‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 2)Chapitre 127 sur 235 · ATHÈNES SOTTS LES ROMAINS · texte numérisé non relu

ATHÈNES SOTTS LES ROMAINS

tement ruinés depuis la guerre contre Persée. Aussi voyonsnous reprendre de l'importance celui des États de la Grèce qui autrefois avait été la gloire des Hellènes, mais qui, dès l'époque d' Antigone Gonatas, était tombé de plus en plus, au point de vue moral, économique et politique, et qui avait même fini par devenir la cause éloignée de la catastrophe finale des Achéens, la république* athénienne. Athènes, du moins, n'avait pas souffert directement des misères de la dernière guerre. Alliée des Romains depuis de longues années, elle avait été assez heureuse pour conserver avant tout son ancienne importance comme siège principal de la science hellénique, cet élément essentiel de la vie athénienne qui devait assurer pour longtemps encore unejinfluence durable et un haut degré de gloire à l'antique cité de Périclès et de Platon. Ce ne sont pas toutefois des phénomènes de cette espèce, toujours consolants, qui, plusieurs années après la honteuse affaire d'Oropos et la chute de Corinthe, attirèrent de nouveau sur Athènes le regard des contemporains; ce fut, au contraire, un des phénomènes les plus horribles de cette époque qui fil sentir à la population athénienne d'alors son pouvoir destructeur. Depuis longtemps, on le sait, mais surtout depuis la fin de la seconde guerre punique, l'esclavage, avec ses indicibles horreurs, ses dangers sociaux et ses vices, avait pris une extension toujours croissante"dans l'empire romain. On sait aussi que, précisément à cette époque où, après la ruine de Carthage et de Corinthe, des milliers de familles originaires de la Macédoine, de la Grèce^ de Carthage, de l'Espagne ou du Nord furent vendues et condamnées au plus triste esclavage; où, sur les côtes de F Asie-Mineure, les pirates et marchands d'esclaves ciliciens et crétois faisaient de la chasse à l'homme un métier ; où, sur le marché de Délos entre autres (p. 293), dix mille esclaves furent débarqués et vendus en un seul jour; — on sait que non seulement sur divers points de Tltalie (en 141) des mouvements inquiétants se .manifestaient parmi les esclaves, mais que les Romains eurent à soutenir pendant plusieurs années, de 143 à 132 avant J.-C, dans la malheureuse île de Sicile, un des principaux centres d'exploitation pour les marchands d'hommes et les « planteurs » du monde

SOT LÈVRIMENT DES ESCLAVES A DÉLOS ET E\ ATTIQrE 299

romain et grec, une guerre très dangereuse contre les esclaves soulevés en masse, parmi lesquels un esclave grec d'origine achéenne, du nom d'Achaeos \ joua comme général un rôle important. Ces commotions se firent sentir (en 135 ou 133 avant J.-C.) jusque sur le territoire attiquo. Les esclaves se soulevèrent non seulement à Délos *, mais dans l'Attique même. Ceux qui travaillaient en masse dans les célèbres mines d'argent de Laurion se révoltèrent. Us assassinèrent leurs surveillants, s'emparèrent ensuite de la citadelle de Sounion, dévastèrent l'Attique et ne purent être réduits qu'après de grands efforts par les troupes athéniennes commandées par le stratège Heraclite \ Cette révolte fut étouffée, il est vrai; mais l'exploitation des mines de l'Attique ne paraît pas s'être jamais relevée de ce coup*. A partir de cette époque, le nom des Athéniens disparaît de nouveau pour longtemps des annales politiques de cette période. En dehors de quelques renseignements, peu nombreux d'ailleurs, sur l'état où se trouvaient alors à Athènes les écoles philosophiques, que nous examinerons plus tard dans leur, ensemble, du nom de quelques archontes, dont il n'est^ du reste, que rarement possible de dire quand ils ont été en fonctions ^, nous savons seu-

^) DioD., XXXIV, 2, 16 et 42. Cf. Nitzsch, Die Gracchen, p. 287 sqq,

2} DiOD., XXXIV, 2, 19. Gros., V, 9.

^) DiOD., ibid. PosiDONius dans A-ftiEN., VI, c. 21 (104), p. 272 e. Gros., V, 9. (Paul. Diagon.), Hisl. miscelL^ IV, 60; cf. Finlây, Greece under the Romans, 2^ edit., 1857; trad, all., 1861, p. xxii et p. 21 sqq. Nitzsch, op. cit. p. 291. Ellissen, Zur Gesch, Athens, p. 10. (Mommsen, R. G., vol. II, p. 79 et 137, croit, en se fondant évidemment sur le passage précité d'Athénée, devoir admettre un double soulèvement des esclaves du Laurion, Tun en 133, l'autre (104-102) à l'époque du soulèvement sicilien sous Athénion).

'') Ces mines étaient, il est vrai, déjà depuis Xénophon bien moins productives qu'auparavant. A l'époque de Strabon (d'Auguste), qu'avaient précédée les malheurs de l'Attique pendant la première guerre contre Mithradate et les premières guerres civiles de Rome, l'exploitation des mines épuisées et désertes avait été complètement abandonnée; on ne songeait plus qu'à tirer parti des vieilles scories. Cf. Strab., IX, 1, 23, p. 613 (399). Vitruv., VII, 7. Plin., JV. h., XXXVII, 5 (18), 70. Plut., De defect, orac, c. 43. Paus., I, 1, 1. Beutler, p. 41. BôGKH, Staatshaush. d. Athener, I, p. 420. Leake, Die Demen von Attika, trad, Westermann, p. 56. Bursian, Geogr., I, p. 354 sqq.

^) Nous avons sans doute, pour les temps qui suivirent l'établissement du pouvoir romain en Macédoine, plusieurs listes d'archontes éponymes athéniens; j'indique en particulier les travaux de M. H. E. Meier, Commentât.

300 LES ARCHONTES d'aTHÈNES

lement qu'à Fépoque de l'archonte Agathoclès (en 126/S), une ambassade du célèbre grand-prêtre et ethnarque juif, Jean Hyrcan, de la famille des Asmonéens (135-107), arriva à Athènes et que le peuple athénien rendit un décret inté-

Epigr. secund., Halle, 1854, A, p. 75 sqq. et p. 79 sqq. (Index atticorum archontum eponymoriim, qui post 01. i2i, 2 cum magistratum obtinuerunt. Halle, 1854); la liste de K. F. Hermann, Griech. Staatscdterth., 4« édit. 1855, p. 572 sqq.; ensuite 'A. 'Pouo-ottouXoç, KaraXoyoç tc6v èv 'AÔT^vatçyevo- |xévo)v àpxovTwv dans son 'EYX^'P'Stov Tîiç êXXYivtxyjç ocpxatoXoyîaç, Athènes, 1861, p. 169 sqq., et Westermann, dans l'article Archontes àe la Realencyclop. de Pauly, vol. I, 2" édit., p. 1476 sqq. Toutefois, jusqu'à l'époque d'Auguste surtout, il n'est possible que dans un petit nombre de cas de préciser l'année où chacun des archontes dont les noms nous ont été conservés était en fonctions. En commençant par cet Antithéos que Pausanias place dans la première année de la GLX^ olymp. = 140 av. J.-C, et dont (VII, 16, 7) il place l'archontat, en commettant une faute de chronologie, dans l'année même de la ruine de Corinthe (v. Westermann, p. 1477. Hermann, Eroberung von Korinth, p. 3bi, Griech, Staatsalt., p. 572), les savants modernes n'assignent de date fixe pendant la période indiquée qu'à Agathoclès (Joseph., Ant. Jud., XIV, 8, 5), que Hermann, p. 572, Westermann, p. 1476, Meier, Ind. eponym. s. v. Agath. et Ellissen, p. 11, d'après Corsini, Fast. Att., I, 279 sqq. IV, 114, placent dans la 3°^« année de la CLXIIIe 01. ou 126 av. J.-G. ; pour Jason (Phlegon, Mirab., c. 10), selon Hermann, p. 574. Ellissen, p. 11. Meier, s. v. Jason, et Westermann, p. 1479 (cf. Cltnton, Fist. Hellen., vol. III, pag. 120), qui est de 01., GLXni,4=: 125 av. J.-G. Durant la domination d'Aristion, au cours de la première guerre contre Mithradate, il n'y a pas d'archonte; c'est l'anarchie. Avant, en 89/88 av. J,-G., se place l'archontat de Médeios [Ephemerid. Arch,,n° 3793. BERCKin Rhein. Mm., XIX, p. 605. Cf. Schumann, Griech. Alter thilmer, 2® édit., H, p. 553). Nous voyons ensuite Théophémos [Euseb. Armen., cf. Niebuhr, Kl.histor.u.philol. Schriften, 1. 1, p. 249), en 62 av. J.-G. = 01. CLXXIX, 3. Meier, Ind. s. v. Westermann, p. 1478), puis Hérode (Diod., 1,4) en 60 av. J.-G. = 01., GLXXX, 1; cf. Clinton, Fast. Hell. , vol. Ill, p. 182 sqq. Ellissen, p. 21 sqq. Westermann, p. 1478. Meier, Ind. s. v. Un autre Agathoclès se place entre les années 47-40 av. J.-G., d'après Keil, Rhein. Museum, XVIII, p. 67. Westermann, p. 1476. Argeios de Tricorythos (Meier, Ind. s. v. Argeios. Comm. Epigr., n° 43, 23. Bergk, Zeischrift f. A. W. 1853, n» 35, p. 278. Westermann, p. 1477) se trouve placé, sans indication précise, dans le second ou le premier siècle av. J.-G. (entre 168 et 27 av. J.-G.), ainsi que Médeios, Meier, Ind. s. v. et Comm. Epigr., II, n»** 24, 15, p. 50. Westerm., p. 1479 ; — puis, « pas avant l'an 27 av. J.-G. )>, Aréios le Paeanien, selon Bôckh, C. 1. Gr., vol. I, n°478, rectifié d'après l'inscription aehHall. A. Ltztg., 1838, n» 196. Ephem. Arch., 1839, n« 186, et Ross, Demen von Att., n° 6. Meier, Ind. s. V. Areios. Westermann, op. cit., p. 1477. Un Paramonos et un Dionysios, ô ^xtik Hapàfxovov, avant l'époque des empereurs romains (en tout cas après 01. GLU); C. I. Gr., vol. I, n° 124. Meier, Ind. s. v. Keil, Rhein. Mus., XVIII, p. 61 , Westermann, p. 1477, placent un Aristarchos dans la seconde moitié du premier siècle av. J.-G.; Westermann, ibid.,

LES AllC!lONri<:S ET STtl.\TÈilKS d'aTII^NES 301

ressaat en l'honneur de ce prince K Trente-sept ans se passent encore jusqu'au moment où les événements de la première guerre contre Mithridate donnent à l'histoire d'Athènes, plus qu'à celle de toutes les autres cités grecques, un intérêt nouveau et vraiment tragique.

Quant au reste de la Grèce, l'examen des documents historiques ne donne, comme nous l'avons déjà fait observer, que peu de résultats. Et même il n'y a, à vrai dire, pendant toute

un Démétrios; Westermann, p. 1479, un Hipparchos; Westermann, op. cit., un Lénaeos; et Westermann, p. 1480, un Nicodémos. Enfin, entre 12 et 1 av. J.-G. (BocKH, C. I. Gr., vol. I, n» 477) se place Nicias (cf. Meier, Ind. s. V.) ; mais, avec ce dernier, et avec le prince thrace Rhœmetalcas, (d'après Ross, Demen, n'^ 10, 10, en 725 de Rome, 29 av. J.-C, d'après Meier, Ind. s. v., dès l'an 708 de Rome, 46 av. J.-C, tandis que Corsini, F. A., II, 194 sqq. IV, 147 sqq., cf. Ellissen, p. 29, indique l'année 9 ap. J.-C, et que Bôckh, n» 265, fait aussi mention d'un second Rhœmetalcas, depuis 772 de Rome, 19 ap. J.-C), nous touchons déjà à l'époque dont l'histoire est réservée au deuxième volume de cet ouvrage.

Nous connaissons encore moins bien les noms des stratèges suprêmes de cette période. Nous avons rencontré les noms d'Héraclitos (v. p. 299); ensuite celui d'Aristion (v. ci-après) pendant les années 88-86 av. J.-C. Puis, jusqu'à la fin de l'époque qui précède l'ère chrétienne, et notamment avant 51 av. J.-C, Polycharmos, mentionné par Cic, Ad Attic, V, 11, 6. Ad fam., XIII, 1 ; cf. Meier, Ind. s. v. Polycharm. et Ellissen, p. 23. Apollodoros paraît être le contemporain de l'archonte Médeios, nommé plus haut (Meier, Gomm. Epigr., II, n» 24, 16, p. 50). Pamménès de Marathon n'est pas antérieur à l'an 727 de Rome, 27 av. J.-C; Bôokh, C. /. Gr., vol. I, no 478. Enfin, entre 12 et 1 av. J.-C, Eudes de Marathon (Bôckh, C. I. Gr., vol. I, no 477. Meier, Ind. s. v. Nikias). Sarapion était peut-être aussi stratège (mais avant Aristion), Meier, ibid., I, n» 41, p. 41 *.

^) Joseph., Ant. Jud.y XIV, 8, 5; cf. Ellissen, p. 11, Meier, Gomm. Epigr., I, no 13, p. 27 et Ind. Arch. s. v. Agathocles. Ewald, Gesch. d. Volkes Israël, vol. IV, p. 457-567. Par contre, l'identité des Spartiates mentionnés 1 Magcab., 12, 2 sqq.; 14, 16; 20 sqq., cf. II Mâggab., 5, 9, et Joseph., Ant., XII, 4, 10. XIII, 5, 8, avec lesquels un des prédécesseurs de Jean Hyrcan,rAsmonéen Jonathan, a renouvelé un ancien traité vers 144 av. J.-C, cf. Ewald, ibid., p. 277 sqq., 381 — l'identité, dis-je, de ces Spartiates avec les Lacédémoniens a été contestée parHiTzio, qui, dans la Zeitschrift d. deutsch. morgenl. Gesellsch., vol. IX, 1855, fasc. IV, p. 731-737, entend par la Sparte en question une u Sparte lycienne » ou Patara [v. aussi le passage intéressant I Maccab. 15, 23, concernant les rapports des Romains avec Délos et Sicyone, Samos, l'île de Crète, Rhodes, Halicarnasse, Myndos et Cnide].

* Je ne puis pas, quant à présent, dire exactement quand Xénoclès, mentionné par Weschrr et FoucAHT, Inscriptions de Delphes, p. 273, n» 424, lig. 3 et 4 (cf. E. Curtius, Gœtt. Gel. Anz. [Nachricht o. d. K. Ges. d. Wiss ] 1864, p. 170) exerci ses fonctions.

Page 1