ÉMIGRATION DES HELLÈNES EN ITALIE
vers Putéoli. Les Ilots de l'immigration grecque qui, des parties les plus diverses du monde hellénique, avait commencé depuis longtemps déjà à envahir l'Italie, grossirent encore considérablement depuis que, par suite de l'anéantissement de toute vie politique véritable dans la péninsule, terre de leurs aïeux (comme plus tard en Asie-Mineure), la patrie avait perdu aux yeux des Grecs," des Grecs d'Europe surtout, son principal attrait. Toujours plus grand devenait le nombre des Hellènes qui, en qualité d'artisans, de marchands ou de négociants, de prêtres ou de devins, d'artistes de toute espèce — depuis le sculpteur, le peintre et l'acteur, depuis l'athlète et le maître d'escrime jusqu'au cuisinier, au boulanger et au barbier, et même jusqu'au saltimbanque et au prestidigitateur, — de médecins enfin et de savants et avant tout de pédagogues de haut et de bas étage, se rendaient à Rome pour chercher, dans la nouvelle capitale du monde, la fortune et la richesse que leur patrie, appauvrie et déchue,, ne pouvait plus leur donner. Sans doute, il n'est pas facile d^indiquer pour chaque État,' pour chaque cité de la Grèce d'Europe, la part d'émigrés qui lui revient. Mais on peut affirmer que tous ces étrangers, qu'ils en eussent conscience ou non, eurent leur part dans la conquête morale et intellectuelle du vieux monde romain, dans la politesse croissante de ses mœurs, dans les modifications profondes qu'il subit pendant les deux derniers siècles av. J.-C, modifications qui, sans qu'il soit possible d'appeler réjouissants tous les phénomènes qui s'y rattachent ou seulement le plus grand nombre d'entre eux, malgré l'opposition énergique tantôt de quelques hommes isolés^ comme notamment du vieux Caton^ tantôt du « génie particulier de la nation italienne » en général, exercèrent une influence irrésistible dans les domaines les plus divers de la vie intellectuelle, morale et sociale, sur les mœurs, le culte et les croyances, le commerce et l'industrie, sur la manière de rendre la vie plus agréable et d'en jouir davantage (jusqu'aux combats de taureaux des matadors thessaliens à cheval, que, plus tard. César introduisit le premier à Rome *), sur l'art et la littérature, et même en partie dans le
') Plin., iV. H., VIII, 45 (70), 182. Sueton., Claud,, c, 21. Cf. Gôll, KulturhUder ans Hellas and Rom, vol. II, p. 396.