‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 2)Chapitre 146 sur 235 · SITUATION DE SULLA · texte numérisé non relu

SITUATION DE SULLA

livra aux troupes des généraux Archélaos et AristionS rejeta derrière les remparts d'Athènes et les fortifications du Pirée l'armée du Pont et celle de TAttique ; partout les Grecs, sans en excepter l'arrogante Thèbes et la plupart des Béotiens, malgré leur fureur contre Rome, se hâtèrent de faire la paix avec le redoutable général romain'.

SuUa résolut alors de saisir le taureau par les cornes, et de porter aux troupes de Mithradate un coup décisif en Attique, oil la guerre se concentrait alors. Tandis que l'un de ses légats, Lucius Hortensius, occupait laThessalie', et put ainsi tendre la main aux Romains serrés de près en Macédoine; tandis qu'un autre légat, Munalius, observait la division de l'armée du Pont qui stationnait à Chalcis\ Sulla songeait à écraser, en leur portant quelques coups rapides avec le gros de son armée, les masses ennemies réunies derrière les remparts d'Athènes. Cependant Sulla, malgré la rapidité de ses premiers succès, se trouvait dans une situation très difticile. A son arrivée dans la péninsule hellénique, il ne pouvait disposer que d'une armée d'un peu plus de 30,000 hommes (cinq légions de faible effectif, quelques « cohortes surnuméraires » et quelques escadrons de cavalerie) '\ Il ne pouvait guère s'attendre à voir arriver des renforts considérables de l'Italie, où de vastes territoires persévéraient encore dans l'insurrection, oi^i les alliés n'étaient qu'incomplètement soumis, et où^ h Rome, une nouvelle révolution démocratique pouvait éclater à chaque instant. Mais c'était surtout l'argent du Trésor public qui faisait défaut au général romain. Et c'est dans cette situation qu'il devait attacher à sa personne, par la victoire et le butin, son armée, son unique appui dans la guerre que se faisaient les partis; qu'il devait, tout en ayant à côté de lui et

^) Je vois que Pausanias seul, 1, 20, 3, fait mention de ce combat; je ue sais pas pourquoi Mommsen, R. G., vol. II, p. 293, dit que ce combat fut livré près du mont Tilphossion.

'^) Appian., Mithrid.j c. 30. Plut., SulL, c. 12, init. Memnon, c. 32 (34). Pausan., IX, 7,4.

3) Cf. Plut., SuUa,c. 15.

') Cf. Appian., Mlthr., c. 34.

'>) Appian., Mithr., c. 30, init. Cl'. Petek, Gef^ah. Homs, vol. 11, p. 118. Mommsen, R. G., vol. Il, p. 293.

derrière lui les Grecs à peine pacifiés, combattre un ennemi formidable, ayant à sa disposition des ressources inépuisables et notamment une flotte puissante, qui faisait complètement défaut au général romain. Mais toutes ces difficultés, auxquelles cent autres auraient succombé, n'en rendaient Sulla que plus actif et plus audacieux; les Grecs infortunés durent largement payer ses combats et ses victoires.

On comprend donc que Sulla désirât mettre fin aussi rapidement que possible à la guerre en Grèce, en frappant quelques grands coups. Il se contenta donc, une fois en face du système des fortitications d'Athènes, de faire observer par une partie de son armée la ville elle-même, qui était défendue par Aristion et qui, par suite de l'état de délabrement où se trouvaient les fameux « Longs Murs », n'était plus reliée qu'imparfaitement aux ports ^ Avec le gros de sonarmée^ il se jeta sur le Pirée, que défendait Archélaos avec la plus grande partie de ses forces, essaya sans tarder de le prendre d'assaut, mais fut repoussé après un combat acharné*. Sulla se vit donc contraint de se soumettre aux longueurs d'un siège et il eût peutêtre fini par voir toutes ses espérances déçues, si Mithradate avait eu assez de bon sens pour laisser agir comme il l'enten dait Archélaos^ son eminent général, et pour exploiter à son avantage la situation intérieure de la république romaine, qui devenait de jour en jour plus désastreuse. Sulla se retira d'abord sur Eleusis, pour s'y procurer les moyens d'attaquer plus efficacement les murs gigantesques du Pirée". A partir de ce moment, la Grèce ne cessa d'être épuisée par des réquisitions

') Les « Longs Murs » avaient été probablement démolis déjà en plus d'uo endroit par Antitrone Gonatas, vers 255 av. J.-G. (cf. Droysen, Histoire de l'Hellénisme, trad. Bouché-Leclercq, vol. III, p. 240); lorsque (vers la fin de l'an 200 et au commencement de l'an 199 av. J.-G», v. plus haut, p. 60. 64) le roi Philippe assiégea Athènes, les murs étaient, selon Tite-Live, XXXI, 26, semiruti. Aussi ne nous dit-on pas que Sulla ait été obligé d'enlever ces murs pendant le siège à Archélaos ou à Aristion; dès le début, au contraire (Appian., c. 30, fin.), les Romains se servent, sans être inquiétés, de ce qui reste de ces murs pour leurs constructions. (Ce que dit Strabon, IX, i, 15, p. 606 (396) est inexact). Pausanias(I, 2, 2) n'a plus vu que quelques ruines des Longs Murs.

^) Appian., Mithrid., c. 30.

"*) Appian,, ibid.

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