LES PARTIS EN GRÈCE
précèdent la guerre contre Persée, la politique romaine en Grèce devient de plus en plus intrigante, que, sans susciter de nouvelles querelles en Grèce, elle empêche plutôt qu'elle ne favorise la guérison du mal interne qui ronge la péninsule, et qu'enfin elle fait tous ses efforts pour y fortifier le parti anti-national. Et pour cela, les éléments ne faisaient défaut nulle part. Au temps de la domination macédonienne, Topposilion entre oligarchie et démocratie n'avait nullement coïncidé partout avec celle du parti macédonien et du parti grec national. Les choses changèrent de face sous le protectorat romain. Partout à l'étranger Rome favorisait les partis aristocratiques; delà vient que partout en Grèce la démocratie, aussi bien la démocratie communiste et sociale que celle qui n'était que purement politique et nationale, finit par étendre aux Romains son antipathie pour l'aristocratie du pays. Or l'aristocratie grecque de ce temps n'était que peu estimable au point de vue politique dans la plupart des cantons, bien que nous ayons là aussi à constater de grandes différences selon les temps et les lieux. Ce qui caractérisait surtout cette aristocratie, c'était ceci : les meilleurs éléments qui la composaient ne dépassaient presque nulle part la limite que s'était tracée Aristaenos ; mais il y avait en outre un grand nombre d'hommes auxquels, en face de la formidable puissance de Rome, de l'affaissement politique de la Grèce, de la décadence morale et de la ruine économique du démos en bien des endroits, rien ne paraissait plus désirable que de s'abandonner complètement aux Romains, qui devaient du moins leur assurer le calme , la sécurité personnelle et la jouissance paisible de leurs richesses. Mais on vit aussi se développer une faction bien dangereuse, qui rappelle d'une façon effrayante les oligarques fanatiques de la guerre de Décélie et des décarchies de Lysandre ; des hommes accessibles en partie à la plus vulgaire corruption, qui, dans toute circonstance et dans leur implacable haine contre le peuple, cherchaient à conserver ou à acquérir par tous les crimes et avant tout par un dévouement à Rome aussi traître que frivole, un pouvoir despotique et local sur leurs concitoyens. Ce fut cette dernière faction qui exerça pendant les trente années suivantes l'influence la plus fatale sur la politique romaine et