‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 2)Chapitre 200 sur 235 · BIENFAITS DE CÉSAR · texte numérisé non relu

BIENFAITS DE CÉSAR

là, les pirates établis à Dyme en 67 (p. 386) avaient quitté leurs demeures; reprenant leur ancien métier, ils recommençaient à infester les mers voisines *.

Bien que les villes grecques fussent toujours encore remplies de fugitifs et d'exilés appartenant au parti vaincu (pendant les dix-huit années qui suivirent, ils furent de plus en plus nombreux jusqu'à la victoire complète d'Octavien sur le dernier de ses adversaires); bien que, pendant des années encore, on trouvât, notamment dans le nord de la Grèce, les débris de l'armée de Pompée mise en déroute à Pharsale, en somme, la paix était rendue au pays. Il y a plus : depuis l'été de l'année 46 av. J.-C, la Grèce, comme l'empire romain tout entier, se trouvait sans conteste sous la domination <lu grand César, qui s'occupa dès lors avec zèle et avec la perspicacité de son puissant génie du relèvement de cette partie de l'empire. Les impôts furent partout perçus avec plus de régularité; on les diminua; dans la province d'Asie, les impôts directs ne furent plus affermés aux publicains (dont les excès avaient été souvent déjà réprimés avec sévérité); on les diminua d'un tiers et on en fixa probablement la somme à cette époque ^ Si la province d'Asie profita de toutes ces mesures, la Grèce fut favorisée d'une façon différente. Immédiatement après la bataille de Pharsale, la Thessalie, en souvenir de cette journée mémorable, avait été exemptée d'impôts". Nous ne savons pas si les présents que fit César aux Athéniens pour embellir leur ville leur ont été faits pendant sa dictature* ; nous savons, par contre, que le grand empereur résolut de faire aux Hellènes

») Cic, Ad Att., XVI, 1, 3. Cf. LucAN., Phars., II, 636.

2) Cf. Dio Cass., XLII, 6, fin. Plut., Cxs., c. 48, init. Cf. Appiân., B. C, II, 92 et V, 4. MoMMSEN, R. G., vol. III, p. 489 sqq.,529. V. aussi Walter, Gesch. d. R. R., vol. I, p. 353. Becker-Marquardt, /{. A., III, 1, p. 135. Meier, Pergamen. Reich, p. 422-425. — César accorda à la ville de Cnide la liberté (et probablement aussi l'immunité); Plut., loc. cit. y et Ilion (cf. p. 314,2), reçut des terres considérables; son indépendance et son immunité lui furent confirmées ou restituées. Strab., XIII, 1, 27, p. 888 (594. 595).

^) Cf. ci-dessus, p. 267, et v. Appian., B.C., II, 88, init. Plut., Cdes., c. 48, init.

*) Nous ne savons pas, il est vrai, si Athènes reçut ces présents après k victoire de César sur ses ennemis ou avant le commencement de la guerre civile (cf. SuETON., Cœs., c. 28); quant à l'affaire elle-même, voy. notamment BôcKH, C. i. Gr., vol. I, n» 477 et ci-après.

CORINTHE COLONIE ROMAI^'E 429

d'Achaïe un présent d'une nature tout diffère n Le, mais qui pour eux fut un bienfait immense. Si d'un côté César, dans un but politique et social, fonda des colonies de vétérans * en Espagne et en Gaule, à Sinope et à Héraclée sur la mer Noire (p. 369, 4), il forma aussi le projet, tant pour l'expiation de deux des plus grands crimes de l'ancienne République que pour débarrasser la capitale du monde d'une foule de misérables prolétaires et répandre l'élément romain dans les contrées vaincues, d'établir une grande partie des quatre-vingt mille Romains qu'il destinait à la colo^nisation d'outre-mer (c'étaient pour la plupart des affranchis) sur les ruines de Carthage et sur celles de Corinthe ^ Cent deux ans après la destruction de cette dernière, on commença à bâtir (44 av. J.-C.) « sur l'ancien plateau au nord de la citadelle », une ville nouvelle, Laiis Julia Corinthus'% sur le sol même où avait été conservé depuis les temps de Mummius^ entre autres monuments échappés à une destruction complète, un vieux temple d'Athéné avec son culte (sur le côté gauche de la route de Sicyone)^ Cette fondation nouvelle, qui semblait pouvoir pré-

1) Cf. ZuMPT, Comm. Epîgr., vol. I, p. 310-317. Becker-Marquardt, R. A., III, 1, p. 334. Walter, Geschichte d. R. R., vol. I, p. 402 sqq. MoMMSEN, R. G., vol. III, p. 536 sqq., 541.

2) SuETON., Cœs., c. 42, init. Strabon, VIII, 6, 23, pag. 585 (381).

3) CuRTius, Peloponnesos y vol. II, p. 532.

*) Peu de temps auparavant, pendant les derniers jours de l'année 64 av. J.-C, le parti populaire de Rome avait fait proposer par le tribun du peuple, P. Servilius RuUus, de faire vendre la partie du territoire de Corinthe qui était encore propriété de l'État; mais le consul M. Tullius Cicéron avait fait échouer en 63 ce plan, ainsi que les autres projets qui s'y rattachaient; V. Cic, De lege agrar.^ I, 2, 5. II, 19, 51. Peter, Gesch. Roms, vol. II (2® édit.), p. 181 sqq. Drumann, v. III, p. 148 sqq. Mommsen, R. G., vol. III, p. 169 sqq. Rudorff, Bas Ackergesetz des Sp. TItorius (in Ztschrft. f. Gesch. R. W., X, 1), p. 140. CuRTius, Pelop., vol. II, p. 591. — Zumpï, Comm. Epigr,, vol. I, pag. 374 sqq., doute que César ait vu le véritable commencement de la reconstruction de la Nouvelle-Corinlhe ; il croit aussi que les 80,000 Romains en question n'ont pas quitté l'Italie, ibid., et p. 327 et 341 (Becker-Marquardt partage cette manière de voir, op. cit., p. 334, contrairement à Mommsen, R, G., vol. Ill, p. 497), en partie pour des raisons générales, en partie à cause du passage d'AppiAN., Pun., c. 136 (cf. aussi Dio Cass., XLIV, 51, fin.). Cependant plusieurs historiens attribuent plus ou moins positivement au grand César les premières constructions de la Nouvelle Corinthe; cf. Plut., Cœs., c. 57, fin. (qui, cependant, contrairement à d'autres écrivains, fait de Corinthe une colouie militaire); Dio Cass., XLIII,

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