PERSÉE ET PAUL-ÊMILE
ses trésors accumulés, ni à ouvrir sa cassette, soit qu'il s'agît de gagner des Grecs ou des chefs illyriens ou barbares \ attendit sans agir que les Romains eussent trouvé enfin un homme capable de mener cette guerre à bonne fin. Sans doute Quintus Marcius, qui prit le commandement suprême au commencement du printemps de l'année 169^, n^était pas encore cet homme. Nous verrons plus tard, il est vrai, combien l'astucieuse politique de ce diplomate a secondé les plans des plus intraitables parmi les sénateurs contre l'indépendance de leurs alliés grecs ; cependant, lui aussi ne pouvait vaincre la Macédoine. Une marche d'une témérité extrême lui permit de pénétrer, il est vrai, après avoir franchi les hauteurs sud-est de l'Olympe, à l'ouest de Tempe, dans l'angle sud-est de la partie antérieure de la Macédoine; du reste, ni ses propres troupes, ni la flotte commandée maintenant par Gains Marcius Figulus, ni les Romains en Illyrie ne firent les moindres progrès. Il est vrai que la position macédonienne du défilé de Tempe finit par tomber entre le mains du général romain ; mais la position fortifiée sur le fleuve Énipée ou Elpios (au sud de Dion), par l'occupation de laquelle Persée, assez insensé pour perdre d'abord toute contenance, avait empêché les Romains, bientôt après leur passage sur l'Olympe, de pénétrer plus avant dans la Macédoine^ ne put être emportée^. Alors enfin Rome envoya sur le théâtre de la guerre, au printemps de l'année 168 av. J.-C., le meilleur général dont elle pût disposer alors. Lucius iEmiliusPaullus, distingué et sérieux, doué des vertus des anciens Romains, formé à Fécole de la Grèce autant que le grand Scipion et Flamininus, ennemi de la noblesse d'alors, comme de sa corruption et de sa politique, devait enfin sauver l'honneur des armes romaines en Macédoine. Au point de vue militaire, il y réussit parfaitement ; mais malheureusement sa valeur personnelle et sa sympathie pour les Hellènes ne furent plus en état ni d'empêcher les
') Gf. PoLYB., XXVIII, 9, 4 sqq. Liv., XLIV. 23. 26 sqq. Plut . Mmil.,c. 12 sqq. Dio Cass. (éd. Dindorf) vol. I. p. U6, fr.66, 1. Diodor., XXX, 9, 19, Appian., Maced., c. 16.
2) Appian., ilface^., c. 12-16. Liv., XLIV, 1-13. 16. 20. 28. Cf.DiODOR., XXX, 10 et H. PoLYB., XXVIII, 10-12. Zo.nar., i6iti!. Flor., 1,28.
BATAILLE DE PYDNA 189
honteux excès par lesquels plus tard la politique romaine souilla sa victoire, ni de parer les coups mortels qui allaient être portés au monde hellénique tout entier'. Le nouveau consul sut très bien remettre son armée indisciplinée en éta^ de tenir la campagne. Puis, avec une rapidité étonnante, il fît sortir le roi Persée de sa position sur l'Énipée par d'habiles manœuvres, et le força à accepter la bataille décisive de Pydna, le 22juin 168, où périrent 20,000Macédoniens, où 5,000 hommes furent faits prisonniers et où furent anéanties à jamais la force et la prospérité de cette généreuse nation. Persée lui-même, chez lequel on ne voyait pas la moindre trace de cette attitude fière et digne qui avait distingué son père, surtout dans le malheur,, fut bientôt après fait prisonnier à Samothrace, pendant sa fuite, par Gnaeus Octavius qui, cette année, commandait la flotte romaine; le reste de l'armée et les villes macédoniennes n'osèrent plus dès lors résister aux Romains victorieux 2. La maison royale d'Antigone avait cessé de régner. Le royaume de Philippe, du vainqueur de Chéronée, le peuple dont les fils héroïques, sous iVlexandre, le royal conquérant, avaient ouvert aux peuples de l'Occident le monde oriental, gisait sanglant et écrasé aux pieds de la nouvelle dominatrice du monde.
Les hommes d'État romains se hâtèrent alors d'exploiter, le mieux et pour le plus longtemps possible, la victoire décisive qu'ils avaient remportée sur le dernier roi de race grecque, tant en Macédoine que dans tout le monde hellénique. La Macédoine ne fut pas encore ajoutée aux possessions immédiates de la République, bien que, alors déjà, selon toute apparence, le désir de voir l'empire du vainqueur de Chéronée réduit en province romaine ait été exprimé à Rome ; Paul- Emile résista problablement lui-même avec succès à la poli-
*) Cf. MoMMSEN, p. 778. NiTzscH, Die Gracchen, p. 165 sqq. et Pulybios, p. 52 sqq. Lange, op. cit., p. 262.
») DiODOR., XXX, 20-22. XXXI, 9. Dio Gass., ibid , p. 117, fr. 66, 3-6. Liv. XLIV, 17. 18-22. 30. 32-46. XLV, 4-9. Plut., ^inil., c. 10-27. PoLYB., XXIX, 1-7. JusTLx., XXXIII, 1, 2. Appian., Maced., c. 17. Vell., 1, 9. Flor., 1, 1. EuTROP., IV, 6 et 7. Oros., IV, 20. Zonar , IX, 23. Cf. MoMMSEN, p. 778. NissEN, p. 266,