TYRANNIE D*ARISTION
sition des troupes auxiliaires du Pont*. Mais il est probable que Mithradate lui donna provisoirement des sommes importantes, à l'aide desquelles il put lever des troupes plus nombreuses que celles que lui fournissaient Athènes affaiblie et l'aveugle enthousiasme des masses. Alors commença une persécution systématique de tous les citoyens qui passaient pour être partisans de l'alliance romaine. Chez Aristion, le fanatisme politique peut bien s'être allié à un désir de vengeance personnel, peut-être même à la jalousie de métier ou à Tenvie que lui inspiraient certains philosophes, ses anciens collègues. En un mot, l'ancien professeur de philosophie se mit à déployer, à l'égard de l'oligarchie athénienne, une cruauté, une rapacité qu'ignoraient la plupart des anciens tyrans antérieurs aux guerres médiques, et que ne connaissaient que trop les tyrans « plus récents » , les Lacharès d'Athènes, les Nabis et autres personnages sanguinaires de cette détestable espèce. Le premier sang que versa le nouveau despote fît fuir tous ceux qui se sentaient menacés ; on ferma les portes de la ville. Lorsqu'ensuite un grand nombre des partisans de Rome — sans cesse inquiétés par les menaces publiques du stratège et par la persécution impitoyable de
1) Nous sommes malheureusement mal renseignés sur certains détails intéressants de cet épisode. Appien notamment contredit d'une façon absolue le récit de Posidonios. Selon Appian., Mithr., c. 28, ce n'est pas Aristion, mais le général Archélaos qui avait gagné Athènes pour le roi en donnant aux Athéniens Délos, qu'il avait prise et qui s'était séparée d'Athènes. C'est alors seulement qu'Aristion reçoit de lui la mission de se rendre à Athènes avec le trésor du temple de Delos et 2,000 hommes; c'est avec ces troupes qu'il s'empare de la tyrannie. — En face de cette assertion d' Appien, qui, précisément ici, mérite peu de confiance, nous nous en tiendrons à celle de Posidonios, très bien renseigné; il est évident que Délos ne se détacha d'Athènes, ou, si on veut, ne fut enlevée aux Athéniens par les Romains (v. plus bas), que lorsque Athènes eut rompu avec Rome. Il est d'ailleurs bien possible qu'Aristion eût à sa disposition dès le début des troupes du Pont ; mais il est plus probable que les 2,000 hommes en question ne furent jetés dans Athènes pour lui servir de garnison qu'après les progrès d'Archélaos. — D'après Pausan., I, 20, 3, Aristion avait été également chargé de messages pour d'autres villes. — Sur les tétradrachmes athéniens des années 88 à 86 avant J.-C, avec les noms de Mithradate et d'Aristion, v. Eckhel, D. iV., II , 219. Beulé, Monn. d'Athènes, p. 237. MoMMSEN, Gesch. d. Rom. Mûnzwesens, p. 692. Hultsch, Mt'trologie, p. 162 : cf. aussi les inscriptions dans Bôckh, C. l. Gr., vol. II, n° 2277 et 2278.
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nombreux citoyens qu'Aristion faisait conclamner à mort et exécuter de la manière la plus sommaire et au mépris de toutes les formes légales, sous prétexte de relations secrètes avec les fugitifs et d'opposition au nouvel ordre de choses — essayèrent de s'échapper en franchissant pendant la nuit les murs d'enceinte, le monstre organisa une chasse générale. Des escouades de ses cavaliers cuirassés reçurent l'ordre de poursuivre partout les fugitifs, et ceux qu'ils atteignaient étaient, s'ils ne se rendaient immédiatement, massacrés en rase campagne, ou ramenés couverts de chaînes; les prisonniers étaient alors exécutés à Athènes, en subissant souvent les plus cruels tourments, ou gardés pour être livrés au roi*. Ceux qui, par ordre du tyran, pourchassaient les fuyards ne cessaient de parcourir et de fouiller les campagnes de l'Attique ; tous les chemins étaient occupés par ses patrouilles, tandis qu'il remplissait sa caisse en confisquant la fortune de ses victimes. Et comme il craignait sans cesse l'arrivée des troupes romaines de la Macédoine ou les soulèvements et la trahison du parti romain de la ville, Athènes fut mise alors déjà en état de siège : de forts détachements gardaient les portes et empêchaient qui que ce fût d'entrer ou de sortir ,* après le coucher du soleil, personne ne devait sortir de chez soi ; enfin, en sa qualité de premier stratège (p. 290), il s'empara de tous les greniers publics ou privés et fixa les rations quotidiennes de tous les habitants*. Cependant un grand nombre des partisans de Rome avaient réussi à se sauvera
1) Nous empruntons ce dernier trait à Appian., Mithr., c. 28.
2) Athen., V, p. 214 a-d ; plus bas, p. 214 e-f. On nous dit, au milieu de l'histoire d'Apellicon, qu'Aristion fixa la ration de chaque citoyen à un chœnix (c'est-à-dire à un peu plus d'un litre) d'orge pour quatre jours : c'était par conséquent le quart de la quantité de blé que les Athéniens jugeaient nécessaire à l'entretien quotidien d'un homme (cf. Hultsch, Métrologie, p. 82 sqq. 87). Ceci n'eut lieu sans doute que lorsque Athènes fut cernée par SuUa.
^) Ces fugitifs (parmi eux le vieux Philon de Larissa, alors scholarque de l'école académique d'Athènes, voy. Zumpt, Succession der Scholarchen, p. 43, qui, réfugié à Rome, devint le maître de Cicéron. Cic, Brutus, c. 89, 306, et sans doute aussi son disciple Antiochus d'Ascalon , plus tard le favori spécial de Lucullus, cf. Zumpt, p. 43. Drvmk^^, Gesch. Roms, vol. IV, p. 173) se rendirent pour la plupart auprès des Romains; Cic, Brut., ibid. Plut., Sull., c. 14. Paus., I, 20, 3 (plusieurs fugitifs, membres