‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 2)Chapitre 173 sur 235 · EXPÉDITION DE MÉTELLUS CONTRE LES CRETOIS · texte numérisé non relu

EXPÉDITION DE MÉTELLUS CONTRE LES CRETOIS

à ce qu'il paraît, d'un grand nombre de ceux qui avaient delà fortune, qui, tout bien pesé, redoutait fortune guerre sérieuse avec Rome et était assez disposé, en acceptant les dures conditions des Romains, à sauver au moins son existence et une ombre de l'indépendance d'autrefois; on ne l'écouta pas. En effet, Lasthénès et ses amis surent gagner les masses énergiques du bas peuple, et l'on prit la résolution de ne pas se soumettre aux exigences des Romains, mais de défendre à outrance l'antique indépendance de l'île, ou de succomber au besoin avec honneur les armes, à la main^

Dans ces circonstances, le Sénat résolut d'envoyer en Crète avec des forces imposantes un des consuls de Tannée 69 av. J.-C, et de commencer la campagne contre la dernière tribu de Grecs indépendants en Europe avec une impitoyable énergie. Le vaillant et habile consul Quintus Csecilius Métellus prit donc d'abord, selon toute apparence, à la fm de l'année de son consulat, (probablement) comme proconsul, en 68 av. J.-C, le commandement de la province de Macédoine*. Soutenu par plusieurs légats capables, parmi lesquels Lucius Bassus commandait la flotte, ou du moins une partie decelleci% et Lucius Flaccus prit provisoirement position en Achaïe*, Métellus ouvrit cette difficile campagne contre les Cretois dont malheureusement nous ne connaissons que peu de détails. Les Romains débarquèrent, avec trois légions', dans la partie nord-ouest de l'île, près de Cydonia^ et rencontrèrent bientôt sur le territoire de cette ville l'armée ennemie, forte

*) Appian., Sicil., c. 6. Diodor., XL, 1, 1-3. Dio Cass. (éd. Dind.), fr, 111, 1-3. Suidas, s. y. TSTpao-xaXfjLov ,

2) D'après Zumpt, Comment. Epigr., vol. II, pag. 186-190. Kuhn, Die stadt. Verfass», vol. II, p. 26. Sur Métellus, v. Gic, Act. in Verr., II, lib. Ill, 95. 222. Liv., Epit. lib., XCVIII. Vell., II, 34, init. Flor., I, 41. EuTROP., VI, 11. Oros., VI, 4. Appian., SiciL, c. 6. Dio Cass., fr. 111, 5. Plut,, Pomp., c. 29, init.

^) Dio Cass., XXXVI, 2. D'autres légats de Métellus, comme Gaius Licinius Sacerdos, Cic, Pro Plane, cil, 27, restèrent peut-être en Macédoine (ZuMPT, ibid.)', v. Drumann, vol. II, p. 52.

*) Cf. Gic, Pro Flacco, c. 3, 6; c. 26, 63. Pro Plane. y &•. 11, 27, et V. ZuMPT, op. cit., p. 186-188, 190. Kuhn, loc. cit.

^) Phlegon, Olymp. fragm. (dans Wester\îann, Sçriptor, rer. mirabil. grœc.) ex libb. incert., p. 210, XII, s. fin.

^) Cf. Phlegon., loc. cit.

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de 24,000 hommes, pour la plupart excellents archers*, et commandée par Lasthénès et Panares. Après un combat acharné, les forces Cretoises furent mises en fuite %• mais Métellus ne pouvait se rendre maître de l'île qu'en s'emparant de différentes places fortes qui s'y trouvaient : c'était long-, et la ténacité, la bravoure, l'habileté des Cretois, endurcis à la fatig-ue, rendaient sa tâche bien difficile. Après de long-s efforts, il contraignit d'abord la forte Cydonia à se rendre; Panares capitula après qu'on lui eut garanti la vie sauve'. Cependant un autre chef crétois, un certain Aristion, s'était réfugié à Hiérapytna dans le sud-est de l'île *, et Lasthénès à Cnossos^ de sorte que le consul ne put s'avancer que lentement vers l'est de l'île longue et étroite. Après une lutte opiniâtre, Cnossos aussi fut vaincue; mais Lasthénès s'était encore échappé après avoir auparavant détruit volontairement sa maison et ses trésors ^ On prit alors Lyctos avec beaucoup d'autres places fortes ^ La résistance opiniâtre des Crétois avait tellement exaspéré les Romains, que la lutte finit par prendre le caractère d'une véritable guerre d'extermination. Métellus, qui voulait évidemment achever la conquête de l'île avant que Cn. Pompée, qui avait été sur ces entrefaites revêtu d'un pouvoir extraordinaire sur toutes les mers et sur toutes les côtes de l'empire (v. plus bas), trouvât l'occasion de le frustrer de sa gloire, mit à feu et à sang un canton après l'autre et commença à traiter les prisonniers avec tant de cruauté que beaucoup de Crétois aimèrent mieux se donner la mort que de se rendre aux bourreaux romains \ Alors — la guerre s'était déjà prolongée jusqu'à l'approche de- l'été de l'année 67 av. J.-C. — l'intervention de ce deuxième potentat romain mit fin au drame sanglant d'une façon aussi odieuse qu'horrible. En effet, par suite de l'union des démocrates d'alors et de leurs agissements en faveur de Pompée, le peuple romain

') Vell., II, 34, init.

') Phlegon, ibid. Appian., SiciL, c. 6.

3) Liv., Epit. lib. XCVIIL XGIX, init. Appian., ibid, Flor., I, 41.

*) Dio Gass., XXXVI, 2.

^) Appian., SiciL, c. 6. Liv., Epit. lib. XGIX, init. Flor., I, 41. ♦

^) Liv. et Flor,, loc» cit.

7) Flor., L 41.

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s'était décidé, comme Ton sait, au commencement de Tannée 67 av. J.-G. , à confier^ afin d'anéantir la piraterie aussi rapidement et aussi complètement que possible, à ce même Pompée, son favori du moment, les ressources de l'immense empire dans une mesure inouïe jusqu'alors. Aussi Pompée avait-il répondu complètement à l'attente de ses partisans : il avait réussi, dans l'espace de trois mois, à nettoyer à fond et définitivement la mer Méditerranée des pirates qui l'infestaient. Or, Pompée avait fait preuve plusieurs fois, à l'égard des pirates vaincus et des villes qui leur appartenaient dans le sud de l'Asie-Mineure, d'une clémence habilement calculée qui contrastait avantageusement avec les procédés ordinaires des généraux romains à l'égard des corsaires. La nouvelle de cette attitude du puissant chef d'armée détermina le reste des Cretois qui luttaient encore contre Métellus à chercher auprès de Pompée un refuge contre la mort et la ruine. Il se trouvait alors en Pamphylie; ils lui envoyèrent donc une ambassade pour lui offrir leur soumission*. La loi Gabinia, sur laquelle se fondait, comme l'on sait, la puissance achielle de Pompée, avait donné à ce dernier un pouvoir illimité sur toutes les côtes de l'empire jusqu'à une distance de dix lieues dans l'intérieur des terres; l'île de Crète était donc aussi, de droit, placée sous son autorité suprême. Il est vrai que Métellus méritait, à cause de ses hauts faits, qu'on eût égard à sa position difficile ; mais Pompée n'était guère disposé, comme l'on sait, à faire le sacrifice de la gloire d^avoir aussi complètement terminé la guerre contre les Cretois. Il reçut donc avec bienveillance l'offre de soumission des Cretois^, et envoya ensuite, avec les ambassadeurs, son légat L. Octavius à Métellus pour lui faire savoir qu'il avait accepté les propositions des Cretois. Il donna en même temps à Métellus l'ordre de susprendre immédiatement les hostilités et de quitter l'île; quant aux Cretois, on leur fit savoir que dorénavant ce n'était plus à Métellus qu'ils devaient obéir, mais à Octavius, qui devait prendre provi-

^) Gic, Pro lege ManiL, c. 12, 35. 16, 46. Flor,, I, 41. Appian „ Sid/., c. 6. Plut., Pomp., c. 29, init.

2) Cf. Cic, ibid. Liv., Epit. lib. XCIX. Flor., ibid. Appian., ibid. Plut. ibid. Dio Gass,, fr. 111, 5, et XXXVI. 1.

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