J 98^ ACTES HONTEUX DES ROMAINS EN ÉPIRE
appeller vraiment mesquine la destruction de la petite ville lesbienne d'An tissa (167) et la déportation de ses habitants à Méthymne, pour les punir de l'appui qu'ils avaient prêté (probablement au printemps de l'an 168) à un amiral macédonien*, l'atroce cruauté avec laquelle on traita le parti macédonien en Épire devait provoquer la plus profonde indignation. Après la défaite de Gentios (168), le préteur romain L. Anicius avait mis ses troupes en mouvement contre l'Epire. Maintenant que la Macédoine avait succombé aussi, les Romains n'eurent plus à vaincre aucune résistance sérieuse de la part des Épirotes. Les villes des Chaoniens, et la forte Phanote la première, se rendirent au préteur sans hésiter. Et lorsqu'Anicius arriva dans le pays des Molottes, Passaron, Tecmon, Phylaké et Horreon firent seules mine de vouloir se défendre; mais là aussi il n'y eut pas de lutte sérieuse. Car lorsque le préteur parut devant la capitale des Molottes, Passaron, où lés vaillants chefs Antinoos et Théodotos cherchaient à exciter le peuple à résister avec courage, la population les abandonna. Antinoos et Théodotos cherchèrent alors seuls la mort en se battant avec les avant-postes romains. Le noble Céphalos eut une fin semblable à Tecmon; cette ville aussi, ainsi que Phylaké et Horréon, n'attendit pas que les Romains la prissent d'assaut'. Mais les Épirotes espérèrent en vain que la mort de leurs chefs et leur rapide soumission apaiseraient les Romains. Non seulement ce peuple malheureux tomba entre les mains du vindicatif Gharops, mais, par ordre spécial du Sénat, qui voulait, en faisant un exemple, frapper de terreur tout le parti national grec et donner une plus ample satisfaction à l'insatiable amour du pillage de la soldatesque romaine, Paul- Émile, en revenant vers Oricos pour s'en retourner en Italie (vers la fin de Fan 167 av. J.-G.), dut livrer à un affreux pillage toutes les villes de l'Épire qui avaient passé à Persée ; il y en avait 70 et c'étaient, en très grande majorité, des villes appartenant aux Molottes. Préparé de sang-froid et avec une
») Liv., XLV, 31 fin. (D'après les recherches locales de A. Conze, Reise auf der Insel Lesbos, Hanovre, 1835, p. 26, de faibhs restes d'Antissa subsistaient encore à une époque postérieure).
«) Liv., XLV, 26. Cf. PoLYB., XXX, 7,2-4. Zonar., IX, 24 init.