MASSACRES COMMIS PAR LES ACHÉENS PRÈS DE SPARTE
aussi, avec les Rhodiens la meilleure des Hellènes de ces temps-là, commençait à succomber à Fodieuse dépravation de ses contemporains. Le général Philopœmen, qui, contrairement à l'usage, avait été nommé chef de la Ligue aussi pour l'année 188, fit suivre à son armée, au commencement du printemps, la route qui descendait vers l'Eurotas ; par malheur, il avait permis cette fois aux émigrés de prendre part en masse à la campagne. Lorsqu'il eut atteint les environs de Compasion \ il invita les Spartiates par une ambassade à se rendre sans combat et à livrer les fauteurs de la défection et des crimes les plus récents ; s'ils y consentaient, la paix générale ne devait pas être troublée et aucun châtiment ne serait infligé à ceux dont il demandait l'extradition avant la fin de Tenquête judiciaire. La cité Spartiate n'osa pas résister, et un grand nombre des citoyens si gravement compromis suivirent volontairement les envoyés achéens au camp confédéré. Mais à peine y furent-ils entrés que les émigrés Spartiates se jetèrent sur eux pleins de fureur, en excitant dans l'âme des soldais confédérés une rage égale à la leur^ et assouvirent leur colère insensée en versant le sang de dix-sept victimes. Philopœmen cependant s'était efforcé de calmer le tumulte ; il réussit en effet à sauver les soixante-trois survivants. Mais il souilla son honneur d'une sombre tache de sang en faisant condamner à mort le lendemain ces mêmes soixante-trois hommes par un conseil de guerre, au milieu du plus affreux tumulte, et en les faisant exécuter sur-le-champ, à la grande joie de la masse furieuse de leurs féroces ennemis". Mais ceci ne suffit pas, ni même la condamnation à la mort et à l'exil d'un grand nombre de ceux qui s'étaient sauvés à temps. Le fanatisme des émigrés, que leurs souffrances avaient rendus cruels et implacables; le souvenir des derniers crimes des Spartiates ainsi que du tort immense que Cléomène, Machanidas et Nabis avaient fait aux Achéens pendant près de 40 ans; l'ardente haine personnelle des Mégalopolitains contre Sparte; enfin, la conviction que Sparte se montrerait tou-
') Cf PoLYB., XXIII, 1, 1. 7, 6, et Liv., XXXIX, 36. ^) Liv., XXXVIII, 33 et XXXIX, 36. Cf. Polyb., ibid , et XXIV, 4, 5. PLUT,,P/a7o2).,c. 16. Pausan., VIIl, 51, 1. Voy. aussi Nissen, p. 286 sqq.