‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 2)Chapitre 26 sur 235 · PHILIPPE ALLIÉ DKS ROMAINS · texte numérisé non relu

PHILIPPE ALLIÉ DKS ROMAINS

qu'avec un profond chagrin son abaissement par la paix de l'année 196, eût réprimé la colère qu'avait laissée au fond de son cœur contre le Grand-Roi la lenteur et Tirrésolution de ce dernier, son allié naturel dans la dernière guerre contre les Romains : qu'il se fut livré avec joie à l'espoir de reconquérir avec le secours de la Syrie la position qu'il avait eue encore en 198, si seulement Antiochus avait su le traiter convenablement et lui inspirer quelque confiance par sa politique. Au lieu de cela, le Grand-Roi s'était enrichi des débris de la puissance macédonienne en Asie-Mineure et en ïhrace. Et maintenant que les Romains, dont Philippe avait appris à connaître et à craindre suffisamment la puissance militaire et la dérision, faisaient évidemment à FAntigonide les offres les plus séduisantes (entre autres choses, probablement la restitution de la côte de ïhrace et la possession de toutes les villes et contrées que les Macédoniens pourraient reprendre aux Étoliens et à leurs partisans éventuels en Grèce*), Antiochus non seulement paraît en Europe avec des forces si peu considérables que Philippe, en se joignant au Séleucide, eût dû certainement supporter le choc des Romains à peu près seul ; mais il blesse profondément le roi Philippe en faisant espérer, dans le but de gagner l'insignifiant Amynandre (ci-dessus, p. 6S), la couronne de Macédoine à Philippe, beau-frère de celui-ci, qui prétendait descendre d'Alexandre le Grand '. Si c'était une menace, elle ne produisit aucun effet sur le fier Antig-onide. Il paraît cependant qu' Antiochus, sur l'avis d'Hannibal, avait entamé, de Démétrias, de sérieuses négociations avec Philippe; mais ses tentatives échouèrent complètement. Ce que le Grand-Roi offrit à FAntigonide comme prix de son alliance contre Rome n'est pas bien connu'; mais nous apprenons

*) Les propositions des Romains les plus séduisantes pour Philippe ne sont pas, il est vrai, spécialement mentionnées par les historiens originaux; mais la suite entière des événements montre bien que la perspective certaine de reconquérir une partie de son ancienne puissance de la manière indiquée plus haut, comme allié des Romains, a dû être offerte à Philippe. Sur les négociations des Romains avec PhiUppe, cf. au moins encore Appian., Maced., c. 7, el notamment Liv., XXXVf, 35. XXXIX, 23-28.

^) Liv., XXXV, 47. XXXVI, 8. Appian., Syr., c. 13.

^) Le seul passage qui parle d'une façon explicite des propositions d'Anliochus (Liv., XXXIX, 28) nous apprend que celui-ci avait offert au roi

l'hiver de 192-191 av. j.-c. 119

qu Anliochus, soit que les négociations eussent déjà échoué, soit même que Philippe hésitât encore, blessa cruellement le roi de Macédoine en faisant ensevelir magnifiquement, après avoir envahi pour tout de bon la Thessalie, les ossements des Macédoniens tombés sur le champ de bataille de Cynoscéphales qui blanchissaient encore sans sépulture. Profondément irrité, Philippe, trop passionné pour voir dès à présent avec le calme et Fintellig-ence de l'homme d'Etat l'impossibilité morale d'une alliance loyale avec Rome et les suites nécessaires et pleines de dangers d'une semblable union pour la Macédoine, se jeta sans tarder entre les bras des Romains ; il devint dès lors le plus zélé champion de Rome contre Anliochus*.

Antiochus, qui, en somme, ne suivait pas les conseils d'Hannibal, avait donc envahi la Thessalie ; mais il y fut partout reçu en ennemi. La ville de Phérœ ne se rendit qu'après une lutte opiniâtre à Antiochus et à ses alliés étoliens et athamanes ; et lorsque (tandis que Ménippos et un corps d'armée étolien parcourait la Perrhébie), après la soumission d'une grande partie de la Thessalie moyenne et méridionale par les différentes armées alliées^ il parut devant Larissa et rencontra là aussi une résistance énergique, la nouvelle de l'approche d'un détachement romain de 2,000 hommes seulement sous Appius Claudius, envoyé d'Apollonie et se disant l'avantgarde de l'armée romaine et macédonienne, le décida à se retirer promptement à Démétrias^ Pendant assez longtemps, les hostilités furent suspendues. Antiochus passa le reste de l'hiver (191 av. J.-C.) à Chalcis; mais, au lieu de se préparer avec ardeur à la campagne du printemps suivant, le roi, qui avait passé la cinquantaine^ tomba amoureux de la belle fille du riche Cléoptolème et célébra des noces splendides, tandis

Philippe comme prix de son alliance la somme de 3,000 talents, 50 gros vaisseaux de guerre et la restitution de ce qu'il avait autrefois possédé en Grèce. On ne sait si ce sont d'autres difficultés qui firent échouer les négociations ou si c'est seulement la maladresse que commit Antiochus en ordonnant les funérailles sur le champ de bataille de Cynoscéphales. Nissen enfin, p. 179 suiv., nous engage avec raison à ne pas nous appuyer sur le passage de Zonaras (IX, 19), pour bâtir des hypothèses relativement aux villes de la Thrace.

») Ltv., XXXVI, 8 et 4 init. Cf. XXXIX, 28. Appian., Syr., c. 16.

«) Liv., XXXVI, 9-11, init. Appian., Syr., c. 16.

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