RUINE DU ROI GENTIOS
à peu sous un joug aussi cruel. Celle nouvelle « liberté » de la Macédoine élait une situation d'oii naquirent bienlôt des circonstances qui, 21 ans plus lard, durent faire considérer comme un bienfait à la Macédoine sa réduction finale en province romaine au milieu de luttes nouvelles et de sanglantes convulsions. Mais la Macédoine ne devait pas être seule à sentir que la bataille de Pydna avait achevé en somme la domination de Rome sur le monde. 11 n'est pas incontestable que le Sénat ait fait la guerre à Persée avec l'intention arrêtée de faire sentir son autorité bien plus sérieusement qu'auparavant dans rOrient hellénique et hellénistique; mais, en tout cas, le Sénat agit décidément en ce sens après la chute de Persée. Non seulement les tribus illyriennes, sous leur chef Gentios de Scodra, qui, dans la dernière année de la guerre, avait plissé à Persée, mais avait été immédiatement écrasé par le préteur L. Anicius (encore avant la bataille de Pydna) et dont le pays et le peuple avaient été divisés comme les Macédoniens en divers cantons et gratifiés d'une « liberté » douteuse * ; mais tous ceux qui jusqu^alors avaient été alliés de Rome en deçà comme au delà de la mer Egée se ressentirent très durement de l'attitude nouvelle de la grande puissance italique ; partout on découvrit des torts plus ou moins graves envers Rome qui fournirent à la politique romaine un prétexte commode pour peser de toute sa force sur les États et les villes qui dépendaient de Rome. Le roi Eumène II de Pergame, qui jusque-là avait été choyé par les Romains et traité avec la plus grande bienveillance comme ennemi naturel de la puissance macédonienne, se vit maintenant traité avec un froid glacial et exposé aux plus blessantes humiliations. Ce fidèle allié des Romains, qui les avait secourus vaillamment contre Persée sur terre et sur mer, fut accusé d'avoir, dès 160 av. J.-Ch., pris une altitude très équivoque, et d'avoir traité de sa défection de Rome avec Persée; et pourtant, il est à peine probable que le prudent
*) Cf. Liv., XLIV, 23. 27. 30-32; XLV, 17. 18. 26. Appian., Maced,, c. ÎQ.Illyr., c. 9. Mommsen, Rom. Geschichte, 1, p. 781. Becker-Mar- QUARDT, op. cit., p. 112. Par contre, l'excellent roi des Odryses, Cotys II de Thrace, le plus vaillant allié de Persée, que les armées romaines ne pouvaient atteindre que difficilement, mais qui à l'occasion pouvait servir contre Eumène de Pergame (v, plus bas), fut traité avec les plus grands égards.