ARISTION PREMIER STRATÈGE
cFabord vers l'agora. Arislion prit place sur la tribune (p. 2Ô1) élevée pour le gouverneur de la Macédoine devant le portique du roi Altaic* et commença, avec l'art consommé d'un astucieux démagogue, à entretenir les masses des victoires et de la puissance formidable do Mithradate, qui, disait-il, se préparait à lancer sur le continent européen des forces imposantes, de ce roi auquel tous les peuples de l'Occident, sans en excepter Carthage (!!), avaient promis leur secours contre Rome, l'objet de leur haine ! Puis il excita la colère du peuple contre les Romains. Il ne se contenta pas d'insister sur les entraves depuis longtemps cruellement ressenties qu'on avait imposées à la démocratie, sur l'abandon des anciens lieux de réunion du peuple, du Pnyx et du théâtre, sur la ruine des plus importantes institutions démocratiques, désormais sans valeur, grâce au nouvel ordre de choses établi par les Romains : la triste situation de la ville, un grand nombre de temples et de gymnases tombant en ruines, les fêtes qu'on cessait de célébrer, la décadence de telle ou telle école de philosophie, tout était mis sur le compte de la doraiination romaine*.
Le discours d'Aristion produisit l'effet désiré : la foule surexcitée se précipita en tumulte vers le temple de Dionysos et, dans son exaltation, conféra au hardi démagogue îa dignité de premier stratège (p. 290). Sur son avis, on confia sans tarder les autres fonctions publiques à de bons démocrates, à d'ardents ennemis de Rome'. C'était déclarer ouvertement la guerre à Rome. Toutes les entraves que les Romains avaient imposées à la démocratie (p. 290 sqq.) furent supprimées sans autre forme de procès*; Aristion se prépara ensuite activement à la guerre et résolut d'exterminer le parti romain à Athènes, en prenant pour exemple la conduite du cruel Mithradate.
Nous ne savons pas si Aristion avait alors déjà à sa dispo-
') Le portique construit par le roi Atlale II, de Pergame était probablement situé sur le côlé est de la partie nord de l'agora (Wachsmuth, Die Stadt Athen, I, p, 155 sqq. 642).
2) Athen., V, p. 212 e-213 e; cf. Ahrens, De Athen. stat. polit,, p. 47. CuRTius, Attische Studien, II, p. 31 sqq., 49 sqq.
3) Athen., V, p. 213 e et f.
*) Appian., Mithrid,, c, 39.