CHATIMENTS INFLIGÉS PAR LES ROMAINS EN GRÈCE
de quelques Étoliens au désespoir, la nouvelle des excès sanglants du parti romain en Etolie. Les chefs de ce parti (nous avons déjà dit que pendant la guerre ils n'avaient cessé d'ourdir contre leurs adversaires* les intrigues les plus odieuses), Tisippos et Lyciscos, que nous avons nommés plus d'une fois, pour assurer leur pouvoir par un coup d'éclat, avaient demandé au général romain Aulus Baebius un détachement de troupes romaines et, à l'occasion d'une assemblée publique, assassiné 550 notables qu'ils accusaient d'être les adversaires de Rome ; ils en avaient chassé du pays beaucoup d'autres et s'étaient emparés des propriétés des morts et des exilés% Frappé d'horreur, Paul-Émile invita les accusateurs de ces tyrans criminels à se rendre à Amphipolis. Mais lorsque ensuite, devant son tribunal et celui des dix commmissaires arrivés sur ces entrefaites, (m vint à discuter la question étolienne après avoir préalablement traité des affaires de la Macédoine, on approuva sans façon le meurtre et l'exil des Étoliens du parli national, les auteurs du crime et leurs instruments restèrent impunis. Bsebius seul fut châtié pour avoir permis que ses soldats prissent part au massacre'. Toute la Grèce devint alors le théâtre des plus odieuses violences. L'effet moral produit parla défaite de Pydna avait partout conduit au pouvoir les hommes du parti romain; ces potentats, notamment Callicrate, Aristodamos, Agésias, Philippe, chez les Achéens, Mnasippos de Béotie, Chrêmes d'Acarnanie, les Etoliens Lyciscos et Tisippos déjà nommés, les Épirotes Charops etNicias, accoururent de toutes parts à Amphipolis pour s'entendre avec les envoyés du Sénat sur les mesures les plus propres à anéantir l'opposition nationale en Grèce et pour exciter de toutes leurs forces le zèle des Romains. On résolut enfin d'établir comme une vaste Inquisition des opinions politiques : tous les hommes notables, soit qu'ils fussent compromis par les papiers que les Romains avaient pris à Persée, ou dénoncés par les chefs du parti romain dans les divers cantons comme dangereux adversaires de Rome et partisans plus ou moins décidés de Persée,
1) Cf. PoLYB., XXVIII, 4, 1-13. Liv., XLIII, 17.
2) Liv., XLV, 28. PoLYB., XXX, 14, 1-6.
3) Liv., ibid, et 31.
ATTITUDE DES ACRÉENS PENDANT LA PtUERRE CONTRE PERSÉE 201
devaient être enlevés de chez eux et conduits à Rome pour y être interrog'és. Ce programme fut exécuté de la façon lapins complète; les recherches et les poursuites dirigées contre les partisans de Persée s'étendirent jusqu'aux îles les plus lointaines^ entre autres jusqu'à Cos. Les cantons grecs de la terre ferme furent naturellement les plus maltraités. Dans les cantons des Perrhèbes et les Thessaliens, qui avaient déjà si cruellement souffert de la guerre Sociale etensuite , depuis 171 , de la guerre entre les Romains et les Macédoniens, on procéda à de nombreuses arrestations. Les Epirotes, dont le sort fut fixé par Charops et qui n'avaieijt alors aucun pressentiment des souffrances qui les attendaient encore (p. 198); les Acarnaniens, dont le parti romain, sous l'indigne Chrêmes, aurait voulu déjà pendant la guerre réduire au silence par une garnison romaine l'opposition démocratique; les Étoliens, que Lyciscos trouvait encore trop arrogants malgré les derniers massacres; les Béotiens enfin, chez lesquels Toligarchie sous Mnasippos de Goronée rendait maintenant aux démocrates tout le mal que ceux-ci lui avaient fait depuis quelques dizaines d'années : tous durent souffrir que les meilleurs ou du moins les plus résolus de leurs concitoyens, soient qu'ils eussent été partisans de Persée dès le début, soient qu'ils n'eussent manifesté plus clairement leurs sympathies pour la Macédoine que par suite de l'incapacité et des crimes des officiers romains pendant les premières années de la guerre, ou qu'ils se fussent contentés d'exprimer ouvertement leur désir de voir la Grèce indépendante et leurs opinions démocratiques, furent arrêtés en masse, menés à Rome avec l'armée romaine, pour y être « internés » indéfiniment dans les villes de ce pays ou y être jetés en prison V Deux hommes haut placés, qui aux yeux des Romains
1) Liv., XLV, 31. 34. XLin, 17. Polyb., XXVIir, 5, 1-6. XXX, 6, 5-8. 7, 5-10. 10, 1-1 1. XXXII, 21, 6. D'après Justin., XXXIII, 2 fin. XXXIV, 1, tous les notables des conseils communaux des villes ètoliennes suspects aux Romains furent conduits avec leurs familles en Italie; après de longues années, le Sénat, cédant aux prières réitérées des Étoliens, aurait permis aux internés de s'en retourner chez eux; selon toute apparence ils ont été confondus ici avec les Achéens internés dont il sera question plus loin. Cf. cependant Polyb., XXXI, 8, 8 sqq.