SYMPATHIE DES HELLÈNES POUR PERSÉE
père contre Rome. Aussi, depuis son avènement, il s'était efforcé sans cesse non seulement d'accroître ses propres ressources, de les rendre aussi efficaces que possible, mais de conclure des alliances lant avec les États voisins qu'avec les souverains de rOrient hellénistique, pour être sûr de leur appui lors de sa prochaine guerre avec Rome. Les traditions de la politique macédonienne, ainsi que les exigences de sa position, devaientlui faire rechercher avant tout les sympathies des Hellènes. Il savait très bien que, dans les cantons grecs, le parti démocratique avec ses diverses variétés non seulement était partout, quelques motifs qu'il eût pour cela, le parti national, mais qu'il était bien plus nombreux que ses adversaires; il s'agissait donc de tendre la main à ce parti, de gagner partout sa confiance. Or le roi Persée semblait réellement capable de devenir, à la tête de ses vaillants Macédoniens qui avaient repris une vigueur nouvelle, le chef naturel des Hellènes. Les mauvais côtés de son caractère, qui furent plus tard la principale cause de sa ruine, ne s'étaient pas montrés encore; les crimes qu'on lui reprochait déjà appartenaient exclusivement à l'histoire de la cour de Macédoine. Par contre, les Grecs savaient que Persée était devenu un bon soldat sous la direction de son père; qu'il n'avait nullement, comme Philippe, un penchant excessif pour la boisson et les femmes. Persée était populaire; il gouvernait son royaume avec douceur, et son naturel autant que l'intérêt général le portait à s'abstenir de tous ces actes, tantôt frivoles tantôt criminels, par lesquels Philippe s'était autrefois aliéné complètement les Grecs. Enfin Persée tenait de son père des manières aimables, une belle stature pleine de dignité, un maintien noble et chevaleresque qui d'emblée lui gagnait les cœurs. Persée de plus était un habile homme d'Etat, qui s'entendait très bien à mettre dans ses intérêts non seulement les princes hellénistiques de l'Orient (excepté, bien entendu, le roi Eumène H), mais à persuader de plus en plus au parti national dans la Grèce entière qu'une Macédoine forte n'était plus un danger, mais la condition nécessaire, le boulevard naturel de l'indépendance grecque en face de l'influence des (v libérateurs » romains, qui prétendaient dominer partout et surveiller en maîtres toute velléité d'indé-