ANTIOCHUS AUX THERMOPYLES
n'eut pas de peine à contraindre Amynandre à se réfugier, dans Ambracie et prit possession de toutle pays desAthamanes. Le général romain, de son côté, refoula, en courant de victoire en victoire, les postes syriens de toutes les villes thessaliennes au sud et au sud-est de Larissa, anéantit l'arrogante garnison de Thaumaki, qui était alors encore du parti étolien (p. 66), et s'avança enfin vers la ligne du Sperchios, derrière laquelle l'attendait une bataille décisive \
En attendant, le roi Antiochus s'était déjà aperçu qu'il s'était très maladroitenfient jeté dans le plus grand péril. Ses agents et ses généraux en Asie avaient tant tardé à exécuter ses ordres que (en négligeant les postes éparpillés au nord et au centre de la Grèce et récemment anéantis en grande partie par Philippe et les Romains, et en comptant les renforts arrivés d'Asie) il n'avait toujours encore que 10,000 fantassins et 500 cavaliers pour tenir la campagne. Quant aux Étoliens, qu'il pria instamment de lever toutes leurs forces et de les réunir près de Lamia, ils montrèrent, au moment décisif, une indifférence vraiment honteuse ; environ 4,000 seulement se rendirent auprès de lui. Dans ces circonstances, on ne pouvait songer à tenir tête aux Romains près de Lamia. Antiochus se retira donc derrière les Thermopyles et résolut — trouvant sans doute qu'il était trop honteux de s'en retourner immédiatement en Asie, ce qui pourtant^ dans sa situation, eût été le partileplus sage — en prenant position au pied du Callidromos, de défendre énergiquement contre Tennemi, qui, du reste, ne se fit pas longtemps attendre, ce célèbre défilé jusqu'à l'arrivée des renforts qu'il attendait. Lorsque ensuite Acilius parut devant les Thermopyles, la ville d'Héraclée, située en dehors du défilé, à l'ouest de son ouverture extrême sur les premières hauteurs de l'Œta, fut occupée par 2,000 Étoliens ; les autres 2,000 Etoliens furent partagés en trois corps et destinés à défendre le fameux sentier à l'aide duquel, dans des guerres antérieures^ les Thermopyles avaient été, comme l'on sait, plusieurs fois tournées ' ; mais ces mesures prises par le roi
*) Liv., XXXVI, 13 et 14. Zonar., IX, 19. Appian., Syr., c. 17. -) Liv., XXXVI, 15 et 16. Appian., Syr,, c. 17 et 18. Diod., XXIX, c. 3 Cf. aussi BuRSiAN, op. cit., p. 95.
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furent inutiles. Le consul Acilius, qui avait des troupes bien plus nombreuses que le Séleucide \ fit avancer contre les positions étoliennes sur les hauteurs de l'Œta ses lieutenants, M. Porcins Cato et L. Valerius Flaccus, chacun avec 2,000 hommes, pendant la nuit qui précéda sa propre attaque décisive de la position d'Antiochus"; il conduisit alors lui-même le gros de son armée contre les Thermopyles. Mais les retranchements vaillamment défendus ne purent être pris que lorsque Caton, qui, à l'aube, avait surpris avec sa colonne au haut du défilé du Callidromos et complètement battu pendant son sommeil l'une des divisions des 2,000 guerriers étoliens, eut enfin terminé son mouvement tournant et put attaquer le flanc découvert et les derrières de l'armée syrienne (au printemps de Tannée 191 av. J.-C. )^ La retraite d'Antiochus, que les Romains poursuivirent énergiquement d'abord jusqu'à Scarphéia en Locride, et que, plus tard aussi, ils ne cessèrent de harceler, dégénéra bientôt en fuite désordonnée ; l'armée syrienne en Europe fut si complètement détruite que (à l'exception de quelques fuyards qui se réfugièrent à Démétrias) le Grand-Roi lui-même n'amena à Chalcis que SOO cavaliers; de là il s'embarqua pour Éphèse aussitôt que l'armée romaine se fut rapprochée de l'Euripe '. Ainsi, la seconde grande puissance hellénistique avait succombé aux Romains sur un champ de bataille grec ; la guerre avec Antiochus était terminée jusqn'à nouvel ordre; tout le poids de la puissance romaine allait tomber maintenant sur les partisans imprudents du Séleucide, sur les Étoliens.
Acilius s'empara d'abord saris coup férir de Chalcis et de l'île d'Eubée *. Ce général qui, plébéien de bonne maison, avait fait son chemin comme homo noviis, grâce à Fappui
*) La force totale de l'armée réunie enSn en Thessalie sous Acilius s'élevait, d'après Mommsen {op. cit., p. 741), à 40,000 hommes; voy. aussi notamment NissEN,p. 177 et suiv. et p. 180.
2) Liv., XXXVI, 17-19. Appian., Syr., c. 18-19. Plut., Cat, maj., c. 12- 14. Voy. aussi Weissenborn ad Liv., ibid, 17 init. et Nissen, p. 180 sqq.
') (Les Romains n'avaient perdu que 200 hommes aux Thermopyles. Liv., XXXVI, 19). Liv., XXXVI, 19. 21. 33. Appian., Syr., 19. 20. Phle- GON, fr. MirabiL, ap. C. Mvller, Fr. Hist. Gr., vol. III, p. 615 sqq. 32.
') Liv., XXXVI, 21.
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des Scipioîis et des Flamininus^, avait traité jusque-là avec assez de douceur ^ les Hellènes qui avaient fait défection et qui maintenant, comme les Béotiens, durent se hâter de faire la paix avec Rome ; mais ce même homme, très capahle du reste, mais quelquefois dur et violent, étaitbien décidé à punir sévèrement la ville de Chalcis, qui, aux yeux des Romains, s'était particulièrement compromise. Or, ce fut encore Flamininus — plus d'une fois, depuis la défaite d'Antiochus, ce fidèle ami des Grecs avait fait des efforts pour protéger les Hellènes au moins contre les suites les plus fâcheuses de leurs fautes politiques — qui, parses remontrances, décida Acilius à ne pas sévir contre Chalcis '. Entrant tout à fait dans les idées de Flamininus^ Acilius, qui voulait évidemment couvrir ses derrières pour continuer la guerre contre la Syrie, fut assezbien inspiré pour offrir, à son retour aux Thermopyles,la paix aux Étoliens et leur réconciliation avec le Sénat. Maisles Étoliens, qui, alors comme plus tard, se faisaient complètement illusion sur leur situation etqui, avant comme après, avaient une confiance peu justifiée dans la force et la puissance de leur allié en Asie, repoussèrent ses offres. Ils savaient bien que le général romain, ayant derrière lui FEtolie insoumise, ne pouvait pas songer à suivre Antiochus en Asie ; et, comme champions du Grand- Roi asiatique, ils croyaient pouvoir compter avec certitude sur son appui efficace, dès qu'Antiochus se serait remis du coup qu'il avait reçu auxThermopyles. Ils refusèrent donc tout d'abord aux Romains ce que ceux-ci demandaient avant tout, de rendre Héraclée%- et c'est ainsi que la lutte entre les Romains et les Etoliens continua autour des Thermopyles. Ce fut la dernière guerre qu'ait faite le peuple étolien et, il faut bien le dire à son honneur, il a lutté pour son existence politique avec une vaillance et une opiniâtreté bien digne de son antique renommée. Cette guerre entre Rome et TEtolie se prolongea jusqu'en 189. Interrompue à plusieurs reprises par des armistices assez longs, par des négociations diplomatiques, et en
*) Cf., L. Lange, op. cit., vol. Il, p. 195, sqq. et Nitzsgh, DieGracchen, p. 103 sqq. Liv., XXXVI, 20.
2) Liv. XXXVI, 21. Plut., Flamin, c. 16. Appian., Syr.,2\. ^
3) Liv., XXXVI, 22.