PERSÉE ET LES HELLÈNES
pendance. Toujours est-il que toute la Grèce, de Rhodes en Acarnanie, de Megalopolis jusqu'à Byzance, avait le sentiment que le naturel sévère des Romains, sans excepter même les plus doux, ne pourrait jamais s'accorder avec le caractère des Grecs; que la manière d'agir des Romains, la politique italique durement et sciemment égoïste, aurait toujours pour les Grecs quelque chose d'étrange et d'antipathique. On se sentait attiré de plus en plus vers les Macédoniens, auxquels on était uni par des liens de parenté^ dont l'histoire pendant 180 ans s'était si souvent confondue avec celle des Grecs, et dont les souverains, bien qu'ils se fussent souvent montrés cruels et dévastateurs, étaient Grecs après tout, et n'avaient jamais paralysé les forces multiples du petit monde hellénique comme ces sérieux habitants de l'Italie, qui, bien qu'ils s'abstinssent en général de toucher brutalement aux personnes ou aux biens des Hellènes, n'en faisaient pas moins sentir aux Grecs leur influence et leur pouvoir d'une façon qui finit par devenir insupportable. Rome, toujours gênante, tantôt avertissait, tantôt surveillait, et finit même par devenir une cause de corruption, de paralysie et de mort. Dans cette atmosphère suff'ocante, les Grecs, presque partout, se sentaient soulagés en jetant un regard sur la Macédoine, qui se préparait à une nouvelle lutte avec Rome. Des intérêts positifs de l'espèce la plus diverse, les sentiments les plus nobles comme les plus basses passions, la plus complète illusion sur l'état des aff'aires, tant en Grèce qu'au dehors, l'aveuglement volontaire sans cesse renaissant quant aux intérêts invariables et à la force gigantesque de la grande puissance italique, de vagues espérances dont on se berçait avec bonheur, et enfin ce penchant indestructible des Grecs pour les aventures ; tout cela engendra en Grèce la plus ardente sympathie pour Persée, une sympathie qui devait enfin conduire la Macédoine et la Grèce à l'aveuglement le plus fatal et à la ruine la plus complète.
Après avoir assez longuement préparé les voies par la diplomatie, Persée fit une grande démonstration en 174 ^ Les Dolopes, dont le pays (p. 132) se trouvait alors en entier, ou
*) Cf. NissEN, p. 241.335.