ABAISSEMENT DES CARACTÈRES EN GRÈCE
pécha le peuple de se soulever en masse. Alors Verres engage son supérieur à quitter sa province et à se rendre auprès de Gains Claudius Néron, qui, à celte époque, gouvernait l'Asie, pour tirer vengeance du malheureux Pliilodamos. On demanda compte à ce dernier de la mort du licteur Cornélius; puis un tribunal romain, composé en partie d'officiers de Tentourage de Dolabella, devant lequel parut comme accusateur, à l'instigation de Yerrès, un créancier de la ville de Lampsaque, condamna à mort Philodamos et son fils : l'exécution eut lieu bientôt après sur la place publique de la ville phrygienne de Laodicée (dans la province de Dolabella) ^ Le châtiment de ces crimes et d'autres qu'il commit en Achaïe et en Asie n'atteignit^ Verres qu'en 70, après qu'il se fut livré, comme l'on sait, à de nouveaux excès dans la Sicile grecque en qualité de propréteur (73-71) : l'exil et une amende assez forte qu'il fut condamné à payer ne furent qu'une expiation imparfaite; il trouva la mort en 43 lors des proscriptions de Marc-Antoine. Les annales de la Grèce d'Europe ne font pas mention, il est vrai, de ces actes de scélératesse qui peignent si bien la situation déplorable de la Grèce d'Asie pendant la période malheureuse qui s'écoula entre les années 88 et 70 av. J.-C. Et pourtant, les Grecs d'Europe, eux aussi, devaient éprouver encore bien des malheurs. D'un côté, en effet, la déplorable administration romaine de cette époque exerça sur la moralité des Hellènes, déjà si profondément corrompus (p. 311 sqq.), l'influence la plus déplorable. Les vices d'un peuple civilisé, mais usé et about de forces, gémissant pendant des années, sans aucun espoiç^ sous la plus cruelle oppression; l'arrogance unie à la dissimulation, une fausseté sans bornes, des actes de vengeance souvent aussi lâches que cruels; un servilisme repoussant, un dévouement complet au pouvoir établi, dans l'espoir de se dédommager en opprimant les autres ou de s'assurer l'appui d'un maître impitoyable pour commettre des bassesses, tout cela se voyait dans la Grèce de cette époque. Personne, en songeant aux expériences faites antérieurement, ne
') Gic, In Verr. act., I, II, lib. I, c. 24, 63 à 34, 86. -) Cf. Pauly. il. E., vol. VI, 2, p'. 2471. Drumann, vol. III, p. 91 sqq. Vol. V, p. 324-328.