MORT DE PHILOPŒMEN
Ils forcèrent par là les confédérés, qui venaient de perdre d'une façon aussi odieuse l'homme le plus considérable de leur parti, de continuer à faire la guerre aux Messéniens avec une ténacité inexorable. Lycortas, le meilleur amide Philopœmen, son prédécesseur comme stratège et maintenant le chef du parti national, qui fut réélu chef de la Ligue pour l'année 183^ continua la lutte avec une indomptable énergie, malgré les obstacles que lui opposèrent la vaillance des Messéniens et de leur chef et la politique pour la première fois véritablement déloyale. des Romains. En effet, le Sénat avait envoyé comme ambassadeur en Macédoine et en Grèce, dans l'automne de l'année 184 ^ Q. Marcius Philippus, le même qui plus tard eut une fâcheuse renommée comme représentant d'une politique d'intrigue vraiment malintentionnée '\ Marcius avait visité le Péloponnèse pendant l'hiver ou le printemps de l'an 183, et s'était efforcé sans succès de décider les Achéens à suspendre provisoirement les hostilités contre les Messéniens. Il avait fait ensuite au Sénat une description pleine d'aigreur des sentiments et des plans des Achéens % qui porta immédiatement ses fruits. En effet, vers le milieu de l'année 183, on vit arriver à Rome des ambassadeurs Spartiates et achéens®. A Sparte, il y avait eu de nouveaux désordres en 184, avant la défection des Messéniens et leur séparation de la Ligue, et finalement on avait encore chassé de la ville le parti des « vieux émigrés » ^ Pour sortir enfin de ces difficultés inex-
^hilop., c. 18-20. Pausan., IV, 29, 5. VII, 9, 4. VIII, 51, 2et 3. Diod., XXIX, 18. Justin., XXXII. 1. Cf. aussi Curtîus, Peloponnesos,U, p. 135 sqq. 167.
') Cf. PoLYB., XXIV, a et 12, 1. Plut., Pfiilop,, c. 21. Voy. aussi NissEN, p. 231 sqq.
2) Cf. PoLYB., XXIV, 5, 6.
3) NlSSEN, p. 231.
*) PoLYB., XXIV, 4, 16. Liv., XXXIX, 48. '
5) PoLYB., XXIV, 10, 1 et 4-10. XXVI, 2, 12 sqq. Liv., XL, 2. Nissen, p. 233.
6) PoLYB., XXIV, 10, 1. Nissen, loc. cit.
') PoLYB., XXIV, 5, 18. Les bannis, et parmi eux le prince Agésipolis, ne comptaient plus que sur le Sénal; leur première ambassade (Agésipolis était avec elle) fut massacrée par des pirates, Polyb., XXIV, 11 ; une nouvelle ambassade seulement arriva à Rome (en même temps que les Achéens et Sérippos. Cf. ci-dessus, p. 156), Polyb., XXIV, 10, 1 et 11, 3.
POLITIQUE PERFIDE DU SÉNAT A l'ÉGARD DES ACHÉENS I6l
tricables au moyen d'une décision du Sénat, Sparte avait envoyé à Rome ce Sérippos dont nous avons parlé plus haut^ Les Achéens, au contraire, se proposaient de prier le Sénat de leur accorder du secours, en leur qualité d'alliés, contre les Messéniens, ou d'empêcher du moins l'exportation d'armes et d'approvisionnements d'Italie en Messénie^ Le Sénat décida alors que les Spartiates devaient se tirer d'affaire comme ils pourraient, queleSénat ne s'occuperait plus d'eux. Quant aux Achéens, on leur déclara que lors même que Sparte^ Argos et Corinthe se retiraient de la Ligue^ le Sénat ne s'en soucierait pas" I Cela ressemblait terriblement, comme le fait observer Polybe, à une invitation générale adressée à tousles Péloponnésiens, de dissoudre la Ligue. Aussi Lycortas, se rendant compte de l'état des choses, comprit que la duréje de la Ligue dépendait uniquement de son énergie et de sa fermeté. La bonne étoile de Pbilopœmen brilla une fois encore pour son digne successeur. Il réussit enfin à enfermer les révoltés dans Messène, la capitale delà Messénie, après avoir fait affreusement dévaster cette florissante contrée, et s'être emparé de toutes les autres villes. Après une lutte prolongée, le peuple se souleva enfin contre l'oligarchie, entama, par l'intermédiaire des Béotiens, des négociations avec les Achéens et remit enfin la capitale sans conditions à Lycortas (été ou automne de 183) * C'est alors que le parti national du Péloponnèse put profiter largement de sa victoire. On se hâta tout d'abord de rendre les derniers honneurs au grand Pbilopœmen. Son corps fut solennellement brûlé à Messène ; ses cendres, que portait dans une urne richement ornée le jeune Polybe, fils de Lycortas, transportées à Megalopolis pour y être déposées dans la tombe par l'armée victorieuse accompagnée du peuple qui accourait de toutes parts ^ Pour perpétuer le souvenir du chef illustre, du dernier des Grecs, comme l'appela un Romain*^,