‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 2)Chapitre 12 sur 235 · POLYB., XVI · texte numérisé non relu

POLYB., XVI

dérés réunis en une assemblée générale extraordinaire convoquée à Argos à propos de la guerre contre Nabis. Il leur promit donc d'entreprendre avec toutes ses forces la guerre contre les Spartiates ; par contre, l'élite des forces achéennes devait être mise en garnison à Corinthe, à Chalcis et à Oréos. Pour la première fois, dans cette guerre, les Achéens eurent donc à prendre une grave décision. Accepter les propositions de Philippe, c'était, on le sentait bien, se livrer complètement à lui ; c'était prendre parti ouvertement contre Rome. Or, depuis sept ans et grâce aux efforts de Philopœmen, on s'était affranchi de plus en plus de l'influence macédonienne; et Philippe, par toute son attitude, par sa conduite à l'égard d'Aratos et de Philopœmen, de Messène, de Rhodes, de Cios, de Thasos et d'Abydos, avait tué presque entièrement dans le Péloponnèse aussi la sympathie qu'on avait eue pour lui. C'était une résolution d'une portée immense pour la Grèce, divisée par la faute de Philippe, que d'entreprendre la lutte contre la puissance formidable de Rome en s'in spirant uniquement des calculs d'une saine politique et au nom du monde hellénique ; et cela, sans un général auquel on put se fier, et conjointement avec et pour un prince qui n'inspirait plus aucune confiance. Aussi les Achéens, y compris Cycliadas, ne s'élevèrent-ils pas jusqu'à une pareille résolution : ils résolurent de garder vis-à-vis de Philippe une bienveillante, mais stricte neutralité. Les propositions de la Macédoine furent écartées sous prétexte d'obstacles constitutionnels. Quant à Philippe, qui n'avait réussi qu'à attirer à lui une troupe de volontaires achéens, il quitta en colère le Péloponnèse et se retira en Attique où, après plusieurs attaques infructueuses sur Eleusis, Athènes et le Pirée, il calma ses fureurs en ravageant la contrée avec une barbarie inouïe (il alla jusqu'à faire briser les statues renversées et les pierres des temples qu'il avait détruits) *.

Philippe se vit donc trompé dans son espoir d'être secouru par les Achéens ; ses espérances relatives à la neutralité des Dardaniens et des Étoliens ne se réalisèrent pas davantage.

1) Liv., XXXI, 25. 26.

Dès que (dans l'hiver de 200 à 199 av. J.-C.) L. Apustius, légal du consul Sulpicius, qui, du camp romain sur les bords de l'Apsos (entre Dyrrachium et Apollonia), s'était avancé vers la frontière macédonienne, eut remporté un premier succès sans importance, non seulement le prince illy rien Pleuratos embrassa ouvertement le parti des Romains, on vit encore le roi des Dardaniens Bato, et même Amynandre, prince des Athamanes (une Iribu épirote sur le territoire de l'Achéloos supérieur* qui ne faisait point partie de la ligue des autres Épirotes), se joindre à la grande puissance de l'Occident '. Les Etoliens résistèrent un peu plus longtemps. Dans leur assemblée à Naupacte, l'ambassadeur romain L. Furius Purpureo et les envoyés des Athéniens déployèrent toute leur éloquence en face des agents macédoniens ; mais le chef de la ligue étolienne, Damocritos (gagné, selon l'es Romains, par l'or macédonien) sut, en attendant, empêcher un vote décisif. Le souvenir de l'attilude des Romains pendant la dernière guerre semblait inviter les Etoliens à attendre les événements avant de prendre un parti et à ne pas s'exposer encore en première ligne aux attaques de la Macédoine. Ce ne fut qu'après quelques nouveaux succès des Romains au printemps de l'année 199, notamment après une heureuse rencontre de cavalerie près d'Ottolobos, que, sur Tavis du même Damocritos, le peuple étolien, auquel il paraissait sans doute dangereux de se brouiller complètement avec les Romains victorieux en persévérant dans sa neutralité, prit rang de nouveau parmi les ennemis de Philippe. Les Etoliens,, de concert avec les Athamanes, commencèrent alors (bien que pendant ce même été, malgré les temps difficiles, des milliers de jeunes gens se laissassent enrôler pour l'Egypte par Scopas), avec leur violence habituelle et leur rage de destruction, la lutte contre la Macédoine ^ L'Elide, et selon toute apparence aussi la Messénie, imitèrent alors également l'exemple des Etoliens*.

^) Cf. BuRSiAN, Geogr.vonGriechenland^ I, p. 39 et suiv. Droysen, Hht, de l'Hellénisme, III, pp. 98.460. trad. Bonché-Leclercq.

2) Liv., XXXI, 27 sqq. Zonar., IX,L5,

3) Liv., XXXI, 29-32. 40 sqq. 43.

*) PoLYB., XVIII, 25, 7.

En 199 av. J.-C, il devint donc évident que Philippe — si nous exceptons la Thessalie et FEubée, ainsi que les cantons des Locriens orientaux et des Phocidiens, qui, autant que FEubée, étaient en son pouvoir — ne pouvait plus compter dans toute la Grèce que sur Fassistance effective des Acarnaniens et des Béotiens et sur les sympathies des Epirotes. Malgré cela, le roi ne perdit pas courage; il fît preuve, au contraire, alors que le danger était le plus pressant, d'une énergie telle et d'une si grande capacité comme général que les alliés pendant cette année et pendant la suivante n'obtinrent guère plus de succès que dans la guerre précédente. Les énergiques attaques des Dardaniens, des Illyriens et même des Romains (199) sur les frontières de Fouest et du nord-ouest de la Macédoine n'eurent en fin de compte aucun résultat appréciable ; les incursions des Athamanes et des Étoliens en Thessalie causèrent, il est vrai, à ce malheureux pays un tort immense, mais se terminèrent par la retraite honteuse et désastreuse des pillards; et la flotte des alliés — sous la protection de laquelle la colère des Athéniens profondément indignés se déchargea dans une série de manifestes contre la maison royale de Macédoine, tels que ne pouvait les dicter que la rage la plus exaltée et en même temps la plus impuissante ^ — ne put également faire que peu de chose ; elle réussit seulement à forcer la flotte macédonienne, bien plus faible qu'elle, à s'enfermer dans ses ports ; de plus on s'empara de File d'Andros et de la ville fortifiée d'Oréos en Eubée \

Dans ces circonstances, Philippe, avec son audace accoutumée, prit l'offensive. Tandis que le successeur du consul Sulpicius, P. Yillius, se voyait menacé par une émeute dans son propre camp, le roi se jeta sur Fimportante forteresse de Thaumaki, bâtie sur un rocher et dominant les défilés qui conduisaient de la Phthiotide occidentale vers les plaines intérieures de la Thessalie, et tenta de l'enlever aux Étoliens (automne 199 ^).

Là il n'eut point, il est vrai, de succès; mais, au printemps

1) Liv*, XXXI, 44.

») Liv., XXXI, 45. 46.

3) Liv., XXXII, 4.

l.MUODUr.TtON 67

de l'année 198 avant J. -C, il transporta le théâtre de la guerre sur les frontières de rillyrie et de TÉpire. En occupant le défilé difficile de la vallée de TAoos, près d'Antigonia, sur le territoire des Atintanes, il barra aux Romains la route la plus commode de la Macédoine, comme de l'Épire et de la Thessalie, et tint en échec l'armée romaine pendant plusieurs mois *. Alors, enfin, parut en Grèce ce Romain, homme d'État et général, dont le génie devait faire échouer tous les plans du roi de Macédoine. C'était le consul de l'année 198 av. J.-C, Titus Quinctius Flamininus, à peine âgé de trente ans. Excellent général, formé à la rude école de la seconde guerre punique, cet homme, par ses vues politiques, par l'idée qu'il se faisait de l'attitude que Rome devait prendre vis-à-vis des Etats et des peuples de TOrienl, appartenait au parti de Scipion précisément alors très influent dans la capitale^. Comme le grand Scipion et d'autres jeunes hommes d'État romains, Flamininus n'était nullement étranger à la civilisation hellénique; il éprouvait une vive sympathie pour celte Grèce et ses habitants avec leur glorieux passé, leurs magnifiques monuments, leur histoire riche en hauts faits, leur haut degré de culture, — une sympathie qui rendait particulièrement propre à la direction de la guerre présente ce diplomate aussi habile que personnellement aimable.

L'arrivée de ce général sur les bords de FAoos amena bientôt (été 198) un changement décisif dans la situation des Macédoniens, auxquels, d'ailleurs, l'habile diplomatie romaine avait déjà su enlever le sou'ien efficace du peu clairvoyant et indécis Antiochus de Syrie •\ Au début, il est vrai, Flamininus lui-même resta sans succès, pendant quarante jours, avec l'armée romaine maintenant renforcée, en face des positions inexpugnables des Macédoniens ; il permit encore à Philippe de tenter d'entamer des négociations de paix, comme il l'avait fait autrefois au moyen des Épirotes, Mais le roi, qui n'avait pas été vaincu, ne pouvait naturellement, à aucune condition, consentir, comme l'exigeaient les Romains, à abandonner toutes

») Liv., XXXII, 5, 6.

») Voy. ci-après.

3) Cf. Liv., XXXII, 8. 27.

ses possessions en Grèce, sans excepter la ïhessalie * ; d'autre part, les Romains avaient une fois de plus, en agissant ainsi, indiqué d'une façon aussi décidée que séduisante pour les Hellènes le but de cette guerre. Fiamininus commença bientôt à exécuter son programme. Le passage aux Romains de Charops, un des grands les plus influents de l'Epire, procura au consul les moyens de faire sortir les Macédoniens, à la suite d'une série de combats sanglants et désastreux, de leur position fortifiée sur TAoos et de forcer le roi à reculer en attendant avec son armée jusqu'au défilé thessalien de Tempe près de rOlympe, La malheureuse Thessalie fut alors affreusement ravagée. Philippe en se retirant avait brûlé, pour empêcher les Romains de profiter de leurs ressources, toute une série de villes qu'il avait pu atteindre et qui, selon lui, n'étaient pas en état de soutenir le siège des Romains ou des Etoliens. Et alors, les Etoliens et les Athamanes aussi se répandirent en pillant sur le pays plat, pour essayer ensuite de s'emparer d'un grand nombre de villes et de châteaux-forts ; bientôt Fiamininus marcha à leur secours, après avoir d'abord décidé les Épirotes à abandonner Philippe*. Cependant Fiamininus se vit si longtemps arrêté en Thessalie par la résistance opiniâtre de diverses places fortes, notamment d'Atrax, près de Larissa, dont il ne put vaincre la résistance bien soutenue par l'armée de Philippe^, que, cette année du moins, il ne pouvait plus guère songer à renouveler ses attaques contre le gros de l'armée du roi.

Dans ces circonstances, Fiamininus résolut de prendre de bonne heure ses quartiers d'hiver; mais il ne comptait pas pour cela rester inactif : l'automne et l'hiver suivants devaient être employés à gagner pour les Romains la Grèce méridionale par tous les moyens, soit par la force, soit par la diplomatie. Le consul ne voulait pas passer l'hiver dans la Thessalie dévastée, mais dans la Phocide méridionale, où le port d'Anticyre lui permettait de communiquer très facilement avec ses vaisseaux de transport et d'où il pouvait menacer immédiatement la

1) Liv.,XXXII,10.PLUT.,F/amm.,c.5.DiOD.,XXVni,12.(ii:a?c.Fa^ic.,p.67).

2) Liv., XXXII, 9-15. Plut. Flamin., c. 3.4.5. Polyb., XVIII, 6, 4. XXVII, 13,2.DioD., XXX, 5. (Exe. c^eTir^, p. 578). AppiAN.,Macerf., 4. ZoNAR., IX, 16.

3) Liv., XXXII, 15. 17. 18.

liNTRODUCTION 69

plupart des États helléniques restés fidèles à Philippe. Il fut facile de prendre la plupart des villes de la Phocide*, mais Élatée, extrêmement importante au point de vue stratégique et très attachée à Philippe, força les Romains à faire un siège prolongé. Tandis que le consul campait encore devant cette ville, sa diplomatie eut un succès très important, le détache* ment complet des Achéens de la cause macédonienne.

Depuis longtemps les Achéens suivaient avec anxiété les péripéties de la lutte dans le Nord. Encore avant la fin de l'hiver 199-198 avant J.-C, Philippe avait tenté de raffermir la fidélité de ses alliés en promettant de leur céder, à l'exception de Corinthe,les places du Péloponnèse qui se trouvaient en sa possession immédiate^ ; on ne sait pas, il est vrai, s'il a tenu sa promesse^. Peu à peu cependant la conviction qu'ils ne pou^ valent plus longtemps persister dans leur neutralité commença à se répandre aussi parmi les Achéens. En face du parti macédonien de Cycliadas, qui l'emportait surtout à Dyme, à Megalopolis et à Argos, les ennemis de Philippe se remuaient de plus en plus, surtout depuis les victoires de Flamininus et la sympathie qu'il témoignait aux Grecs ; le chef de la confédération pour l'année 198, Aristsenos, était lui-même de ce parti qui demandait de plus en plus instamment qu'on s'alliât aux Romains. Ce parti faisait valoir que la ligue, qui déjà souffrait beaucoup des attaques des Spartiates, périrait, selon toute prévision, sans espoir de salut, lorsque la terrible Rome porterait sérieusement secours à Sparte, sa vieille alliée. Et pourquoi s'exposerait-on à un pareili danger pour l'amour d'un homme tel que Philippe, qui, dans tous les cas — dût-il cette fois encore finir par remporter la victoire — témoignerait sa reconnaissance à ses alliés en les traitant en despote'*? Déjà les passions étaient fortement excitées; déjà Cycliadas avait été expulsé par le parti romain ^ Quant à Aristsenos, il profitait,

1) Liv., XXXn, 18. Pour Élatée, cf. Paus., X, 34, 2.

2) Liv.,XXXII,5.

3) Cf. PoLYB., XVIII, 25, 7. Liv., XXXIII, 34. Schorn, p. 236, note 2, et Weissenborn ap. Liv., XXXÎI, 5. L'opinion contraire est soutenue par Nis- SEN, p. 133.

*) Cf. Liv., XXXII, 19. Polyb., XVII, 13. ^)Liv. I, 1; cf. PoLYB., XVII, 1,2.

selon toute apparence, de sa position officielle pour s'entendre secrètement avec les Romains. On vit donc paraître la flotte des alliés, qui, dans l'été de Tannée 180, avait été occupée à prendre Carystos et Erétrie sous le frère du consul, Lucius*, dans la rade de Cenchrées pour s'emparer de ce port, menacer Corinlhe et exercer la pression nécessaire sur les décisions des Achéens*. Et alors, tandis que les légions du consul se répandaient dans la Phocide voisine, et assiégeaient Élatée, Aristspnos convoqua à Sicyone une assemblée des alliés où parurent des ambassadeurs de Rome, de Pergame, de Rhodes, d'Athènes, mais aussi de la Macédoine. Arislsenos disposa les harangues des envoyés de telle façon que les Romains, qui promettaient aux Achéens la possession de Corinthe, parlèrent les premiers, puis les Pergaméniens et les Rhodiens; alors on donna la parole aux agents de Philippe pour être réfutés enfin par les discours passionnés des Athéniens. L'assemblée achéenne, déjà si indécise, fut tellement troublée par toutes ces allocutions que tous ses membres restèrent sur leurs sièges sans pouvoir prendre un parti et que Aristaenos put sans hésiter inviter les alliés à traiter avec Rome et à déclarer la guerre à Philippe. Les paroles franches du chef de la ligue excitèrent une formidable tempête; les partis s'entrechoquèrent avec une ardeur passionnée ; le tumulte augmenta lorsque le conseil gouvernemental qui fonctionnait à côté du chef de la ligue, les dix <( damiorges », durent s'entendre sur la décision à prendre, décision qu'il fallait ensuite soumettre à l'approbation de l'assemblée fédérale. Il y eut cinq voix opposées à cinq autres; on n'obtint la majorité nécessaire pour l'alliance avec Rome que lorsque (Rhisianos ou) Risias, du parti romain, eut contraint son fils, le damiorge Memnon de Pellène, en menaçant sa vie, d'abandonner ce parti | macédonien. Dans ces circonstances, les représentants des villes de Dyme, Mégalopolis et Argos, qui avaient de grandes obligations à Philippe et lui étaient très attachées, quittèrent l'assemblée au moment décisif, avant le vote; les confédérés résolurent alors, sans hésiter davantage, de se joindre à la coalition qui s'était formée

*) Liv., XXXII, 16. 17.

2) ZoNAR., IX, 16. Palis., VII, 8, 1. Liv., XXXfl, 19.

contro Philippe et do réunir leur armée aux troupes qui, après la prise de Cenchrées, opéraient contre Corinlhe sous Lucius, le frère du consuP.

Philippe, vers la fin de Tannée 198, se vit donc réduit uniquement à Talliance des fidèles Acarnaniens et à celle des Béotiens ; malgré cela il ne perdit pas encore courage, d'autant plus que la défection des Achéens ne lui fit du tort que par l'impression morale de cette détermination. Car, tandis que le consul romain réussissait à prendre d'assaut la ville d'Élatée, les attaques dirigéespar l'amiral et les Achéens contre Corinthe — très énergiquement défendue par la garnison et les habitants, et à laquelle le général Philoclès avait amené à temps des renforts considérables de Chalcis — restèrent sans aucun effet. Et lorsque les alliés eurent enfin levé le siège et se furent retirés dans leurs quartiers d'hiver, Philoclès réussit même à arracher aux Achéens la ville d'Argos, avec le concours de ses habitants*. Cependant Philippe, comme nous le verrons bientôt, abusa d'une façon honteuse de ce succès et de la confiance des fidèles Argiens pour commettre une bassesse diplomatique qui lui enleva les dernières sympathies du Péloponnèse.

En efTet, le roi, dans la situation difficile oii il se trouvait, essaya encore une fois (vers la fin de l'automne et dans l'hiver de 198 à 197 avant J.-C.) d'obtenir des Romains une paix acceptable. Près de la ville de Nicaea, sur le golfe Maliaque, il y eut des négociations sérieuses entre Philippe et le consul, accompagné des représentants de ses alliés. Les confédérés manifestaient ouvertement l'intention de démembrer l'empire macédonien, de réduire les possessions de Philippe à peu près aux anciennes limites dont était parti autrefois le grand Philippe II après ses victoires sur les Illyriens et les Péoniens (depuis 358 avant J.-C). Philippe se déclara prêt, en effet, à faire de très grandes concessions sans réussir à satisfaire ses enne-

0 Liv., XXXII, 19-23. ZoNAR., IX, i6. Plut., Flamin., c. 5. Appian., Maced., 5. Justin, XXX, 3. Paus., VII, 8, 1. Cf. aussi Visgher, N. Schweiz. Museum, 4« année, 4° fasc. (1864), p. 315 sqq.

2) Liv., XXXII, 23-25. Ce fut peut-être alors que la ville d'Antigonia (Mantinée), dépendante d'Argos depuis la guerre de Cléomène, rentra dans la confédération comme membre indépendant. Comp. Schorx, p. 126.

mis (ses rapports avec les Étoliens surtout étaient extrêmement tendus) ; ils exigeaient avant tout l'évacuation complète de la Grèce jusqu'à l'Olympe. Enfin on convint que Philippe devait retirer ses dernières garnisons de la Phocide et de la Locride orientale; on lui accordait en revanche un armistice de deux mois, afin que les négociations pussent être terminées à Rome devant le Sénat. Mais là (au printemps de 197 avant J.-C), toutes les tentatives de Philippe échouèrent contre la fermeté avec laquelle le Sénat exigeait de lui l'évacuation des forteresses de Démétrias, de Chalcis et de Corinthe, par lesquelles Philippe dominait militairement la plus grande partie de la Grèce ^

FlamininuSjdontle commandementfutprorogé indéfiniment, et Philippe se préparèrent donc à une dernière rencontre qui devait être décisive. On vit alors avec surprise le roi, dans son isolement, se tourner vers le féroce Nahis de Sparte (Philippe espérait que la nouvelle alliance des Achéens avec Rome ferait naturellement du tyran un ennemi de Rome) et essayer de le gagner et de Tattirer en lui promettant, entre autres choses, de lui livrer la fidèle Argos. Et, en effet le général macédonien Philoclès livra cette malheureuse ville au tyran (au printemps de 197), qui commença immédiatement à la traiter à sa façon. Les citoyens riches et haut placés furent dépouillés de leurs hiens, sans vergogne ; les récalcitrants, humiliés par les traitements le plus odieux; et la populace, qui ne possédait rien, gagnée au nouveau régime par l'annonce de l'abolition générale des dettes et un partage agraire — c'étaient les grands mots du prolétariat communiste de cette époque*. Quelque temps après, la princesse Apéga se chargea de dépouiller les dames argiennes avec autant d'insolence que de cruauté. D'ailleurs le tyran ne songeait pas du tout à soutenir Philippe ; au contraire, à peine maître d'Argos, il se mit directement en rapport avec Flamininus et Attale, et, après que les Romains eurent réussi à faire conclure entre lui et les Achéens un armistice de quatre mois, il convint avec le consul de l'envoi d'un subside de

') \av., XXXII, 32-37, Polyb., XVII, 1-12. Plut., Flcmin., c. 5. 7. Appian., Maced. 6. Zonar., IX, 16. Justin., XXX, 3, 4. «) Liv., XXXII, 38, 40. Polyb., XVII, 16. Zonar., ibid.

six cents mercenaires Cretois à l'armée romaine ^ Malgré cela, Nabis ne craignit point, aussi peu qu'auparavant, de faire capturer par ses corsaires, dans les eaux de la Laconie, des vaisseaux de transport romains et italiques et d'en faire assassiner les équipages^.

Ce dernier espoir de Philippe s'était donc évanoui, et bientôt les Romains devaient détacher de lui les derniers de ses alliés dans l'orient de la Grèce centrale. En effet, Flamininus réussit, au printemps de l'année 197, à s'emparer par surprise de la ville de Thèbes, et alors l'assemblée des confédérés béotiens dut se résoudre à abandonner Philippe et à s'allier avec Rome ^. Il est vrai que les Béotiens restèrent en grande majorité ennemis des Romains; nous retrouvons les traces sanglantes de cette hostilité dans toute l'histoire ultérieure de cette contrée jusqu^à la troisième guerre contre Mithridate. Et d'abord, les Romains ne purent empêcher les forces béotiennes qui se trouvaient avec les troupes de Philippe de rester fidèles jusqu'à Ja fin de la guerre aux drapeaux macédoniens * ; Flamininus dut se contenter d'avoir empêché la garnison que Philippe avait à Corinthe de communiquer avec celle qu'il avait à Chalcis. Les deux puissances belligérantes se préparèrent alors avec le plus grand zèle à la dernière campagne, à laquelle les troupes helléniques aussi devaient coopérer d'une manière décisive.

Philippe, qui tenait en échec le Péloponnèse parce qu'il venait d'élever la garnison de Corinthe' à 6,000 hommes', fit les plus grands efforts pour compléter et augmenter son armée ; tandis qu'en Macédoine, il fît marcher même des vieillards et des jeunes gens de seize ans à peine, il fit faire de forts recrutements en Thrace et en Illyrie. Les Romains, de leur côté, qui avaient reçu des renforts considérables d'Italie, complétèrent leur effectif par les contingents des robustes Etoliens^ sous Phaenéas et des Athamanes, et par des guer-

1) Liv., XXXII, 39. 40; XXXIV/31.

2) Liv., XXXIV, 32.

3) Liv., XXXIII, 1. 2. Plut. y Flamin., c. 6. Zonar., IX, 16. *) PoLYB., XVIII, 26, 1. Liv., XXXIII, 14. 27.

S) Liv., XXXIII, 14.

^) D'après Plutarque {Flamin.^ 7), les Éto liens n'auraient alors fourni que

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riers crélois et apolloniales. Au moment décisif, le roi commandait à une armée d'environ 26,000 hommes. L'armée romaine était à peu près également forte; seulement, grâce aux Étoliens, elle avait plus de cavalerie que ses adversaires. Le dénouement eut lieu dans la partie montueuse du sud de la Thessalie. Dans Tété de Tannée 197, après quelques mouvements sans résultat, eut lieu enfin près de Scotussa, non loin d'une série de collines appelées Gynoseépliales, cette grande bataille dans laquelle, pour la première fois ' dans une rencontre régulière, la tactique macédonienne succomba à la tactique romaine, la phalange à la légion (soutenue cette fois par des éléphants africains). Les Macédoniens avaient perdu 8,000 morts et o,000 prisonniers; les Romains, 700 hommes seulement : la défaite de Philippe fut complète ^ En même temps, de tous les autres points du théâtre de la guerre les mauvaises nouvelles lui arrivaient coup sur coup : les derniers alliés de Philippe dans la Grèce centrale, les Acarnanes, s'étaient vu enlever par Lucius, frère de Flamininus, leur principale forteresse d'alors, Leucas ; à la nouvelle de la défaite de Philippe, ils se soumirent également aux Romains'; l'Achéen Nicostratos avait complètement battu la garnison de Corinthe, qui avait fait une sortie importante de cette forteresse*; les Rhodiens enfin, avec des auxiliaires achéens^ s'étaient battus avec succès contre les Macédoniens en Cariée Le roi, qui déjà avait complètement abandonné la Thessalie, ne pouvait plus conserver

6,000 hommes et 400 cavaliers ; VVeissendorn (vol. VII, p. 177), apropos des assertions de Tite-Live (XXXIII, 3), qui admet un nombre égal de cavaliers éloliens, mais réduit considérablement {à 600 hom.) le nombre de l'infanterie étolienne, croit que les indications de Plutarque sont plus exactes, tandis que Nissen, p. 140 sqq., soutient l'opinion de Tite-Live.

*) La défaite de Pyrrhus à Bénévent en 275 av. J.-G. était due, comme on sait, moins à la tactique romaine qu'à une série de malheurs, notamment à l'habileté des Romains, qui avaient réussi à tellement effrayer les éléphants que ceux-ci se jetèrent sur les lignes épirotes.

*) Liv., XXXIII, 3-10. PoLBY., XVIII, 1-10. Plut., Flamln., c. 7-8. Justin., XXX, 4. Pausan., VII, 8, 4. Zonar., IX, 16. Oros., IV, 20. Sur un prétendu oracle concernant ces luttes et sur le soulèvement volcanique d'une île nouvelle près de Théra, voy. Plut., De Pythise oraculiSy 11.

3) Liv., XXXIII, 16-17. Zonar., IX, 16.

*) Liv., XXXIII, 14. 15. Zonar., IX, 16.

5) Liv., XXXIII, 18.

INTRODllOTION / .)

beaucoup d'espoir. 11 est vrai qu'à ce moment même une grande révolte éclata en Espagne contre les Romains; que le roi Antiochus III opérait onfm avec de grandes forces en Asie- Mineure et en était déjà venu aux mains avec les Rhodiens : tout le monde croyait qu'il se disposerait bientôt à conduire son armée et sa flotte au secours des Macédoniens^ Mais Philippe n'oserait plus, en comptant sur ce secours plus que douteux, risquer, avec les ressources épuisées de ses pays héréditaires, une lutte désespérée ; aussi, bientôt après sa défaite en Thessalie, il entama avec Flamininus des négociations que le Romain— qui, poussé par son ambition personnelle autant que par l'intérêt bien entendu de son pays (il s'agissait d'empêcher à tout prix l'alliance de Philippe et d' Antiochus), aspirait à terminer promptement la guerre — se garda bien de repousser. Ces négociations, qui amenèrent une entente complète entre Philippe et Flamininus, et bientôt après la conclusion d'un armistice de quatre mois, pendant lesquels le traité de paix devait être signé à Rome*, devinrent surtout importantes, parce qu'à la même époque on vit naître entre les Romains et les Étoliens une profonde inimitié qui ne devait que trop tôt devenir désastreuse pour ces derniers. L'excellente cavalerie des Etoliens avait livré un brillant combat à Phérae peu avant la bataille principale 3 ; bien plus, c'étaient eux précisément qui, à la bataille de Cynoscéphales avaient, parleur bravoure héroïque, rendu possible à Flamininus de ranger à temps en ordre de bataille l'élite de son armée '^. Cette gloire nouvelle avait tellement exalté leur amour-propre qu'ils s'attribuaient volontiers à eux seuls toute la victoire^, ce qui naturellement blessa au vif Flamininus. D'ailleurs Flamininus, bien qu'il éprouvât beaucoup de sympathie pour les Hellènes et qu'il aspirât au nom glorieux de libérateur de la Grèce, restait toujours homme d'Etat romain; il ne voulait ni ne pouvait renoncer

M Cf. Liv., XXXIII, 19-21.

2) Liv., XXXIII, H-13, 24. Polyb., XVIII, 16-22. Plut., Flamin., c. 9. Appian., Maced., 7. Dio Gass. (éd. Dindorf), vol. I, p. 114 sq. fr. 60.

3) Liv., XXXIII, 6. Cf. Polyb., XVIII, 2, 9-11.

^) Lm, XXXIII, 7. 11. Cf. Polyb., XVIII, 5, 4 sqq. et Dio Cass., ibid. ^) Cf. Plut., Flamin., c. 9 et Comp. Philop. c. Flamin. c. 2. Polyb., XVIII, 17, 2. Liv., XXXV, 48. 49.

à la politique d'après laquelle, nous le montrerons mieux plus tard, Rome ne pouvait pas désirer du tout que de jeunes et vigoureux Etats militaires naquissent des ruines de Tempire macédonien. De graves différends ne tardèrent donc pas à éclater entre Rome" et les Étoliens. Du jour où Flamininus, sans consulter les Etoliens, donna au roi la permission d'entamer des négociations, le froid commença entre les deux parlies; il s'accrut lorsque le Romain, qui se plaisait d'ailleurs à parler sur un ton plus allier aux Etoliens, qui lui étaient antipathiques, fit observer avec raison à ces derniers, qui demandaient le complet anéantissement du royaume de Philippe, que la Macédoine devait continuer à exister pour protéger les Grecs eux-mêmes contre les Barbares du nord, les Thraces, les Celtes et les lUyriens ^ On en arriva à se haïr presque ouvertement lorsque Flamininus refusa aux Étoliens (qui avaient cru jusque-là que leur participation à la dernière guerre rendait toute sa vigueur à Tancien traité d'alliance de 211), en leur rappelant la paix de l'année 205 (ci-dessus, p. 43 sqq.) conclue séparément, contrairement au traité, le droit de reprendre ces villes thessaliennes que Philippe leur avait enlevées pendant les dernières guerres". Dès lors les Etoliens poursuivirent de leur méfiance passionnée et de leurs sarcasmes les plus amers tous les actes de Flamininus en Grèce ; ils savaient ce qu'ils avaient à attendre de Rome, et bientôt ils ne songèrent plus qu'à se venger des Romains, eux qui leur avaient ouvert le chemin le la Grèce.

Les Béotiens firent faire des expériences non moins désagréables à Flamininus qui reprit alors à Elatée ses quartiers d'hiver. A peine eut-il, lui qui s'efforçait constamment de gagner la sympathie des Grecs, facilité aux guerriers béotiens qui, jusqu'à la fin, avaient combattu sous les drapeaux de Philippe, le retour dans leur patrie, que les Béotiens nommèrent béotarque pour l'année suivante Brachyllas, le chef du parti macédonien qui s'était battu jusqu'au bout au service^ de Philippe. En face de cette raideur du parti macédonien, les parti-

') Liv., XXXIII, 11. i2. PoLYB., XVin, 17. 19. 20. Plut., F/amin., c. 9^ Appian., Maced.l.

2} Liv., XXXUI, 13. Polyb., XVIII, 21. 22.

INTRODUCTIOxN 77

sans de Rome en Béolie furent remplis d'appréhension; et, dans leur crainte de voir leur vie en dang"er après le retour de l'armée romaine en Italie, ils se hâtèrent, avec'J'assentiment au moins tacite de Flamininus^ de se débarrasser de Brachyllas, avec l'aide de sicaires italiques et étoliens*. Les Béotiens en furent tellement exaspérés qu'ils assassinèrent les soldats romains partout où ils les rencontraient isolément; ce fut notamment dans les contrées voisines du lac Gopaïs, et en particulier à Acraephia et à Coronée que ces crimes furent commis en grand nombre. Enfin — déjà 500 Romains avaient été tués — Flamininus intervint avec vigueur. Comme les gouvernements béotiens ne voulaient ni livrer les assassins, ni payer Tamende demandée de cinq cents talents, il envahit le pays en pillant et bloqua les villes d' Acraephia et de Coronée. Ce ne fut qile grâce à l'intervention des Athéniens et des Achéens que Flamininus se contenta enfin de l'extradition des assassins et d'uiie amende de trente talents*; mais les Béotiens persévérèrent dans leur attitude menaçante^.

Enfin (au printemps de Fan 196), le moment qui devait décider du sort futur de la Grèce n'était pas loin. En effet, selon la coutume romaine, dix députés du Sénat se présentèrent devant Flamininus pour lui faire part de ce que le gouvernement romain avait décidé à l'égard de Philippe et pour donner une nouvelle direction aux affaires de la Grèce. A Rome, on était alors encore bien éloigné de l'idée dangereuse de vouloir acquérir des possessions étendues et immédiates à l'est de la mer Ionienne et des frontières illyriennes; mais on profita de l'occasion d'asseoir sur de solides fondations la suprématie de Rome dans la péninsule gréco-macédonienne. C'est pour cela qu'on commença par humilier Philippe un peu plus encore que Flamininus lui-même ne l'eût voulu. Non seulement la Macédoine fut ramenée à ses anciennes frontières, mais le roi dut livrer entre autres choses tous ses gros vaisseaux de guerre ou vaisseaux pontés, sauf six qu'on voulut bien lui laisser. Quant

1) PoLYB., XVIII, 26, 1-12. Liv., XXXIII, 27. 28.

») Liv., XXXIII, 29.

3) Cf. PoLYB., XXIII, 2, 4 et suiv. Liv., XXXV. 47. XXXVI, 6.

au droit de faire la guerre, Philippe et ses sujets ne devaient en aucune façon soutenir les ennemis de Rome et de ses alliés, et réciproquement; Philippe ne devaitpas faire la guerre aux alliés de Rome; si ceux-ci l'attaquaient les premiers, il pouvait se défendre ; en outre, il ne devait pas conclure de traité d'alliance avec des alliés des Romains ; enfin un tribunal arbitral devait juger les différends éventuels entre Philippe et les alliés des Romains ^

L'attitude qu'on prit vis-à-vis des Hellènes fut naturellement toute différente. La guerre, dès le début, avait été qualifiée de libératrice ; ou voulait que les Etats grecs soustraits à l'influence macédonienne fussent réellement libres; seulement les détenteurs de pouvoir à Rome n'étaient nullement d'accord sur la nature de cette liberté. La liberté des Grecs d'Asie devait être sans doute illimitée ; mais en Europe les envoyés du Sénat voulaient que les forteresses deCorinthe, de Chalcis et deDémétrias, fussent en attendant occupées par des troupes romaines. On ne voulait pas, disait-on, tout simplement livrer au Séleucide, dont on attendait sous peu l'attaque, ces portes maritimes de la péninsule grecque' ; il nous est permis de supposer en outre qu'un grand nombre des hommes d'Etat romains jugèrent très à propos de donner au nouveau protectorat romain sur les Grecs délivrés un solide point d'appui par l'occupation de ces importantes forteresses. Tel n'était pas l'avis de Flamininus; les sarcasmes dont les Etoliens poursuivaient la « liberté nouvelle » le remplissaient de dépit; ils déclaraient sans façon^ que « Philippe avait légué aux Ro-

1) Liv., XXXIII, 24. 30. PoLYB., XVIII, 25. 27. Plut., Flamln., c. 10. Arat., c. 54. Appian., Maced.,1 . Zonar., IX, 16. Justin., XXX, 4. Eutrop., IV, 2. Th. Mommsen. Gesch. des rom. Mùnzwesens, p. 689, cherche en outre à prouver que Rome enleva alors à la Macédoine comme aux autres États de la péninsule gréco-macédonienne le droit de battre des monnaies d'or pour se l'attribuer à elle, et proclamer ainsi formellement son protectorat sur la Macédoine et la Grèce. — Nissen a démontré, p. 146 et suiv., que certaines clauses humiliantes de ce traité de paix ne sont qu^une invention ou altération des annalistes romains consultés par Tite-Live.

2) Cf. Liv., XXXIII, 30. 31. PoLYB., XVIII, 27, 3; 28, 10-11, Plut., Flamln., c. 10.

3) PoLYB , XVIII, 28, i-6. Cf. Liv., XXXIII, 31. Plut., Flam., c. 10, et aussi De malign. Herod, j cl.

mains les chaînes de la Grèce ». Le vaillant philhellène, qui ne cessait de briguer la sympathie des Grecs, voulait que Rome évitât même la plus légère apparence d'une politique d'annexion; sans renoncer aux combinaisons délicates d'une politique toute pratique (voy. ci-après), il pensait que le meilleur moyen de s'attacher fortement les Hellènes, c'était de les obliger, comme il Tespérait, à une reconnaissance éternelle envers leurs généreux libérateurs ^

D'abord cependant l'avis des légats prévalut. Chalcis et Démétrias, comme la citadelle de Corintlie, devaient rester en attendant entre les mains des Romains ; mais la ville de Corinthe devait être remise aux Achéens. Par contre, Flamininus proclama aux Jeux isthmiques de l'année 196 av. J.-C., devant les Grecs réunis en masse, la décision du Sénat qui déclarait complètement libres et indépendantes toutes les tribus grecques qui jusque-là s'étaient trouvées sous la dépendance immédiate de la Macédoine^ les Corinthiens, les Phocidiens, les Locriens, les Eubéens, les ïhessaliens, les Magnètes, les Phthiotes (Dolopes) et les Perrhèbes. Cette proclamation provoqua chez les Grecs réunis, qui n*avaient plus guère espéré que les choses prendraient cette tournure, une explosion indescriptible d''enthousiasme pour Rome et Flamininus'; une fois encore les mots de « liberté et d'indépendance », si chers à tous les Hellènes, opérèrent comme par enchantement sur les âmes si impressionnables de ces epigones d'une grande nation ; ni les Romains ni les Grecs ne pressentaient, en cet instant de félicité, à cette première heure de nouvelle liberté sous l'égide de Rome, que quelques dizaines d'années à peine les séparaient du jour terrible oia les llammes de l'incendie allumé par des Romains et dévorant Corinthe devaient jeter leur lueur sinistre sur la Grèce asservie.

Lorsque la première ivresse se fut dissipée, Flamininus commença avec les dix légats à régler définitivement les affaires des divers Etats grecs ^^ sous la réserve de quelques

1) Liv., XXXIIL 31. POLYB., XVni, 28, 7-9.

2) Liv., XXXIII, 31. 32 sq. PoLYB., XVIII, 28, 12; 29 et 30, 7. Plut., Flamin., c. 10-12. Appian., Maced., 7. Valer. Max., IV, 8, 5.

3) Cf. aussi Plut., Flamîn., c. 12. Liv., XXXIII, 35. Polyb., XVIII, 31.

modifications que le Sénat jugea opportun de faire plus tard. Les peuplades thessaliennes, qui, pour la première fois depuis l'époque du grand Philippe, se trouvaient complètement indépendantes, furent divisées en quatre républiques autonomes (Magnésie, Perrhébie, Dolopie et Thessalie proprement dite réunie à la plus grande partie de la Phthiolide); les Athamanes furent autorisés à garder la plupart des places fortes qu'ils avaient conquises sur la frontière occidentale de la Thessalie*. Par contre, la décision finale mécontenta fortement les Etoliens, qui aspiraient à reprendre la totalité des villes et des contrées qui avaient été naguère plus ou moins longtemps entre leurs mains. On leur permit, il est vrai, de réunir à leur ligue les pays locriens et phocidiens comme avant l'époque du dernier Antigone ; on leur rendit aussi les villes d'Ambracie' et d'Œniadae^, qu'ils avaient perdues pendant les guerres antérieures. Mais ni Flamininus ni le Sénat ne souffrirent que ce peuple arrogant s'étendît de nouveau en Thessalie au delà de la ligne de l'Othrys et de Lamia; on songeait tout aussi peu à satisfaire leurs prétentions sur TAcarnanie ou du moins sur une partie notable de cette contrée^. Aussi Flamininus et les Etoliens en arrivèrent presque à une rupture ouverte; les Etoliens n'attendaient que le départ des Romains et l'évacuation de la Grèce pour manifester clairement leur mécontentement (voy. ci-après). Ce qui les irritait surtout, c'est que les Achéens, leurs adversaires depuis tarit d'années, qui n'avaient que bien tard pris les armes contre Philippe, furent comparativement bien plus favorisés parles Romains, auxquels la modération et l'esprit d'ordre de leur gouvernement et récemment aussi Texcellence de leur svstème militaire devaient plaire bien plus et inspirer bien plus de confiance pour l'avenir que les allures hautaines et prétentieuses, Famour-propre et la violence des Etoliens. Car la ligue péloponnésienne put s'approprier maintenant, outre Corinthe, toutes les villes de la

1) Liv., XXXIII, 34. POLYB., XVllI, 30, 6 sqq., 13.

2) Cf. PoLYB., XXII, 9, 2. Appian., Maced., 2.

3) Cf. POLYB., XXII, 15, 14.

*) PoLYB., XVIII, 30, 8. 9. Liv., XXXIII, 34. 49. Cf. XXXIV, 23. XXXVI, 10. XXXIX, 25.

péninsule qui jusquo-Ià avaient été au pouvoir immédiat du roi ; on alla même jusqu'à passer sur d'anciens droits des Etoliens et des Eléens e^à ne pas rendre aux Messéniens Pylos et Asine, situés dans leur pays^

Mais ce fut le tyran Nabis de Sparte qui fut le plus sévèrement puni de sa conduite dans cette guerre. Flamininus, auquel les autres Grecs avaient fait connaître ce potentat, avait évidemment honte de l'alliance de cet homme immoral, dont les crimes commis à Argos semblaient en effet mériter les plus sévères châtiments et dont l'amitié jetait un jour équivoque sur l'homme d'Etat très fier de son rôle de libérateur de la Grèce ^ Flamininus vit donc avec plaisir que, d'un côté, un différend qui s'était élevé entre le tyran et les alliés au sujet de la prise de possession d'Argos, au moment où Nabis renonçait à l'alliance momentanée avec Philippe (p. 72), n'était toujours pas vidé, et que, d'un autre côté, la guerre entre Sparte et les Achéens se prolongeait toujours. Nous ne savons pas si et jusqu'à quel point il y eut entre Nabis et les Romains des pourparlers irritants depuis la grande scène de la proclamation de la liberté sur l'isthme de Corinthe^; toujours est-il que

1) Cf. Liv., XXXIII, 34. PoLYB., XVIII, 25, 7. 30, 10. —D'après Valerius Antias (ap. Liv., XXXIII, 30, s. fin.), Athènes aurait alors reçu comme présent les îles de Lemnos (ou Paros, cf. Weissenborn, loc. cit. Vol. VII, •p. 225), Imbros, Délos et Scyros. Toutefois, cet auteur est un témoin peu sûr, de sorte que l'on ne saurait affirmer, du moins pas avec certitude, si Athènes a reçu alors déjà les îles nommées plus haut (en ce cas, elle en aurait plus tard perdu quelques-unes d'une façon quelconque), ou si Rome ne les lui donna en bloc qu'après la guerre des Romains contre Persée (v. plus bas), comme on pourrait le croire (cf. Nissen, p. 146) d'après certains passages de Polybe(XXX, 18. XXXII, 17, 2), où, il est vrai, Délos et Lemnos sont seules mentionnées (cf. aussi, en ce qui concerne Lemnos et Imbros, un texte de Vitruve [VII, 7]). Sur ces questions, voy. Schorn, p. 261 et 367; et K. Fr. Hermann, Griech. Staatsalterth, , § 176, 2, p. 526. Mommsen, Rom. Gesch. I, pp. 725 et suiv., et 786 et suiv. (cf. p. 755) fait tomber entre les mains des Athéniens en 196 av. J.-G. Paros, Scyros, Imbros, et, après la défaite de Persée, Délos et Lemnos. Cf. aussi Meier, Comm. Epigr., I, n° 31, p. 35. KuHN, Die stddt. u. biirgerl. Verfass. d, rom. Reiches, II, p. 42. — Pleuratos, l'allié illyrien des Romains, reçut pour sa part des dépouilles de Philippe des terres en Illyrie, notamment les contrées à Fest de Dyrrhachion (le territoire des Parthiniens et Lychnidos). Liv., XXXIII, 34. Polyb., XVIII, 30, 12.

^) Plut., Flamin., c. 12.

») Cf. Liv., XXXII, 40.

82 1NTR0DUCT10X

ces derniers semblaient craindre depuis peu que Nabis ne fût tout prêt, dans le cas d'une guerre entre les Romains et la grande puissance asiatique, à tendre la main à Antiochus ou du moins à inonder le Péloponnèse de ses bandes de brigands disciplinés ^ Ces considérations et les instances des Achéens déterminèrent enfin le Sénat romain, au printemps de Tan 195 av. J.-C, à faire la guerre à Nabis', auquel on reprochait aussi maintenant son attaque antérieure contre Messène (p. 51), et sa piraterie au détriment de la flotte romaine (p. 73). Flamininus invita sans tarder ses alliés à se réunir à Corinthe pour les engager — sous prétexte de délivrer Argos — à entreprendre contre Nabis une guerre qui devait porter un caractère éminemment panhellénique. Ces négociations ne furent troublées que par l'impétueuse colère des Étoliens, qui ne cessaient de s'élever avec violence contre la longue occupation de Corinthe, de Chalcis et de Démétrias par les Romains et le séjour indéfini des légions romaines' en Grèce, en se faisant forts d'arracher avec leurs seuls moyens Argos au tyran. Elles eurent en eftet le résultat désiré par Flamininus : la grande guerre contre Nabis fut résolue par les Hellènes. Le général romain, se mettant en marche de Cléonae à Argos, commença les opérations en attaquant cette dernière ville avec ses troupes qu'il avait fait venir de la Phocide, et avec 10,000 hommes et 1,000 cavaliers achéens sous Arista^nos. Mais comme la ville, que Pythagoras, beau-frère et gendre de Nabis, défendait énergiquement avec des forces considérables en contenant les habitants par les supplices, ne pouvait être rapidement enlevée, Flamininus, auquel il importait bien plus de frapper directement Nabis, se tourna vers la Laconic. A Caryœ, sur la frontière du territoire de Tégée et de la Laconie, les autres auxiliaires (à Texception des Étoliens, qui boudaient en persévérant dans leur neutralité) se réunirent aux Romains; parmi eux se trouvaient aussi des guerriers macédoniens, que Philippe-^ qui, après la conclusion de la paix, avait jugé prudent de dissiper la méfiance. durable des Romains en se faisant leur

') Liv., XXXIII, 43. 44.

2) Liv., XXXIII, 45. XXXIV, 22. Cf. 32. Justin., XXXI, 1.

3) Cf. Liv.. XXXIII, 35. PoLYB., XVIII, 3l' 3 sqq.

ÎNTRODIICTION 83

allié, envoyait sans doute avec un plaisir tout particulier pou; satisfaire son désir de se venger du traître Nabis. Et tandis que du côté de la mer les escadres des Romains, des Rhodiens et des Perg-améniens (cette dernière envoyée par le roi Euniène II, fils et successeur d' A ttale, mort en 197) se mettaient en mouvement contre le nouveau Polycrate, Flamininus, accompagné par le prince Agésipolis, banni depuis de longues années (p. 36), et par les Spartiates chassés de chez eux par Nabis, fit descendre sa nombreuse armée dans la vallée de TEurotas. C'était la plus formidable masse d'hommes armés qui, depuis le temps d'Epaminondas, eût inondé la Laconic. Mais Nabis ne voulait pas encore céder; il avait élevé jusqu'à 15,000 hommes ses forces mobiles et rendu Sparte plus forte encore ; il étouffa dans l'âme des plus sensés des citoyens toute pensée de révolte contre le tyran en exerçanl un terrorisme impitoyable; et enfin, pour se mettre en sûreté autant que possible en même temps contre ses adversaires dans la ville et contre les Romains, il attendit derrière les retranchements de Sparle l'attaque des alliés. Il s'y défendit, en effet, assez longtemps avec une grande ténacité, tandis que les troupes de la flotte confédérée, qui s'étaient emparées d'abord des autres villes de la côte, forçaient, sous la conduite du frère de Flamininus et après un sanglant combat, Gytheion, la grande place maritime et l'arsenal principal du pays, à se rendre. La dévastation de la contrée et la prise de Gytheion décidèrent enfin le tyran à entamer des négociations avec les Romains. Mais, comme on n'arrivait pas à s'enlendrc; comme les prétentions, en somme, modérées des Romains trouvèrent une résistance opiniâtre auprès de l'assemblée du peuple « Spartiate », c'est-à-dire, auprès des mercenaires et des esclaves et hilotes devenus citoyens; comme enfin Nabis lui-même, qui s'appuyait sur ces masses fanatisées par tous les moyens et à qui Pythagoras avait récemment amené d'Argos 3,000 honnnes de renfort, avait le premier recommencé la lutte, Flamininus, qui, après un combat heureux, s'était adjoint les équipages de la ffotle, risqua un assaut général contre Sparte avec toutes ses forces, qui s'élevaient maintenant à 50,000 combattants. A la suite d'une lutte acharnée, les Romains pénétrèrent en effet dans

84 INTKODUCTION

la ville : la fermeté de Pythagoras, qui, au moment du plus grand danger, fit incendier les rues les plus voisines, put seule déterminer l'heureux vainqueur à suspendre momentanément Je combat. Cependant Nabis avait perdu courage; il demanda humblement la paix. On la lui accorda à des conditions très dures, mais plus modérées que celles auxquelles il devait s'atlendre après ce qui s'était passé. Outre Argos, qui, peu de jours auparavant, s'était délivrée elle-même, le tyran dut céder toutes ses possessions dans l'île de Crète et tout le littoral de la Laconie, réduire sa flotte à deux barques ouvertes, rendre leurs biens, leurs femmes et leurs enfants aux Spartiates qu^il avait expulsés, et entre autres choses renoncer au droit de faire la guerre et de conclure des alliances de son propre chefi.

Nabis était donc réduit à la ville de Sparte et à ses environs immédiats, l'intérieur de la Laconie; et cependant on était très peu satisfait en Grèce de ce résultat. Sans parler des Étoliens, qui, naturellement, blâmaient dans les termes les plus acerbes les égards qu'on avait eus pour le tyran*, on comprendra sans peine que le prince Agésipolis, qui voyait toutes ses espérances déçues, et les émigrés doriens avides de vengeance et qui probablement durent se contenter d'être dédommagés par une partie du littoral cédé par le tyran', aient été les plus mécontents. Mais les Achéens aussi, bien qu'on leur eût rendu Argos et placé sous leur protection* ces communes de périèques lacédémoniens, arrachées à Nabis et d'antique origine achéenne (on les nomma depuis Éleuthérolaconiennes), étaient peu satisfaits de voir qu'on ne s'était pas complètement débarrassé de l'odieux Nabis et que Sparte ne se trouvait pas incorporée à leur confédération". Ce mécontentement donna lieu tôt ou tard aux remarques les plus malicieuses sur les motifs qui avaient guidé Flamininus : en réalité, les raisons les

') Liv., XXXIV, 22-40. XXXV, 12, 13. Justin, XXXI, 1, 3. Plut., Flamîn., c. 13 Zonar., IX, 18. Strab., VIII, 5, 5, p. 562 (365 sq.) Cf. aussi CuRTius, Pelopon?iesos, vol. II, p. 243 sqq. 317.

2) Liv., XXXIV, 41.

3) CF. Liv., XXXVIII, 30.

') Liv., XXXV, 13.

5) Liv., XXXIV, 41. Plut. ¥lamiw.,c, 13.

plus diverses avaient probablement décidé le général romain à agir comme il avait fait. Il se peut bien qu'il se soit efforcé de terminer si rapidement la g-uerre sur les bords de TEurotas pour ne pas abandonner à un successeur l'honneur de mettre fin aux luttes entreprises pour Tindépendance de la Grèce; et, il faut bien le dire^ il n'était pas précisément dans l'intérêt de la politique romaine d'arrondir complètement et sans nécessité vers le sud-est la position militaire des Achéens, en écartant complètement un souverain qui, dans tous les cas, n'avait pas encore assez provoqué la vengeance des Romains pour mériter d'être anéanti. D'autre part, Flamininus n'avait pas tout à fait tort^ de penser que la ruine complète de Nabis ne pouvait être achetée qu'au prix de la destruction de la ville de Sparte et de sa population, alors très nombreuse et en grande partie fidèlement attachée au tyran ; et ce n'était certainement pas l'affaire de Flamininus d'ouvrir toutes les portes aux passions surexcitées des Achéens et aux ardents désirs de vengeance des émigrés doriens*.

Mais il se peut bien que le mécontentement des Hellènes ait été pour Flamininus un motif de plus pour appuyer auprès du Sénat l'évacuation définitive par les Romains des forteresses de Corinthe, de Chalcis et de Démétrias. Ses instances ne restèrent pas sans effet. Flamininus avait encore passé l'hiver en Phocide et s'était efforcé, pendant ce temps, d'effacer les restes de l'influence macédonienne en Grèce et de reconstituer les affaires des villes et des contrées détachées de la Macédoine, surtout celles de la Thessalie qui avait cruellement souffert; il s'appliquait en outre à faire triompher partout le parti romain'. De plus, il n'avait pas cessé, depuis la défaite de Philippe, de diriger les négociations avec le roi de Syrie Antiochus. L'occupation par les troupes de Séleucus d'un grand nombre des villes grecques de l'Asie-Mineure (dont les unes étaient indépendantes et dont les autres avaient été récemment placées sous l'autorité de l'Egypte, puis sous celle do Philippe) sur lesquelles Antiochus avait d'anciens

. *) Cf. Plut., ibid. Liv., XXXtV, 48. 49. 2) MoMMSEN, Romische Geschichte, 1, p. 728. ») Liv., XXXIV, 41. 48, cf. 51. Plut., Flamin., c. 12, et ci-après.

droits avait, dès 196, donné lieu à un échange de notes assez vives entre Flamininus, qui demandait la liberté de toutes les villes grecques, et le roi Antiochus; mais aucun des deux partis ne sonoeait encore sérieusement à faire la guerre. Les clios<*s prirent une tournure plus menaçante depuis l'année 19i), lorsqne, d'un coté, Hannibal, que l'influence romaine avait expulsé de sa patrie, parut à Éphése dans l'hiver de i9.^) et fut brillamment reçu par Antiochus; et que, de l'autre, ce dernier étendit ses conquêtes en Thrace, après avoir occupé l'année précédente la Chersonnèse de Thrace \ En tout cas, le Séleucide faible et indécis avait maintenant auprès de lui, pour l'exciter sans cesse à la guerre, l'homme le plus formidable de ce temps-là, l'ennemi irréconciliable des Romains*. Dans ces circonstances, Flamininus donna une preuve de sou audace en se décidant à donner un brillant relief aux exigences de Rome vis-à-vis d' Antiochus par Tévacuation complète de la Grèce, et à ne laisser à la nouvelle position des Romains en Grèce, malgré l'hostilité desEtoliens, aucun autre appui que les conquêtes morales qu^il avait faites dans le cœur de la plupart des Hellènes. Il arracha en effet au Sénat l'autorisation d'évacuer entièrement la Grèce % et, au commencement du printemps de Tannée 194 avant J.-C, il pu! annoncer aux Grecs réunis en assemblée générale à Corinthe l'évacuation très prochaine de l'Acrocorinthe, de Chalcis et de Démétrias; puis il célébra en paroles éloquentes la générosité et la loyauté des Romains et exhorta ses chers Hellènes à rester noblement unis et à se servir avec dignité et modération de leur nouvelle liberté *. Les Grecs enthousiastes lui accordèrent volontiers sa dernière prière : le rachat, aux frais des divers États grecs, des nombreux soldats romains vendus

') La connaissanee de ce fait est rlue aux recherches de Nissen, op. cit., p. 149-i53 sqq. 162 sqq. 327 sqq.

2) Appian., (éd. Bekker) Sz/n, 1-4. Cf. Liv., XXXIII, 20. 34. 35. 38-41. 46 sqq. XXXIV, 25. 33. 43. Polyb., XVIII, 30. I sqq.; 31, 3; 32-35. ZoNAR., IX, 18. DiOD., XXVIII, 12. 14.

3) Cf. Plut. Flamm., c. 10. Liy., XXXIV, 49 Diod., XXVIII, 12.

*) Voy. ci-après. Les villes cFÉrétrie et d'Oréos, qui d'abord avaient dû échoir au royaume dePergame, furent plus tard (Liv., XXXIII, 34. Polyb,, XVIII, 30, 10 et H) déclarées libres; de sorte que, dans ces contrées, Égine seule (ci-dessus, p. 38) resta à Pergame.

comme esclaves en Grèce pendant la seconde guerre punique. Fiamininus ne resta que le temps nécessaire pour régler définitivement les affaires de Tile d'Eubée et celles des États de la Tliessalie; puis, vers le commencement de Tété de l'an 194, il reconduisit sa Hotte et son armée d'Oricos (sur la frontière septentrionale del'Épire) à Brundisium en Italie ^

<) Liv., XXXIV, 48-52. Plut., Flamin., c. 12. 13. Diod., lac. cit. et Zonar., IX, 18.

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