‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 2)Chapitre 42 sur 235 · LES ACHÉKNS ET ROME · texte numérisé non relu

LES ACHÉKNS ET ROME

tion désagréable de répondre devant les Romains, sans être appuyés par qui que ce fut, de leur conduite à l'égard de Sparte. Leur situation était rendue bien plus difficile encore par le désaccord des hommes les plus influents de la confédération sur Tattitude politique qu'il convenait de prendre en général vis-à-vis des Romains. Jusque-là les confédérés, depuis leur rupture avec le roi Philippe, avaient vécu en bonne harmonie avec le Sénat, et bien que comme, nous l'avons vu plus haut, les froissements ne manquassent pas de temps à autre, le caractère des Achéens et des Arcadiens était tout autre que celui des Étoliens. Les passions ardentes etTarrogance indomptable des vaillants Klephtes du nord de la Grèce étaient si peu dans la nature des confédérés du Péloponnèse, que ces derniers, comme le prouve entre autres choses le détail de l'affaire de Zacynthe S n'étaient guère capables de résister longtemps à l'attitude décidée d'un Romain. Si donc, même après la chute de l'empire des Séleucides, la confédération devaitgarder toujours une attitude digne et mesurée vis-à-vis de la grande puissance italique, son alliée, tout dépendait des principes politiques et du caractère de ses hommes d'État les plus influents; et ce sont eux précisément qui avaient sur la politique intérieure et sur celle du dehors les opinions les plus divergentes. Aristaenos, celui-là même qui avait déterminé les Achéens à rompre avec la Macédoine, un homme d'État d'un talent considérable et d'une grande habileté diplomatique, et le vaillant général Diophane étaient les chefs d'un parti qui, depuis la chute de la grande puissance asiatique, manifestait ouvertement l'opinion que les Achéens n'avaient rien de mieux à faire que de se jeter, pour ainsi dire, sans réserve entre les bras des Romains, de leur obéir en tous points, de ne jamais songer à résister aux désirs et surtout aux exigences des Romains, quels qu'ils fussent, ctd'aller^plutôt au devant des souhaits de cette Rome qui les protégeait'. Aristœnos, le véritable chef, le mieux doué de ces hommes, n'était pourtant pas un traître ; Polybe lui-même, pendant plusieurs années un zélé partisan

*) Cf. Liv., XXXVI, 32.

2) Cf. PoLYB., XXV, 9. Voy. aussi Plut., Philop., c, 17, Paus., VIII, 5, 1 , Sur Diophane, voy. aussi Liv., XXXVIII, 32.

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de CCS opinions, ne Ta pas considéré comme tel. Bien différent du scélérat Callicrate (v. ci-après), plus tard chef du parti romain , Aristœnos avait toujours conservé du moins de l'amour pour son peuple et le sentiment de la dignité de la Ligue ; il cherchait, malgré sa manière de voir, à se maintenir le plus longtemps possible dans la limite de la loi et de la constitution de la Ligue, et il espérait par sa conduite retirer de la faveur et de la bienveillance des Romains bien des avantages, non pour lui, mais pour les Achéens. Sa politique de faiblesse et de résignation, qui ressemble beaucoup aux idées du vieux Phocion sur la folie d'une résistance sérieuse des Athéniens à Philippe II de Macédoine, était celle d'un homme sensé mais d'un terre-à-terre effrayant. Fermement convaincu que toute résistance sérieuse des Achéens à Rome finirait par l'anéantissement complet de la Ligue, Arista^nos voulait évidemment épargner à son pays cette sanglante agonie et persuader aux Péloponnésiens de passer paisiblement, en se donnant librement à Rome, à cet état de complète nullité politique qui semblait être le sort inévitable de la nation grecque sous la domination romaine.

Mais on ne pouvait admettre que de semblables opinions fussent approuvées alors déjà par la plupart des hommes d'État du Péloponnèse. Aristsenos ne voyait pas qu'un noble peuple, qui avait derrière lui une glorieuse histoire de près d'un millier d'années, ne pouvait pas descendre volontairement dans la tombe^ aussi longtemps qu'il avait encore une étincelle de sa vigueur d'autrefois. Il est vrai que la Grèce, que le Péloponnèse se trouvait vis-à-vis des Romains incomparablement plus faible que les Grecs du temps de Phocion en face de la jeune monarchie macédonienne. Et pourtant, tandis qu'alors l'union avec la Macédoine associait pleinement les peuples intelligents et guerriers de la péninsule hellénique aux glorieux exploits d^ Alexandre et des Diadoques et ouvrait aux Hellènes le monde immense de l'Orient, que promettait aux Achéens leur soumission volontaire à Rome ? La fusion politique immédiate des Hellènes avec l'État romain^ leur admission dans la cité, celle des plus capables d'entre eux aux importantes fonctions publiques : c'est à quoi ne songeaient

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