EXACTIONS DE SULLA EN GRÈCE
vraiment colossales de toute espèce. iNous apprenons, entre autres choses, que Sulla, pendant qu'il attaquait le Pirée, faisait travailler journellement, pour mettre en mouvement ses machines de guerre et son artillerie, dix mille paires de mulets qui, par'suite du traitement impitoyable auquel on les soumettait, périrent en masse et durent être remplacés par d'autres qu'on amena de toutes les parties de la Grèce*. Des artisans et des ingénieurs militaires, des matériaux de construction et de guerre de toute espèce, ainsi que des machines de gros calibre, lui furent fournis par la ville de Thèbes, qu'il châtia avec une rigueur toute spéciale*. Et comme le bois faisait peu à peu défaut pour construire les grandes machines de guerre et pour remplacer celles qui se trouvaient usées ou détruites par l'ennemi, Sulla n'hésita pas un instant à faire dévaster les lieux de prédilection des Athéniens, TAcadémie et le Lycée, ainsi que les bois sacrés dont les arbres (surtout les célèbres et magnifiques platanes de l'Académie) durent servir à ses desseins : les Athéniens éplorés virent se répéter les tristes scènes qu'ils avaient eues sous les yeux pendant la désastreuse époque du siège de leur ville par Lysandre et par le roi Philippe (ci-dessus, pp. 60-64)'. Bien plus, cet homme dont la raison était si froide et le cœur bien plus froid encore, qui, pendant la tourmente révolutionnaire, avait osé le premier conduire contre Rome une armée romaine et « violer la paix sacrée de la ville », n'hésita pas non plus à se procurer les sommes dont il avait besoin en faisant des emprunts forcés aux temples helléniques. Sous la réserve d'un dédommagement futur, les sanctuaires les plus vénérés de la Grèce, notamment le temple d'Asclépios à Épidaure et celui de Zeus à Olympic, furent dépouillés de leurs trésors; les Amphictyons durent livrer les trésors sacrés de Delphes à un confident de Sulla et un de ses agents en Grèce, le Phocidien Caphis, qui ne se chargea que malgré lui de cette affaire; un célèbre vase d'argent très grand et
') Plut., Sulla, c. 12.
2) Appian., Miihrid., c. 30.
3) Appian., ibid. Plut., Sulla, c. 12. Dio Cass., éd. Dindorf, vol. 1, p. 142. (fragm., n° 121, éd. Reimar.). Cf. Varr., De re rust,, l, c. 37, fin. BuRSiAN, Geogr. von Griechenland, vol. I, p. 321-324. Sur les arbres gigantesques de rAcadémie, voy. Plin., Nat. Hist., XII, 1 (5), 9.
très lourd fut mis en pièces à cette occasion ^ Lucullus fut ensuite chargé de faire convertir en monnaie ces trésors', que Sulîa salua par de frivoles plaisanteries ^
Cependant on poussait activement le siège d'Athènes et du Pirée. Athènes fut plutôt bloquée qu'assiégée, mais les efforts étaient dirigés contre le Pirée. Les restes des « Longs Murs » furent démolis pour fournir les matériaux d'un mur de circonvallation, sur lequel on se proposait d'établir les tours de siège, les batteries et les machines d'attaque. Les machines de siège fonctionnaient nuit et jour, pour faciliter, en faisant des brèches, les assauts plusieurs fois tentés par SuUa, longtemps sans succès appréciable. Archélaos, de son côté, tentait, entre autres moyens d'une défense aussi vaillante qu'habile, d'énergiques et fréquentes sorties, qui, il est vrai, se terminaient en général par la défaite des troupes de Mithradate, parce que SuUa, qui enlretenait des intelligences dans le camp ennemi, était parfaitement instruit de toutes les entreprises de son adversaire. Aussi longtemps que SuUa n'avait pas de flotte, la mer restait complètement ouverte à Archélaos; il put donc, lorsque le danger devint plus pressant, faire venir par mer les troupes cantonnées à Chalcis et dans les îles voisines ; avec elles elles matelots armés de sa flotte, il réussit une nuit à détruire un grand uombre des machines de siège des Romains. L'arrivée d'un renfort considérable venu d'Asie sous Dromicheetès décida enfm Archélaos à risquer sous les murs du Pirée une bataille régulière, qui se termina par la défaite complète de l'armée asiatique. Sur ces entrefaites arriva Fhiver de l'année 87/6 av. J.-G. La mauvaise saison, qui décida le général romain à aller camper de nouveau à Eleusis, où les troupes du Pont eurent encore l'audace de venir l'inquiéter, n'interrompit que momentanément les opérations du siège. Dès que le temps le lui permit, SuUa renouvela ses attaques sur le Pirée avec plus d'énergie qu^auparavant, et peu à peu
1) Appian., Mithrid., c. 54. Plut., SuUa, c. 12. Pausan., IX, 7, 4. Dio Gass., fragm. y no^\22, 123, éd. Reimar. Diodor., XXXVIII et XXXIX, 7. Sur Épidaure, cf. ci-dessus, p, 264, 1, et Curtius, Peloponnesos, vol. II, p. 424. 573.
2) Plut., Dio Cass., Diodor. ibid., II. '') Plut., LuguIL, c. 2,init.