NOUVELLE ORGANISATION DE LA GRÈCE
munes furent complètement isolées les unes des autres ; personne ne devait acquérir ou posséder des propriétés en dehors des limites de sa propre commune : on ne nous dit pas si Fépigamie aussi* fut supprimée ^ )3es parties considé-
^) Pausanias, VI [, 16, 6, parle de tout cela en général, cf. Becker-Mar- QUARDT, Rom. A^^.,III, I, p. 244 sqq. En ce qui concerne d'abord la suppression des constitutions démocratiques (cf. Bôckh, C I. Gr. I, n» 1543), on eut recours au procédé suivant : le nombre des citoyens « actifs », c'est-àdire ceux qui avaient le droit de nommer les magistrats, les sénateurs des différentes villes, les juges, et qui étaient en même temps éligibles, fut limité à ceux qui avaient de la fortune; et la masse qui ne possédait rien se vit enlever les droits civiques effectifs. Les riches seuls, constitués en assemblée, pouvaient prendre des résolutions (ceux qui étaient privés de ce droit, artisans pour la plupart, durent se contenter sans doute du rôle de simples auditeurs), et c'est ainsi qu'on distingua de la masse de la plebs^ les possessores, c'est-à-dire des citoyens votants dont il est souvent question plus tard (Becrer-Marquardt, Mm. Alterth., III, 1, p. 384 sqq.) — Quant au tribut, K.-F. Hermann/ qui, comme on sait (v. plus bas), s'élève avec beaucoup d'énergie et une science peu commune contre l'opinion d'après laquelle la Grèce devint province romaine en 146 av. J.-C, soutient, dans sa Defensio disputationis de Graeciae post captam Corinthum conditione (Gôtting. Akad. Progr., 1852) (comme aussi Paparrhigopoulos, dans sa u Twpiatwv Tzolixe\)\ia Trpbç TYjv 'EXXaôa, » p. 194 sqq.), que les renseignements fournis par Pausanias sur le tribut imposé alors aux Grecs sont d'une nature très problématique, et que ce n'est probablement que depuis Auguste que la Grèce a payé régulièrement un tribut aux Romains. Le passage de Zonaras, IX, 31, cité par Hermann : « TSî'^Y] xé Ttvwv TtspteTXs xai eXôuôépouç uavraç xa'i aÙTOv6[ji,ou<; itXyiv tîov Koptvôtwv àçrixE » ne peut pas toutefois être cité comme une preuve que les Grecs étaient exempts de tribut. De son côté, Marquardt, zur Statistik der Rom. Provinzen, p. 21, a élevé avec raison des doutes sur l'autorité du passage (purement rhétorique et qui d'ailleurs ne se rapporte pas nécessairement à l'époque qui suivit l'année 146 av. J.-G.) de Sénèque, de Benef., V, 16 : « — ut quse Achœis, Rhodiis et plerisque urbibus daris jus integrum libertatemque cum immunitate reddiderat, etc. Quant à Vargumentum a silentio (le fait que Tacite, Annal,, IV, 13, est le premier à mentionner spécialement le tribut d'une ville achéenne), il ne nous paraît pas être d'une grande force en face de l'affirmation catégorique de Pausanias, qui. Vil, 16, 6 et 7, distingue très nettement cpopoç de CviP^^a et qui, plus loin, 17, 2, montre clairement par son « acpàç uixoteXeiç au6tç ô OveaiKXGiavoz elvat (popwv èxéXeu- «rev » (contre H., ibid., p. 21) qu'il savait très bien que ce n'est pas depuis Vespasien seulement que les Hellènes durent payer tribut. On ne saurait nier d'ailleurs, dût-on être disposé à partager l'opinion de Hermann en ce qui concerne l'Achaïe, que les Macédoniens, eux aussi (p. 191), étaient déjà tributaires des Romains pendant les vingt dernières années de leur « indépendance ». Tout récemment Mommsen, pour prouver que les Grecs étaient soumis à un tribut, cite, outre Paus., VII, 16, 6, d'autres passages (R. G., vol. II, p. 48, 338), à savoir Gic, de Prov. cons. y 3, 5, et, pour la petite île de Gyaros, Strab., X, 5, 3, pag. 744 (485), cf. aussi Vell., II, 38. - On
rabies de FEubée et de la Béolie, et notamment le territoire de Corinthe, — à l'exception d'une partie de ce territoire qui échut à Sicyone (qui dès lors fut charg-ée de la direction des jeux Isthmiques) et du petit bourg de Ténéa, qui fut traité avec une grande douceur par les Romains pour des motifs tout particuliers — furent ajoutés par les vainqueurs au domaine de l'État^ Toute la Grèce, enfin, à
peut conclure que ia Thessalie aussi devint tributaire à cette époque; les Thessaliens, en effet, qui, sous la suprématie romaine, furent constamment considérés comme liberi (cf. Cic. , Pro Place, 40, 100. Pro Sest., 43, 94. In Pison., -16, 37, et Hermann, Griech. Staatsalt., § 178, note 24), et qui conservèrent pendant longtemps sous l'Empire (v. vol. II) la constitution qu leur avait été donnée du temps de Flamininus (p. 106), reçurent plus tard, après la bataille de Pbarsale, comme un présent de César, la « liberté », présent que les commentateurs modernes, notamment Niebuhr, Kleine philoL histor. Schriften, I, p. 247, et E. Kuhn, Beitrdge z. Verf. H. R. R., p. 91, et stàdt. Verf., vol. II, p. 33, considèrent certainement à bon droit comme atélie, exemption de tribut. — La perception de l'impôt se faisait en Grèce de la manière suivante (cf. Walter , Gesch. des Rom. Rechts, 3* éd., I, p. 352. MoMMSEN, R. G., II, p. 48, 388). On imposait à chaque commune une somme fixe, déterminée par le cens, et devant être envoyée à Rome, de façon à exclure la coopération des publicains romains; par contre, ces derniers jouissaient de tous les autres avantages qui provenaient tout naturellement de la prise de possession directe par les Romains de certaines parties du territoire grec (v. la note suiv.). Cf. aussi Nitzsgh, Die Gracchen^ p. 252 sqq. Becker-Marquardt, III, 2, p. 157 sqq. — On pourrait se demander si l'Épire, l'Acarnanie et l'Étolie devinrent alors aussi tributaires (cf. Paparrhigopoulos, Tw(XT(ta)v TToXtT., p. 197-208), puisque ces cantons ne prirent part directement, que nous sachions, ni au soulèvement du faux Philippe, ni à celui de Critoiaos. Cependant cela nous paraît assez probable, puisque, en 146, d'après les propres paroles de Pausanias, VII, 16, 6, non seulement les ligues des Achéens et des Béotiens (cf. p. 202), qui avaient fait la guerre à Rome, mais toutes les ligues encore existantes en Grèce et certainement aussi les symmachies ou ligues cantonales des peuplades susdites furent dissoutes. Nous ne savons pas si l'antique confédération des Amphictyons fut frappée par cette mesure (qui, comme nous le dirons plus bas, n'a été que transitoire).
*) Sur les terres domaniales romaines en Eubée, v. le SCtum de Asclep. chez BôcKH, G. I. Gr., III, p. 767, n° 5879, lig. 23 sqq. 28 sqq. Mommsen, Corp. Inscr. Latin. Antiquiss., p. 110 sqq., n° 203, 6, cf. Plut. SulL, c. 28. Sur la Béotie, voy. Gic, de Natur. Deor., III, 19, 49, et sur le territoire de Corinthe, Cic, de Leg. agravy I, 2, 5 : ager optimus et fructuosissimus Corinthius L. Mummii imperio ac felicitate ad vectigalia populi romani adjunctus\ et II, 19, 51. Cf. en général in Verr. act. II, lib. I, c. 21, § 55. Voy. aussi notamment Rvdorff {Zeitschrift fàr g eschichtL Rechtsivissensch.y X, "1842), « Bas Ackergesetz des [s. g.) Sp. Thorius, p. 133-141 et(ch. 50), p. 191 sqq. — Le domaine nouvellement acquis par les Romains en Grèce
l'exception tout au plus d'Athènes, fut traitée par les Romains — sinon formellement, théoriquement et légalement, du moins de fait — en province romaine. Cependant la Grèce (appelée peut-être à ce moment déjà « Achaïe, » selon l'habitude des Romains de donner aux pays qu'ils soumettaient hors de l'Italie le nom du peuple qu'ils avaient combattu en dernier lieu) n'eut pas encore à cette époque une constitution provinciale indépendante. Les cités grecques, auxquelles on laissait toujours encore leur « liberté » (voy. ci-après) et leur souveraineté nominale, « l'ombre d'une ombre », il est vrai, faisaient partie de la province de Macédoine. Elles ne se trouvaient plus dès lors en relation directe avec le Sénat, mais sous Tautorité suprême du gouverneur romain de la Macédoine*. Les nouveaux arrangements prirent
devint donc vectigalis; ses richesses naturelles furent exploitées de diverses manières par les publicains; les terres, excepté celles qu'on vendait de temps à autre à des citoyens romains ou à des habitants de l'Italie (cf. Rudorff, p. 139 sqq.), étaient affermées. Voy. aussi là-dessus Becker-Marquardt, R. A., III, 2, p. 140 sqq. et Walter, Gesch. d. Rom. Rechts, 3* éd., I, p. 349. VoiGT, Jus naturale, II, p. 398-400. Mommsen, C. I. Latin., ant., p. 106, cf. aussi Curtius, Pelop.j vol. II, p. 591. — Sur la partie du territoire de Corinthe dont les Romains disposèrent en faveur de Sicyone, voy. Strabon (éd. Kramer), VIII, 6, 23, p. 584 (381). Pausan., II, 2, 2, et Rudorff, p. 139. Mommsen, loc. cit. — Quant à Ténéa, on croit que les habitants de ce bourg se sont déclarés pour les Romains déjà avant la bataille livrée sur l'isthme de Corinthe : voy. Strabon, VIII, 6, 22, p. 583 (380). Freeman, p. 256 sqq. et 70k Curtius, Peloponnesos, II, p. 550 et 597, pense qu'il est plus probable que les habitants de Ténéa furent traités avec tant de douceur par les Romains à cause de leurs prétendus rapports généalogiques (préhistoriques) avec les Troyens (Pausan., II, 5, 3).
1) La question de la situation de la Grèce à l'égard de Rome après la soumission des Achéens, des Béotiens et des Chalcidiens en 146, a déjà son histoire à elle. Jusqu'en 1847, on admettait comme un fait hors de doute (cette opinion paraît avoir été formulée d'abord par le savant Sigonius, De antiquo jure populi Romani, t. II, ch. ix, p. 63-72; il n'a été révoqué en doute qu'en passant, p. ex. par Zinkeisen, Gesch. Griechenlands, I, 1832, p. 548, et Merleker, Achate, 1837, p. 460) qu'en 146 av. J.-G. la Grèce d'Europe tout entière fut réduite en province romaine sous le nom d' «Achaïe ». Cette opinion fut contestée pour la première fois en 1847, au congrès philologique de Bale, par le célèbre savant de Gœttingue Karl Friedrich Hermann (déjà dans la 2^ édition de son Lehrbuch der griechischen Staatsalterthumer de l'année 1836, il avait émis des doutes à cet égard ; V. les Verhandl. d. Phil. Vers, zu Basel, 1847, p. 32 sqq. et la dissertation plusieurs fois citée sur le même sujet ; Die Eroberung von Korinth, n° XVI de ses Gesammelte Abhandlungen und Beitràge zur klassischen Literatur und
du temps; à côté de la question principale, il y en eut
Alter thumskunde, p. 356 sqq. Gœttingue, 1849); il défendit avec autant de science que de sagacité l'opinion que cette manière de voir n'était qu'une a erreur surannée », que la plus grande partie de la Grèce d'Europe avait au contraire, même après 146, conservé sa liberté et qu'il ne pouvait être question d'une province « d'Achaïe » qu'après la victoire d'Actium remportée par Octave sur Marc-Antoine. Hermann, tout en faisant un petit nombre de concessions, a défendu celte opinion contre tous ses adversaires, soit qu'ils aient été partisans de l'ancienne manière de voir, soit qu'ils aient cru que la Grèce depuis 146 a fait partie de la nouvelle province de Macédoine. En effet, après que d'un côté quelques autres savants furent arrivés à des résultats semblables à peu près en même temps que Hermann (comme E. Kuhn, Beitràge ziir Verfassung des rum. Reichs, Leipzig, 1849, p. 128 [v. aussi sa stddt. u. bûrgerl. Verf. d. Mm. Iieiches,vo\. H (1865), p. 68 sqq.], qui cependant s'exprime avec beaucoup de prudence et de modération; R. Paparrhigopoulos [v. aussi Koptv6ou aXwcrtç, p. 103 sqq.], dans un article du journal 0£[Atç, 1846, pag. 318 sqq., article qui, à présent (VI), sous le titre de 'Pw[xatwv Tio\lxe\)\iix upoç ttiv 'EXXàôa, fait partie du Recueil 'l(7Toptxa\ upay[jiaT£tat. Athènes, 1858, vol. I [v. notamment pag. 188-207]), — et que de l'autre plusieurs érudits (comme le critique anglais qui a remanié la dissertation de H. dans le Class. Museum, Londres, 1850, VH, p. 259- 276) , et avant tout E. Gurtius, Peloponnesos, vol. I, p. 76 (Gotha, 1851), et Heitz, De politico Graeciae statu inde ab Achaici foederis interitu usque ad Vespasianum Augustum (Strasbourg, 1851), lequel toutefois, page 25, ne conteste pas les relations du gouverneur de la Macédoine avec la Grèce, comme aussi Hertzberg (dans *sa thèse De rebus Graecorum inde ab Achaici foederis interitu usque ad Antoninoriim aetatem, p. 14-24, Halle, 1851), se furent approprié avec plus ou moins d'assurance les idées de Hermann, — le savant J. Marquardt (Begker-Marquardt, Rom, Alterth.., t. 10, I Part., p. 121 sqq. (1851) combattit énergiquement les assertions de Hermann. Marquardt (p. 127 sqq.) finit par arriver à ce résultat, « que l'Achaïe avant Auguste n'a point ou du moins n'a pas été d'ordinaire administrée par un gouverneur (particuher) , mais bien par plusieurs légats du proconsul de Macédoine «. Hermann attaque à son tour ces conclusions (programme académ. de Gœttingue de l'année 1852) dans sa dissertation : Befensio disputationis de Graeciae post captam Corinthum conditione , où il maintenait fermement son opinion, en accordant toutefois que (p. 22) les terres domaniales acquises par les Romains dans le territoire corinthien, béotien et eubéen, en 146, ont été administrées depuis cette époque par des questeurs, auxquels toutefois n'appartenait légalement aucune juridiction ni aucun autre droit sur les autres districts de la Grèce. Marquardt répondit par un article (1854) faisant suite à l'ouvrage cité plus haut, Zur Statistik der romischen Provinzen, p. 13 sqq, et finit par arriver à ce résultat que le quœstor pro prœtore proposé par Hermann n'avait pas seulement à administrer le domaine romain, mais aussi tout le reste de la Grèce libre » (voir plus bas) comme province indépendante, et que ce questeur pouvait être (p. 22), dans certains cas, subordonné au proconsul d'une province voisine. — M. s'appuie en même temps sur les recherches de Borghesi, que je ne connais malheureusement que par ces citations et quelques autres. Cette
sans doute un grand nombre de secondaires que Mum-
opinion, que Nipperdey semble partager également (cf. son Tacite, Annal., IV, 43. Vol. I, p. 268), a été condamnée par Hermann dans la 4° édit. de son Lehrbuch der griechischen Staatsalterthûmer (1855), p. 56), sqq., aussi catégoriquement que la première opinion de Marquardt, d'après laquelle la Grèce a été d'abord une partie de la province de Macédoine. Celte dernière manière de voir a été défendue sur ces entrefaites, avec de nombreuses et nouvelles preuves à l'appui, par A. W. Zumpt (1854), dans le vol. II de ses Commentât. Epigraph., dans sa dissertation : De Macedoniae Romanorum provlnclae praesidibiiSy qui fuerunt usque ad T. Vespasianum, p. 153-272. Malgré ce travail, Hermann, op. cit., p. 561, ne fait de concessions que pour l'Eubée et la Béotie, mais maintient fermement (à l'exception de quelques districts « administrés peut-être directement par un questeur »), l'indépendance notamment du Péloponnèse.
Depuis, autant du moins que nous sachions, aucune recherche importante sur cette question n'a été publiée; on n'a pas pu s'accorder jusqu'à présent; une revue des différents écrits récemment publiés et traitant des destinées de la Grèce depuis 146 le prouvent avec une grande évidence. Déjà en 1852, Rein (Paulys Realencyclop. d. class. Alter th., vol. VI, 1, dans l'article Provincia, p. 138 sqq., s'était rangé à l'avis de Hermann, avec cette modification cependant : que la Grèce devint province romaine avant 89 av. J.-C. Markhauser (1858), Polybios, p. 67, accepte les conclusions de Hermann. Freeman, p. 704 sqq. hésite en quelque sorte entre l'ancienne manière de voir de Hermann et l'exposition de Mommsen (que nous reproduirons plus bas). KoRTÛM, Gesch. Griechenl., vol. III (1854), p. 338 et sqq., reste fidèle, du moins en général, à l'ancienne manière dé voir; de même Fjnlay, dans son Hvre célèbre : Greece under the Romans, même dans la seconde édition (depuis 1857); v. la trad, allem. (1861), p. 18 sqq. Voy. aussi Walter, Gesch. d. Rom. Rechts, t. J, p. 342 sqq. — Contrairement à ces derniers, Mommsen, Rom. Gesch., II, p. 48 sqq. déclare (dans une dissertation savante et assez longue) que la Grèce a été de fait province romaine depuis 146, sous la suprématie du gouverneur de la Macédoine, bien que la « souveraineté des communes libres » existât toujours pour la forme. Lange, op. cit., p. 291, et Peter, Gesch. Roms, I, 2° édit., p. 496, sont à peu près du même avis. Cf. aussi Sghômann, Griech. Alterth., v. II, p. 120.
Comme nous l'avons déjà fait remarquer plus haut, l'auteur de ce livre, dans son premier ouvrage, s'était rallié, lui aussi, à l'opinion défendue par K. F. Hermann; des études ultérieures l'ont convaincu toutefois du peu de solidité de cette théorie; il croit voir la vérité dans la voie indiquée par Marquardt dans son Manuel, par Zumpt et Mommsen aux passages indiqués.
L'opinion d'après laquelle la Grèce, même après 146 av. J.-C, ne s'est pas trouvée dans la situation d'une province romaine, s'appuie d'abord sur le silence que gardent sur ce fait les écrivains de l'antiquité; en second lieu, sur l'impossibilité de prouver l'existence de gouverneurs romains pour l'Achaïe avant l'époque des Césars ; enfin sur les nombreux témoignages des auteurs anciens de l'indépendance continue des peuples de la Grèce.
Quant au premier point, il est parfaitement vrai sans doute qu'on ne trouve nulle part la formule : Grsecia ou Achaiain provinciœ formam redacta est. Partout nous ne rencontrons que des expressions qui nous apprennent la
mius et les légats eurent alors à résoudre. Lors de la disso-
soumission complète de la Grèce, ou, si l'on veut, la prise de possession de la Grèce par les Romains; voy. par exemple, Liv., Eplt., lib. LU : omni Achaia in deditionem accepta. Cic, in Verr. , act. II, lib. I, c 21, § 55, quid de L. Mummio, qui — Corinlhum sustulU wbisque Achaios Bœotiœque muUas sub imperium populi romani dicionemque subjunxit. Sthab., VIII, c. 6, 23, p. 584 (381) : a-JXYi 6e (K6ptv0o;)xaTé<Txa'jTi:o ûtco Aeuxto'j Mo|jl[ji,Îo"j xat TàX).a {xs^pi MaxsSovîaç uTcb 'Ptofxatotç èyévovxo. Tacit. Annal., XIV, 21 : et possessa Achaia Asiaque, etc. Messalla Corvinus, de Aug. prog., c. 21 : Proinde in Grœciam transitus fuit , qua perdomita Epirus , Thessaiia et Achaia pamere mandatis. Sext. Ruf., Breviar, c. 7 : libera diu sub amicitiis nostris Achaia fuit : ad extremum legalis Romanorum apud Corinthum violatis per L. Mummium capta Corintho Achaia omnis obtenta est. Cf. aussi l'inscription votive deMummius, citée par Marquardt [Handbuch, III, l,p. 121, 82) et MoMMSEN, C. L Lat, Ant., n° 541-546, p. 150 sqq. et des passages comme I Maccab., 8, 9 et 10. Diod. , XXXIl, 26, 2. Valer., Max., VII, 5, 4, et le passage très oratoire et peu concluant d'Ovide, Fast., VI, 45. — Ces passages prouvent du moins que la soumission de la Grèce, en 146, a été complète, lors même qu'on ne nous dit pas formellement, comme nous l'avons fait observer plus haut, qu'elle fut réduite en province *, ce qui, d'ailleurs, comme nous l'avons vu plus haut, ne nous est rapporté sur la Macédoine aussi que par des auteurs d'un rang très peu élevé.
Quant au second point, Pjghius {Ann. magist. etprovinc, Roman., t. Ill, p. 82. 223. 232. 293. 414) a, comme on sait, tenté de prouver l'existence d'une série de gouverneurs de la province d'Achaïe pendant l'époque antérieure aux guerres civiles des Romains. Or, c'est précisément contre celte tentative que K. F. Hermann a dirigé ses plus vives attaques et mis fortement en doute, dans Die Ëroberung von Korinth^ p. 362-365, l'existence de ces prétendus propréteurs d'Achaïe (M. ^milius Scaurus pour l'année 119, Q. Ancharius pour l'an 90, P. Gabinius pour l'an 89 ou 88, L. Gelhus pour l'époque qui précéda l'an 74 **, L. Caninius Gallus pour l'an 52 av. J.-C, comme aussi Oppius ou Opimius [ex praetore Achaiae] avant l'an 70, dont l'existence est affirmée par un scholiaste postérieur, Sghol. Gronov., ad Cic. Verrin, act. I, 2. 6. (cf. Orelli, Schol. Cic, L. II, p. 379, 388). Marquardt a essayé ensuite {Eandbuch, p. 126, note 15) d'ébranler les doutes de Hermann, du moins en ce qui concerne P. Gabinius et Opimius. Voy, la réponse de Hermann dans sa Defensio, p. 11 sqq. ***. Zumpt enfin, à la fin d'une assez longue dissertation, arrive à la conclusion que (c'est aussi l'opinion d'HERMANN) JEmilius Scaurus (p. 165 sqq.), Q. Ancharius (p. 179), L. GelUus (p. 190 sqq.) et Caninius Gallus (p. 201 sqq.), n'ont rien à faire en
* On peut aussi faire remarquer que Velléius, 11, 38, parle de la soumission de l'Achaïe par Mummius en même temps que de la conquête de la Macédoine par Paul Emile et de celle de rÉtoUe par Fulvius Nobilior; il l'assimile donc à des victoires qui n'eurent pas pour suite la création de nouvelles provinces. (Le passage de Dion Gassius, XXXVllI, 38, comme Marquardt le fait observer dans son Manuel, p. 126, n'est pas une preuve qu'on ait créé à cette époque une province d'Achaïe).
** Drumann, Gesch. Moms, t. H, p. 03, attribue lui aussi cette qualité à Gabinius; le même, ibid., p. 64, et Bergfeld, Dei Organisation der romischen Provinzen, p. 8, en disent autant de Gellius.
*** D'après Hermann, ibid., p. 12, Oppius ou Opimius aurait été peut-être questeur de l'aérer publicus corinthien.
lutioii de la Ligue achéenne, on dut s'occuper évidemment
Achaïe. Oppius ou Opimius lui aussi, d'après Z., n'a très probablement joué aucun rôle dans l'histoire de cette province. Z., par contre, croit que Gabinius (p. 177 sqq.) a été ou gouverneur de la Macédoine en 81 ou légat de Sylla. Ce qui concerne ces hommes n'a toutefois qu'une importance secondaire. Il se présente par contre une série de faits (coordonnés avec grand soin surtout par Marquardt et Mommsen) qui, en s'accordant avec les passages cités plus haut, nous montrent clairement que la Grèce, après la dernière guerre achéenne, est devenue réellement province romaine. Non seulement on vit cesser tout à coup avec le consulat de Mummius les agissements incessants des ambassades fédérales ou cantonales à Rome même ou leurs voyages à la capitale; mais nous voyons maintenant — • outre ces mesures dont nous avons déjà parlé plus haut, d'après Pausan., VII, 16, 6, (le désarmement général du pays et le tribut qu'il fallait payer à Rome), et qui, comme on sait, ne nous obligent pas à elles seules à admettre que la Grèce devint province romaine — un grand nombre d'autres faits importants. Nous remarquerons donc d'abord que, d'après la coutume romaine, le nom d'Achaïe tend de plus en plus à remplacer celui de Grèce ou d'Hellade *, parce que la dernière lutte avec la ligue achéenne amena la soumission complète des Grecs (cf. Pausan., VII, 16, 7 : xaXoOat 6è oùx 'EXXàôoç oùX 'A"/aiaç Yiyeaova oi 'PwjJLaïot, Stoxt lyeipu)<ia\zo "EXXrjvaç ôi' 'A-/acà)V tote toO 'EXV^vtxoO TipoearoxoTcov. SuiDAS, I, p. 911, éd. Bernhardy : o6ev SoxoOcrt xai vOv *A-/atav ovojxaÇetv vf\v *EXXaôa. 'Pcofxaïoi 6s èç xb ^etpwôev eôvoç, o iiposcTTCi)? yjv t6x£ xt]? *EXXà8oç, xr\y oXyjv fisxaêaXovxeç xîjç ;(wpa; èucovufjLtav àcptxovxo. Ce qui est bien plus important, c'est que les villes grecques (et spécialement celles du Péloponnèse) commencent une ère nouvelle avec l'année 146 av. J.-C; nous citerons Mégare (cf. Bôckh, C. Inscr. GrseCy vol. I, p. 558, n° 1053 et pag. 560 sqq., n° 1062), Hermione {G. I. Gr., I, p. 596, n° 1203), Messène (G. I. Gr., I, p. 640, n''1297), et une ville appartenant probablement
* Quant au nom d' a Achaïe » , il est sûr tout d'abord qu'il a remplacé pendant toute l'époque suivante l'ancien nom de Péloponnèse et qu'il a été régulièrement employé par opposition avec le continent septentrional et la Grèce centrale, comme on le voit par bien des passages ; cf. Pol. ,
II, 38. Liv., XXXI, 26. XXXIV, 50. Cic., pro Flacc, 26, 63. 40, 100; in Yerr. act, U, lib. I. 21, 55; in Pison., 40, 96. C^s., Bell, civ., Ill, 4 et 55. Appian., Bell, civ., V, 77. Cf. Dio Cass., XLVIII, 36, 46. D'autre part, nous trouvons déjà chez les écrivains des derniers temps de la République bien des passades où le nom d'Achaïe désigne d'une façon générale toute la Grèce (géographiquement sans doute et pas encore politiquement , peut-être à l'exclusion de l'Épire et aussi de la Thessalie), p. ex. Cic, ad Attic, III, 8, i ; ad Famil., IV, 4, 2. VI, 6, 10. XllI, 25, 26, 2, 27, 3, 28a, 2; pro Sest., 43, 94; m Pison., 16, 37 ; de Provinc. cons., 4, 7 ; in Verr. act., I, 2, 6; act. II, lib. I, il, 30 ; lib. V, 48, 127. Cf. ad Fam., Xlll, 25; C^s., B. C,
III, 3. Nous rencontrons donc ici un certain vague dans l'expression qui n'a rien d'étonnant quand on songe à la situation politique mal définie de la Grèce jusqu'à Auguste. Le nom d'Achaïe pour désigner la Grèce n'a été admis dans la terminologie romaine, définitivement et officiellement, que du temps d'Auguste, lorsqu'on organisa formellement une province grecque séparée de la Macédoine (ce qui, du reste, n'empêcha pas d'appeler spécialement Achéens ceux qui avaient autrefois fait partie de la confédération de ce nom ; v. Kefl, Syll. Inscr. Boeot., p. 120 sqq., p. 117, nr. 31, V, 1 et 22; BœcKH, C. I. Gr., 1, n. 1307. Cf. aussi Plin., N. H.,
IV, 5 (6), 12 et 9 (16), 32). Nous dirons plus tard quelles ont été les limites et l'extension géographique du nom d'Achaïe du temps d'Auguste. Cf. ^Lva^, Beitrasge, p. 130-133; die Stsedt. Verfass., vol. II, p. 72, 74 et suiv. ; Cdrtius, Peloponnesos, vol. 1, p. 76, 111 et 419 Kuhn^ Stsedt. Verfass., p. 72 et note 559, prouve qus plus tard encore, vers les derniers temps de la République, on donnait le nom de Grèce à la Macédosne et au sud de l'IUyrie, contrées plus ou moins hellénisées.
(les points litigieux entre les confédérés et les Spartiates
aux Éleuthérolaconiens (C. I. Gr., I, p. 672 sq., n» 1395)*. Les savants modernes (parmi eux K. F. Hermann, voy. Defensio,p. 9. Ha7îdbuch,\). 563, § 189, 4) voient dans cette supputation du temps l'ère des nouvelles constitutions qui furent octroyées aux villes de la Grèce vaincue après la chute de Corinthe; mais (contrairement à Hermann, cf. le passage cité) ils concluent avec raison, et notamment Marquardt, Handbuch, p. 125. 243 sqq. et Ziir Statistik derrom. Provinzen, p. 16 sqq. (v. aussi G. I. Gr., vol. II, p. 175. MoMMSEN, R. G., Il, p. 49. Zumpt, p. 155 sqq.), de la manière de faire habituelle aux Romains, que l'octroi de semblables constitutions « se rapportait toujours, non seulement, quant au but qu'on poursuivait, à la constitution d'une province, mais coïncidait aussi, quant à l'année de laquelle les villes en question dataient une ère nouvelle, (ou) avec la création (ou avec une réorganisation ultérieure) de la province; >« de sorte qu'il est assez naturel d'admettre, à ce point de vue aussi, que l'année 146 fut la première de l'existence de la Grèce comme province romaine. — En outre, le gouverneur romain de la province gréco-macédonienne (qui était, comme nous le montrerons plus bas, gouverneur de la province de Macédoine) avait la haute surveillance des constitutions urbaines en Grèce (cf. C. /. Gr,, vol. I, p. 712 sq., n" 1543), ce dont il n'avait été nullement question avant 146; et, dans certains cas, il pouvait aussi « évoquer à son tribunal les affaires criminelles les plus importantes » ; cf. Bôckh, loc. cit. Plut., Cimon, c. 2, et MoMMSEN, È, Gr., vol. I[, p. 48 sqq.
K. F. Hermann et les autres défenseurs de son opinion s'appuient en troisième lieu sur les passages assez nombreux des anciens dans lesquels, même longtemps après la chute de Corinthe, il est question positivement de l'indépendance des peuplades grecques. En face du passage de Diodore, XXXII, 26, 2, mentionné plus haut, et où la description saisissante des souffrances de la Grèce pendant sa lutte contre Mummius se termine par ces mots : xa\ xo auvoXov tyjv èXsuOspcav v.a\ tyjv Tiapprjacav àuooaXovTsç, il y a de nombreux passages d'une nature toute différente. Sans tenir compte de l'exagération optimiste de Zonar., IX, 31 : xb ô' allô "EXXyjvixov ëirstTa ev te àôîc'a v.a\ èv euoatji-ovca TocrauxY) eylvsTo x. t. X. et de ce que dit précédemment le même auteur, que Mummius èXEuôépouç Tiàvraç xa\ aùc voixouç ocçrjxô tous les Grecs, à l'exception des Corinthiens, nous voyons Sylla dire dans Appian., Mithr., 58, dans un discours adressé à ce roi : StauXeuaa; Se Maxeôovîav xe Yi(ji£Tépav o^iaav STiéxpe/eç xa\ xoùç "EXXr,va<; xrjV èXeuôspcav à?r)poO. Cf. encore BocivH, c. I.Gr,, vol. I, p. 712 sq., n°1543, lig. 15 [cf. Hermann, Defensio, p. 6] : àXXà xai xïiç àicoôcoo [xivr.ç xaxà xotvbv xotç "EXX-^atv èXsuôepta; x. x. X* et les textes: Cic, In Vison., c. 16, § 37 : '^am lege Gxsaris populi liberi plane et vere erant liberi; lege autem ea, quam nemo legem prœter te etcollegam tuiim putavit, omnis tibi erat Achaia, Thessalia, Athcnœ, cuncla Grxcia addicta; cf. De provinc. consular., c. 4, § 7. Vro domo, c. 9, § 23. In Yerr. Act. II, lib. 1, 17, 45. Ad AU., l, 19, 9. Fro Flacco, c. 40, § 100, et C.îiSAR, Bell. Civ., III, 3 : et liberis Achaiœ populis sqq. Voy. aussi (nous ne
* il est digue de remarque que l'ile d'Égine aussi suppute ses années en partant de cette ère (cf. C. l. Gr, vol. Il, c. VII, p. 173 sqq., n« 2140 a), bien que cette île (cf. plus haut, p. 38), que nous sachions, ne soit tombée sous la domination romaine qu'en 133, lorsque le royaume de l'ergame(v. plus bas) fut conquis par les Romains.
(et les Messéniens) et mettre un terme à ces dissensions. Il
citerons que pour être complet le passage déjà mentionné (ci-dessus, p. 266, 1) de Senec, De Benef., V, 16, peu fait pour servir de preuve, en excluant les passages qui ne pourront nous servir que lorsque nous parlerons des villes « libres » de la Grèce sous l'Empire) E. Kuhn, Beitrage zur Verfassung des romischen Reichs, p. 89, 91 et 129.
Les adversaires de K. F. Hermann ont fait, observer partout avec raison que cette « indépendance » nominale (cette « souveraineté pour la forme » comme l'appelle Mommsen), cette libertas qui resta aux États et villes grecs d'Europe avec diverses modifications, ne prouve absolument pas que les Hellènes n'aient pas été placés sous la suprématie d'un gouverneur romain. 11 suffit, après les recherches consciencieuses de MARQUARDT,Han(i6., p. 247 sqq. ; de Walter, Gesch. des rôm. Rcchtes, t. I (3* édit.), p. 357 sqq., de Zumpt, p. 156 sqq., de Rein, loc. cit., p. 147 sqq., de Mommsen, R. G., t. II, p. 49 et 367, de faire remarquer que dans beaucoup de parties de l'empire romain, qui étaient certainement des provinces, il y avait de nombreuses villes « hbres » de différentes sortes qui, à quelques exceptions près, étaient soumises légalement à la surveillance du gouverneur romain. En taisant abstraction des districts situés en Eubée, en Béotie et sur l'isthme de Corinthe qui furent réunis à l'a^/er pwô/icMs (ci-dessus, p. 267, 1) et directement gouvernés par les Romains, d'Athènes, qui depuis la fm du me siècle av. J.-G. avait conclu un œquum fœdus avec Rome (p. 44 et qui, comme civitas libera et fœderata, était de droit Hbre et indépendante, exempte de tribut et ne devait recevoir de garnison ni supporter d'autres charges qu'à des conditions déterminées : nous voyons que les États grecs entre le Ténare et l'Olympe'qui ne faisaient pas partie de l'ancienne province de Macédoine sont tous civitates liberœ, c'est-à-dire que leur « indépendance » reposait (pour la Thessalie, l'Épire et l'Etolie, nous nous contenterons de rappeler leur histoire antérieure) sur un décret du Sénat qui d'un côté leur garantissait l'autonomie («ils avaient le droit de se gouverner comme ils l'entendaient et d'après leurs propres lois ; ne se trouvaient pas sous Yimperium immédiat du gouverneur romain et pouvaient, non seulement conserver leur droit national, mais aussi le développer de leur propre autorité lorsqu'ils ne demandaient pas eux-mêmes, dans certaines circonstances, des lois particulières au Sénat » cf. Walter, p. 358), et, de l'autre, reconnaissait solennellement leurs propriétés publiques et privées dans la limite de leur territoire *. Les civitates liberœ et immunes enfm, peu nombreuses d'ailleurs en Grèce (v. plus bas), jouissaient d'avantages tout particuliers. Celles-ci étaient notamment dispensées de payer un tribut aux Romains et de toute espèce d'autres charges régulières ou indirectes, et n'étaient soumises, comme les civ. /"œderat^e (Marquardt, p. 253), qu'à des contributions extraordinaires. (Voigt, par contre, qui, dans son Jus naturale, t. II (1858), p. 273, comme Mommsen, entend par libertas non pas seulement l'autonomie pure et simple — du moins pendant la période républicaine jusqu'à l'Empire — mais la souveraineté [qui n'empêchait pas cependant, d'après la
* D'après Marqdahdt, p. 251, ils étaient aussi dispensés de fournir aux troupes leurs quartiers d'hiver, laveur que Walter, p. 338, ne reconnaît qu'aux civitates immunes. Par contre, Waltkr attribue aux villes simplement autonomes le droit d'établir des taxes sur leur territoire, droit que Mahquakdt n'accorde qu'aux civitates immunes.
est probable qu'on rendit alors aux Spartiates Belmina, Tob-
manière de voir de l'antiquité (p. 276, cf. p. 764 sqq.), un État souverain de frapper l'autre d'impôts personnels {portoria, stipendia, etc.) ou de lever de semblables impôts sur son territoire], ne veut point reconnaître qu'il existe une « différence générique » entre les civitates simphmenl liberx et celles qui étaient liberœ et fœderatds ou liberso et immunes).
Sans doute, on peut dire que toutes ces villes n'appartenaient qu'indirectement à la province romaine à laquelle elles se rattachaient; malgré, cela Marquardt [Zur Statistik d. rom. Vrov., p. 15 sqq.) a certainement raison en voyant dans la « liberté » ou l' « autonomie » accordée à un si grand nombre de villes grecques bien moins une preuve de la générosité des Romains*, que — conformément à, la prudente politique de ces derniers, qui, surtout dans les pays civilisés de l'Orient, se gardaient bien de détruire d'une main brutale l'organisme intérieur, les vieilles institutions des cités et qui, au contraire (cf. Kuhn, Stddt. Verf., vol. II, p. 1-7), savaient très bien se servir de tout cela pour arriver à leurs fins — un habile procédé administratif qui dispensait les Romains « d'entrer dans le détail de l'administration », et sauvait au moins les apparences vis-à-vis des Grecs, qu'on traitait toujours encore avec infiniment plus de douceur que les Macédoniens, les Carthaginois, les Espagnols, et qu'on étreignait d'une main de fer gantée de velours. D'ailleurs, il est permis de conclure que les Romains, qui octroyaient une constitution nouvelle à ces villes « libres » (Athènes même, bien qu'alliée, dut (v. plus bas) consentir à ce qu'on modifiât sa constitution démocratique), ont pris les mesures nécessaires pour la faire observer; nous en trouvons du reste la preuve dans l'inscription du C. I. Gr., vol. I, p. 712, n" 1543, plusieurs fois citée. En face des développements subtils de Voigt, loc. cit., p. 273 sqq., 762 sqq., qui ne nie pas, il est vrai, l'intervention fréquente et souvent très énergique des autorités romaines dans les affaires des villes libres « souveraines », mais qui, par contre, comme jurisconsulte, soutient que la suprématie de Rome sur les villes libres était alors toujours encore v actuelle et nullement potentielle » et que, théoriquement du moins, les Romains aussi distinguaient toujours encore les lib. civ. de la population sujette (cf. aussi Kuhn, Die stddt. und biirgerl. VerfasSi d. Môm. Reichs, vol, II, p. 25 sqq. 69 sqq.), Mommsen (tout en reconnaissant pleinement ce point de vue) fait observer comme historien, R. G., v. II, p. 49 : u Ces faits ne se contredisent nullement, ou du moins il n'y a entre eux d'autre contradiction que celle qui existe en général dans la situation des villes « libres » désignées, tantôt comme étant en dehors de la province et tantôt comme appartenant à la province. »
Si donc l'indépendance des Grecs d'Europe depuis l'an 146 av. J.-C. ne peut plus être considérée comme l'équivalent d'une liberté complète ; s'il faut admettre que le gouverneur romain a eu un droit de surveillance incontestable (v. pi. haut) (c'est aussi l'avis de Kuhn, Beitrdge, p. 89, cf. Stddt. Verfass.i vol. Il, p. 25 sqq. Voy. pourtant ses restrictions, Sfac^^. Verfass.,
* Le privilège d'immunité accordé (plusbas) à diverses reprises à des villes grecques, comme distinction ou comme récompense, venait dans bien des cas en aide au principe suivi par Rome de diviser les intérêts dans tous les pays qui dépendaient d'elle et de s'y créer des partisans dévoués; en Grèce plus que dans tout autre pays on pouvait mettre en pratique le fameux principe divide et impera. Cf. Stbah., VIII, c. 7, 3, p. 591 (385J.
jet de tant de conteslations * ; comme fidèles alliés de Rome,
vol. II, p. 25 sqq. et 69 sqq.), il ne s'agirait plus que de savoir qui exerçait ce droit. En face des paroles de Pausan. , VII, 16, 7 :' — riycfjLwv 6e ext xa\ èç c[xè àntaxillizo , et du passage moins clair de Strabon, VllI, 6, 23, p. 584 (381) : xa\ xàXXa [/.£-/?' MaxsSovîaç Ouo Twfxatoiç eyévsTO, èv aXXotç aXXwv iiîfx- 7to(x£vwv aTparoytov (cf. Hermann, Die Eroberung von Korinth, p. 359; Defensio, p. 19; Lehrbuch, § 189, 13; Heitz, op. cit., p. 7), il y a le passage de Plutarque, Cimon, c. 2. init. où il dit, à l'occasion d'un difîërend entre les villes béotiennes d'Orchomène et de Chéronée (à l'époque de Lucullus) : tj 5e xpt<7iç f,v £7i:\ ToO (7Tpar/)yoO tÎ]? Maxsoovtac • outtco yàp eîç zr^v *EXXaSa 'P(0[xaToi (TTpar/)"ioù; 8t£7T£[X7iovTo; cf. aussi Plut., Cses., c. 4, et Cig.,I?2 Vison.., c. 35, 86. Ac? fam.y IV, 12, 1, et, pour l'Eubée, v. Bôckh, C. I. Gr., vol. III, p. 767 sq., n» 5879 (de l'an. 78 av. J.-C), lig. 23 sqq. et 28 sqq. Mommsen, C. I. Lat. Ant., p. 110 sqq., n" 203, 6, et en outre Marquardt, Handb.y p. 123. Pour le Péloponnèse, on peut citer en tous cas l'inscription plusieurs fois déjà mentionnée, Bockh, C. f. Grœc, vol. I, p. 712, n" 1543, attendu que le gouverneur qui s'y trouve nommé, Q. Fabius Maximus (Eburnus), doit très probablement (c. Hermann, Befensio,^. 5, et Zumpt, p. 167 sqq.) être revendiqué pour la Macédoine (pour l'année 115). (Pour l'Épire, la Thessalie, l'Etolie et les cantons voisins, voy. Cic, In Pison., c. 37, 91 et c. 40, 96.) Si nous ajoutons que l'ère de l'an 146 coïncide avec l'ère de la province de Macédoine (cf. Mommsen, jR. G., vol. II, p. 48 sqq. Hermann, Erober. v>. Korinth, p. 352. Marquardt, Handb., p. 116. Statistik, p. 18); si nous considérons les rapports constants, recueilli^ avec beaucoup de soin, notamment par Zumpt, op. cit., de presque tous les gouverneurs con^ nus de la Macédoine avec la Grèce (cf. notamment et avant tout p. 155 sqq , 159. 161. 164. 167 sqq., 173 sqq.. 177 sqq., 179. 182 sqq., 187 sqq., 195 sqq., 208 sqq., 215), il nous paraît beaucoup plus probable que « l'Achaïe « a été, de fait, jusqu'à la réorganisation des provinces romaines par Octave, une partie de la province de Macédoine, ou, pourparler avec Mommsen (v. la fin de sa dissertation, R. G., v. II, p. 49), « une partie du commandement macédonien », et que les possessions romaines immédiates ont été administrées par les questeurs macédoniens, qu'il ne nous paraît probable qu'une partie de la Grèce (peut-être le Péloponnèse ou l' « Achaïe » dans le sens le plus restreint du terme) ait été une petite province gouvernée par un questeur spécial (cf. aussi Zumpt, op. cit., p. 210 sqq., qui combat cette dernière manière de voir).
Nous ferons enfin observer avec Mommsen, Gesch. d. Rom. Miinzwesens, p. 692, que dès lors les États grecs d'Achaïe perdirent naturellement le droit (cf. ci-dessus, p. 246, 5) de frapper des monnaies d'argent et que, en Acliaïe comme en Macédoine, le denier romain devint de plus en plus monnaie courante. En Achaïe aussi, on ne frappa sous l'Empire que des monnaies de cuivre; on en émit une grande quantité, et en certains endroits (surtout dans les colonies romaines de Patrœ et de Corinthe), jusqu'au 111° siècle après J.-G. — Athènes, ville alliée, ne paraît pas avoir continué jusqu'à Auguste à frapper des pièces d'argent, mais u sans doute perdu ce droit après avoir été prise d'assaut par Sylla » (v. plus bas). (Cf. aussi Hultsch, Métrologie, p. 162).
*) Sous les Romains (cf. Strâb., VIII, 3, 12, p. 527 (343) et Pausan.,
LA GRÈCE DEVIKiST TRIBUTAIRE 277
ils reçurent d'autres marques de faveur encore'. Les Messéniens aussi paraissent être rentrés alors en possession du territoire que Lycortas avait autrefois (p. 161) détaché du canton do Messène après sa victoire surDinocrate^ Enfin, au printemps de Tannée 145, les choses étaient assez avancées pour que les légats (après six mois de travail) pussent s'en retourner à Rome^ Mummius, au contraire, resta encore assez longtemps en Grèce; il y fit encore bien des choses. Maintenant que la colère contre la Grèce s^était dissipée, que des sentiments plus humains, plus sympathiques à l'égard des Hellènes reprenaient le dessus chez les Romains, que l'influence de Polybe se faisait de plus en plus sentir, on restaura non seulement avec soin leâ sanctuaires dévastés de l'isthme de Corinthe, on honora aussi, par de riches présents provenant
III, 21, 3. Cf. CuRTius, Pelop., vol. II, p. 259), ce district faisait de nouveau partie du territoire Spartiate; il est plus probable qu'il fut réuni à la vallée de l'Eurotas en ce moment là que seulement du temps d'Auguste.
') V. aussi plus bas. Par contre, il faut que je renonce à mon ancienne manière de voir antérieure comme insoutenable (cf. De rebus Grsecorum, etc., p. 26), à l'opinion d'après laquelle les « Éleuthérolaconiens » furent alors replacés sous l'autorité de Sparte et ne furent reconstitués en canton distinct que sous Auguste. C'est avec raison que Kuhn notamment {BeUrdge, p. 107 et Stàdt. Verf., vol. II, p. 49) a fait remarquer qu'en face des assertions antérieures de Tite-Live et surtout du passage de Strabon (éd. Kramer), VIII, 5, 5, pag. 562 (366), on ne saurait croire Pausanias lorsqu'il cite Auguste (III, 21, 6) comme l'auteur de l'indépendance des Éleuthérolaconiens. Il est probable qu'à l'époque des guerres civiles des Romains de nombreux et nouveaux conflits eurent lieu entre Sparte et les villes des bords de la mer; Auguste régla ensuite définitivement la situation respective des Spartiates et Éleuthérolaconiens (voy. aussi Gurtius, Velop., vol. Il, et p. 310, ci-après). « On ne nous dit pas si l'île de Gythère (qui du reste pendant les derniers temps de la république a été séparée de Sparte. Dio Cass., LIV,7, V. plus bas)a appartenu aux Éleuthérolaconiens. » (Gurtius, op. cit., p. 302.)
') C'étaient les villes d'Abia, de Phérœ et de Thuria; ce qui me le fait croire, c'est que plus tard (v. plus bas), après la bataille d'Actium, 0^ttavien> pour punir les Messéniens qui avaient soutenu énergiquement M. Antoine, détacha ce territoire de la Messénie et donna notamment Thuria aux Spartiates (Gf. Gurtius, Pelopon., vol. Il, p. 162 sqq.). Mummius régla alors aussi la question des frontières entre les Messéniens et les Spartiates et paraît avoir donné aux Messéniens le canton de Dentheliates, que se disputaient les deux peuples depuis un temps immémorial; cf. Tacit., Annal.,
IV, 43. Gurtius, op. cit., p. 156 sqq. 3) POLYB., XL, 10, 1.
du butin qu'on avait fait, les temples d'Olympie et de Delphes ^ En général, le caractère bienveillant et accommodant du commandant en chef se manifesta bien clairement aussi à l'égard des Grecs, et ce n'a. sans doute pas été uniquement la ruse d'un peuple vaincu et l'intérêt du parti aristocratique, auquel le nouvel ordre de choses profitait le plus, qui décida les Grecs à témoigner partout les plus grands honneurs à Mummius, lorsqu'il finit par visiter l'une après l'autre toutes les parties de la Grèce ^
Et lorsqu'enfin, portant fièrement le surnom d'Achaïcus', il partit pour célébrer en Italie son triomphe (145), que rendait particulièrement brillant une immense quantité d'objets d'art grecs*, il laissa du moins aux Hellènes vaincus la consolation que celui qui les avait si rudement frappés n'était pas un homme vulgaire ; qu'avec sa sévère loyauté et son désintéressement personnel % il était du moins un des plus dignes re-
*) PoLYB., XL, 11, 1. Le temple d'Olympie fut doté entre autres de vingt et un boucliers dorés, que Pausanias vit encore (V, 10, 2), ainsi que de deux statues en bronze de Zeus (Pausan., V, 24. Cf. Dio Ghrysost., ibid,). Autel avec inscription de la part de Mummius à Thèbes (Keil, Syllog. Inscr. Boeot,, p. 83, n° 18) : inscription de Mummius à Tégée (Bôckh, C. I. Gr., I, n° d520.
2) PoLYB., XL, 11, 1-3,
3) Vell., I, 13. II, 128. Ampel., c. 23. Pun., iV. H., XXXV, 4 (8), 24. AuR. VicT., deVir.ilL, 60, init.
*) Quant au triomphe de Mummius (cf. Appian., Pun., c. 135 fm. Gic, Pro Mur., 14, 31. Liv., Epit. lib. LU, fin. Virgil., Mneid., VI, 837), qui se distinguait par une quantité extraordinaire d'œuvres d'art grecques {Li\'.,Epit. lib. LU, fin. Gic, De off., II, 22, 4. Pun., JV. H. XXXIV, 3 (6), 12; 7(17), 36. XXXV, 4 (8), 24. XXXVII, 1 (6), 12) et qui est devenu remarquable aussi parce que Mummius, le destructeur de Gorinthe, selon Tacit., Anna/., XIV, 2i, primus idgenus spectaculi (c'est-à-dire des ludi dans le sens grec du mot, « des représentations dramatiques », des jeux artistiques ou des luttes de gymnastique) in urbe prœbuit, devenant ainsi sans le vouloir promoteur de l'art (cf. Teuffel, loc. cit., p. 201, et la restriction que font relativement à la remarque de Tacite Mommsen, R. G., vol. II, p. 415, et Friedlânder, Darstellungen ans der Sittengeschichte Roms, vol. II, p. 303), on le place généralement en 145 av. J.-G, (cf. Mommsen, G. Insc. Lat. ant., p. 150. Hermann, Die Eroberung von Korinth, p. 351, et note 9 et p. 356). Paparrhigopoulos, ibid., aXtofftç Koptvô., p. 186, essaie de rendre probable l'an 144 av. J.-G. Gf. Hermann, Lehrb. d. griech. Staatsalt., 4« éd., §189, 1. Zumpt, p. 184.
5) Gf. PoLYB., XL, il, 3. Gic, De Off., 11, 22, 4. Orat., c. 70, 232. In Verr. act. II, lib. I, c. 21, § 55, lib. III, c. 4, § 9. Parad., 5, 2, 38. Liv. Epit. lib. LIl. GoRNEL,, II, fr. 8, p. 453 Or. Strab., VIH, c. 6, 23,
présentants de cette nation formidable à la domination universelle de laquelle les Hellènes aussi devaient être soumis pendant des siècles.
Les dix légats sénatoriaux avaient, eux aussi, abstraction faite des mesures sévères que leur mandat les forçait de prendre à l'égard des Hellènes, laissé personnellement un bon souvenir en Grèce ; ils avaient donné aux Hellènes, dit Polybe, une preuve éclatante de la capacité et de la valeur morale du peuple romain *. Ils avaient, d'accord avec Mummius, accordé à Polybe ce qu'il demandait relativement à Philopœmenet à ses statues* ; bien plus, — sans doute également sur la proposition de Polybe, — ils avaient permis que les biens des nombreux ennemis de Rome, condamnés à mort ou à l'exil, ne fussent pas dans tous les cas vendus au profit du Trésor romain, mais fussent rendus aux familles de ceux qui laissaient des enfants ou avaient encore leurs parents. Mais ils rendirent encore un plus grand service aux malheureux habitants du Péloponnèse'. En effet, lorsqu'au printemps de Tan 145 av. J.-C. ils s'en retournèrent en Italie, ils char^ gèrent formellement Polybe de visiter les villes de la péninsule, do veiller partout à l'établissement des nouvelles constitutions et d'employer en même temps tous les moyens pour remédier au désordre que rendait inévitable dans ce pays, déjà si cruellement éprouvé, la profonde modification sur^ venue dans l'état politique, de résoudre les difficultés qui s'opposaient à la paix durable des communes et aux bons rapports réciproques des particuliers et des diverses classes du peuple, et en général d'aplanir partout les voies pour rendre supportable dans une certaine mesure aux malheureux Hellènes le passage d'une indépendance toujours encore nominalement complète et d'une vie publique fortement agitée
p. 585 (381). PLIN.,^^ Jf.,XXXIV,3 fô), 12; 7(17), 36. XXXVII, 1 (6), 12. Frontin., Strat., IV, 3, 15. Aur. Vict., de Vir. ill., 60, 3, fin.
*) PoLYB., XL, 10, 1. Postumius (p. 231), qui autrefois, en 155, s'était fait peu aimer des Achéens, mérita sans doute depuis leur reconnaissance puisque (Cic, Ad Attic, XIII, 32, 3) on lui éleva une statae près des sanctuaires Isthmiques.
*) Cf. PoLYB., XL, 8. 3 et 9.
3) PoLYB , XL, 9, 3,
à l'absence de toute vie politique et à une dépendance qui, de fait, était absolue ; enfin, d'habituer les Hellènes à la domination romaine ^ Que ce fut la prudence seule ou un reste de sympathie qui poussa les Romains à agir de la sorte, toujours est-il que Polybe était bien Thomme qu'il fallait pour résoudre ce problème. La conviction que la dernière catastrophe des Grecs avait été amenée surtout par le fanatisme insensé des démocrates socialistes ne lui permettait pas, à lui qui, depuis longtemps, admirait les Romains, de nourrir mal à propos des sentiments de fierté ou d'arrogance qui eussent pu empêcher un autre que lui, ou peut-être lui-même avant son séjour en Italie, de mettre son activité au service du vainqueur. Son amour de la patrie était d'une nature différente. Après que son peuple, qu'il n'avait p&s pu sauver, eut succombé au milieu des plus cruels revers, il s'agissait d'accepter comme un fait accompli la domination romaine, et de réconcilier du moins avec leur destin les Hellènes, qui avaient eu le bonheur d'échapper au sort des Carthaginois. Et c'est ainsi que Polybe a mis avec un zèle désintéressé au service de ses compatriotes toute son énergie, son bon vouloir et sa connaissance approfondie des affaires. Il est très probable que les Grecs le secondèrent de leur mieux. La manière dont jusque-là il avait usé de son influence sur les Romains devait inspirer confiance à tout le monde ; le désintéressement, inouï en Grèce, avec lequel — lorsque, au moment de la vente publique des biens de Diseos, les légats donnèrent à leur questeur l'ordre de faire présent à Polybe de tout ce qu'il choisirait — non seulement il refusa tout présent de cette espèce, mais invita également ses amis à renoncer à tout achat de biens confisqués ^, excita l'admiration unanime de ses compatriotes. De plus, les démocrates de toutes nuances, maintenant que leur parti avait éprouvé de si terribles revers, durent s'estimer heureux que l'homme qui avait été autrefois un desleurset qui probablement'' avant la guerre avait en vain
\) Cf. PoLYB., XL, 10, 2 et 5. Pausan., VIII, 30, 4. Fueeman, p. 706 sqq. NiTzscii, Die Gracchen, p. 254.
2) PoLYB., XL, 9. 1-3.
3) Cf. Paus., VIII, 37, 1.
f^ essayé de les détourner de leur projet insensé, put prendre en : main la direction du nouvel ordre de choses dans le Péloponnèse ; l'oligarchie, elle aussi, ne pouvait plus maintenant prendre vis-à-vis de l'ami des Romains une attitude hostile. Partout, fort de l'appui puissant des Romains, Polybe fut assez heureux, par une activité pleine de bon vouloir, surtout en ce qui concerne l'administration de la justice, pour mériter la reconnaissance de ses compatriotes et l'entière satisfaction des Romains ^
Dans ces circonstances, les Grecs, et surtout les Péloponnésiens, se soumirent assez facilement à leur triste destinée. Il est vrai que la splendide Corinlhe n'était plus qu'un monceau de ruines ; que, dans les contrées de l'Arcadie et de l'Achaïe qui avaient été le plus maltraitées, d'autres villes encore avaient horriblement souffert, notamment Patrae, dont les habitants (qui, dit-on, dès 279 av. J.-C. n'habitaient plus qu'une partie de leur antique cité) depuis ces temps désastreux se retirèrent de plus en plus dans les vieux bourgs (semblables à des villages) de leur territoire (comme Mésatis, Anthéia, Boline, Arba, Argyra), et ne demeurèrent plus qu'en petit nombre dans l'enceinte de leurs anciennes murailles*. Le parti démocratique^ il est vrai, dont le châtiment avait été terrible, avait partout misérablement succombé. Par contre, en considérant le sort des Carthaginois, on pouvait trouver quelque consolation : la guerre, du moins, n'était pas devenue une guerre de destruction ; les vaincus avaient conservé la # vie, leurs biens et une ombre de l'antique souveraineté cantonale.
Les classes riches proprement dites, qui, menacées à la fois par la fureur des légions et le fanatisme sanguinaire dos chefs socialistes Critolaos et Diœos^ avaient un moment tremblé pour leur existence, pouvaient bien, maintenant que l'orage destructeur s'était si rapidement dissipé, répéterl'ancien
^) PoLYB., XL, 8, 11 ; 10, 4-6; en général, sur les statues qu'on éleva à Polybe à Mantinée, voy. Paus., VIII, 9, 1 ; cà Megalopolis, Paus . , VIII, 30, 4 ; dans le sanctuaire de Despoina, près de Lycosoura, Paus., VIII, 37, 1 ; à Pallantion, Vlil, 44, 5; à Tégée, VIII, 48, 6.
-) Cf. Paus., VII, 18, 5; y. aussi Curtius, Pelop., v. 1, p. 437 sqq.
dicton : « La ruine (grâce à sa rapidité) nous a préservées de la destruction *. »
Cependant Polybe, même après s'être acquitté de sa tâche immédiate, ne cessa d'agir en faveur des Grecs à Rome où il revint bientôt'. C'est très probablement grâce à ses efforts que les Romains, au bout d'un certain temps', consentirent non seulement à faire grâce aux Péloponnésiens et aux Réotiens des amendes que ceux-là devaient payer aux Spartiates, ceuxci à la ville d'Héraclée, mais permirent aussi le rétablissement (purement nominal, il est vrai, et complètement inoffensif au point de vue politique) des confédérations grecques, devenues pour les Hellènes de ce temps un besoin impérieux*. Ici se termine l'activité politique proprement dite de cet homme excellent. Les dernières années de Polybe furent consacrées surtout à la composition de sa grande Histoire, dans l'intérêt de laquelle il entreprit, comme il l'avait déjà fait auparavant, de longs voyages dans diverses parties de l'ancien monde ^
*) Ces paroles, que nous reproduisons à peu près d'après Mommsen (B. G. y vol. II, p. 50), se retrouvent dans Plut., Themist., c. 29, fin., àutoXôfxeOa Sv, el {XY) à7ca)X6(x£8a. Chez Polybe, XL, 5, 7-12, qui appuie surtout sur la « rapide » soumission des Achéens, au § \2 : si [ay] taxéwç àut«)>^6[xe6a, oùx àv èo-â)OY)[iEV, cf. Suidas, s. v. si h-^, et Zoinar., IX, 31.
2) Cf. P0LYB.,XL, 13, 1.
') Il est impossible de dire exactement quand les Romains ont fait ces concessions aux Hellènes. On peut conclure toutefois de Paus., VII, 16, 7, init. : exeo-i ôè ou TïoXXoîç {îo-irepov èTpauovxo Iç ëXeov ol '^PwiJ.aîoc xr^ç "^EXXaSo; X. T. X. que cet acte de clémence a suivi d'assez près le retour des dix légats à Rome. (Nitzsch, qui, Polyhios, p. 81 , ne voulait placer cette restauration que peu après la mort de Tiberius Gracchus le fils, a lui-même reconnu, Die Gracchen, p. 333, que cette opinion était difficile à défendre). Parmi les modernes. Freeman, p. 707, voudrait placer ce fait avant le retour de Polybe à Rome. C'est peut-être Hermann qui s'approche le plus de la vérité, lorsqu'il place ces concessions des Romains dans la 160'' olympiade, par conséquent un peu après Fan 140 av. J.-C. {Eroberung von Korinth, p. 351).
*) Paus., VII, 16, 7, cf. aussi Hermann, Griech. Staatsalt., § 189, 3. Pausanias, ihid., nous dit en outre que la loi qui défendait aux habitants des différentes villes de posséder ou d'acquérir des propriétés en dehors de la Hmite de la banheue de chacune d'elles fut alors également abrogée. Il est difficile d'admettre que Polybe ait approuvé sans restriction cette concessionlà, parce qu'elle favorisait f extension dangereuse des latifundia. — Sur le sens et la valeur du rétabliss^ent des confédérations grecques, v. plus bas pour plus de détails.
^) Sur les voyages de Polybe, v. aussi le résumé de Fuchs dans la Realencyclop. de Pauly., vol. V, p. 1811. — C'est Nitzsch notamment qui affirme que
Nous ne savons pas s'il afmi par accompagner dans la guerre de Numance son ami Scipion Émilien (134 av. J.-C); dans tous les cas, il a écrit encore l'histoire de cette guerre et a probablement survécu à la mort violente de son illustre contemporain (129) Ml passa ses derniers jours dans sa patrie* et mourut enfin à quatre-vingt-deux ans des suites d'une chute de cheval'. Jetons maintenant un regard sur l'état extérieur de la péninsule hellénique, tel qu'il se présente depuis les dernières concessions que le Sénat fit aux Grecs et que nous venons de mentionner. La force des choses et le penchant irrésistible de la noblesse romaine pour de nouvelles acquisitions avaient fait reculer réellement les limites de Fempire jusqu'au haut plateau dardanien et à la mer Egée. En Macédoine, c'était donc un gouverneur romain qui commandait au lieu d'un roi de l'antique dynastie des Antigonides; une fois encore un audacieux aventurier, nouveau Pseudo-Philippe, arbora l'étendard de la révolte ; mais ce soulèvement fut promptement étouffé par Lucius Tremellius, questeur du préteur A. Licinius Nerva*, et dès lors un calme profond régna dans les pays macédoniens. Il n'était interrompu que de temps en temps, lorsque les généraux romains, qui, depuis cette époque^ étaient en lutte incessante avec les peuplades barbares, les tribus illyriennes, dalmates, celtiques et thraces sur les frontières sans cesse menacées du nord et de l'est, ne réussissaient pas, avec leurs forces ordinaires, à repousser l'assaut de ces
Polybe a composé son grand ouvrage historique à cette époque (v. PolybioSy p. 28 sqq. 84 sqq. 137 sqq. oij le temps de la composition est placé entre 141 et 134 av. J.-G. ; Die Gracchen, p. 256). Dans ces derniers temps, plusieurs critiques ont été du même avis ; cf. Pauly, loc. cit., p. 1817 sqq. Markhauser, op. cit. y p. 65 sqq.; Mommsen, JR. G., vol. Il, p. 457. Peter, Griech. Zeittafeln, p. 145, et 1 ouvrage de La Roche sur Polybe, cité plus haut.
*) Cf. Gic, Adfamil., V, 12 et Nitzsch, PolybioSy p. 77 sqq. 83.
2) Cf. PoLYB., XL, 13, 1. Peter, loc. cit.
2) LuciAN., Macrob., c. 22. Merleker, op. cit., p. 460, indique 120 av. J.-G. comme l'année de la mort de Polybe. Nitzsch, op. cit., cf. p. 118, la p!ace entre 131 et 128.; Fuchs dans Pauly, op. cit., p. 1811, entre 130 et 122 av. J.-G.; Markhauser, p. 1, en 122.; Peter, op. cit., vers 122.; Mommsen, R. G., vol. II, p. 456, vers 127 av. J.-G. ; KikTûM, Gesch. Griechenl.,\. lit, p. 345, en 123 av. J.-G.
Liv., Epit. lib. LUI, Varro, De re rustic, II, 4, 1, init. Eutrop.,IV, 15. Cf. ZuMPT, op. cit., p. 164 sqq. Pauly, R. E., vol. VI, 2, p. 2085.
impétueux ennemis et que ces Barbares pénétraient bien avant dans le territoire macédonien*. Nous avons vu que plus loin vers le sud^ dans le vaste territoire entre l'Olympe et le Ténare, y compris les îles les plus voisines, quelques districts seulement de l'Eubée et de la Béotie et une partie du territoire corinthien avaient été réunis au domaine romain. La masse des cités helléniques jouissait, sous la suprématie réelle du gouverneur de la Macédoine, de sa « liberté », d'une souveraineté nominale, et conservait pour la forme, depuis les dernières concessions des Romains, ses institutions fédérales, qui se maintinrent pendant longtemps sous le gouvernement impérial. Le rétablissement de ces confédérations n'avait, il est vrai, aucune importance politique. Ce qui leur donnait de la valeur aux yeux des Grecs, c'est qu'ils conservaient en elles une institution intimement liée depuis plusieurs générations à leur vie publique. Elle étaient importantes surtout parce qu'elles perpétuaient certaines cérémonies, certaines fêtes religieuses qu'on célébrait pendant les assemblées fédérales*, et qu'on ne voulait pas laisser tomber en désuétude. Nous aurons à montrer plus tard comment ces assemblées et d'aulres institutions semblables (surtout sous les empereurs et depuis la formation d'une province spéciale d'à Achaïe ») offrirent aussi à l'administration romaine un certain intérêt. Les Grecs^ et notamment les confédérés du Péloponnèse, en prenant leur parti de l'anéantissement de leurs institutions démocratiques et de la nullité complète de leur vie politique future, pouvaient bien trouver une certaine consolation dans la liberté qui leur était rendue d'élire leurs stratèges fédéraux, leur conseil gouvernemental et fédéral, et de se réunir comme autrefois dans leurs assemblées, de compléter même dans certaines circonstances, par de nouvelles fonctions, le méca-
') Du temps de Polybe encore (Polyb., XXXIV, 12, 3sqq.), les Romains commencèrent la construction de la Via Egnatia (prolongée plus tard vers l'Est, Strab., VII, c. 7, 4, p. 497 (322), c'est-à-dire de la grande route militaire et commerciale des environs de Dyrrhachion et d'ApoUonie par Lychnidos, Edesse et Pella jujriu'à Thessalonique. Cf. aussi Mommsen, R. G. Vol. Il, p. 42, 396. Fiedler, Gesch. v. Altgriechenl., p. l73. Tafel, De via Rom. mUit. Egnatia.
'^) Cf. Beckrb-Marquardt, op. cit., m, 1, p. 267 sqq.
nisme de leur adaiinistration. Aussi, pendant les siècles suivants, et malgré le changement survenu dans la situation politique de la Grèce depuis le commencement de l'empire, il est très souvent fait mention des diverses confédérations helléniques et de leur fonctionnements Outre les Amphictyons^, qui précisément depuis Auguste prennent une importance nouvelle (v. plus bas), et les Thessaliens', dont la confédération fut une création de Flamininus (p. 107), nous avons des preuves suffisantes de la longue durée des confédérations des Étoliens \ des Phocidiens % avec leurs phocarques et leurs stratèges, des Locriens (orientaux), des Eubéens^ et des Béotiens \ Quant à la plus importante de toutes, celle du Péloponnèse, elle paraît, après le détachement complet des Spartiates et de la ville d'IIéraclée, avoir continué à exister, dans des circonstances toutes nouvelles, avec une exlenâion de terri-
*) Cf. en général le recueil de notices sur cepointchezKuHN, Bei7raô'(?,p.79 et Stâdt. Fer/"., vol. II, p. 13; v. aussi Keil, Syll. inscr.Boeot.,n°3\,-p. 116 sq.
2) Cf. Plut., SulL, c. 12. Pausan., VII, 24, 3, X, 8, 2 sq. Bockh, C. L Gr., vol. I, n°« 1121. 1712. 1718 et 1718.
3) Cf. ci-dessus, p. 106, 2. C^s., Bell. Civ., III, 80-3. — Les Thessaliens (KuHN, Stiidt. Verfassung , vol. II, p. 13) paraissent avoir été unis aux Perrhèbes. Plus tard aussi la Thessalie touche aux Thermopyles, à la Locride et à la Phocide, de sorte que les villes autrefois étoliennes du bassin du Sperchios et Héraclée se trouvent réunies avec la Thessalie; cf. Sïi^ABON, IX, 5, 1 , pag. 657 (429). Bockh, C. L Gr., vol. I, n» 1717. Ptol., III, 13. HiEROCL., Synecdem., p. 642, éd. Wesseling. Nous n'examinerons pas si la limite de laThessalie méridionale n'a été fixée que par Auguste, ou antérieurement déjà en 146/5 av. J.-G. ou à quelque autre époque avant la bataille d'Actium (comme le dit Kuhn, op. cit., p. 45).
*) Cf. Pausan., X, 38, 2, 5. BOckh, C. I. Gr., vol. I, p. 857.
"') Sur le xotvov phocidien, expression qui d'ordinaire sert à désigner notamment ces confédérations cantonales, cf. Pausan., X, 4, 1 ; 33, 1 et 5, 1, où il est fait mention également du « Phokikon », lieu de réunion des députés phocidiens, situé sur la grande route qui mène de Daulis à Delphes ; Ross, Inscr. Gr. ined., fasc. J, n° 85. Keh., Inscr. Boeot., n» 26 et 13. Sur les Phocarques, cf. Bôgkh, C. I. Gr., vol. I, n« 1738, et sur les stratèges, Ulrighs, Inschrift von Tilhora (Rhein. Mus. f. Philol., II, 554. 555).
6) Keil, Inscr. Boeot., n» 31, lig. 1 et 23, 41.
') Cf. Pausan., IX, 34, 1 (X, 8, 3). Bogkh, C. I. Gr , vol. I, p. 727 sq. Keil, ibid.,no 31. On rencontre des Béotarques dans Plut., Reip. ger.prœc, c. 17. BôGivH, op. cit. vol. I, n°« 1058. 1626. 1738. Vol. II. p. 1085 [nous voyons en outre, probablement comme autorité fédérale suprême (identique peut-être avec le stratège des derniers temps avant la conquête romaine?), l'archonte (éponyme) fédéral (apxwv èv xoivw Boiwt&v), n''^1570. 1593. 1573. 1575. 1565. Keil, Syll. Inscr. Boeot., no i-3].
toire équivalente à celle qu'elle avait immédiatement avant le commencement de la guerre avec Rome*.
Les Spartiates, au contraire, furent et restèrent dès lors complètement indépendants des autres Péloponnésiens. Spécialement favorisés par les Romains, distingués plus tard, sous le patronage de la puissante famille Claudia', du reste des
*) Comme, depuis 145 av. J.-C, la confédération achéenne disparaît à peu près des écrits des auteurs de l'antiquité et que d'autre part le mot Achéen est continuellement employé dans un sens général, il n'est guère possible d'arriver à un résultat certain sur toutes les questions concernant cette Ligue, dont l'ombre seule existait encore. La plupart des notices concernant ces questions datent des deux premiers siècles (du second surtout) de l'époque impériale, où l'on recommença à parler beaucoup de ces xoivâ grecs, qui pourtant n'existaient plus que pour la forme. L'opinion exprimée dans le texte (cf. aussi Kuhn, Beitràge, p. 131, et Stàdt. Verfass., vol. IL p. 72 sqq.) se fonde principalement sur ce que, à l'époque d'Hadrien, une commune messénienne s'autorise d'une décision prise par les Achéens (Bockh, C. I. Gr., vol. I, n° 1307), par lesquels les commentateurs entendent ici les confédérés; qu'en outre, sous Marc-Aurèle et L. Verus, un citoyen d'Argos est mentionné comme chef de la Ligue achéenne (Bôckh, ibid, n» 1124 et p. 792). Comme, outre l'Arcadie, intimement liée depuis longtemps à î'Achaïe ancienne (avec ce qui lui appartenait en Triphylie, cf. Paus.,
V, 5, 3) et la Messénie (avec l'Élide), Argos aussi a fait longtemps partie de la Ligue achéenne, bien qu'elle formât à son tour le centre d'un petit « synedrion » (dont faisaient partie au temps de Pausanias et des Antonins certains districts de l'Arcadie, notamment Stymphalos et Aléa, v. Paus.,
VI, 12, 3, fin. VIII, 22, 1; 23, 1; cf. Curtius, Pelop., vol. I, p. 209. Vol. II, p. 349, 508), il n'est pas tout à fait improbable que les Éleuthérolaconiens eux aussi soient restés dans la même situation, bien que ces derniers formassent en même temps (en tout cas sous l'Empire) une petite confédération complètement indépendante (xoivov Aaxs6attJi.ovîwv, v, Bôckh, C. I. Gr., vol. 1, n» 1335, cf. no 1389 et la monnaie dans Bullett. Inst. arch., 1861, p. ill), avec son sanctuaire fédéral sur le Ténare et son centre politique Ténare ou Kainepolis (Curtius, vol. II, p. 280 sqq.) établi dans le voisinage (sans doute depuis la séparation de Sparte), avec ses stratèges (BocKH, C. I. Gr., vol. I,n° 1389. Ross, Inscr. Grxc. ined, fasc. I, p. 16), et le reste de ses autorités imitées des Spartiates, notamment les éphores des différentes villes, c. p. ex. d'OEtylos (Bockh, vol. I, p. 608 et n° 1323), de Géronthrce (n» 1334), de Kainepolis (n° 1321 et 1322) avec sa pouXyj ou yepou- (Tta (n° 1393 à 1395) et ses àyopavotxoi, (n» 1393). Cf. 0. Muller, Die Dorier, vol. II, p. 112 et 454. (Sur la situation ultérieure de Mégare vis-à-vis des Achéens et des Béotiens, v. plus bas.) — Nous trouvons la Ligue achéenne mentionnée d'une façon générale; Pausan., V, 12, 4. VII, 24,3. [Sur Bôckh, ibid., n^^ 1318. 1396 (1625). 1718, v. plus bas]. Keil, Inscr. BoeoL, n» 31. Stratèges achéens, Bôckh, n» 1124. D'après Pausan., VII, 24, 3, ^gion était redevenu chef-lieu du temps des Romains.
2) SuETON., Tiber., c, 6.
Grecs placés sous le « commandement » macédonien par le privilège de l'immunité*, dont jouissait alors, outre Athènes, peut-être la seule ville sainte de Delphes', ils conservaient comme autrefois les formes de leur antique constitution, autant du moins que cela était possible encore après la chute de la monarchie et le mélange complet de tous les éléments de la population de cet État, amené par les nombreuses révolutions depuis Cléomène III jusqu'à la convention signée avec les Achéens en 183. Les importantes et antiques fonctions Spartiates des éphores % des nomophylaques '*, des « bidées ", » ainsi que d'autres magistratures de diverses espèces moins considérables (en partie inconnues encore à une époque plus reculée)®; la vieille et respectable gérousie''; mais aussi les fonctions des (six) patronomes créés par la révolution du dernier des Cléomène, qui remplacèrent alors les éJ)hores et absorbèrent en grande partie le pouvoir des gérontes, puis continuèrent à exister malgré la restauration, même après la chute de Cléomène, et apparaissent sous les Romains comme magistrature suprême (c'est le premier patronome, comme autrefois le premier éphore, qui donne son nom à l'année)* :
') Cf. notamment Cic, Pro FlaccOf 26, 63, et surtout Strabon, VIII, c. 5, p. 562 (365), où il est dit que les Spartiates libres ne doivent rien aux Romains nlr^y Twv cpiXtxwv XetToupyitbv. — Sur leur dépendance des Romains, voyez la remarque tout à fait générale de Plut., Inst. Lac, c. 42, fin.
^) Même sur l'immunité de Delphes, que j'admets comme probable uniquement à cause de la sainteté du lieu reconnue depuis longtemps également par les Romains, nous n'avons pas d'indications précises. De la manière dont (Plin., Nat. Hist., IV, 3 (4), 7 et 8) Delphes est appelé liberum oppidum entre les Locr-i Ozolae immuncs et Amphissa immiinis il faut plutôt conclure que Delphes aussi était tributaire sous les empereurs.
3) Cf. en général Pausan., II, 9, 3. Strabon, IX, 2, 39, p. 635 (414), BocKH, C, I. Grr., vol. I, p. 605. Hermann, Griech. Staatsalt., § 50, 19-22. Sur les éphores, v. Bockh, p. 608, où, d'après de nombreuses inscriptions du temps de la domination romaine, on trouve les noms d'un très grand nombre d'entre eux. Voy. aussi Pausan., III, 11, 2.
^) Cf. BôcKH, ibid., p. 608 sq. Ross, Inscr,, I, p. 10. Pausan., ibid.
■') BoGKH, p. 609. Pausan., ibid., et 12, 4.
**) BôcKH, pag. 610 sqq.; Agoranomes (Empelores), Spondophores, Hiéromnamons, etc. ; préposés des gymnases, Gymnasiarques, Agonothètes, Epimélôles de la ville et autres fonctionnaires de cette espèce.
'') BôcKH, p. 605, 610. Paus., ibid., 11, 2, mais les Gérontes n'étaient plus nommés à vie; ils ne restaient en fonctions que pendant un an. ,
*) Sur les patronomes, voy. Droysen, Histoire de l'Hellénisme, trad.
toutes CCS fonctions, de même que l'assemblée du peuple qui se réunissait dans la « Skias ^ », l'ancienne division delà ville en comes ou districts topographiques ^, mais avant tout l'éducation de lajeunesse selon les principes de Lycurgue, dont on continuait à s'occuper avec ardeur, tout cela se maintint, comme nous le verrons plus tard d'une façon plus détaillée, pendant une grande partie de l'époque impériale.
L'État g-rec enfm dont l'avidité irréfléchie avait été la cause éloignée de la ruine du Péloponnèse, Athènes, ressentit également les effets de ces événements. Car c'est alors, selon toute apparence, que la constitution démocratique de cette cité libre et fédérée subit de la part des Romains ces restrictions dont il est fait mention à l'époque où éclata la première guerre contre Mithridate. En général, il est vrai, l'ancienne constitution démocratique des Athéniens, avec ses organes et ses fonctionnaires depuis longtemps connus, continua à exister sous la suprématie romaine. x\près comme avant, le territoire et la population de l'Attique étaient divisés en phyles dont le nombre, d'ailleurs, depuis l'époque des Diadoques, de dix avait été élevé à douze; les noms des deux nouvelles phyles^ (primitivement Antigonis et Démétrias, plus tard [depuis 265 environ av. J.-C], Ptolémaïs et [depuis 200 av. J.-C] Attalis) étaient des monuments durables de l'immense servilisme avec lequel les Athéniens dégénérés s'étaient complu à différentes époques
Bouché-Leclercq, III. pp. 522. 583. Hermann, loc. cit., note 21, puis notamment BôcKH, p. 605 sqq. où se trouvent des noms de patronomes éponymes copiés avec soin sur de nombreuses inscriptions; il est vrai que nous ne connaissons pas au juste leurs attributions; cf. aussi Plut., An seni sit resp. gerend., c. 24 et Philostr., VU. Apollon. Tyan., IV, 32.
') Paus., III, 12, 8, cf. CuHTius, Velopon.,\o\. Il, p. 238.
-) Sur cet état de choses, v. surtout Bôckh, p. 609.
') Sur la constitution athénienne au temps des Romains, v. en général : Hermann, Griech. Staatsalt., § 176. Beutler, de Athenarum fatis, statu politico et litterano sub Romanis, p. 13-42. Ahrens, De statu Athenarum politico et literario inde ah Achaici foederis interitu usque ad Antoninorum tcmpora, p. 18-64. (Je ne connais que par les citations de Hermann l'ouvrage de Theobald, Hist. Athen. inde ab intcîHlu foederis Achaici). Elusses, Zur Geschichte Athens nach dem Verlust seiner Selbstdndigkeit, p. 6 sqq. — Sur les nouvelles phyles, v. Hermann, op. cit., § 175, 8-10. Scho- MANN, Gnec^. Alterth., v. I, p. 554 sqq., 555 sqq. Beutler, p. 16 sqq. Ahrens, p. 27. Ellissen, p. 8. Bursian, Geogr.v. Griechenl., vol. I, p. 263.
à rendre les hommages les plus recherchés aux princes hellénistiques, leurs amis. Le grand Conseil, qui, par suite de l'augmentation du nombre des phyles, s'était accru jusqu'à six cents bouleutes*, le collège des archontes régnants, du moins de nom', les autres fonctions de la démocratie, et notamment l'assemblée du peuple, existaient toujours en somme et pour la forme'. Par contre, les Romains profitèrent évidemment de l'occasion pour affaiblir de diverses façons, tant alors que plus
') Cf. Hermann, op.cit.,§, 175, 9. Sghomann, op. cit., p. 555. Ahrens,p. 29. Beutler, p. 21 sqq.
^) Cf. Beutler, p. 26 sqq. Ahrens,p. 39 sqq. Westermann, dans Pauly, Realencyclop., vol. I, 2® édit., p. 1464.
^) D'après Schumann {op. cit., p. 555), l'augmentation du nombre des phyles entraîna une augmentation correspondante du nombre des fonctionnaires dans quelques-uns des collèges; de même, en ce qui concerne le Conseil, au lieu des dix prytanies de trente-cinq ou trente-six jours d'autrefois, on en institua douze d'un mois et on régla sans doute' aussi en conséquence le nombre des assemblées ordinaires du peuple. Toutefois, selon toute apparence, le nombre des fonctions (ou des fonctionnaires) ainsi que celui des réunions populaires diminua peu à peu sous la domination romaine, par suite de l'aifaiblissement de la vie démocratique. — Sur Vecclesia du temps des Romains, voy. aussi Beutler, p. 23 sq. Ahrens, p. 28 sq. et Ellissen, p. 8. Après Démosthène, le peuple s'assemblait d'ordinaire dans le temple de Dionysos; le Pnyx ne servait plus qu'aux réunions électorales, et même on avait cessé de s'en servir régulièrement; cf. Hermann, Gr. Staatsalt., § 128, 9 et Schumann, op. cit., p. 394. Bockh, C. I. Gr., vol. I, no 113. Il en fut ainsi pendant quelque temps encore après la formation de la province de Macédoine; cf. Joseph., Ant. Jud,, XIV, 8, 5. Meier, Comm. Epigr., I, n» J3, p. 27 et Index ait. arch, eponym. s. v. Aga- Ihocles. A l'époque de la première guerre contre Mithradate, au contraire, (ci-après, p. 291 j, le peuple paraît s'être réuni souvent sur l'agora et avoir voté au théâtre (Athen., V, p. 212, f. et p. 213, c. Curtius, Attische Studien, II, p. 31 sqq., 49 sqq. Erlauternder Text zu Sieben Kartenzur Topographie von Attika (1868), p. 42. Les faits se trouvent exposés différemment sur bien des points par Waghsmuth, Die Stadt Athen im Alterthum, I (1874), pp. 155 sqq. 647-551 sqq ). La preuve du pouvoir souverain que le démos athénien continuait à exercer dans Vecclesia nous a été conservée dans de nombreux décrets rendus au nom du peuple, tantôt par l'ecdesia seule, tantôt par celle-ci conjointement avec le Conseil, ou par l'aréopage et le Conseil réunis; ces décisions étaient prises en général pour rendre des honneurs à des hommes ou à des femmes haut placés de la ville ou du dehors, surtout à des Romains éminents, et répondaient complètement au vide de la vie politique qui caractérisait cet État grec comme tous les autres sous la domination romaine. Cf. Bockh, C. L Gr. , vol. I, pag. 408-460; n"« 309. 311. 312. 317. 358. 360. 364. 366. 367. 369. 411-413. 432; ensuite les n^^ 179. 416. 431. 437; 315. 316. 370. 444; 313. 318. 320. 361. 381. 397. 415. 417. 421. 433.
290 La GRÈCE DEVIENT TRlÈUtAltlE
tard, ce qu'il pouvait y avoir encore de puissance réelle et de force dans la démocratie souveraine d'Athènes, et pour fortifier les éléments aristocratiques; nous n'avons, il est vrai, que peu de renseignements précis sur ces nouveaux arrangements*. Sans parler des faveurs constantes dont étaient l'objet les grandes et riches familles d'Athènes, il est très probable que c'est grâce à l'influence des Romains si, dans ces derniers temps, ce ne fut plus le sort, mais le choix qui menait aux fonctions publiques*. D'ailleurs les Romains faisaient tous leurs efforts pour augmenter l'importance de l'Aréopage, comparativement (V aristocratique », qui, dans les derniers temps, occupait le premier rang parmi les hautes assemblées d'Athènes^; de telle façon que ce collège qui, même après la Restauration lors de la chute des Trente, n'avait pu reconquérir qu'une partie de son importance d'autrefois, regagna peu à peu, aux dépens des autorités démocratiques, de l'assemblée de peuple et des tribunaux populaires, une situation prépondérante au point do vue de la censure, de la juridiction et de la politique*. Les fonctions des stratèges enfin (régulièrement réélus tous les ans) servirent à donner au stratège suprême (au ŒTpair^Yoç âxi Toùç czXiTxç OU km xà ÔTïAa) OU commandant de la
^) En face des indications générales sur la durée de la démocratie athénienne dans Strab., IX, 1, 20, pag. 610 (398). Cic, De republ., I, 31. Aristid., tom. I, p. 193. 195, éd. Jebb^et Schol. ib., p. 91 et dans l'ed. Frommel, p. 514. Plut., De sera num, vind,, c. 15 eiPrœc. ger. reip.^ c. 3, il y en a d'autres tout aussi générales sur son amoindrissement par les Romains dans Appian., Mithridat., c. 39, et Athln., V, p. 212 a et notamment p. 213 c et rf : seulement il faut se garder de tirer partout des conclusions certaines des discours d'un fougueux démagogue qu'on y trouve cités. Cf. en général Ahrens, p. 24 sqq. Ellissen, p. 7 sqq., 12 sqq.
^) Sur le choix des fonctionnaires athéniens, au lieu de leur désignation par le sort, voy. notamment les preuves données par Ahrens, p. 25 sqq. 28. 39 sqq. 43. D'après Ahrens, les bouleutes furent peut-être aussi nommés au choix, p. 30; cf. aussi Ellissen, p. 7 et Hermann, Staatsalterth,, § 176, 12, qui croit que les fonctions publiques athéniennes d'un ordre élevé étaient considérées comme liturgies. Cf. Bergk in Rhein. Museum, XIX, p. 605.
3) Cf. Hermann, § 176, 10. Voici dans quel ordre se suivaient les autorités officielles : yi poyXï) yj l^ 'Apetou Tiayoy xa\ yj PouXyj tcov l^av-oaiov xat 6 ôrjjxoç. Voy. aussi Bôckh, C. LGr., vol. I, n» 313. 320.361. 381.397.415. 417.421. 433. 438. Ahrens, p. 28. 35.
*) Cf. Ahrens, p. 25. 26. 34 sqq. Beutler, p. 36 sqq. Ellissen, p. 7. Hermann, § 176, 10, et voy. Westermann, dans Psiuly, Realencyclop., vol. I (2« édit.), p. 1503 sqq.
milice — qui, d'un côté, pouvait disposer de toutes les forces de la république et qui, de l'autre (surtout plus tard), était chargé de l'approvisiomiement de la ville; qui, en outre, exer- (;ait la surveillance sur les esclaves publics et s'occupait aussi de la direction des établissements d'instruction supérieure à Athènes — un tel pouvoir que ce fonctionnaire était, en réalité, président de la république *; plus tard, en racontant l'histoire de la Grèce sous les empereurs, nous aurons souvent l'occasion de revenir sur la position et les attributions de ce fonctionnaire. Extérieurement, l'ingérence des Romains dans les affaires d'Athènes se faisait surtout sentir au peuple par la tribune, qui — du moins à l'époque de la première guerre contre Mithridate — était élevée pour le gouverneur romain de la Macédoine et son légat devant la grande Halle bâtie par le roi Attale II de Pergame sur le côté oriental de la partie nord de l'agora (Céramique), le seul endroit oii se sont réunies, dans ce temps-là, les assemblées du peuple. Pour le reste, la situation des Athéniens était assez supportable. L'État appauvri avait toujours encore une petite marine militaire; il existait toujours un commerce athénien; mais avant tout, comme nous l'avons vu plus haut, le précieux territoire d'Haliarte avait été concédé aux Athéniens, et (outre Paros) les îles de Scyros, Imbros et Lemnos, ces antiques possessions des Athéniens, avec leurs tributs et autres revenus utiles, avaient été également rendues à Athènes depuis les guerres de Macédoine'. Délos enfin était devenue une clé-
') (Nommé aussi ffTpaxioybç èu'i tcov oirXtov ou tcov ouAtrwv). Cf. Ahrens, p. 42-49. Beutler, p. 28 sqq. Hermann, § 176, 11. Peu à peu, comme le prouvent plusieurs inscriptions, l'usage s'établit d'employer pour désigner les années, à côté (ou au lieu) des noms des archontes éponymes, ceux des stratèges en chef; cf. Wescher et Fougart, hiscriptions de Delphes^ p. 273, n" 424. CuRTius, Gott. Gel. Anz., 1864, p. 170. Bôgrh, C. I. Gr., vol. I, ii°« 186. 189. 191. 192. 200. 320. 477. 478. 480. 485.
'^) Cf. Athen., V, p. 212 sq. Sur la Stoa d'Attale, avec son bazar, v. Meier, Pergamen, Reich, p. 364 sqq. Bursian, Geogr. von Griechenland, I, p. 290. CuRTius, A«L Studien, II, p. 31 sqq., 48 sqq. Wachsmuth, Die Stadt Athen im Alterthum^ ï, p. 155 sqq. 642.
■^) Cf. l'aperçu dans Becker-Marquardt, U. A., III, 1, p. 246. Ahrens, p. 60 sqq. Pendant l'époque suivante, il n'est pas question d'Oropos; mais pendant l'époque impériale on en parle constamment comme d'une ville u dépendante » de l'État athénien ; cf, Ahrens, ibid. Bursian, p. 220.
rouchie athénienne avec une constitution particulière ^ Et cette même Délos qui, depuis l'année 167 (où les Romains, pour nuire aux Rhodiens, l'avaient déclarée port libre), avait, grâce aux soins assidus d'Athènes, pris un essor considérable comme port de mer très fréquenté % attira maintenant à elle la plus grande partie du trafic dont Corinthe avait été jusquelà le siège et le centre. C'est surtout pour le grand commerce dans rOrient hellénique, et pour les nombreux commerçants romains en Grèce (pour ceux du moins qui n'établirent pas leurs comptoirs à Argos et à Mitylène^), que Délos acquit une importance extrême. Cette île, où se montraient aussi entre autres un grand nombre de négociants tyriens (qui y élevèrent même un temple à l'Héraclès tyrien), resta pendant longtemps l'entrepôt principal des marchandises qui allaient d'Orient en Occident'. Mais malheureusement la branche la plus florissante du commerce délien était le commerce des esclaves. Dans ces temps barbares — où, après la prise de Carthage et de Corinthe^ par exemple, les Romains euxmêmes amenèrent au marché plus de cent mille esclaves ;
*) Voy. notamment sur la clérouchie athénienne à Délos, avec ses archontes, sa Boulé et ïecclesia de son démos, Bôckh^ C. I. Gr., vol. Il, p, 225 sqq. (410), n® 2270 (cf. vol. I, no 108, p. 150 sqq.) et Meier, Comm. Epigr., I, p. 35 sqq. II, p. 52. Ahrens, p. ôl sqq. — Sur les épimélètes athéniens et autres fonctionnaires attiques déliens à Délos, v. Bôgkh, op. cit., vol. II, p. 237 et 410, nos 2286. 2306. 2276-2279, et vol. I, p. 6H. Ahrens, p. 63. Meier, op. cit. I, n" 31, p. 35 sqq., no^ 34. 35. 41-43, II, no« 23. 24. 26. Kuhn, Stàdt. Yerf., vol. I, p. 23; vol. II, p. 43.
2) Cf. Plin., JV. h., 34, 2 (4), 9. 'Strab., X, 5, 4, p. 744 (486).
^) Cf., sur Argos, notamment l'inscription dans Bockh, C. I. Gr., vol. I, n" 1137; rétablie par Bergk de la manière suivante {Zeitschrift f. A. W., 1856, p. 144 en note) : Q. Marcium Q. [F. Begem] Italici qui negotiantur [Argeis] =■ KoIvtov Mdtpxtov [Koiv]tou ulbv Triya 'lTàA[txot oi èpyaÇ6[X£Vûc èv "Apyet] et Henzen, Suppl. Orell. Inner, latin., n° 5294. 5295 : ... Italici qui Argeis negotiantur; cf. ensuite Mommsen, B. G., vol. II, p. 51. Kuhn, Sladt. Yerf., vol. I, p. 22. Voigt, Jus naturale, vol. K, 2 p. 573. Sur Mitylène, cf. Orell., n® 4111 : civium Bomunorum qui Mitylenis negotiantur. Gruter, n" 474, 8. Cf. Kuhn et Voigt, op. cit.
*) Strabon, X, 5, 4, p. 744 (486). Gic, Pro lege Manilia, c. 18, 55. Pausan., III, 23, 2. VIII, 33, 1. V. aussi Bockh, C. I. Gr., vol. I, p. 170 sqq. vol. II, nos 2270. 2271. 2286. 2287. 2288. 2290. 2293. 2295. 2319. Kuhn, vol. I, p. 23. Mommsen, B. G., vol. II. p. 51, 401 sqq. Sghomann, Gr. Alterth., vol. II, p. 519. Sur la nécropole de Rhénaea, v. Ross, Archiiol. Aufsiitze, I, p. 62 sqq.
OÙ la désastreuse institution de l'esclavage prit des proportions de plus en plus considérables surtout dans Tempire romain ; où des corsaires et des marchands d'esclaves riliciens et Cretois et plus tard les traitants romains, les usuriers de Rome et d'Italie en Asie , se livraient systématiquement à la plus infâme chasse d'hommes — on dit que plus d'une fois dix mille esclaves furent débarqués et vendus en un seul jour\
En Orient, où, depuis la guerre d'Andriscos, Byzance (probablement à cause de son attitude équivoque dans cette guerre , comme Rhodes à cause de son attitude dans la guerre contre Persée) avait été foi-cée de s'allier à Rome", les Hellènes ne se ressentirent pas d'abord de la guerre contre les Achéens et de ses suites. Le royaume de Pergame subsistait toujours comme un État complètement indépendant. Quant à l'île de Crète — dont les habitants avaient ressenti pour la première fois, vers la fin de la guerre des Romains contre Antiochus le Grand, en 189, la pression de la puissance romaine, lorsqu'ils furent menacés par l'amiral Q. Fabius Labeo et qu'ils reçurent l'ordre de mettre en liberté les nombreux Romains et Italiotes qui, dans les derniers temps, avaient été faits prisonniers et vendus dans l'île, ordre auquel n'obéirent toutefois que les Gortyniens ^, — elle aussi n'eut pas à souffrir encore des violences des fonctionnaires provinciaux de Rome. Il est vrai que les Cretois, en 170 avant J.-C, furent sévèrement blâmés pour avoir, selon leur habitude, envoyé des soldats au roi Persée pendant qu'il faisait la guerre aux Romains^; et des légats romains avaient mis fin à la guerre qu'ils faisaient à Rhodes en 153 avant J.-C, guerre dont nous avons parlé plus haut (p. 226), ainsi que, de temps à autre, à leurs luttes intestines °. En général, le Sénat ne s'occu-
») Cf. Strab.,XIV, 5, 2, pag. 985 (688).
^) D'après Diodor., Wihl. éd. Bekker, lom. IV, p. 263, des fragm. Scorial. n° 16. Tacit., Annal. , XII, 62, et Hesych. Miles., Fragm. lib. VI orig. Constantin., § 35 (dans C. Mûller, Fr. Hist. Gr., vol. IV, p. 153).
3) Liv., XXXVII, 60. Cf. NissEN, Dievierte und fiinfte Decade des Livius, p. 200 sqq.
*) Liv., XLÎII, 7.
«) PoLYB., XXXIII, 9, 1-3; 14, 3 et 4, 15, 1-8.
pait que peu ou point du tout de cette île éloignée : aussi les Oétois, restés indépendants, chez lesquels l'antique vertu avait péri au milieu des troubles de la démocratie et dont l'ancienne valeur avait dégénéré en passion vulgaire pour « les rixes et le pillage », pouvaient, alors comme autrefois, user leurs forces dans des luttes sanglantes entre leurs grandes villes (telles Gortyne, Cnossos et Gydonia*), ou en prenant du service à l'étranger. Peu à peu même, l'île de Crète devint un des principaux sièges d'une piraterie de la pire espèce, pour laquelle les habitants avaient eu, comme on sait, de tout temps un penchant *. Contenus à grand'peine jusqu'à un certain point par les Rhodiens fort affaiblis, c'est précisément comme pirates que les Cretois se rendirent terribles dans la suite, jusqu'au moment où ce genre d'activité (voir plus bas) attira sur l'île une terrible catastrophe \ La république indépendante de Rhodes, de son côté, en faisant des efforts pour se relever des rudes coups que lui avaient portés les Romains et pour repousser les pirates crétois, sut gagner et conserver l'estime des contemporains dans les temps qui suivirent, autant par la stabilité et l'ordre de ses institutions républicaines, dans lesquelles une vraie démocratie affirmait sa sagesse en conservant ce qu'il y avait de bon et de vivace dans les éléments aristocratiques '*, et en cultivant avec zèle les sciences et les arts
1) En 189 av. J.-C. (Liv., XXXVII, 60); en 185, (Polyb., XXIII, 15, 1-6. Gf.NissEN,p. 333); en 182 (Pol., XXV, 36. Nissen, p. 334); en 174 (Liv., XLI, 25. NissEN, p. 335); en 169 (Pol., XXVII, 16, 1-4. XXVIII, 13, 1-3. DiOD., XXX, 17. Nissen, p. 337. Meieï{, Pergamen. Reich, p. 391); en 165, (PoL., XXXI, 1, 1) ; du temps du roi de Pont Mithradate Evergète, vers 120 ay.J.-C.(STRAB0N, X, 10, lOj p. 731) (477). Cf. en général Hôck, Kreta, vol. III, p. 469-490.
2) Cf. Strabon, loc. cit. et X, 4, 9, p. 731 (477). Sur le pillage de Siphnos par des pirates crétois (à l'époque de la guerre contre Rhodes , mentionnée plus haut), voy. Diodor., XXXI, 45.
3) Sur les affaires de Crète en général, voy. Mommsen, R. G., vol. II, p. 64. ScHÔMANN, 6r. Alterth.,vo\. I, p. 322. Hermann, Gr. Staatsalt., § 21, note 19 et 20; § 22, note 13. Hôck, op. cit., p. 69 sqq., 455 sqq., 486. 490-492.
*) Sur la constitution rhodienne avec son Ecclésia, sa Boulé, ses prytanes, ses navarques et autres fonctionnaires, voy. Polyb. , XIII, 5. XV, 23. XVI, 35. XXIII, 3. XXVII, 4, 6. XXVIII, 15. XXIX, 4, 5. Cic, De rep., I, 31. III, 35. Liv., XLH, 45. Appian., BelL Civ., IV, 66. Strab., XH, 8, 11, p. 862 (575), et, sur l'assistance publique, XIV, 2, 5, p. 965 (652 sqq.). Cf. ensuite 0. Muller, Die Dorier, vol. II, p. 135 sqq. 150. Wachsmuth,
LA GRÈCE DEVIENT TRIBUTAIRE 29o
(voir plus bas), que par l'énergie et la politique intellig-ente de ses habitants dans le cours des graves événements que nous allons raconter.
Hellen. Alterthumskunde , vol. I, p. 756, et Westermann, dans la Realencyclopddie de Pauly, vol. VI, 1, p. 489.