CHAPITRE HI
HISTOIRE DE VA GRÈGE DEPUIS TA RUINE DE LA LIGUE ACHÉENNE JUSQU'A LA FIN DE LA PREMIÈRE GUERRE CONTRE MITHRADATE
La Grèce sous les Romains. — La situation et l'état des esprits en Grèce. — Émigration des Hellènes en Italie. — La Grèce jusqu'au temps de Mitliradate VI Eupator. — La première guerre contre Mithradate jusqu'à l'arrivée de Svlla en Grèce. — La guerre sous le commandement de Sylla.
Nous. avons déjà vii qu'on est obligé de reconstituer Fhistoire de la ruine de la dernière puissance indépendante de la Grèce d'Europe au moyen d'une foule de notices isolées, dispersées dans un grand nombre d'auteurs des siècles les plus divers. Mais il est bien plus difficile encore de retracer l'histoire de cette longue période de cinquante-sept ans depuis la chute de la Ligue achéenne jusqu'au moment oii l'antique pays des Hellènes, par suite du développement tout particulier des rapports entre la République maîtresse du monde et une grande puissance qui avait récemment surgi en Orient, fut entraîné de nouveau, pour son malheur, à jouer un rôle considérable dans la politique générale du monde d'alors. Pendant tout ce temps, la Grèce européenne n'a pour ainsi dire pas d'histoire politique. La Macédoine, du moins, conservait encore une grande importance comme boulevard naturel des pays civilisés du sud de la péninsule contre les nombreuses et belliqueuses peuplades barbares demeurant à l'est et au nord-est de la ligne du Nestos et au nord du haut plateau dardanien, peuplades contre lesquelles les gouverneurs romains de cette province soutenaient presque constamment les luttes les plus pénibles ' .
*) D'après les recherches, déjà plusieurs fois mentionnées plus haut, de
Quant à la Grèce, les historiens dans les ouvrages desquels nous puisons notre connaissance de l'histoire générale de celle époque n'en parlent pas avec suite ; nous sommes ohligés de nous contenter de quelques notices d'un petit nombre d'écrivains originaux et de quelques inscriptions. De 146 ou de 145 à 89 avant J.-C, il ne peut donc pas être question d'une histoire de la Grèce dans la véritable' acception du mot ; c'est à peine si nous pouvons nous faire une idée de la situation générale de la Grèce à cette époque.
Ce qui est à peu près certain, c'est que la partie de la Grèce qui jusqu'à la chute de Corinthe avait conservé encore le plus de vie, le Péloponnèse, tomba pour de longues années dans une apathie politique complète, par suite de la malheureuse guerre qu^elle soutint contre les Romains, et on peut en dire autant des cantons de la Grèce centrale et septentrionale, complè-
A. W. ZuMPT sur l'histoire de la province de Macédoine, les gouverneurs connus jusqu'à présent, depuis A. Licinius Nerva, cité plus haut,*ont les suivants : le préteur D. Junius Silanus Manlianus (Drumann, Gesch. Roms, vol. IV, p. 45 sqq.), selon toute apparence en 141 ou en 140 av. J.-C; le préteur M. Cosconius, qui (en 135) combattit avec succès les sauvages tribus celtiques des Scordisques (dans la Croatie, la Bosnie et la Servie actuelles), et qui s'avança même en partie bien avant dans la Thrace (Liv., Epit., lib. LVf. ZuMPT, Comm. Epigr., vol. II, p. 165); puis, en 129, le préteur Ti. Pandusa (p. 165 et 222 sqq., 257, note \); ensuite il paraît que L. Gaecilius Metellus (Delmaticus), le consul de l'an 119 av. J.-C, a exercé le commandement en Macédoine de 119 à 117 av. J.-C. pendant les guerres qu'il fit aux tribus de la Dalmatie et qui agitèrent puissamment les autres Barbares du Nord et de l'Est (p. 166 sqq.). Q. Fabius Maximus Eburnus, consul en 116 av. J.-C, se battit probablement en Macédoine, où il exerça ensuite, en 115, les fonctions de proconsul (il passa peut-être encore l'année 114 en Macédoine, le consul de cette année, Gaius Porcius Caton, ayant été complètement battu par les Scordisques). Cf. Zumpt, p. 167-172. Hermann, Defens., p. 5. La défaite du consul Caton fut vengée par le préteur T. Didius, gouverneur de la Macédoine en 113 (Zumpt, p. 171 sqq.) ; en 112 av. J.-C, le consul de cette année, M. Livius Drusus, combattit en Macédoine et dans les pays voisins jusqu'à la fin de l'an 111 av. J.-C; depuis 110 (probablement jusqu'à la fin de 108 av. J.-C), nous voyons dans cette province le consul de l'an 110 av. J.-C, M. Minucius Rufus, soutenir des luttes semblables contre les Scordisques et des peuplades de la Thrace (Zumpt, p. 172). Après une assez grande lacune dans la liste de ces gouverneurs, paraît enfin le préteur Gaius Sentius Saturninus, que nous rencontrerons plus tard à l'occasion de la première guerre contre Mithradate ; d'après Zumpt, p. 173 sqq., depuis l'année 92 av. J.-C. (v. plus bas). Cf. Mommsen, Rom» Mimzivesen, p. 692 sqq. et 375, note 30, qui ne le place qu'en 665 U. C. ou 89 av. J.-C.