INFLUENCE DES HELLÈNES SUR LES ROMAINS
romain que les Hellènes, vaincus par la supériorité politique et militaire des Romains, s'acquittèrent envers leurs nouveaux maîtres'.
Cette émigration des Hellènes vers Rome n'a fait que s'accroître dans le cours des siècles, surtout depuis que les villes et les Etats grecs et hellénistiques de l'Orient, et en premier lieu le royaume de Pergame et les brillantes villes grecques de la côte occidentale de l' Asie-Mineure, eurent été unis directement sous différentes formes avec l'empire romain (v. plus bas). Nous trouverons plus tard, à plusieurs reprises, surtout à l'époque de Juvénal, puis à celle de Lucien de Samosate et de ses prédécesseurs, Toccasion de traiter de ces faits avec plus de détails. Mais tous ceux qu'animaient encore dans les États helléniques l'ancienne fierté nationale ne pouvaient pas considérer cette affluence^ croissante avec une satisfaction sans mélange. Sans doute, c'était un spectacle grandiose que de voir la nation italique, maîtresse du monde et si puissante par ses armes, qui avait détruit rindépendance de la Grèce et des États hellénistiques, et qui avait, en quelque sorte, « brisé le cœur » à la nation grecque, conquise à son tour et profondément modifiée par la civilisation hellénique; de voir ces mêmes Hellènes, qui plusieurs siècles auparavant avaient pénétré en Orient jusqu'au delà du Tigre et y avaient répandu une vie nouvelle, pouvoir maintenant faire l'essai de leur puissance civilisatrice sur les nobles et puissantes tribus de la péninsule italique. Et pourtant, on ne pouvait nier que cette nouvelle situation cosmopolite de la nation hellénique fût le prix d'énormes sacrifices. Il était sans contredit très fâcheux que cette émigration nouvelle vers l'Italie contribuât pendant longtemps de son côté à rendre de plus en plus déserts les
^) Cf. en général les développements de Drumann, Gesch. Roms, vol. VI, p. 654 sqq. Fr. Blass, Die griechische BerecUsamkeit in dem Zeîtalter von Alexander bis auf Augustus, p. 88, 104-221. Mommsen, R. G., vol. I, p. 873- 956, vol. II, p. 403, 414-470; vol. III, p. 534 sqq., 551 sqq... 553-614. Voigt, Jus naturale, vol. II, 2, p. 641 sqq. Bernhardy, Rcim. Littéral., p. 54 sqq. 188-260 (§ 36-48) et Griech. Littéral., 1. 1, p. 561 sqq. (§ 82 sqq.). Becker- Marquardt, Mm. Alterth., vol. IV, p. 63 sqq. Preller, JRom. MytlioL, 2eédit.,p. 710 sqq. Lange, Ram. Alterth., vol. II, p. 278 sqq. H. Goll, Kulturbilder aus Hellas und Rom, vol. II, p. 225-247.
3 it) CONSÉQUENCES FACHEUSES DE L*ÉMlGKATION GRECQUE
villes et les cantons de la Grèce dont la dépopulation, déjà commencée longtemps avant la dernière guerre d'Achaïe, avait sans cesse augmenté depuis l'engourdissement et le dépérissement de la vie politique en Grèce * ; il n'était pas moins regrettable que l'amour de la patrie, dans le sens plus restreint du mot, qui, déjà du temps des grands Diadoques, avait diminué graduellement en bien des endroits, disparût complètement chez des milliers d'hommes, grâce au nouveau cosmopolitisme ; que les Grecs de cette époque et de celle qui suivit eussent bien conservé l'antique goût des voyages qui caractérisait la race grecque des temps passés, mais que l'attachement profond au sol natal cédât de plus en plus le pas à cette manière de voir dont le programme se résumait dans cette odieuse maxime : Ubi bene^ ibi patria! Ajoutez à cela que les Grecs éprouvèrent en Italie bien souvent le triste sort qui a condamné tant de nobles nations à n'être plus que « le fumier de la civilisation ». Elles sont innombrables les humiliations auxquelles furent exposés notamment les Grecs des classes élevées — à moins qu'ils n'arrivassent à une haute position, comme entre autres le Lesbien Théophane auprès du grand Pompée — qui cherchaient et trouvaient leur place à l'ombre des grandes familles de la capitale du monde, dans l'entourage des nobles et riches Romains, et plus tard aussi à la cour dont s'entouraient les grandes dames romaines. La profonde corruption qui, surtout depuis la ruine de Carthage et de Corinthe, prenait dans le monde romain des proportions vraiment colossales, n'empêchait nullement les fiers habitants de Rome et de l'Italie de regarder avec un souverain mépris l'agitation fiévreuse et bruyante des Grecs de tout rang et de toute profession qui s'étaient établis partout au milieu d'eux. Les Romains des basses classes, les propriétaires fonciers de la classe moyenne aux rudes allures et la noblesse princière, malgré le dépérissement progressif et inévitable du vieil
*) Cf. en général Gurtius, Peloponn., vol. I, p. 78 sqq. Zumpt, Ueberden Stand der Bevôlkerung und die Volksvermehrung im Alterthum, p. 13 sqq., FiNLAY, Greece under the Romans, trad, all., p. 47 sqq., et v. plus bas. V. aussi Hermann, Griech, Privatalterth. ^ ^ 1, 9. »Fiedler, Gesch. von Altgriechenland, p. 169. Hi.