.

personnels de toute sorte, raccompagnaient ponr assister à ce que Ton considérait à l'avance comme un triomphe certain. Toat l'appareil du faste et da luxe se trouvait en abondance pour le roi et pour les seigneurs persans. Les bagages étaient énormes; d'or et d'argent seulement, on nous dit qu'il y avait assez pour fournir la charge de six cents mulets et de trois cents chameaux (1). Un pont temporaire étant jeté sur TEuphrate, il fallut cinq jours pour le passage de Tarmée entière (2). Toutefois, on ne laissa pas une grande partie des trésors et des bagi^es suivre l'armée jusqu'au voisinage du mont Am&uns, mais on l'enroya sous une garde à DamaskoB en Sjria.

 la tète de cette armée écrasante, Darius était impatient 4*en venir à une bataille générale (333 av. J.-C). U ne lui suffisait pas d'arrêter un ennemi que, une fois en présence, • il comptait accabler complètement. En conséquence, il n'avait pas donné d'ordres (comme nous venons de le voir) pour défendre la ligne du Tanrns ; il avait admis Alexandre en Kilikia- sans obstacle, et il avait l'intention de le laisser entrw de la même manière par les autres défilés difficiles, — d'abord par les Portes die EiUkia et de Sjria, entre le mont Âmanns et la mer, — ensuite par le défilé, appelé aigonrd'hui Beylan, dans le mont Amanus lui-même. Il espérait que sou ennemi viendrait combattre dans la plaine afin d'j être écrasé par les innombraUes cavaliers de la Perse, et il le désirait en mèaae temps.

Mais cette espérance ne se réalisa pas immédiatement. Les mouvements d'Alexandre, jusqu'alors si rapides et si incessants, semblaient suspendus. Nous ayons d^à mentionné la dangereuse fièvre qui menaça son existence, et qui occasionna non-seulement une longue halte» mais encore beaucoup d'inquiétude dans l'armée maeédonieane. Tout fut ^ns doute rapporté aux Perses, avec d'abondantes exagérations, et quand Alexandre, immédiatement après son ré-

(1) Q.-Curce, III, 3, 24. (3) Q.-Curce, lU, 7, 8.

(2) Q.-Curce, lU, 7, 1.

tabliasement, au lieu de s'avancer dans leur direction, B*éloi-> gna d'eux pour soumettre la partie occidentale de la Kilikià, Darius expliqua encore cette circonstance comme une prenTe d'hésitation et de crainte. On assure même que Parmeniôn désinit attendre l'attaque des Perses en Kilikia, et qn'Âlexandre d'abord j com^ntit. En tout cas, Darius, après un certain intervalle, acquit la conviction, fortifiée par ses conseillers et ses courtisans asiatiques, que les Macédoniens, Men qu'audacieux et triomphants contre les satrapes des frontières, restaient actuellement en arrière intimidés par la majesté Toisine et par tontes les forces de l'empire, et qu'ils ne s*arrôteraient pas pour résister à son attaque. Dans cette idée, Darius résolut de s'avancer en Kilikia avec toute son armée. Thymddès, à la vérité, et d'autres conseillers grecs intelligents, avec l'exilé macédonien Amyntas, -—combattirent cette nouvelle résolution, le suppliant de persévérer dans son premier dessein. Ils assuraient qu'Alexandre s'avancerait pour Tattaquer partout où il serait, et cela encore promptement. Ils insistèrent sur rimprudcnce qu'il y aurait à combattre dans les étroits défilés de la Kilikia, où son grand nombre et, en particulier, son immense cavalerie seraient inutiles. Toutefois leur avis fut non-seulement méprisé par Darius, mais dénoncé comme perfide par les conseillers persans (1). Quelques-uns môme des Grecs du camp partagèrent ra\eugle confiance du monarque et la transmirent à Athènes dans leurs lettres. L'ordre fut donné surle-champ à toute rarinée de quitter les plaines de Syria et de franchir le mont Aman as pour entrer en Kilikia (2). Franchir par un défilé quelconque une chaîne telle que celle

(l) D'après .ïlschine (conL Ktesiphont. p. 552), il somble qa« Démostbène et lo& bommcâ d'État antimiioédonians à AtiiiMS nçvMnt «n «• moment des lettref? t'crites avec toute . oonlùmce, donnant à entendre qu'AkOBudre é\aiX • pris et enfermé de toBtot parte * «s Kilildft. Démosthève (ti nom en ponvoDS eroixe Emkàm)

allait partout montrant OHa ItItMa, at

se vantant de la bonne nouvelle qu'ellM anjMaçaLe&t. Josèphe (Ant.

Jad. XI, 8, 3) ntpparte atini Peapoir oon fiant du succès des Perses, OQBJV par Sanballat à Sumaria an'^si bienqM par tous les Asiatiques alentour.

(2) Ariin, U, 6; Q.«aMa, ni, 8, S; Diotea, XVIIr8t.

RI8T0IRB DB LA OrAoB

de l'Amaiius, avec une nombreuse armée, de lourds bagages et un train fastueux (comprenant toute la suite nécessaire à la laniille royale) a dû être une occupation qui demanda un temps considérable, et les deux seuls défilés dans cette montagne étaient, l'un et l'autre, étroits et facilement défendables (1). Darius suivit le plus septentrional des deux, qui l'amena sur les derrières de l'ennemi.

Ainsi, dans le même temps que les Macédoniens s'avançaient au sud pour franchir le mont Amanus par le défilé méridional, et attaquer Darius dans la plaine, — ce monarque passait en Kilikia par le défilé septentrional pour le refouler devant lui en Macédoine (2). En arrivant à Issus, Traisemblablement deux jours environ après qu'ils l'avaient quittée, il s'empara de leurs malades et de leurs blessés qui avaient été laissés dans cette ville. Avec une odieuse brutalité, ses grands l'engagèrent à faire périr ces pauvres gens ou à leur couper les mains et les bras (3). Il marcha ensuite en avant par la même route sur le bord du golfe qu'avait suivie Alexandre , — et il campa sur les rives du fleuve Pinaros.

Les fugitifs d'Issus se hâtèrent d'instruire Alexandre, qu'ils trouvèrent à Maryandros. Il fut si étonné qu'il refusa de croire la nouvelle jusqu'à ce qu*elle eût été confirmée par quelques officiers qu'il envoya au nord, le long de la côte du golfe, dans nne petite galère, et qui aperçurent dis-

(1) Gîeéioii, Epiit. ad Famfl. XV,

4. y. le commentaire instructif de Mutzell ad Curtium, III, 8, p. 103, 104. J*ai donné, dans «n Appendice annexé à ce chapitre, un plan da

terrnin voisin d^Issus aveo qoélqaea commentaires explicatifs.

(8) Plntarqne (Alex. 20) expose exactement le fait général; mais il se trompe en disant que les deux armées se manquèrent l'une l'autre pendant la nuit, etc.

(3) Arrion. Il, 7, 2; Q.-Curce, III, 8, 14. J'ai inentionné| quelques pages plus haut, qu'enviroD qninsa jouis an*

pafsvant» Alexandre avait envoyé de

Tarses Parmeniôn en avant pour qu'il s'assurât des Portes de Kilikia et de Syria, tandis que hii-mâme, retournant en arrière, se rendait à Soli et à An-* chialos. Lui et Parmeniôn ont dû être séparés en ce moment par uue distance d*an moins hnit journées de marche ordinaire. Si, pendant cet intervalle, Darius était arrivé à Issus, il se serait trouvé justement entre eux et les aurait conpés l'an de Vantre. Ce « fut uno bdiine fortune jiour Alexandre qu'un si grave embarras ne se pré- M&tâtpaa.

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tinctement Timmense maltitade des Perses sur le rivage. Alors, rassemblant les principaux officiers, il lenr apprit que Tennemi était tout près d*eax» et s*étendit snr les auspices fayorables sons lesquels une bataille s'engagerait à ce moment (1). Son discours fut accueilli avec acclamation par ses auditeurs, qui. ne demandèrent qu'une chose, à savoir 4*être conduits contre l'ennemi (2).

Il a dù être éloigné de la position persane d'environ dixhuit milles (près de vingt-neuf kilomètres) (3). Par une marche de soir, après souper, il atteignit à minuit l'étroit défilé (entre le mont Âmauus et la mer) appelé les portes de Kilikia et de Syria , qu'il avait franchi deux jours auparavant. Maître de nouveau de cette importante position, il s'y arrêta là dernière partie de la nuit et s'avança à l'aurore dans la direction du Qord-est, vers Darius. D'abord la largeur de la route praticable était si limitée qu'elle n'admettait qu'une colonne étroite de marche, avec la cavalerie suivant Finfanterie ; — bientôt la route devint plus large, •et elle permit à Alexandre d'élargir son front en faisant avancer successivement les divisions de la phalange. En approchant du fleuve Pinaros (qui coulait à travers le défilé), il adopA son ordre de bataille. A l'extrême droite, il plaça les hypaspist<Tc ou division légère d'hoplites; ensuite (en comptant de droite à gauche) cinq taxeis ou divisions -de la phalange, sous Kœnos, F*erdikkas, Meleagros, Ptolemaeos et Amyntas. Ces trois dernières divisions ou divisions de gauche étaient commandées par Krateros, soumis luimême aux ordres de Parmeniôn, qui commandait toute la moitié de gauche de l'armée. La plaine, entre les montagnes è, droite et la mer à gauche, n'avait, dit-on, pas plus de

(1) Arrien, II, 7, 8.

(2; Arrien, II, 7 ; Q.-Curcc, 111, 10; Diodore, XVII, 33.

(3) Selon Kallistbenês, la distance «était de cent stades (ap. l^olyb. XII, IV). n est 'vraisemblable qne o'est audessous de la vérité.

Folybe criti^iie sévèiemest la dca»

cription faite par Kallisthenês de la marche d'Alexandre. N'ayant pas «oas les yens les tenues de Kallistbente lui-même, nous ne sommes guère en état d'apprécier la justesse de la critique, qui en ^ucl^ues pointe eit eertainement oagéfée. .

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