INFLUENCE DES HKLLÈNES SUR LES ROMAINS
domaine de la jurisprudence. L'influence puissante de la civilisation hellénique, de la civilisation grecque moderne surtout et « hellénistique » (influence préparée depuis longtemps par le contact des tribus italiques avec les Grecs de l'Italie méridionale et de la Sicile), ne peut être méconnue dès la seconde guerre punique ; elle s'accroît sans cesse depuis le passage des légions en Grèce et en Asie-Mineure et depuis la marche progressive des fonctionnaires, des fermiers d'impôts et des négociants romains vers l'Orient, qui se croisa avec l'émigration hellénique et hellénistique vers l'Italie. Malheureusement, à côté du beau spectacle que nous offre l'hellénisme des Scipions et de Flamininus, de Paul-Émile et de son glorieux fils, de la noble Cornélie, et plus tard de L. Lucullus, de Cicéron, de César et des meilleurs de leurs contemporains, nous voyons de bonne heure déjà des choses odieuses, comme les horreurs des mystères de Bacchus, l'immoralité croissante de la jeunesse romaine, la ruine de la religion romaine, et d'autres phénomènes hideux en comparaison desquels « l'hellénisme plein de fatuité » d'un Aulus Postumius Albinus paraît innocent et excusable. Malheureusement, si la vieille Rome gagnait d'un côté en acceptant ce que la Grèce avait de meilleur, de l'autre , l'Orient grec et hellénistique exerçait sur elle l'influence la plus fâcheuse. L'influence politique dePolybe et du stoïcien Panaetios sur Scipion Émilien, comme plus tard celle du philosophe stoïcien Blossios de Cumes et de Diophane de Mytilène sur le jeune réformateur Tiberius Gracchus, marchent de front avec la corruption grecque et hellénistique de Tespèce la plus dangereuse, avec le mélange des vices d(î la civilisation hellénique la plus raffinée avec les graves défauts du caractère romain et italien, empreint de plus de rudesse et de la corruption qui lui était particulière. Nous ne nous proposons pas d'étudier en détail l'influence considérable qu'exerça sur la civilisation la fusion de l'élément grec etitalij^ue, avec ses côtés sombres ou brillants. Mais nous pouvons faire observer que les Hellènes agirent bien plus fortement sur les Romains de ces temps-là que les Romains sur les Hellènes. Ce n'est que sous les empereurs que ce rapport se modifie ; c'est par la conquête intellectuelle et la modification profonde du vieux caractère