‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 2)Chapitre 141 sur 235 · ARISTION · texte numérisé non relu

ARISTION

fils de l'Athénien Athénien — qui passe pour avoir été le disciple et l'ami du chef d'école péripatéticien Erymnéos*, lequel florissait vers la fin du second siècle av. J.-C. et au commencement du premier — et d'une esclave égyptienne *. Elevé dans la maison de son père, malgré sa naissance illégitime, le jeune Aristion s'était approprié la culture intellectuelle ordinaire des jeunes Athéniens, avait embrassé les doctrines philosophiques de son père', était devenu l'héritier du vieillard à la mort de celui-ci, et avait trouvé en même temps le moyen de se procurer le droit de bourgeoisie. Il épousa ensuite une jeune et jolie fille, se mit à enseigner la philosophie péripatéticienne et sut, grâce aux charmes de sa femme, attirer à lui une foule déjeunes gens riches qui écoutaient ses leçons ; les honoraires qu'il leur demandait remplirent sa caisse. Quelque temps après, il se mit à voyager avec sa femme et sut, tant à Messène qu'à Larissa en Thessalie, se faire une grande réputation par ses discours, et en même temps augmenter sa fortune ; il était riche en revenant dans sa patrie*.

Nous ne connaissons pas, il est vrai, les événements de sa vie peu avant le commencement de la guerre en Asie-Mineure ; cependant sa destinée ultérieure nous permet de supposer qu'il jouait alors à Athènes un rôle important. Il est bien possible, toutefois, que l'aristocratie ait témoigné peu de

(47 sqq.), p. 211 sqq. et Jul. Capitol., Maximin.y c. 9 (à moins que Jul. Capitolinus ne veuille parler, dans le passage cité, du fameux Athénien, le chef des esclaves siciliens révoltés en 104-102, ce que permet de croire la comparaison qu'il fait au même endroit avec Spartacus) : d'autres auteurs, notamment Strab., IX, \, 20, p. 6i0 (398). Plut., SulL, c. 12 sqq. Num., c. 9. Lucull.y c. 19. Praecept. reip. gerend., c. 14. Appian., Mithridat., c. 28 sqq. Dio Cass., fr,, p. 142 sqq. (Reimar., I, p. 50 sqq.). Pausan., I, 20, 3, lui donnent le nom d'Aristion (sur la forme Ariston, cf. Wytten- BACH, Animadv. ad Plutarch. Moral., II, 1, p. 392, et Fabric, ad Dion. Cass., lib. XXXV, p. 50). Sur les tentatives faites pour assimiler u Athénion )> et « Aristion », v. Victor, Var. led., XXV, 24. Casaubon, ad Athen., 2H f. (28). Ahrens, p, 4. Ellissen, p. \2. Meier, Comm. epigr., II, p. 76.

*) Cf. C. G. Zumpt, JJeber den Bestand der philosophischen Schulen in Athen und die Succession der Scholarchen, p. 69 et 93.

2) Athen., V, p, 211 e.

3) Appien seul, Mithridat., c. 28, l'appelle épicurien, malgré le témoignage très clair de Posid., ap. Athen., V, p. 211 d, peut-être uniquement à cause des excès auxquels se livra plus tard le démagogue.

*) Athen., V, pag. 211 d-f., 212 a.

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sympathie à un homme d'une origine aussi douteuse ; elle expia cruellement plus tard ce manque d'égards. Mais les masses, auxquelles imposaient sa richesse et son éloquence facile, l'audacieux et fougueux démagogue peut bien alors déjà se les être attachées, en célébrant par de beaux discours l'antique grandeur d'Athènes et en déplorant les misères du présent. Bref, lorsque sous l'impression des premières nouvelles des victoires du roi du Pont, venues d'Asie-Mineure, et des rumeurs fâcheuses concernant la révolution et la guerre civile qui avaient éclaté à Rome, à Athènes aussi le parli romain perdit le pouvoir qu'il avait eu jusqu'alors, Aristion persuada facilement au démos athénien de Tenvoyer comme ambassadeur d'Athènes auprès de Mithradate. Celui-ci, qui sut complètement gagner l'habile Athénien, combla de faveur le philosophe qui promettait de devenir un instrument extrêmement utile de la politique du roi du Pont; et Aristion, qui, en attendant, restait témoin, à la cour et dans le camp du roi, des succès et des crimes de Mithradate, sut en revanche, par une série de dépêches remplies des plus belles promesses, exciter de plus en plus contre les Romains les Athéniens, ses concitoyens, et leur inspirer pour Mithradate un enthousiasme qui allait jusqu'à la folie \ Enfin, il s'en retourna en Grèce avec un message du roi. Une tempête poussa son navire dans le port de Carystos, où il paraît avoir séjourné quelques temps. Dès que les Athéniens eurent appris que leur ambassadeur bien-aimé était si près d'eux, ils se hâtèrent de préparer au grand homme la réception la plus brillante. Escorté par les vaisseaux de guerre de la République, le vaisseau d' Aristion entra dans le Pirée ; et l'on vit alors l'ancien « maître d'école » péripatéticien faire son entrée triomphale dans la ville, sur une litière ornée de pieds d'argent et couverte de tapis de pourpre, tandis que des milliers de Grecs émus, venus de près et de loin, se pressaient autour de lui, contemplant avec admiration cet homme venu directement du camp du grand ennemi

*) Athen., V, p. 212 a et b. — Ce fut peut-être alors ou peu après que Mithradate envoya comme offrandes aux temples de Némée et de Delphes phisieurs de ces armures gigantesques dont il couvrait sa stature colossale, au grand étonnement des Asiatiques et des Hellènes (Appian., Mithr., c. 112).

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de Rome, du libérateur tant désiré des Hellènes. A Athènes, on lui donna pour résidence la splendide maison du plus riche citoyen de la ville — probablement l'archonte Médeios — qui, (comme fermier des impôts, paraît-il), avait acquis une grande fortune grâce à son trafic avec Délos ; cette maison était probablement située dans le « Dromos », la grande rue, « une espèce de Corso » qui s'étendait du côté septentrional du marché jusqu'à la célèbre porte de Dipylon et traversait le quartier du Céramique. Couvert d'un manteau magnifique et portant au doigt une bague avec l'image de Mithradate, Arislion se présenta encore une fois ce jour-là à la foule étonnée qui l'accompagnait dans les rues, tandis que, pour célébrer son arrivée, les artistes Dionysiaques faisaient de pompeux sacrifices, dans un endroit consacré attenant à la maison qui leur servait de lieu de réunion dans la grande rue mentionnée plus haut, non loin du Dipylon \ Athènes tout entière semblait donc encore s'abandonner à ce délire effréné des temps romanesques de Démétrios Poliorcète. Mais ce fut la première scène d'une effroyable tragédie; seulement, cette fois-ci, la pièce satirique précéda l'affreuse catastrophe.

Ce fut sans doute par calcul que l'astucieux démagogue avait évité de parler au peuple le jour même de son entrée dans la ville. La foule en devint tellement impatiente que, dès le lendemain matin, elle s'amassa devant la porte de sa demeure, que des troupes d'Athéniens et d'autres Grecs allaient et venaient, comme des flots agités, dans la grande rue du Céramique et dans l'agora, et qu'enfin — lorsque le héros du jour parut au milieu de ses adorateurs et qu'un essaim de rusés personnages, qui avaient soif de là faveur du peuple souverain, l'entourèrent comme les courtisans d'un prince, et que tous ceux qui parvenaient à toucher le vêtement du héraut admiré de la nouvelle gloire d'Athènes se sentaient heureux

— la foule se réunit toute seule en assemblée pour prêter l'oreille aux paroles d'Aristion. Le flot tumultueux se dirigea

*) Athen., V, pag. 212 b-e. Voy. Bergk in Rhein. Museum, XIX, p. 605.

— Sur la question topographique, cf. Bursian., Geogr. von Griechenl., vol. I, p. 289 sqq. et De for. Athen. disput. Zurich, 1865, et dans Pauly, R. E., vol. I, 2° édit., p. 1981. Curtius, AU. Studien, II, p. 17 sqq.

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