‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 2)Chapitre 229 sur 235 · ATHÈNES · texte numérisé non relu

ATHÈNES

se contenta pas de combler de présents Athènes seulement; d'autres villes grecques, comme Élis, Nicopolis, Sparte, Samos, Cos, Rhodes et Chios, eurent à se louer de sa générosité \ Les nouvelles constructions n'étaient pas indignes de leurs splendides aînées. Il fallait être, il est vrai, un observateur bien superficiel pour ne pas voir que Nicopolis, Patrae et Corinthe seules étaientrçellement vivantes etque la splendeur des monuments d'Athènes n'était comparable, après tout, qu'au brillant sarcophage d'une grande race éteinte, au cénotaphe d'une grandeur à jamais perdue. Mais le touriste de passage pouvait s'y tromper, et plus d'autant facilement que Téternelle beaulé qui, sous l'azur profond du ciel del'Attique, caractérisait alors comme des siècles plus tard les monuments soigneusement entretenus du passé (lesquels respiraient, comme dit Plutarque, comme un parfum d'éternelle jeunesse et semblaient être doués d'une âme qui ne devait point vieillir^) ne cachait que trop aux regards la misère et la pauvreté de la génération contemporaine ^ Les Athéniens, nous le répétons, étaient très heureux de voir leur ville constamment dotée de nouveaux ornements. C'est précisément à cette époque que leur Université commença, pour une série d'années, à être moins florissante et moins fréquentée (cf. vol. II). Car, pour ne parler qu'en passant de l'antique et célèbre Alexandrie, de Tarse et de Rhodes, ainsi que de l'école de rhétorique de Mitylène, qui prenait alors un rapide essor, non seulement Rome était devenue elle-même un centre où l'on étudiait les sciences, la rhétorique et la philosophie, mais sur d'autres points encore, tant à l'ouest qu'à l'est de l'empire, à Tyr, h Antioche, à Smyrne, àEphèse, àByzance, àNaples, àMarseille se fondaient des écoles destinées à faire une concurrence sérieuse à celles d'Athènes, lesquelles ne devaient arriver à l'apogée de leur gloire qu'au n^ siècle de notre ère \ Les Athéniens devaient donc s'estimer d'autant plus heureux que le charme incomparable de

1) Joseph., Bell. Jud., I, 21, 11 et 12. Ant., XVI, 5, 3 et 2, 2.

2) Plut., Pmc/., c. 13.

3) Friedlânder, Sittengeschîchte Roms, II, p. 55.

*) Cf. Blass, Griech. Beredtsamkeît, p. 70. 151. 164. C. Zumpt, Ueber denBestand der philos. Schulen, p. 19. 83 sqq., 90.

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leur ville lai fût non seulement conservé, mais augmenté et rehaussé. Nous verrons qu'Athènes exerça ce charme pendant des siècles encore, et que même le fier Alaric n'y fut pas insensible. On peut même dire que l'abandon où se trouvait cette contrée, qui alors déjà avait perdu la riche parure de ses forêts florissantes et de ses vertes prairies *, que ses montagnes nues^ mais de formes plastiques, qui empruntaient aux teintes ardentes du soleil leur plus bel ornement, ne rendaient pas TAttique moins attrayante. Ce pays, par sa beauté toute particulière, captivait des âmes sensibles, comme Ovide, — qui, il est vrai, a déj à presque les sentiments d'un moderne ^ — comme plus tardle rhéteur enthousiaste Aristide de Smyrne. « Partout, dit ce dernier, on se sentait envahi par la grâce, comme par un souffle caressant. L'aménité des campagnes et des champs^ le reflet brillant des montagnes et labeauté de leurs lignes avaient d'autant plus de charme que l'air était plus pur, et la lumière plus pleine et plus intense. Une promenade le long de ces côtes était comme un beau rêve; il semblait que l'âme eût besoin de se purifier et de s'élancer avant de contempler Athènes^ ». Tels sont, en somme, les événements qui eurent lieu en Grèce et la situation de cette contrée après l'établissement définitif de la monarchie des Césars. Tout en nous hâtant d'arriver au terme de cette période, faisons ressortir encore quelques phénomènes du règne d'Auguste. Nous rencontrons d'abord à Crané, dans l'île de Céphallénie, l'ami de l'empereur. Gains Proculéius, dans la situation seigneuriale qu'avait eue avant lui Gains Autonius (p. 403). Puis, c'est le Spartiate Euryclès, dont nous avons parlé plusieurs fois déjà et qui joue, pendant les vingt ou trente années suivantes, un rôle tout parliculier. Riche et possesseur de Fîle deCythère \ il s'oflorça de perpétuer sa mémoire en Grèce par les moyens qu'avaient

^) Cr. Ross, Archàol. Aufs.^ II, p. 133 sqq. Bursian, Geogr., I, p. G. OviD., Art. Am., Ill, 687.

5j Cf. OviD., Mctam., II, 795 sqq. Art. Amat.y 687 sqq. et v. Fried- LANDER, vol. 11, p. 54 sqq .

3) Cf. Aristid , Orat., Xlfï, p. 187 ^qr^, p. 100 sqq., p. 97. (Les paroles du texte Font citées d'après Friedlânder, p. 551).

*) Stmab., VIII, 5, 1, p:ig. 538 (363). Cf. Curthjs, vol. 1, p. 79. Il, p. 302. EcKHEL, D. N.i il, p. 281. Bursian, Geogr., II, p. 374 sqq.

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employés avant lui des Romains opulents , en faisant élever de somptueuses constructions; c'est ainsi qu'il orna la Nouvelle- Corinthe de bains splendides, remarquables surtout par le précieux porphyre vert de Crocéae en Laconie qu'on y avait employé à profusion ^ ; de plus, il dota Sparte d'un beau Gymnase ^ En outre^ cet homme vicieux^ remuant et intrigant, qui joignait à une astuce consommée, à une faconde incroyable, à des manières engageantes, à la souplesse d'un habile diplomate, le don de cacher son égoïsme et ses vices sous le masque de la franchise et de l'honnêteté, vécut assez longtemps à la cour de divers princes asiatiques, vassaux de l'empire; notamment à celle d'Archélaos de Cappadoce et à celle du terrible Hérode surnommé le Grand, roi de Judée, le célèbre philhellène de cette époque, où sa rapacité couronnée de succès et ses infâmes intrigues lui valurent une fâcheuse renommée \ Car c'est lui qu'on soupçonne d'avoir, par des rapports malveillants, une ruse odieuse et de dangereuses équivoques, augmenté considérablement les malentendus qui existaient entre le roi Hérode, complètement épris de lui, et ses fils Alexandre et Aristobule, et d'avoir ainsi puissamment contribué à la perle des deux jeunes princes \ A Sparte, cet homme hautain et de mœurs dissolues, qui se fiait, dans son arrogance, à la faveur de l'empereur et se croyait tout permis, se rendit si odieux à ses compatriotes par son ambition et le parti qu'il tirait de sa situation presque royale, qu'on le détestait comme un véritable tyran. Une première plainte adressée à l'empereur contre le puissant favori resta sans effet ^ Cependant Euryclès paraît

*) Pausan., II, 3, 5. CuRTius, Peloponn., vol. II, p. 267. 530 sqq.

2) Pausan., Ill, 14, 6. Clrtius, p. 234. 11 fonda aussi à Sparte de nouveaux jeux artistiques et alhléliques, qu'on célébrait encore sous l'empereur Commode: cf. Bôckh, C. I. Gr., vol. I, p. 670 et n°« 1239. 1240. 1378. 1423. 1427. 1425.

3) Joseph., Bell. Jud., I, 26, 1. 4. 5. Ant. Jud., XVI, 10, l. Zonar., V, 21 ; cf. lîiwALD, Gesch. des Volkes Israel, vol. IV, p. 278. 503. Bôckh, C. /. Gr., vol. I, p. 670.

*) Joseph., Bell.Jud., 1,26. 1,2-4. An«.,XVI, 10, 1. Zonar., i6id. Manso, Sparta, vol. III, 1, p. 445, place les crimes commis par Euryclès en Palestine dans l'année 748 de Rome, 6 av. J.-C. : Ewald, op. cit., le fait paraître en Asie environ quatre ou cinq ans avant la mort d'Hérode (qui eut lieu en l'an 4 av. J.-C.)

5) Cf. Joseph., Bell. Jud,^ I, 26, 4. Plut., Apophthegm, Roman.

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