CRIMES DE VERRES A LAMPSAQUE
et à Myndos \ en dérobant de nombreux objets d^art de toute espèce, sans respect ni pour les temples, ni pour les demeures particulières, en se permettant de cruelles exactions et en faisant argent de tout. Les faits scandaleux qui se passèrent à Lampsaque caractérisent d'une façon eO'rayante le gouvernement de l'aristocratie romaine, môme en Grèce, le mépris criminel de tous les droits, les procédés arbitraires et cruels dont se rendirent coupables dans ces malheureuses contrées, sur les bords de la mer Egée et de rHeliespont, ces Romains spoliateurs, presque aussi mauvais que les pires des pachas turcs : ils croyaient sans doute que, même après les victoires de Sulla et les châtiments qu'il leur avait infligés, ces pays n'étaient pas suffisamment punis. En effet, Yerrès, en 79 avant J.-C, entreprit, en prenant pour point de départ la province gouvernée par Dolabella, un nouveau voyage en Bithynie par la province d'Asie, soi-disant au service de l'Etat. A Lampsaque^ il apprit que Philodamos, qui^ par son origine, son rang et sa fortune, occupait la première place dans cette ville, qui, à ce qu'il paraît, ne s'était même pas compromis lors du massacre ordonné par Mithradate et qui entretenait d'excellents rapports avec les autorités romaines, avait une fille aussi belle que vertueuse. Joignant à ses autres vices Fimpudicité la plus effrénée, habitué à outrager grossièrement les femmes et les filles des provinciaux, Yerrès désira posséder cette jeune fille. Rubrius, son entremetteur ordinaire^ fut donc sans retard logé chez Philodamos, qui offrit un splendide festin à quelques-uns de ses amis et aux personnes de la suite de Yerrès, Yers la fin du repas, Rubrius demande qu'on fasse paraître la jeune fille ; naturellement, le digne Philodamos refuse. Alors les Romains, sanscacherdavantageleur coupable projet, essaient de s'emparer de la jeune femme. Une lutte s'engage entre les sicaires romains et les esclaves et amis de Philodamos, lutte à laquelle prennent part bientôt son fils et ses voisins. Philodamos lui-même est maltraité par Rubrius, mais ce dernier aussi est blessé, le licteur Cornélius tué, et finalement les Romains sont expulsés de la maison. Ce n'est qu'avec peine qu'on em-
*) Cic, hî Verrem, act. I, lib. I, c. 34, 86 à 35, 90.