‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 2)Chapitre 20 sur 235 · ÉTAT POLITIQUE DE LA GRÈCE · texte numérisé non relu

ÉTAT POLITIQUE DE LA GRÈCE

mesure aussi les Achéens); et on peut même se demander si le reste des Grecs eût été satisfait. L'opposition systématique des partis et la rivalité entre les divers cantons subsistaient par contre dans toute leur force ; c'est surtout l'antipathie autrefois moins vive entre les Achéens et les Étoliens qui était devenue implacable depuis la guerre des alliés et surtout depuis la première guerre des Romains en Grèce. Par contre, dans les cantons directement arrachés à la Macédoine, surtout en Eubée^ et dans la Thessalie propre, Flamininus avait cherché à établir partout un état de choses durable et en même temps à créer un parti dévoué aux intérêts de Rome. Selon le principe de la politique romaine de tendre partout à l'étranger la main au parti aristocratique, Flamininus avait institué partout en Thessalie des gouvernements aristocratiques ou plutôt timocratiques, basés sur un recensement fixe *, et, par conséquent, mis le Conseil et les tribunaux

1) Cf. Liv., XXXIV, 51. Il est question ici pour la première fois du « coyiventus » des villes de TEubée, dont les Romains formèrent en apparence une confédération nouvelle. Cf. aussi E. Kuhn, Beitràge zur Verfassung des romischen Reichs, p. 79, n" 259.

') Cf. Liv., XXXIV, 51. Le détail des affaires intérieures des pays compris entre l'Othrys et l'Olympe n'est que très peu connu ; quant aux quatre nouvelles confédérations thessaliennes (p. 80), nous ne connaissons un peu mieux que celles de la Thessalie proprement dite. Là, les villes furent donc unies en fédération ; à la tête de la ligue (du xoivbv Ttbv ©eTxaXwv) on plaça, d'après la coutume alors en usage chez les Hellènes, un stratège réélu chaque année par l'assemblée générale. Celle-ci avait lieu à Larissa. Cf. Liv., XXXV, 31 et 39. XXXVI, 9 et 8. XLII, 38. Euseb., Chronic. Armen., p. 340 (180 sqq.). C. MûLLER, Fragm. hist. Graec, III, p. 703 sqq. Weissenborn ad Liv., XXXIV, 51 Hermann, Griech, Staatsalterth., § 178, n° 24. Il est fait mention d'un grand nombre de stratèges thessaliens (voy. notamment Eusèbe à l'endroit cité) ; ceux qui sont nommés jusqu'à l'année de la mort de Philippe étaient originaires des villes de Phérae, Atrax, Gomphi, Gyrton, Larissa, Metropolis, Scotussa, etc. ; voy. Schorn, p. 267 et (à propos d'Eusèbe), notamment Niebuhr, Kleine hîstor. Schriften, I, p. 241-249, et Rheîn. Mus., XVIII, p. 541 sqq. XIX, p. 604. Becker-Marquardt, HancZÔMcA derrom.Alterth., Th. III, Abth. 1, p. 117. E. KuHN, Beitràge, p. 79. Nr. 261, et p. 102 sqq. Stddt. Verfassung, II, p. 44 sqq. Voy. aussi Bursian, Géographie von Griechenland, qui prouve (vol. I, p. 46), au moyen de nombreuses inscriptions récemment découvertes, que, dans quelques-unes des villes confédérées de la Thessalie, les magistrats suprêmes portaient l'antique litre de -zayôç (que l'on donnait autrefois, comme on sait, au chef nommé de temps en temps pour commander toutes les forces de la ThessaUe). La nouvelle constitution des Magnètes, dont le chef portait le titre de « magnétarque», était régie par des lois ana-

LA CONFÉDÉRATION ÏHESSALIENNE 107

entre les mains des riches. En outre, « il avait cherché à mettre le plus possible dans les intérêts de Rome les diverses cités, en versant au Trésor public de chacune d'elles l'argent qui, selon le droit de la guerre, était tombé en partage aux Romains ^ » Ensuite, comme nous l'avons vu, il avait complètement abandonné la Grèce à elle-même et à l'avenir. Voyons maintement en détail quelle fut la destinée de la Grèce indépendante.

Lorsque Flamininus, dans les premiers jours de Tété de l'année 194 avant J.-G., ramena l'armée romaine en Italie, il y avait surtout trois endroits dans la péninsule grecque où le nouvel ordre de choses avait provoqué un profond mécontentement. Je ne parle ni de la Béotie, ni de l'Eubée et de la Thessalie, où la ruine de la domination macédonienne, qui y avait existé pendant de longues années,avait lésé naturellement de nombreux intérêts et fait bien des mécontents ^ ; on comprendra facilement que je veux parler de la Macédoine, de Sparte et de l'Étolie. Mais, dans l'état où se trouvaient les affaires, ni le roi Philippe, ni le féroce Nabis ne pouvaient songer à provoquer par eux-mêmes un mouvement contre Rome . Ce rôle, lesÉtoliens se l'étaient réservé, eux qui, après avoir rejeté les Macédoniens derrière l'Olympe avec le secours des Romains, songeaient maintenant à refouler hors des limites de la péninsule hellénique, à l'aide d'une autre grande puissance, l'influence gênante des Romains qui depuis peu leur étaient devenus si odieux. Cette puissance était naturellement l'empire des Séleucides. Le roi Antiochus avait, en 194, continué à faire des conquêtes en Thrace'; mais les Romains, qui, à cette époque, se laissaient guider par Flamininus quand il s'agissait des affaires d'Orient, finirent par poser (au printemps de l'année 193 '') l'ultimatum suivant à l'ambassadeur du grand roi asiatique : il devait ou renoncer à ses nouvelles conquêtes

logues (Liv., XXXV, 31 et 39). Cf. aussi E. Kuhn, Die stàdt. u. hûrgerl, Verf. d. rôm. Reichs, II, p. 402, et, sur les stratèges des Perrhèbes, ibid., p. 13 el Rhein. Museum, 1863, p. 540,

*) MoMMSEN, Rom. Gesch», I, p. 729, d'après une inscr. C. /. Gr., I, n° 1770, p. 862, qui donne des indications spéciales sur la cité des Cyrétiens.

») Cf. Liv., XXXV, 37. 51.

^) Cf. Appiân. Syr. c. 6 init. et Nissen, op. cit., p. 163.

*) MoMMSEN, Rôm. Geschichte, l, p. 738 et Nissen, p. 164, 328.

i08 RAPPORTS TENDUS ENTRE ROME ET ANTIOCHUS LE GRAND

en Europe ou accepter l'intervention des Romains en faveur des villes grecques d'Asie*, dont plusieurs, notamment Smyrne, Lampsaque, et Alexandria Troas, continuaient à résister au Grand-Roi et avaient, déjà avant cette époque, imploré la protection des Romains'. C'était, au fond, rompre déjà avec Antiochus; mais les hostilités ne commencèrent pas encore. Les Romains empêchèrent encore la guerre d'éclater en envoyant une nouvelle ambassade en Asie; mais Antiochus^ hésitant et indécis, cherchait toujours encore à se préparer de loin et par des moyens divers à la lutte décisive ^ En attendant, les Étoliens faisaient les plus grands efforts pour faire éclater la guerre aussi rapidement que possible. Ils avaient complètement renoncé à la politique louvoyante dont ils avaient été obligés de s'accommoder à plusieurs reprises depuis quelques dizaines d'années ; tous les efforts du parti exalté, qui était alors prépondérant chez eux et qui avait à sa tête Thoas et Damocritos, tendaient maintenant (en 193), d'un côté à décider le Séleucide à débarquer rapidement en Grèce^ de l'autre, à mettre en mouvement dans la Péninsule hellénique, pour eux et pour Antiochus, une série de solides alliés. Ils firent fausse route dès le début en se trompant eux et le Séleucide, alors comme plus tard, sur les véritables sentiments des Hellènes, et en proclamant en Grèce, avec une assurance que n'autorisait aucun fait positif, l'ouverture prochaine des hostilités par Antiochus. Le roi Philippe, sur le secours duquel ils avaient compté avec certitude, ne les écouta pas; le prudent Antigonide était bien trop rusé pour s'exposer témérairement, soit en tirant prématurément l'épée, soit en faisant trop tôt des déclarations positives, ou pour renoncer à des avantages que semblait précisément lui promettre une attitude réservée pendant les préparatifs de la nouvelle lutte colossale qui allait s'engager entre la grande puissance de l'Orient et celle de l'Occident. Nabis, par contre, céda immédiatement aux instigations de l'ambassadeur étolien

*) Liv., XXXIV, 57-59. Appian., Syr.,c.6. Diod., XXVIII, 15. 2) Cf. Liv., XXXIII, 38. XXXV, 42. Polyb., XVIII, 35. XXI, 10, 3. DiOD., XXIX, 7.

') Liv., XXXIV, 59 s. fin., 60 sqq. Appian., Syr., c. 7 sqq.

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