LE PARTI NATIONAL DU PÉLOPONNÈSE PENDANT LA GUERRE
s'étaient particulièrement compromis, FÉtolien Archidamos (p. 187) et le démocrate béotien Néon, qui, jusqu'au bout, étaient restés fidèles à Persée, furent décapités*. Enfin, pour punir les Acarnaniens de leur attitude équivoque pendant la guerre, on sépara de leur territoire Leucas, alors leur capitale, pour en faire un Etat indépendant^ On finit aussi par affaiblir considérablement lesÉtoliens d'une façon analogue^ Tandis que l'année 167 av. J.-G. accablait ainsi de malheurs les peuples grecs entre le Strymon et Tisthme de Corinthe, la Ligue achéenne, elle aussi, était en butte aux traitements les plus odieux de la part des l^mmes politiques romains et de l'oligarchie grecque. Nous avons vu plus haut (p. 183) que les confédérés, malgré la forte antipathie de leur parti national contre Rome, n'avaient pas refusé aux Romains, en 172 et en 171 av. J.-C, leur contingent militaire contre Persée. En 170, le consul Hostilius avait, à ce qu'il paraît, renvoyé dans ses foyers le corps auxiliaire (p. 186) que son prédécesseur Licinius avait retenu dans le camp romain même après le retour de Persée en Macédoine*; et depuis ce temps, les Achéens n'avaient pas pris directement part à la guerre. L'agitation des partis avait été d'autant plus violente. Callicrate et ses amis, peu avant la guerre, avaient perdu une grande partie du terrain gagné ; et bien que les hommes d'État du parti national qui peu avant et pendant la guerre de Macédoine remplissaient les fonctions les plus élevées de l'État^ se gardassent bien de tendre la main directement ou indirectement au roi Persée,
1) Plut., /EmlL, c. 23. Liv., XLIV, 43 et XLV, 31 s. fin. Je crois, avec Freeman, p. 664, 2, devoir substituer dans ce dernier passage Archidamos à l'inconnu Andronicos.
2) Liv.,XLV, 31.
3) Nous avons en vue ici surtout ce que nous rapportent Diod., XXXI, 8, 3 et SYNGELL.,p. 137, d'après lesquels Amphilochia(cf. ci-dessus, p. 132, 5) fut alors détachée de TÉtolie. Contrairement à l'opinion de Brandstâter, Gesch. des àtolischen Landes, p. 493 et de Kortum, Gesch, Grichenlands, III, p. 315, basée sur quelques paroles douteuses dans les Prol. lib. XXXIII de Justin, que la Ligue étolienne fut dissoute à cette époque, nous admettons comme plus probable que cette fédération (comme Mommsen, Rom. Geschichtey I, p. 772, l'admet pour la Ligue béotienne) ne fut dissoute formellement et légalement par les Romains qu'avec la Ligue achéenne.
*) ScHORN, op. cit., p. 354.
^) Cf. d'une manière générale Pausan., VII. 10, 2.
ARCHON ET POLYBE 203
OU de refuser les secours que Rome leur demaudait, les sympathies du Péloponnèse pour Rome se trouvaient précisément alors restreintes aux cercles les plus étroits, et l'opinion devenait de plus en plus favorable à la Macédoine.
Si Lycortas et ses amis avaient pu prévoir, dès ce moment, de quelle façon les Romains abuseraient plus tard de leur victoire, le parti national aurait pris peut-être alors la même résolution que prirent dans leur désespoir, vingt-quatre ans plus tard et dans des circonstances bien plus graves, les indignes et derniers successeurs de ces vaillants patriotes : ils eussent peut-être suivi l'exemple des Molettes et conduit à Persée les forces bien exercées du Péloponnèse, pour vaincre ou périr avec lui. Mais alors on ne songeait pas à cela ; des hommes comme Lycortas crurent même qu'il était possible et prudent d'observer du moins la plus stricte neutralité. Maison s'aperçut bientôt que ceci même ne mènerait plus à rien. Yers la fin de l'été ou dans l'automne de l'an 170, quelques messagers du consul Hostilius, le brutal Gains Popillius et Gnaeus Octavius, qui devaient publier partout les décrets du Sénat (p. 187) contreles exactions arbitraires des généraux romains et en même temps raffermir la fidélité chancelante des Hellènes, se présentèrent également dans les villes du Péloponnèse et dans l'assemblée des confédérés réunis à JEgion. Sans réussir à trouver des prétextes pour mettre en accusation les chefs du parti national, notamment Lycortas, son fils réminent Polybe et Archon, ils laissèrent partout entrevoir, d'un air menaçant, que le Sénat ne pouvait guère considérer comme valant mieux que la guerre ouverte les secrètes sympathies des Achéens pour Persée ou leur stricte neutralité ^ Dans ces circonstances, les chefs du parti national délibérèrent sur l'attitude qu'il convenait de prendre. L'avis de Lycortas, qui, même alors, ne voulait pas renoncer à une stricte neutralité, ne fut plus écouté ; bien à regret, on résolut, surtout d'après les conseils d' Archon, qui, malgré son patriotisme et sa haine contre Callicrate, s'était montré depuis peu moins hostile aux Romains ', de soutenir les Romains de toutes ses forces pour
1) Cf. Liv., XLtlI, 17. PoLYB., XXVIII, 3, 1-10. Freeman, p. 672 sq. *) En 172, en automne, où, à l'instigation de Q. Marcius (p. 481), il fît