‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 2)Chapitre 128 sur 235 · SOULÈVEMENT A MME · texte numérisé non relu

SOULÈVEMENT A MME

l'époque suivante, qu'un seul événement dans l'existence des Grecs d'Achaïe auquel ceux-ci aient pris une part active. En etîet, une inscription, qui malheureusement n'est complétée en aucune façon par d'autres renseignements, nous apprend que (probablement en 115 av. J.-C.) un soulèvement démocratique eut lieu dans la ville achéenne. de Dyme à la tête duquel se trouvèrent trois hommes considérables ; Sosos, fils de Tauromène — le damiorge Phormiscos, fils d'Échesthène — et Timothéos, fils de Nicias. Nous n'en connaissons ni la cause, ni les péripéties; nous ne savons comment il fut étouffé. Nous savons seulement que ce soulèvement, pendant lequel on se rendit sans doute coupable de violences criminelles envers le parti romain, avait d'une part un caractère social et démocratique et visait à la destruction des livres de créances, et eut pour résultat, d'autre part, le renversement de la constitution timocratique établie par les Romains à Dyme après la destruction de Corinthe. L'édifice où se réunissait le Conseil devint la proie des flammes^ ainsi que les archives. Nous ne savons pas au juste si ce mouvement fut complètement étoutfé par les seules forces du reste des confédérés \ ou s'il ne le fut que par la coopération des troupes du proconsul de Macédoine — qui était à l'époque Q. Fabius Maximus Eburnus (p. 297), — ni si, par suite de ces événements, la condition politique de la ville de Dyme devint plus mauvaise (v. plus bas). Par contre, nous apprenons que Sosos et Phormiscos, condamnés à mort par le proconsul Fabius, furent graciés, puis relégués, déportés ou sévèrement bannis (nous ne savons pas où). Quant à Timothéos, moins gravement compromis, il fut interné à Rome pour un temps indéfini et mis à la disposition du prxtor peregrinus^.

Bien que Thistoire ne nous apprenne que peu de chose sur les Grecs d'Europe, de 1 45 à 89 av. J.-C. , il n'est pas tout à fait

*) Toutefois, je ne sais pas au juste si Cyllanios avec ses synèdres, nommés dans la 5'' ligne de l'inscription à citer, ont été fonctionnaires de Dyme ou fonctionnaires de la confédération.

^) V. cette inscription importante dans Bogkh, C. J. Gr., vol. I, p. 712 sqq., n« 1543. Les développements que nous donnons dans le texte ont pour base l'étude de K. F. Hermann, Be fens, disput., etc, p. 5 sqq. Cf. aussi Clr- Tius, Pelop,, vol. I, p. 425, et Zumpt, op, cit^ p. 167 sqq.

La situation et l*état des esprits en c.rèce .303

impossible de se faire une idée approximative de l'état de la nation hellénique pendant cette période. On peut admettre avec quelque certitude que les Grecs, et spécialement les Péloponnésiens, se soumirent tranquillement à leur destin dès qu'ils se furentrelevésjusqu à un certain point des désastres de leur malheureuse guerre contre Rome. Les Romains, nous l'avons montré plus haut, n'avaient nullement l'intention d'écraser la malheureuse nation hellénique comme les Carthaginois et d'agir à leur égard comme ils avaient agi et agissaient toujours encore dans leurs luttes contre les « Barbares » celtes, sardes ou espagnols. Les Hellènes eux-mêmes avaient très bien compris que la courte durée de la guerre contre Rome avait du moins préservé la Grèce d'une ruine complète, et le digne Polybe, étant donnée la situation, pouvait contempler l'état de la Grèce après la réorganisation de la péninsule avec un sentiment de profonde résignation, il est vrai, mais avec une satisfaction manifeste*. Il fallait bien avouer en tout cas que l'anéantissement de toute politique grecque indépendante avait du moins mis un terme aux luttes désastreuses entre les divers cantons. Il est vrai que les antipathies réciproques des cantons n'ont pas cessé après la ruine de la Ligue achéenne ; elles ont, au contraire, survécu longtemps à la République romaine ellemême et déterminé à plusieurs reprises, jusqu'à la bataille d'Actium, l'attitude des diverses cités grecques à l'égard des partis politiques de Rome "ou de ceux qui avaient le pouvoir en main^ dans les occasions où elles pouvaient librement prendre une décision (voy. ci-après). Cependant la Grèce jouissait de nouveau d'un certain calme et les Hellènes pouvaient songer sérieusement à prendre soin de leurs intérêts matériels^ à se remettre peu à peu des suites des terribles désastres causés par les nombreuses guerres qui avaient eu lieu entre 220 et 146 av. J.-C, et notamment à remédier au désordre économique -

*) Cf. PoLYB., LX, 10, 3 sqq., 13, 1-3; voy. aussi La Roche, Charakte^ rlstik des Polybius, p. 103 sqq. Markhauser, Polybius, p. 65 sqq, qui cite aussi des passages comme Polyb., II, 37. IV, 32, 9 et 10, 74, 8.

2) Polyb., II, 62, 1 et 4, évalue à 6,000 talents à peine (53.364.000 fr.) la valeur totale de tous les biens, meubles et immeubles, du Péloponnèse tout entier (est-ce avant la ruine de Corinthe, ou, ce qui est plus probable, à l'époque relativement prospère dont nous parlons dans le texte?)

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et à payer les dettes qui les accablaient et dont j'ai dii parler plus haut à diverses reprises. A cet égard, le Péloponnèse notamment semble avoir fait pendant quelque temps des progrès assez considérables 1. Seulement, il ne faut pas oublier que l'épuisement complet des sources de prospérité qui dépendaient de l'existence de la brillante Corinthe, que l'extension de la grande propriété autorisée de nouveau par les Romains avec tous ses inconvénients, que l'exploitation de la Grèce par les négociants romains, enfin que le goût croissant de l'émigration (ci-après, p. 306 sqq.) empêchaient cette contrée aussi de résister à la longue à l'épuisement dont souffraient partout les pays de la Grèce d'Europe Par contre, les événements ultérieurs, et surtout l'attitude des Grecs pendant la guerre contre Mithradate^ nous montrent que les peuples helléniques n'étaient pas près de se soumettre sans arrière-pensée à la domination romaine. Nous ne savons pas si, à cette époque déjà, comme plus tard, la Grèce eut à souffrir des exactions, des empiétements et des violences des fonctionnaires romains, comme en souffraient alors beaucoup d'autres parties de l'empire romain et entre autres la Macédoine'; nous savons seulement qu'à Athènes,

^) Cf. ZoNAR., IX, 31 (peut-être aussi Polyb., II, 62, 4); et Curtils> Pelop.y vol. J, p. 79. MoMMSEN, R. G., vol. II, p. 50.

^) Cf. les plaintes des Macédoniens au sujet des exactions du préteur (ci-dessus, p. 297 en note) D. Junius Silanus Manlianus en 141 ou en 140 av. J.-C. dans Liv., Epit. lib. LIV. Cic , De fin., I, 7. Valer. Max., V, 8, 3; et au sujet des exactions du consul Gains Porcins Gato, qui y commandait en 114, voy. Vell., II, S.Cic, In Verr. Act. II, lib. Ill, c.80, 184; lib. IV, c. 10, 22. ZuMPT, op. r/U., p. 170. — Les odieuses violences dont se rendit coupable le consul romain P. Licinius Crassus Mucianus pendant la guerre de Pergame (pi. bas) contre Aristonicos (en 131) envers un fonctionnaire d'une ville grecque (Gell., JY. A., I, 13, 11) se rapportent, suivant Hermann, De/ens., p. 8, à cause dumot-É'/a^en5m?7i,à Elatée en Phocide. Meier, par contre, Fergamen, 'Reich, p. 418, considère, et sans doute avec raison, la forme Elœensium comme plus juste, et pense à la ville d'Elœa en Asie-Mineure, près de Pitane et de Myrina. Mommsen, R. G., vol. II, p. 65 sqq., dit que c'est à Mylasa que ces faits ont eu lieu (c'est par erreur que Jean de Salisbury, Policrat. s. de nugis curial., VI, 12 [éd. Lugdun., 1639 p. 356] met cette histoire sur le compte d'un fonctionnaire athénien et du célèbre Crassus, qui a vécu plus tard; cf. Hermann, ibid., et Ellissen, Zur Gesch. Athens, p. 22 sqq.). Du fait que Mithradate, Appian., Mithrid., c.l6, en faisant ses préparatifs contre Rome, comptait beaucoup sur les sympathies des Grecs, on peut conclure que la Grèce était fortement irritée contre Rome, du |moins peu avant la première guerre contre Mithradate.

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