POLITIQUE DE PHILOPŒMEN
pas les hommes politiques de Rome. Il n'y avait donc à espérer pour les Achéens que le calme champêtre d'une province romaine, l'abaissement de l'énergique mouvement politique de la péninsule au point de n'être plus qu'une idylle communale, le changement humiliant de la milice achéenne en compagnies mal oi^ganisées de gendarmerie romaine, et enfin la perspective, comme récompense de la retraite volontaire du théâtre de Thistoire, d'être déchargés des lourdes dépenses causées par une administration indépendante et de pouvoir satisfaire une ambition plus élevée comme instituteurs de la jeunesse romaine ou comme acteurs sur les théâtres de l'Italie. Un vaillant guerrier comme Philopœmen, qui lui-même avait ranimé les forces delà Ligue, qui se trouvait vis-à-vis de la ligue achéenne dans une position tout à fait semblable à celle qu'occupait Aratos à l'égard de ses contemporains avant la la guerre de Cléomène, ne pouvait librement accepter une pareille situation. Il est vrai que cet homme vaillant^ lui aussi, ne pouvait écarter le pressentiment formel que les jours de l'indépendance grecque étaient comptés ^ . Mais il était d'avis — et cette opinion était partagée par un grand nombre des plus estimables confédérés — qu'il n'avait pas pour mission d'accélérer lui-même le dépérissement de l'indépendance hellénique. Philopœmen et ses amis ne cherchaient nullement les conflits avec Rome; ils pensaient encore moins à entreprendre à la légère une lutte désespérée contre Rome; eux aussi se décidèrent plus d'une fois à céder au Sénat, lorsque Rome exigeait impérieusement qu'on lui fît telle ou telle concession. Mais ils étaient d'avis que, aussi longtemps que les Romains reconnaissaient que les Achéens, comme leurs alliés, avaient les mêmes droits qu'eux-mêmes, aussi longtemps qu'ils admettaient l'indépendance des Grecs comme un fait légal, il fallait s'opposer aux empiétements des hommes d'État romains en s'appuyant sur le droit avec ténacité et énergie et en faisant appel, chez les Romains, au sentiment de la justice; et qu'il fallait notamment employer tous les moyens pacifiques pour résister à la tendance dangereuse d'un trop grand nombre de
*) PoLYB., XXV, 9, (b), 6. Plut, et Pausan., loc.cit: