‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 2)Chapitre 77 sur 235 · LE ROI EUMÈNE II EST DUREMENT TRAITÉ · texte numérisé non relu

LE ROI EUMÈNE II EST DUREMENT TRAITÉ

Altalide, trompé peut-être par la manière molle et incertaine dont les Romains faisaient la guerre avant Tariivée de Paul- Emile, ait pensé un instant, dans l'hiver de 169-168 av. J.-C, en se posant comme médiateur entre Persée et les Romains, à se rapprocher lui-même un peu de la Macédoine tout en bien méritant des Romains'. En réalité, un puissant royaume de Pergame n'était plus pour la politique romaine un facteur de valeur. Ce n'est que grâce à la iidélité de son frère Altaic qu'échoua une intrigue ourdie directement contre lui et contre sa position de chef de la dynastie de Pergame. En attendant, on ne lui enleva que les villes d'^^nos et de Maronée (p. 374); plus tard, en face de la politique'malveillante du Sénat, qui maintenant tendait la main à ses adversaires en Asie, à Prusias II, roi de Bithynie, et aux Celtes de TAsie- Mineure, il ne put conserver qu^à force de prudence et d'une résignation servile son royaume, qu'il finit par léguer à son frère (159), ce même Attale II, si favorisé par le Sénat ^

Les Rhodiens furent frappés bien plus durement encore. Malgré la méfiance que, dès 172, on nourrissait contre eux à Rome, de bonnes relations avec eux avaient subsisté, du moins en apparence, jusqu'à ce que, en 169, le consul Q. Marcius, machinât leur ruine. En effet, Marcius, qui apparemment agissait ici selon ses propres inspirations — de telle sorte que le Sénat, ou du moins la majorité de ses membres, fut plus tard

^) Les passages qui traitent du soupçon répandu depuis 169 av. J.-C. à Rome et dans le camp romain contre Eumène, et aussi de ses négociations avec la Macédoine (qui, disait-on, avaient eu pour but non seulement la médiation, mais même la défection de Rome et l'alliance avec Persée ou du moins la neutralité pendant la durée de la guerre), négociations que, dit-on, fit échouer l'avarice de Persée, sont les suivants : Liv., XLIV, 13. 24-26. 27. PoLYB., XXIX, 1. 6, et c-h. Vell , 1, 9. Appian., Maced. c. 16, 1. DiOD., XXXI, 7,2. Dio Gass., fr. 66, 1. Zonar., IX, 22 fin., Meier, op. cit., p. 390-394. Meier, dont nous partageons en somme l'avis dans la supposition exprimée dans le texte, dit à la page 390 que la première cause de tous les soupçons contre Eumène pourrait bien aVoir été le désir des commandants romains de se disculper des échecs de Tannée 169 et d'en rejeter la responsabilité sur leur fidèle allié. Mommsen, Mm. Geschichte, I, p. 781 sqq., rejette tous les bruits répandus contre Eumène, bruits qu'il attribue uniquement aux perfides intrigues de Rome. Cf. aussi Nissen, p. 260 sqq. et Peter, Sludien zur Mm. Geschichte, p. 151,

2) Meier, op. cit., p. 395-401. Peter, op. cit., p. 152-154. Mommsen, p. 781 sqq.

194 ATTITUDE DES RHODlENS PENDANT LA GUERRE CONTRE PERSÉE

fort surpris du développement que prenait celte affaire — profita des circonstances (169, en été) pour insinuer à l'ambassadeur rhodien Agépolis, qui, chargé d'une mission par le gouvernement rhodien, vint trouver le consul dans son camp près d'IIéracleion, après que celui-ci eut envahi la partie méridionale de la Macédoine (p. 188), en apparence avec la plus grande franchise, que la république de Rhodes était alors, à n'en pas douter, la puissance la plus capable de rétablir entre Rome et la Macédoine la paix que tout le monde désirait ardemment. A Rhodes, où les relations commerciales avec la Macédoine, et en général le commerce maritime tout entier, souffraient beaucoup de cette lutte interminable, on fut tout disposé à donner suite à cette idée, et on résolut positivement d'eAvoyer des messagers de paix aux Romains et aux Macédoniens. Des ambassadeurs rbodiens parurent peu avant la bataille de Pydna, aussi bien devant le Sénat qu'au camp de Paul- Émile ; la fourberie de Marcius réussit mieux encore qu'il ne Feût pu espérer lui-même, grâce à la folie des Rbodiens euxmêmes. A Rhodes, en effet, le parti macédonien, qui, depuis 172, avait perdu du terrain, avait regagné une prépondérance incontestable; et c'est à ce parti qu'appartenaient les nouveaux ambassadeurs qui, à Rome, se laissèrent peut-être entraîner à dépasser leur mandat. L'arrogance (prétendue) avec laquelle ils déclarèrent que Rhodes agirait en ennemie contre celle des puissances belligérantes qui s'opposerait à la conclusion rapide de la paix, souleva au Sénat, comme au camp romain, une véritable tempête d'indignation. Dans son .camp, sur les bords de l'Enipée, Paul-Emile eut delà peine à protéger les ambassadeurs contre la fureur de ses soldats. Quant aux sénateurs, dont la plupart ignoraient les intrigues de Marcius, l'attitude des Rbodiens leur parut aussi incompréhensible qu'insolente. Ils reçurent si mal les ambassadeurs, leur tentative, à la nouvelle de la bataille de Pydna, de rester en bons termes avec Rome, à force de félicitations bien choisies et d'habiles flatteries, fut si durement repoussée, qu'ils comprirent 'que non seulement le beau temps de l'amitié entre Rome et les Rbodiens, que n'avait entravée aucun traité gênant, était passé à jamais, mais encore que le

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