INFAMIE DE CALLICRATE
et dès lors la politique romaine profita de cette difficulté nouvelle pour exercer de nouveau une forte pression sur le parti national achéen. Déjà en 182 le Sénat avait exprimé aux Achéens le désir de voir revenir dans leur patrie ces émigrés Spartiates. Ces avertissements et plusieurs autres n'ayant pas eu de résultat \ les Romains finirent par devenir plus exigeants. Cela eut lieu pour la première fois pendant la stratégie d'IIyperbatos, partisan de Rome (180); la question fut alors sérieusement discutée dans l'assemblée achéenne. Lycortas s'éleva énergiquement contre le retour des émigrés, et insista sur la nécessité de décider le Sénat à retirer sa demande en l'éclairant sur tous les détails de l'affaire. Mais Callicrate, d'accord avec le chef de la Ligue, avait été d'avis qu'il fallait avant tout se soumettre à la volonté des Romains ; « que cela était plus important que toutes les lois, que tous les serments, que tous les traités qu'avaient conclus les Achéens, que toutes les décisions qu'ils avaientprises de leur propre chef ! » Et pourtant, c'était ce même homme que les autorités fédérales avaient adjoint aux ambassadeurs qui furent, envoyés à Rome pour y traiter cette affaire. Malheureusement, nous ne connaissons pas assez en détail l'histoire de ce temps, ni la situation des esprits en Achaïe, ni le mécanisme et la composition de l'assemblée fédérale à cette époque^ ni les autorités dirigeantes, pour pouvoir comprendre facilement pourquoi c'est précisément cet homme qui fut envoyé à Rome'. A Rome, Callicrate trouva l'occasion (probablement dans une séance secrète) de dépeindre au Sénat à sa manière la situation de la Grèce et surtout celle du Péloponnèse. Il déclara aux Romains sans détour: « Si les Grecs et tout particulièrement les Achéens opposent tant de résistance aux désirs du Sénat, c'est la faute
1) PoLYB., XXV, 2, 5 et 9 sqq. 3. XXVI, 2, 14. Liv., XL, 20.
2) NissEN, p. 334, PoLYB., XXVI, I, 1-8. Il est possible (ce que dit Polybe ne nous force pas précisément à admettre que G. ait prononcé sans vergogne ces honteuses paroles) que les Achéens aient pensé que le Sénat leur accorderait d'autant plus facilement leurs désirs, s'ils choisissaient pour les représenter un orateur notoirement ami des Romains. La mission de Callicrate pouvait d'ailleurs paraître d'autant moins dangereuse qu'on n'avait probablement jamais vu un homme outrepasser son mandat ou plutôt s'y conformer aussi peu qu'il osa le faire plus tard.